Carnet de lectures 2016

En partance vers cet ailleurs fait de littérature, de poésie, de philosophie, d'essais.
Étapes de l’odyssée de l'esprit :
En 2014 :
http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2014/365505
En 2015 :
http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2015/724006

Liste de

157 livres

créee il y a plus de 6 ans

 · 

modifiée il y a plus de 5 ans

Préférences
7.7

Préférences

Sortie : août 1989 (France). Roman

livre de Julien Gracq

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Les "Préférences" de Gracq sont claires : contre la technique, la préférence pour ceux qui ne cherchent qu'à traduire un mouvement de l'âme, une attention au réel tel qu'il se transforme en rêverie, rêverie qui est accès à l'intensité du monde (et non pas son affadissement comme on peut l'imaginer).

Ce recueil de publications critiques de Gracq en 1960 comporte à la fois des études d'écrivains (Lautréamont, Poe, Jünger, Kleist, Chateaubriand, Racine, etc.) et des textes plus théoriques : "Les Yeux bien ouverts" (émission de radio) et "Pourquoi la littérature respire mal".

J'extrais de celle-ci cette analyse : la spécificité moderne de la littérature est non sa rupture avec les traditions, car les ruptures n'ont pas supprimé les autres "courants" littéraires traditionnels : "les lecteurs lisent à la fois les ouvrages critiques de M. Blanchot, qui annoncent l'Apocalypse, et les romans de Mme Sagan, qui ne la manifestent pas...".
Ce qui ne pouvait que me faire sourire et m'a amené à la réflexion : y-a-t-il des lecteurs de F. Sagan & en même temps de Blanchot comme le dit Gracq ? Si j'avais en main SensCritique ou Babelio je m'amuserai à faire des requêtes complètes. A mon humble niveau d'investigation il semble que ceux qui lisent Sagan ne lisent pas Blanchot (et pour cause Sagan continue d'être lue, tandis que Blanchot, malgré une reprise de l'intérêt universitaire, n'a jamais été très populaire au-delà des facs de Lettres) et que ceux qui lisent Blanchot notent assez mal les livres de F Sagan.

La critique gracquienne, privilégiant l'émotion en plein structuralisme, est réjouissante et percutante sur les auteurs qu'il affectionne.

Nos bébés-pélicans

Nos bébés-pélicans

Sortie : 2003 (France). Roman

livre de Manuela Draeger

Raphmaj a mis 8/10.

Annotation :

Je reste absolument fan des écrits de Manuela Draeger qui sont d'une fantaisie, d'une poésie, d'une tendresse bouleversante. Ici, le défi est de faire naître des oeufs de pélicans pour que les bébés-pélicans trouvent leur raison d'être, on retrouve toujours avec plaisir les personnages particuliers de cet univers arctique, avec son temps particulier, ses amours de chauves-soubises et autres délicatesses.

Adar
7.8

Adar (2016)

Sortie : 17 octobre 2016. Recueil de nouvelles

livre de Maheva Stephan-Bugni, Anne-Sylvie Salzman, Luvan, Norbert Merjagnan, Laurent Kloetzer, Léo Henry, Sébastien Juillard et Vincent Gessler

Raphmaj a mis 8/10.

Annotation :

C'est une sorte de post-post-exotisme. Un exercice de style et un hommage en forme de cathédrale effondrée, d'hybridation d'imaginaires assez réjouissant.

12 nouvelles pour 12 écrivains de SFF alternative ayant composé à partir de 12 dessins de Stéphane Perger, une histoire autour de la ville imaginaire de Yirminadingrad, inventée à l'origine par Léo Henry et feu Jacques Mucchielli dans "Yama Loka Terminus".

Sans savoir "qui" on lit, on traverse des écritures, des sensibilités qui chacune apporte la résonnance dans leur espace de création à cette ville des confins des Balkans, une peu khazare, un peu russe, surtout métisse et impitoyable.
Bien sûr l'intensité varie d'une lecture à l'autre, et l'exercice imposé de faire la nouvelle à partir du dessin a-t-il bridé ou exhaussé la créativité des auteurs ? On se le demande.

Poésie du gérondif
8

Poésie du gérondif (2014)

Sortie : 11 avril 2014. Essai, Littérature & linguistique

livre de Jean-Pierre Minaudier

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Un éloge des grammaires, de la diversité des langues et des cultures du monde.

Annotation :

Si Gotlieb faisait de la grammaire.

Un livre passionnant d'un autodidacte, saisi par le démon de la passion des langues et de leur grammaire comme d'autres sont pris du démon de midi. On parcourt avec aisance et délice les flexions incroyables de l'esprit qui dans le langage, tord le temps, conjugue noms et verbes, résiste au lamento des disparitions, brûle le palais de consonnes, trille comme un oiseau, s'agence comme mille plateaux.

Moderne sans être occidental
7.9

Moderne sans être occidental (2016)

Aux origines du Japon aujourd'hui

Sortie : 11 mai 2016. Culture & société, Histoire, Essai

livre de Pierre-François Souyri

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : On a longtemps confondu la modernité avec la forme prise par le développement historique des sociétés occidentales. Selon Pierre-François Souyri, l’histoire récente montre au contraire que la modernité telle que nous la concevions n’était que l’aspect particulier d’un phénomène mondial. Au Japon, elle a émergé au moins autant de la pensée japonaise et chinoise que de concepts venus d'Occident : dans les années 1880, la lutte pour la liberté et les droits du peuple et pour un régime constitutionnel s’abreuve des classiques chinois plus que des idées rousseauistes ; celle contre la destruction de la nature par le système industriel puise ses inspirations dans une cosmologie de l’harmonie entre l’homme et l’univers ; le féminisme, qui apparaît dès les années 1910, trouve certaines de ses référence dans le shintô ; et le premier socialisme se nourrit d’une vision du monde largement confucéenne. Par ses remplois d’idéologies du passé, la modernisation japonaise oblige à relativiser le statut exemplaire de l’expérience occidentale. Cette modernisation a de fait fonctionné autant comme le rejet du modèle occidental que comme son adoption. Pourtant, son rythme et les questionnements qu’elle suscite ont été identiques à ceux de l’Occident. Pierre-François Souyri peut dès lors poser ce souriant paradoxe : une grammaire commune de la modernité peut-elle puiser à des sources différentes? (Gallimard)

Annotation :

La Modernité est le totem qui ne cesse d'être attaqué, fracturé comme élément de rupture entre les anciens/les modernes (Latour), l'Orient/l'Occident (Souyri), entre la modernité et une "post-modernité" (Ruffel).

Prenant le cas de la modernisation du Japon au 19e et 20e siècle, ce livre pointe que les éléments que l'on présente comme ceux de la modernité occidentale sont déjà présents chez les Tokugawa (instruction, développement économique et technique...), que les "Lumières japonaises" (bunmei kaika) ont une réalité propre, et que la modernité japonaise puise autant chez Rousseau que dans les Classiques chinois, ou que l'on peut trouver trace d'un certain féminisme dans le shintô. Et puis cette modernisation a aussi ses figures de résistances et ses violences comme partout (et aussi, c'est un des traits connus, la modernisation au Japon s'est faite rapidement (1910's) contre l'Occident, pour la Nation : "âme japonaise / technique occidentale").

L'histoire complexifie ces lignes de partage posée par l'idéologie qui assimile la modernité à l'occident, et le Japon est l'exemple peut-être extrême de l'entremêlement de motifs, de dynamiques qui montrent à quel point cette grille de lecture est périmée et correspond largement à un fantasme, quand on peut lire la modernité comme "tradition du refus" face, précisément, à la modernisation...

Le futurisme de l'instant

Le futurisme de l'instant

Sortie : 2009 (France). Essai

livre de Paul Virilio

Raphmaj a mis 6/10.

Résumé : Nanomètre, nanoseconde, avec les nanotechnologies c'est la question des nanochronologies qui se pose. Passé, présent ou futur, que reste-t-il des longues durées de l'Histoire générale ou des courtes durées de l'événementielle, devant cette absence de durée de l'instantanéité, sinon l'ébauche d'une histoire « accidentelle » celle-là, et d'une historicité purement automatique ?Après l'accélération de l'histoire au siècle dernier, c'est donc l'accélération du réel qui s'apprête à remettre en cause, avec les « futurismes », l'ampleur d'une temporalité qui prétendait encore à l'urgence d'une Histoire totale.Infiniment grand de l'historicité, infiniment petit de l'instantanéité, la question qui s'impose à nous est donc aujourd'hui celle d'une Histoire de l'accident de la temporalité classique ; non seulement celle des durées astronomiques des dégâts du Progrès, des déchets atomiques ou autres, mais encore et surtout, de l'absence de durée de nos diverses activités, et plus encore peut-être, de l'interactivité de relations humaines bientôt synchronisées. À défaut d'une introuvable « Fin de l'histoire », c'est sans doute là le signe de l'extinction prochaine de la chrono-diversité du sensible.Conséquence directe du futurisme de l'instant réel, si nous ne croyons plus dès à présent au Progrès, l'effort technoscientifique mis sur le temps réel et ses nano-durées, comme par ailleurs dans le domaine du transport, sur la réduction des délais et des distances de l'espace réel, cette « fin de la géographie » débouche sur l'impasse de toute étendue et donc de toute perspective, l'essentiel du soi-disant « Progrès » se situant désormais dans l'intensivité de l'instant propice, au détriment de l'extensivité chronique d'un quelconque devenir.En fait, avec la mondialisation de l'instantanéité et les nouveaux phénomènes de synchronisation et de simultanéité, si nous n'avons plus le temps d'avoir peur, nous avons l'espace, tout l'espace critique d'une panique « écologique » qui vient de

Annotation :

Virilio écrit en majuscule des mots-valises-concept : GEOCIDE, COSMOTHEISME, GLOBALITARISME, etc. ça m'agace. Crier comme ça, et penser qu'une volte suffit à penser. On schématise, on retient ce qui va dans le sens de sa thèse (que l'on s'abstient de développer clairement), et on exagère pour pointer le système actuel (ce qui a des vertus comme chez Anders et Baudoin de Baudinat) : que des flux, plus d'Etat, mondialisée parachevée et surmondialisée, désurbanisée, verticalisée, déracinée, désolidarisée.

"Passé, présent, futur se concentrent dans l'instant omniprésent" (p.70). Cet "intemporain", pardon : "INTEMPORAIN", a quelque chose du "contemporain" conceptualisé par Agamben dans sa célèbre conférence et que Ruffel analyse dans son "Brouaha" (2016). Mais Virilio l'interprète comme un pur négatif, quand Ruffel s'accomode de la "leçon de ténèbre" de notre siècle dans ce qu'il a d'ouverture des possibles.

L'accident originel

L'accident originel

Sortie : 15 octobre 2004 (France). Essai

livre de Paul Virilio

Raphmaj a mis 6/10.

Annotation :

L'accident est universel, car l'accident c'est ce qui arrive. Il faut pour notre période contemporain, faire un "Musée de l'accident", conservant la mémoire de cette période d'accidents accrus (plus de vitesse, donc plus d'accidents) :
"Un trait, entre tous distinctif, oppose la civilisation contemporaine à celles qui l'on précédée : la vitesse". Cette parole n'est pas de Virilio mais de Marc Bloch...

C'était l'objet de l'exposition à la fondation Cartier sous la direction de P. Virilio dont il déploie ici les possibles. Des accidents en tous les sens

Juste ciel
7.4

Juste ciel

Sortie : 5 mars 2015 (France). Roman

livre de Éric Chevillard

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Albert Moindre est mort, où est-il ? Dans le Purgatoire ? Surplombant la Terre et ses habitants, il parcourt tous les détails de sa vie, des conséquences de tous ses actes, il envisage le parcourt de tous les vivants qu'il a croisé, doué d'une ubiquité cependant coupée de tout sens, puisque sans sentiment, sans chair. A moins que tout cela ne soit dans sa tête, simple hallucination liée à un état de coma...
Belle réinvention de Chevillard du fantomatique et de l'impossibilité de mourir, avec un humour toujours vertigineux et délicat.

Volodine etc

Volodine etc

Post-exotisme poétique politique

Sortie : 3 septembre 2013 (France). Essai

livre de Collectif

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Colloque de Cerisy sur Volodine sous le patronage de L. Ruffel et F. Detue et tous les auteurs du post-exotisme. Cependant les participants parlent davantage de Volodine, de temps en temps Bassmann, moins de Draeger et très peu de Kronauer.
Le témoignage de la réception russophone de Volodine est frappant sur la difficulté de ce que Kundera nommerait une "illusion lyrique" face à cette "variante chamanique du bolchevisme" que se veut être le post-exotisme. Car pour ceux qui ont vécu la terreur et les exactions du bolchévisme, la romantisation de l'utopie a du mal à passer.
Les interventions sur les dispositifs de fictions, sur la politique et l'utopie, sur les différents types d'onirisme à l’œuvre, révèle la richesse des œuvres qui loin de ressasser le même schéma, ne cesse de différer, d'inventer, de se réinventer, au sein d'un même univers, limité, concentré, concentrationnaire, prisonnier et cauchemardesque.
Un beau colloque de Cerisy.

Proust et le calamar

Proust et le calamar (2007)

Proust and the Squid: The Story and Science of the Reading Brain

Sortie : 2 décembre 2015 (France). Vie pratique

livre de Maryanne Wolf

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : Afin de saisir les enjeux de la lecture, Maryanne Wolf fait dialoguer Proust et les neurosciences. Proust, dans son ouvrage Sur la lecture, décrit les mécanismes de la (re)construction d'un univers mental et du développement de l'imaginaire. Les études des neurosciences, quant à elles, font apparaître les mécanismes qui entrent en jeu dans le processus de la lecture et les connexions qui s'établissent dans le cerveau. Selon Maryanne Wolf, les nouvelles technologies modifient notre façon de lire en modifiant ces usages. Ce livre est un outil indispensable à tout pédagogue, enseignant et chercheur, qui s'intéresse aux mécanismes de la lecture et aux modifications engendrées par les nouvelles technologies notamment.

Annotation :

Introduction par Stiegler où il déploie sa théorie des rétentions primaires (perceptions), secondaires (mémoire, passé) et tertiaires (l'écriture), et la "disruption" contemporaire (innovation, exosomatisation).

Maryanne Wolf présente sous l'angle des neurosciences l'apprentissage de la lecture (des origines à aujourd'hui) et le développement spécifique du cerveau avec la lecture. "Nous ne sommes pas nés pour lire", le cerveau doit se spécialiser a posteriori pour cette activité grâce à la plasticité neuronale. Enfin l'ouvrage traite de la dyslexie, c'est à dire de ce que nous apprenons de la lecture à partir d'un trouble de cette lecture.
Un entretien entre Wolf et Stiegler clot le volume, entretien qui marque les convergences et les points où les lectures divergent.

Un cerveau très prometteur

Un cerveau très prometteur

Sortie : 6 octobre 2015 (France). Essai

livre de Francis Brunelle et Jean-Michel Besnier

Raphmaj a mis 6/10.

Annotation :

Très décevante discussion entre un neuroscientifique, un philosophe, un coach en entreprise et une éditrice. C'est le discours neuroscientifique qui reste l'étalon, et le philosophe (le souvent intéressant JM Besnier) reste anecdotique, sans parler des deux autres. Au terme de cet échange, on n'a pas avancé, pas changé de ligne, de position, juste raffermi dans ses positions. Dommage.

Histoire brève de l'écriture

Histoire brève de l'écriture

Sortie : 2015 (France). Essai

livre de Michel Melot

Raphmaj a mis 6/10.

Résumé : L’histoire de l’écriture n’est plus ce long fleuve tranquille qui prenait sa source au Moyen-Orient et coulait jusqu’à nos jours dans le lit de la langue. Les sciences exactes et les sciences humaines semblent s’être liguées pour faire sortir l’écriture de ses rives afin d’y faire entrer des catégories de signes indicibles. Préhistoriens, ethnologues, mathématiciens et graphistes sont les fers de lance de ces élargissements. Chaque photographie, reproduite à l’identique et à l’infini, est devenue un pictogramme en puissance et les codes numériques ne peuvent être lus que par des robots illettrés. L’écriture est un territoire ouvert à tous les vents. Devant tant de sortes de signes mémoriels, on ne peut qu’appeler "écriture" tout tracé destiné à être déchiffré, laissant hors du champ la part insoumise qui relève de l’imaginaire.

Annotation :

Une mise en forme à l'Actes Sud, verticale, mais trop court pour être décisif et ne pas survoler, certes mieux qu'un "Que sais-je" cependant.

Critique du jugement

Critique du jugement

Sortie : 19 mars 2015 (France). Essai

livre de Pascal Quignard

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Recueil de l'activité de Quignard comme critique.

Ravive
7.3

Ravive

Sortie : 20 octobre 2016 (France). Recueil de nouvelles

livre de Romain Verger

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Un homme, venu se ressourcer près de la mer, revit un épisode effrayant de son enfance. Un autre prend la route du Nouveau-Mexique pour rejoindre les hommes-soleil. Un vacancier assiste à d’étranges disparitions sur une plage bretonne. Un professeur en congé pour préparer un concours sombre dans la folie et se livre à tous les excès dans un Paris halluciné. Et si pour survivre à nos angoisses et à ce que nous avons fait du monde, nous devions aller au bout de notre humanité et renaître ? En perpétuel équilibre entre le grotesque et l’horreur, Romain Verger propose avec Ravive neuf récits ciselés comme autant d’explorations de la fin d’un monde, le nôtre, et du début d’un nouveau. Ravive peut se lire à la fois comme un recueil de nouvelles ou comme les expériences et les fictions d’un écrivain aux prises avec ses angoisses et son sentiment de perdition. Neuf nouvelles, neuf hommes en situation de basculement, qui forment évolution et qui ne sont pas si loin de ce que Nietzsche dit du dernier homme, le plus méprisable, et du surhomme. Les textes évoquent ces états-là, inhérents aux personnages et à cette menace sourde qui pèse sur eux, qu’elle soit écologique, organique ou psychique.

Annotation :

9 textes courts, qui sont à la fois nouvelles (fantastiques, horrifiques) et des récits poétiques (Maldoror, Aurora, La liberté ou l'amour, sauce Mandiargues). A lire pour le vertige.
https://lucienraphmaj.wordpress.com/2016/11/26/ravive-romain-verger/

Brouhaha
7.3

Brouhaha

Les mondes du contemporain

Sortie : 15 février 2016 (France). Essai

livre de Lionel Ruffel

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : En six stations qui sont autant de mots-clés du contemporain (exposition, médias, controverses, publication, institutionnalisation, archéologie), cet essai s’attache à décrire les transformations actuelles des formes culturelles et des visions de l’histoire.

Annotation :

L'analyse du "contemporain" tel qu'il se compose depuis les centre d'art, l'art en général, la littérature, et l'analyse d'Agamben. Tel est la trajectoire.

A travers les mondes pluriels de l'art on perçoit qu'en effet une partie de ce qui se nomme contemporain tend à abolir le mythe de le modernité comme rupture, comme référent absolu (d'où les "pré" et "post" moderne), au profit d'une approche où les temps et les époques nous sont contemporaines.
Une approche riche, par exemple sur la Littérature : par exemple notre époque serait celui de la littérature performée, en librairie, bibliothèque, en résidence, une littérature multicentrée, multisupport, non plus liée au seul livre, mais s'étend comme "Production" bien au-delà.

Blanchot dans son siècle

Blanchot dans son siècle

Sortie : 17 avril 2009 (France). Essai

livre de Collectif

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Un colloque de Cerisy de 2007, après celui de 2003.

On y lit une grande diversité d'approches (littéraire, philosophique, biographique, herméneutique, médicale, politique...). Avec plaisir ce colloque et ses participants marquent que la réception commence à se faire au-delà du cénacle, et que des usages nouveaux s'esquissent, des ouvertures, des nouvelles perspectives, par exemple ce médecin addictologue qui essaie de tirer de ses lectures de Blanchot un usage pour sa pratique.

Que veut dire hériter de Blanchot ? c'est retenir, différencier, risquer le pas-au-delà, lire encore, contre tous les préjugés qui menacent la pensée, et particulièrement cette pensée, qui, malgré sa radicalité, demande de se lire avec une patience, et une oreille pour la nuance qui correspond sûrement de moins en moins à nos temps médiatiques où l'économie de l'attention et la violence dominent.

Que d'ouvertures et de belles introductions à une pensée complexe qu'on commence à déployer et à faire fructifier.

Avant dire : Essais sur Blanchot

Avant dire : Essais sur Blanchot

Sortie : 21 janvier 2015 (France). Essai

livre de Michael Holland

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Je me sens assez proche de la lecture qu'entreprend Michael Holland, une lecture toute d'humilité et de précaution et surtout un lecture qui se fait en rêvant... Confession étonnante pour un universitaire. Mais à travers ces rêveries de fulgurantes coïncidences s'imposent à lui ("Le cantique des cantiques" et "Aminadab", "Nadja" et "L'arrêt de mort", Apolinnaire et De Quincey et "Au moment voulu").

Ce rassemblement d'essais récents est regroupé dans les sections : "fictions", "contre le nihilisme", "politique", "rencontres" et "envoi". Avec beaucoup de délicatesse M. Holland défait, interroge la pensée de Blanchot mais aussi les critiques qui lui sont adressées souvent avec ressentiment. Il en ressort des essais assez plaisants, n'arrêtant pas tant des conclusions qu'ils ne questionne profondément les textes de Blanchot et la position du critique.

Petit éloge des fantômes
7.2

Petit éloge des fantômes

Sortie : 1 septembre 2016 (France). Essai, Recueil de nouvelles

livre de Nathacha Appanah

Raphmaj a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : «Oh, je sais que Lili n’est pas vraiment là, que c’est mon esprit qui me "joue des tours" comme le dit le docteur C., mais pourquoi devrais-je arrêter ce réchauffement du corps, cet afflux de sang au cerveau, ce boum boum du cœur, ce fourmillement agréable dans les doigts, ce "ah te voilà" que je lui lance avec ma voix d’avant, ma voix claire de sœur? Pourquoi devrais-je refuser cette vie-là, que les autres appellent délire, fantômes, hallucinations mais qui est ma version à moi du vivant, du présent, du palpable, du survivable?»

Annotation :

Beaucoup de délicatesses dans ces 7 nouvelles qui évoquent les présences/absences des fantômes et comment leurs traces donnent forme à nos vies. Mort, ouragan, sommeil, amour, jonquilles vague, sont autant de figures étonnantes de ces fantômes.

"Je voulais écrire une série de récits et de nouvelles qui amènent non pas à faire un choix mais à apprivoiser (ou réapprivoiser) tous nos fantômes - les absences, les non-dits, l'enfance, les rêves, la mort, la trahison. Une façon de les regarder en face, de leur faire une place dans nos vies et, enfin, d'avancer."

Cité de verre
7.4

Cité de verre (1985)

City of Glass

Sortie : 1987 (France). Roman

livre de Paul Auster

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : Un auteur de série noire, Quinn, est éveillé au milieu de la nuit par un coup de téléphone qui ne lui était pas destiné : on demande un détective, un certain Paul Auster... Quinn, qui mène une vie errante, lestée d'un passé problématique, accepte le jeu consistant à être ce Paul Auster. Et le voilà lancé dans une aventure plus extravagante que toutes celles qu'il aurait pu imaginer. A la faveur de cette première faille de l'identité, le roman policier bifurque, et ce sont à la fois Kafka et Hitchcock que l'écrivain de L'Invention de la solitude convoque dans les détours de sa cité de verre...

Annotation :

Jeux de miroirs de verre : l'enquête que l'on suit est celle d'un écrivain de polar, usurpant par hasard l'identité d'un détective qui se trouve être en fait être non pas détective mais un écrivain, et qui plus est, pour le lecteur, l'homonyme de l'écrivain "réel" ("Paul Auster"), tout cela raconté par un autre écrivain qui ne se révélera qu'à la fin. Le livre est celui de cette impossible enquête qui approfondit en réalité le vertige des métadimensions enchassées qui se révèlent.
Aventure où se perdent l'esprit des différents personnages, disparaissant dans un grand mystère.
Il y a dans cette œuvre un mélange de fluidité et de complexité qui la rend fascinante, qui tient très bien sa ligne claire et sa ligne d'ombre.
Mais quand je pense au "Privé à Babylone" de Brautigan, pour l'enquête ratée, ou au "Jeu des perles de verre" pour les réalités fantastiques et de la grâce de l'intelligence mise au défi, je ne peux que reconnaître que ce livre est un peu pâle.

L'Étrange Bibliothèque
6.5

L'Étrange Bibliothèque (1983)

Sortie : 5 novembre 2015 (France). Recueil de nouvelles

livre de Haruki Murakami

Raphmaj a mis 6/10.

Résumé : Après Sommeil et Les Attaques de la boulangerie, une nouvelle totalement inédite, ou quand un jeune garçon naïf, une jeune fille muette et un mystérieux homme-mouton tentent de s'échapper d'une étrange bibliothèque labyrinthique. Et si le savoir était le plus grand danger ? Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale. Jusqu'ici, rien que de très banal, le garçon est scrupuleux, il rend toujours ses livres à l'heure. Cette fois, pourtant, c'est d'abord l'employée qui l'envoie dans une salle qu'il ne connaissait pas. C'est un vieil homme, ensuite, qui le mène par les méandres d'un labyrinthe dans ce qui semble bien être une prison. C'est un homme-mouton qui l'y attend, qui aimerait bien l'aider mais qui redoute le pouvoir du gardien des livres. Enfin, c'est une frêle jeune fille muette qui va l'aider à se libérer de cette bien étrange bibliothèque...

Annotation :

Une nouvelle de Murakami à ne lire déjà que d'un œil, pour s'épargner l'illustration, et puis tient, fermer les deux yeux pour s'éviter le désastre. Pourtant Murakami a déjà évoqué avec plus de délicatesse des "scènes de bibliothèques" qu'ici, où la bibliothèque devient le lieu du cauchemar du jeune protagoniste qui en restera traumatisé à vie.

N'aura-t-on le choix qu'entre l'idéalisme béat à la Neil Gaiman ou l'enfer des bibliothèques-prison ?

Mon zombie et moi
7.3

Mon zombie et moi (2010)

La philosophie comme fiction

Sortie : 2010. Essai, Culture & société

livre de Pierre Cassou-Noguès

Raphmaj a mis 7/10 et a écrit une critique.

Résumé : Que et où suis-je ? Après avoir revisité un certain nombre de positions classiques sur la nature et le statut du sujet (celle de Descartes notamment) et de réponses possibles à la question de savoir ce que je suis (une personne ? une machine ?), cette enquête développe une théorie originale fondée sur la notion de figures imaginaires. On y trouvera une façon nouvelle de faire de la philosophie, s'appuyant sur et passant par la fiction. Cette méthode est mise en oeuvre par l'analyse d'une série de figures tirées de la littérature, où sont convoqués des auteurs classiques comme Poe, Maupassant, Nerval, aussi bien que des écrivains de science-fiction comme Wells, Conan Doyle, Stapledon, Ph K Dick. S'y ajoutent d'originales fictions imaginées par l'auteur, qui deviennent autant de plans d'expérience philosophique : puis-je, au sens propre, perdre la tête ? être invisible ? intouchable ? habiter un tableau ? être fait de plusieurs morceaux ? Voici, autour de la question du sujet, un parcours par la fiction d'un pan de la philosophie aussi bien qu'un voyage philosophique à travers la science-fiction.

Annotation :

Beaucoup à dire. Il faut que je reprenne mes notes pour le chroniquer, mais ouvrage très stimulant.

Atlas du Japon : Après Fukushima, une société fragilisée
6.6

Atlas du Japon : Après Fukushima, une société fragilisée

Sortie : 14 mars 2012 (France). Culture & société

livre de Philippe Pelletier

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : Plus de 120 cartes pour comprendre les contrastes saisissants de cet archipel riche, complexe et varié. Après le séisme du 11 mars 2011, le Japon est-il encore une puissance industrielle et technologique de premier plan ? La Mégalopole, long ruban urbain de part et d'autre de Tokyo, rassemble les deux tiers des Japonais. Comment vivent-ils au quotidien ? La société japonaise, symptôme d'une postmodernité singulière et fascinante. Cet atlas met en lumière les tensions intérieures d'un pays habité par sa propre histoire mais ultramoderne, grand pollueur mais soucieux d'écologie, pacifique mais tenté par les démonstrations de puissance... Pour mieux appréhender ce Japon fragilisé par la catastrophe de Fukushima, un événement déjà ancré dans la mémoire collective.

Mes prix littéraires
7.7

Mes prix littéraires

Meine Preise

Sortie : mai 2010 (France). Récit

livre de Thomas Bernhard

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu’il a reçus, Thomas Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu’il fait le mieux : exercer sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens, personne n’est épargné par l’humour vengeur d’un auteur hypersensible à la médiocrité. Irrésistiblement méchant et drôle, il excelle aussi dans l’art de la miniature. Chaque récit est un joyau, et se lit comme une courte nouvelle. Derrière une apparente désinvolture, Bernhard interroge la nature de l’industrie littéraire et la vanité des distinctions honorifiques. Tout cela dans un style acéré et ironique à la fois – du grand art. Terminé en 1980, ce petit volume, resté pour des raisons obscures inédit du vivant de l’auteur, associe neuf récits de remises de prix et les discours de réception correspondants, poétiques et violents. On comprendrait presque pourquoi un certain ministre autrichien, à l’audition d’un de ces discours assassins, s’est retenu de justesse de frapper Bernhard...

Annotation :

Les évocations terribles des remises de tous les prix que Bernhard a obtenu ont tous ce rictus moqueurs si diablement enchanteurs.

Qui a peur des femmes photographes ?

Qui a peur des femmes photographes ?

De 1839 à 1945, L'album

Sortie : 14 octobre 2015 (France). Histoire, Essai, Culture & société

livre de Thomas Galifot, Ulrich Pohlmann et Marie Robert

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Catalogue officiel de l’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 » au musée de l’Orangerie et au musée d’Orsay. Les musées de l’Orangerie et d’Orsay présenteront en deux parties une exposition sur la contribution des femmes dans le développement et l’évolution de la photographie : Qui a peur des femmes photographes ? La première partie, qui se concentre sur les années 1839 à 1919, sera exposée au musée de l’Orangerie du 14 octobre 2015 au 24 janvier 2016 ; la seconde partie, des années 1918 à 1945, prendra place au musée d’Orsay du 13 octobre 2015 au 24 janvier 2016. S’appuyant sur des recherches nouvelles comme sur les nombreuses histoires de la photographie qui, depuis une quarantaine d’années, ont réévalué l’extraordinaire contribution des femmes au développement du medium, cette exposition et la publication qui l’accompagne sont les premières du « genre » en France. Le phénomène est en effet appréhendé à travers ses manifestations aussi bien en Europe – essentiellement en France, Grande-Bretagne et Allemagne – qu’aux États-Unis, de l’invention officielle de la photographie en 1839 jusqu’en 1945. Ouvrage coédité avec les musées d'Orsay et de l'Orangerie.

Annotation :

Catalogue de l'expo au Musée d'Orsay.

Roland Barthes. Album : Inédits, correspondances et varia

Roland Barthes. Album : Inédits, correspondances et varia

Sortie : 2015 (France). Biographie

livre de Roland Barthes

Raphmaj a mis 6/10.

Résumé : L’Album Roland Barthes réunit ce qui, de la vie et de l’œuvre, a été dispersé et recouvert par le Temps : inédits, images, documents, archives, lettres, toute cette matière multiple et volatile que la vie a soustraite à l’écriture, et que la célébration du centenaire de la naissance de Roland Barthes nous a conduit à exhumer et à mettre au jour.Le lecteur pourra ainsi parcourir, déchiffrer, approfondir cet univers de signes, et rêver sur l’envers ...

Annotation :

Je l'ai pris pour être tombé au hasard en l'ouvrant sur la correspondance Barthes-Blanchot. Alors bien sûr c'est du biographique et pas du biographème. Pour Barthes Blanchot on sent l'admiration réciproque puis la distance suite aux prises de positions politiques assez radicales de Blanchot.

Dans tout ça il y a pas mal de relations entre Barthes et ses contemporains à explorer.

Mais ça pose toujours cette question des "varia", des traces que l'on s'efforce à tout prix de garder, quand toute cette correspondance se voue à l'oubli, à l'oubli formidable des échanges qui s'abolissent dans leur fonction (car beaucoup d'échanges formels, de choses inessentielles).

Le Principe
7.1

Le Principe (2015)

Sortie : 4 mars 2015. Roman

livre de Jérôme Ferrari

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : Un jeune aspirant philosophe s’efforce, à travers les travaux du physicien allemand Werner Heisenberg, de prendre la mesure du mal du monde.

Annotation :

Le "principe", celui d'Heisenberg, d'indétermination ou d'incertitude. Car nous voilà dans un récit qui n'est ni une biographie, ni un essai, qui est soit trop court pour la réflexion soit trop long pour figer l'essentiel (un poème aurait suffit, un poème de trois pages sur le désastre).

Il y aurait mille liens à tisser, mille philosophie à évoquer pour donner consistance à cette évocation d'Heisenberg. Mais non. On est dans un entre deux mi-ceci mi-cela. Même l'écriture est affectée : ce n'est jamais mal écrit, vraiment, mais ça ne nous emmène pas ailleurs, dans cet ailleurs que la langue des écrivains savent conjurer au sein des mots ordinaires.

Vraiment je ne sais pas quoi penser, à part que la lecture en fut agréable mais rapide, vaporeuse, à l'image peut-être de la figure presque idéelle, filiforme, naïve que fut - apparemment (car je ne connais pas le personnage) - Heisenberg.

Quand on aborde les remerciements de fin, on s'étonne de voir le travail fourni par Ferrari, travail d'enquête, rencontre de la famille, etc. D'aucuns diront qu'il a sublimé toute cette matière en son roman, d'autres diront que tout s'est volatilisé dans une épure de vie, une fiche Wikipédia mieux écrite que d'ordinaire.

Ce qui est perdu
7.5

Ce qui est perdu

Sortie : août 2006 (France). Roman

livre de Vincent Delecroix

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Il existe plusieurs moyens de se remettre d'une rupture. Le meilleur, incontestablement, est d'écrire une biographie de Kierkegaard, un philosophe mélancolique qui n'eut qu'un seul amour, le perdit volontairement et ne cessa, dès lors, de lui parler à travers ses livres. On peut aussi conduire un minibus rempli de touristes danois. Ou aller chez le coiffeur, mais pas n'importe lequel : un coiffeur érudit, pudique, si possible peintre. Ou encore raconter des histoires pour conjurer la perte et se débarrasser des spectres.En essayant de retrouver ce qui est perdu, on apprendra en outre : pourquoi il y a des épis de maïs grillés trop salés à la station La Chapelle, comment un chat noir peut devenir blanc, comment égarer sa femme en forêt, comment on devient lanceur de javelot, pourquoi il est nécessaire de se faire couper les cheveux quand on a l'âme en peine, quelle conduite adopter quand on se jette de la tour Eiffel, pourquoi le Triton a finalement abandonné Agnès, pourquoi on écrit des livres, pourquoi un célibataire est nécessairement condamné à la ruine financière, ce qu'est la Loi Schéhérazade, et bien d'autres choses encore.

Annotation :

Tenter d'écrire une nouvelle bio de Kierkegaard pour surmonter un chagrin d'amour. Idée insensée sur un amour perdu, le roman (autofictionnel, c'est le bémol, que diable s'est-il amusé à glisser son nom sur ce personnage de looser) développe la mélancolie avec ce double caractère que soulignait Kierkegaard dans les "Dipsalmata" : "le mélancolique a souvent le sens du comique, et le fastueux, de l'idyllique, le débauché a d'ordinaire le sens du moral, et le sceptique est fréquemment un esprit religieux".
Car si la mélancolie innerve tout le livre, tous les épisodes racontés sont d'une exquise fraîcheur, passant du coiffeur au vendeur de maïs en passant par les balades en bus de touristes danois.
Si ce n'est peut-être la fin, et encore, le reste est beau sur ce rapport compliqué à la perte.

Le Bal des ardents
5.9

Le Bal des ardents (2016)

Sortie : 16 septembre 2016. Roman

livre de Fabien Clouette

Raphmaj a mis 8/10.

Résumé : Pour qui danse le Bal des ardents ? Cela fait plusieurs années que le roi n’a pas fait d’apparition publique et le bruit court qu’il est mort. Sur le port de commerce, en pleine saison des carnavals, la colère gronde : ce renversement symbolique mènera ses habitants à la révolution. Fabien Clouette nous plonge dans un embrasement populaire et suit le destin de Danvé, Levant et Yasen lors de cette journée de soulèvement. Le Bal des ardents se présente comme un roman historique sur un fait imaginaire, une fiction brillante sur le pouvoir et la fabrique de l’histoire. L’action du Bal des ardents se déroule le temps d’une journée. Ce jour, on pourrait le placer sur une frise chronologique. D’ailleurs, dans les livres d’Histoire, le « Bal des ardents », aussi appelé « Bal des sauvages », est une date : le 28 janvier 1393, Charles VI et quelques nobles prennent feu en plein charivari. C’est une date de l’histoire du royaume de France qui fonctionne ici comme une métaphore du carnaval du pouvoir, du désordre, de l’inversion des valeurs, de la danse macabre, de la révolution folle et en feu. Le présent roman ne raconte rien de cet événement historique précis de la France médiévale, mais il reprend la charge symbolique et imaginaire qui fait d’un jour de révolution un événement, au passé comme au présent, ici comme ailleurs. Car nous chantons les sons des orages sans bruit.

Annotation :

Pas un récit quoique l'horizon ardent soit présent, mais une langue, une révolution à chaque phrase, une montée de la révolution comme une montée des eaux, jusqu'au bouleversement terrible des jours de révoltes et de répression sauvage.
A lire pour le défi du style.
https://lucienraphmaj.wordpress.com/2016/11/01/le-bal-des-ardents-fabien-clouette/

Gravé sur chrome
7.2

Gravé sur chrome

Burning Chrome

Sortie : 1986 (France). Roman, Recueil de nouvelles

livre de William Gibson

Raphmaj a mis 7/10.

Résumé : C'est un monde crépitant et précipité, ivre et bariolé. saturé de drogues synthétiques, d'informations truquées, de rebuts technologiques. On y trafique de tout: secrets militaires et tranches de silicium, hallucinations et gènes mutants, espoir et oubli... C'est un monde de merveilles et de folie, qui ressemble tellement au nôtre... Neuf nouveles, neuf visions éléctriques d'un futur enfiévré, immergé dans les murmures bruissants de la technologie, comme un constant bruit de fond subliminal.

Annotation :

Recueil de nouvelles comprenant les 3 de la Conurb : "Johny Mnemonic", "Fragments de rose en hologramme", "Gravé sur Chrome".
Les nouvelles de Gibson s'éloignent du 1 nouvelle, 1 idée, 1 retournement. On est lâché dans un univers d'une familière étrangeté et l'histoire fait exister de plus en plus cet univers à l'aide d'idées puissantes (comme celle des "porteurs de mémoires" de Johny Mnemonic) qui tiennent sans que le récit s'y attarde beaucoup (comme si ce genre de principe révolutionnaire pour le rapport au souvenir, à la mémoire, à l’humanité était connue et acceptée et ne méritait de longues digressions).
Il y a aussi regroupé d'autres nouvelles, à 4 mains.

Apprendre à vivre enfin
7.5

Apprendre à vivre enfin

Sortie : 20 janvier 2005 (France). Récit

livre de Jacques Derrida

Raphmaj a mis 7/10.

Annotation :

Dernier entretien de Derrida au Monde avant sa mort en 2004.
Comparé au livre explicatif de Salanskis lu précédemment, ce court entretien restitue bien mieux, avec une clarté exemplaire qui ne revient jamais sur l'exigence de complexité qui est celle de la pensée de Derrida.
La mort à l'oeuvre, telle a aussi été la leçon d'écriture de Derrida.