Andreï Tarkovski - Commentaires

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7 films

par Thaddeus

Sept films seulement auront réussi à imposer Andreï Tarkovski comme l’un des cinéastes les plus célébrés et les plus prestigieux de l’histoire. L’un des paradoxes de cette œuvre est d’être à la fois très russe et totalement universelle. Sa grandeur intellectuelle, sa beauté plastique, son exigence artistique atteignent des dimensions dont seule une poignée de réalisateurs (Kubrick, Bergman notamment) peut se prévaloir. Il est sans doute l’un des grands poètes de l’écran, et a su exprimer une spiritualité et une profondeur de réflexion que peu de cinéastes ont réussi à approcher.

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1. Andrei Roublev (1966)
2. Le miroir (1975)
3. Stalker (1979)
4. L’enfance d’Ivan (1962)
5. Solaris (1972)

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    L'Enfance d'Ivan (1962)

    Ivanovo detstvo

    1 h 35 min. Sortie : . Drame et guerre.

    Film de Andreï Tarkovski avec Nikolaï Bourliaïev, Valentin Zubkov, Evgeniy Zharikov

    S’il s’insère dans le cinéma russe dit du dégel, dénonçant la guerre et les erreurs politiques comme autant d’entraves aux vies et aux promesses d’avenir, Tarkovski impose d’emblée un humanisme plus fort que toutes les motivations patriotiques et idéologiques. Ivan, jeune garçon lié à deux officiers par une profonde affection mais dont l’héroïsme suicidaire reflète un esprit de vengeance aliénant, rêve de la douceur caressante de la mère assassinée, des humeurs labiles du passé, des sensations aqueuses, baignées de soleil, qui l’habitent en des souvenirs lancinants. Déjà l’auteur éblouit par la beauté envoûtante des travellings, la charge panthéiste des plans où la nature tient une place centrale, à l’image de ces sous-bois inondés et traversés par les soldats dans une nuit sillonnée par les fusées d’éclairage.
    Top 10 Année 1962 : http://lc.cx/Bs6
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    Andreï Roublev (1966)

    Andrey Rublyov

    3 h 03 min. Sortie : . Drame, biopic, historique et guerre.

    Film de Andreï Tarkovski avec Anatoli Solonitsyne, Ivan Lapikov, Nikolai Grinko

    Une montgolfière qui survole le monde avant de s’écraser au sol, une cérémonie païenne où s’expriment des forces occultes, le massacre barbare d’une population au nom de Dieu… Je me sens comme un nain face à ce film, à son ampleur allégorique, sa vastitude épique, sa noblesse nourrie à la sève de la grande tradition du cinéma soviétique. À travers un hymne grandiose à la conscience du créateur face à l’Histoire et à sa responsabilité devant les hommes, Tarkovski réinvente un Moyen-âge âpre et mystique, proche en cela du "Septième Sceau" de Bergman, mais sur lequel souffle toute l’âme d’un peuple. Une somptueuse méditation sur la condition humaine, dont l’élévation spirituelle et la grandeur picturale n’égalent que la poésie, et dont les trois heures réverbèrent l’essence de l’art à travers l’histoire de la nation russe sous le joug tartare.
    Top 10 Année 1966 : http://lc.cx/BCP
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    Solaris (1972)

    Solyaris

    2 h 47 min. Sortie : . Drame et science-fiction.

    Film de Andreï Tarkovski avec Donatas Banionis, Natalia Bondartchouk, Jüri Järvet

    Tarkovski a notoirement réalisé ce film en réponse à "2001", dont il n’appréciait pas le matérialisme. De ce point de vue, son approche est plus éthérée, loin de la rigueur concrète et réaliste du cinéaste américain. Parabole sur le divorce science et conscience, sur l’expansionnisme cosmique militaro-politique, sur la condamnation par la raison de toute réalité "différente", sur la rémanence mémorielle et la présence des êtres disparus, l’œuvre s’inscrit parfaitement, sous couleur de science-fiction, dans la filmographie de l’artiste : c’est la connaissance du moi qui forme le sujet du propos, et la planète bouillonnante agit comme la double métaphore turbulente d’une divinité imparfaite et du divan d’un psychanalyste. Le travelling final, dans ce qu’il révèle de notre rapport intuitif au monde, est extraordinaire.
  • Bande-annonce

    Le Miroir (1975)

    Zerkalo

    1 h 45 min. Sortie : . Drame et biopic.

    Film de Andreï Tarkovski avec Margarita Terekhova, Oleg Yankovsky, Anatoli Solonitsyne

    Peut-être l’œuvre la plus intimiste, la plus abstraite, la plus radicale de son auteur. La narration classique n’y existe plus, éclatée en une mosaïque ensorcelante d’impressions mémorielles, de souvenirs épars, de fulgurances poétiques, visant une sensorialité exacerbée et cherchant à restituer les vibrations intimes du monde, ses images, ses sons, ses palpitations de labyrinthe-forêt. C’est une sorte d’autoportrait mental et chaotique, de journal intime directement imprimée de la conscience de son auteur à la pellicule, qui tourne autour de motifs énigmatiques et frémissants : réminiscences d’une enfance bienheureuse, impressions tactiles et sonores, mélange de séquences oniriques et de documents d’époque, image obsédante de la mère, qui enveloppe le film telle une fée bienfaitrice... Somptueux et envoûtant.
    Top 10 Année 1975 : http://lc.cx/AU9
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    Stalker (1979)

    Сталкер

    2 h 43 min. Sortie : . Drame et science-fiction.

    Film de Andreï Tarkovski avec Alexandre Kaidanovski, Anatoli Solonitsyne, Nikolai Grinko

    Retour à la science-fiction. Tarkovski invente un futur lugubre et désespéré où l’homme est mû par une constante volonté d’élévation spirituelle. Le film se présente comme un voyage initiatique, une appréhension sensitive de soi et du monde, une quête intérieure où les personnages se cherchent dans un labyrinthe imaginaire, une somme de virtualités subjectives offrant à chaque spectateur un espace d’interprétation infini quant à la nature de ce qu’il perçoit – visible ou invisible, matérialité ou divinité, science ou miracle. La méditation est complexe, intense, profondément cérébrale, mais la beauté majestueuse de la mise en scène, la densité des plans et leur composition, le rythme organique des séquences, l’intensité atteinte par chaque étape du parcours maintiennent toute austérité à distance.
    Top 10 Année 1979 : http://lc.cx/AwU
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    Nostalghia (1983)

    2 h 10 min. Sortie : . Drame.

    Film de Andreï Tarkovski avec Oleg Yankovskiy, Erland Josephson, Domiziana Giordano

    Lieu d’exil volontaire dont les beautés anesthésiantes semblent filtrées au travers de multiples procédés de mises à distance, l’Italie filmée par Tarkovski est une terre brumeuse faite de bâtiments en ruines, de colonnades écrasantes et de bains sulfurés perdus dans la vapeur, qui exhalent des relents de morbidité. C’est le pays de Visconti et de Fellini, et on peut trouver des réminiscences de "Mort à Venise" ou de "8 ½" dans cette lente mélopée chantant la beauté perdue du passé, et exprimant la mélancolie ressentie à l’égard d’un pays natal qui n’existe plus que dans les déformations du souvenir. La perception d’un absolu inaccessible, l’impossibilité d’unifier les cultures et les sensibilités habitent chaque image d’un film à la poétique très élaborée mais assez froid, et n’évitant pas toujours l’écueil de la solennité.
  • Le Sacrifice (1986)

    Offret

    2 h 29 min. Sortie : . Fantastique.

    Film de Andreï Tarkovski avec Erland Josephson, Susan Fleetwood, Allan Edwall

    Voici venu le temps de l’apocalypse, mais l’apocalypse n’est pas une fatalité. Le film-testament du cinéaste, peut-être le plus ardu et exigeant, déploie une forme d’autant plus somptueuse qu’elle atteint un minimalisme dépouillé : cadrages hiératiques, travellings d’une suprême fluidité, temporalité ralentie accentuant l’attention et la disponibilité du spectateur, ellipses suggérant la coexistence de réalités contradictoires... Avec sa mixture de pensée païenne et magique et de problématique chrétienne, l’œuvre est conçue comme une prière, un récital en faveur de l’humanité et de l’espoir, constamment marquée d’une respiration cosmique qui se nourrit de l’attention aux éléments (terre, eau, ciel). Si elle a la durée et la puissance d’une illumination, son indéniable grandeur laisse un chouïa sur le carreau.