Il fut un temps je choisissais mes jeux vidéo.
Aujourd’hui, ce sont surtout mes conditions de vie qui choisissent pour moi.
J’ai 42 ans. Un travail. Une famille. Des lessives, des horaires d’école, du ménage, des réveils trop tôt et des soirées qui finissent souvent avec juste assez d’énergie pour regarder un écran sans réfléchir. Le jeu vidéo existe encore dans ma vie, mais il ne ressemble plus du tout à ce qu’il était quand j’avais vingt ans.
Je viens pourtant de passer plusieurs soirées sur MOUSE: P.I. For Hire, un FPS noir et blanc inspiré des vieux cartoons américains des années 30. Un jeu nerveux, bruyant, frénétique, qui demande normalement des réflexes rapides et un peu de confort matériel. Tout ce que je n’ai plus vraiment.
Je n’y ai pas joué sur une grosse bécane de streamer.
J’y ai joué sur mon vieux PC portable Acer du boulot. Un Aspire fatigué qui chauffe au moindre lancement de jeu et dont le ventilateur donne l’impression qu’il tente de décoller du salon. Un ordinateur qui doit probablement être plus à l’aise avec Excel qu’avec un FPS moderne.
Quand le PC est branché sur secteur, le jeu ralentit parfois mystérieusement. Quand il ne l’est pas, la batterie fond comme neige au soleil. Le ventilateur couvre presque les bruitages. Le clavier chauffe. Le framerate fait parfois ce qu’il peut. Et malgré tout ça… j’ai passé un très bon moment.
Je n’ai plus vraiment de budget jeu vidéo. Entre les dépenses quotidiennes, l’enfant, les imprévus et tout le reste, mettre 30 ou 40 euros dans un jeu devient un arbitrage réel. Pas un drame, mais un choix concret. Alors oui, j’ai piraté le jeu. Je pourrais tourner ça élégamment en parlant de “préservation culturelle” ou “d’accès aux œuvres”, mais la vérité est beaucoup plus simple : je voulais jouer, et j’ai dépensé mon argent ailleurs.
C’est un sujet dont les joueurs parlent peu honnêtement. On parle souvent du prix des cartes graphiques, rarement du fait que beaucoup de gens n’ont déjà plus les moyens d’acheter les jeux eux-mêmes. Pourtant, une immense partie de la culture vidéoludique s’est construite là-dessus : vieux PC récupérés, jeux crackés, configs bricolées, matériel qui tient avec du scotch numérique et beaucoup de patience.
Et quelque part, ça change complètement le rapport qu’on a aux jeux.
Sur MOUSE: P.I. For Hire, je n’étais pas dans une recherche de performance ou d’optimisation. Je ne voulais pas “masteriser” le gameplay. En fait, un jeu cartoonesque en noir et blanc avec des sprites en 2D, j’étais loin d’imaginer que mon PC peinerait.
Du coup j’accepte les défauts. Je compose avec les ralentissements et je baisse les options graphiques sans honte.
Et surtout, j’ai appris à reconnaître depuis longtemps quel type de jeu peut encore entrer dans ma vie (et ma machine…)
Ce qui m’a surpris avec ce FPS, c’est justement qu’il fonctionnait bien dans mon quotidien actuel. Les niveaux sont courts. L’action est immédiate. On peut jouer vingt minutes après avoir couché l’enfant sans devoir se replonger dans un scénario de cinquante heures ou un arbre de compétences incompréhensible.
Je crois qu’on parle trop souvent du jeu vidéo comme si tous les joueurs disposaient du même temps, du même argent, du même calme, du même matériel, de la même énergie mentale…
Mais jouer à un jeu quand on est adolescent pendant les vacances n’a rien à voir avec y jouer après une journée de travail, dans une maison en bazar, avec un ordinateur qui menace de s’envoler et un réveil prévu à 7h30.
Et pourtant, le plaisir est toujours là.
Différent, plus fragile parfois, mais là quand même.
Peut-être même plus précieux qu’avant.
Sur ce je retourne à mon jardin. Je crois qu’il y a un couple de huppe fasciée au fond…
Clic !