Carnet de lectures 2016

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157 livres

par Raphmaj

En partance vers cet ailleurs fait de littérature, de poésie, de philosophie, d'essais.
Étapes de l’odyssée de l'esprit :
En 2014 : http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2014/365505
En 2015 : http://www.senscritique.com/liste/Carnet_de_lectures_2015/724006

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    Sortie : août 1989. Roman.

    Livre de Julien Gracq

    Les "Préférences" de Gracq sont claires : contre la technique, la préférence pour ceux qui ne cherchent qu'à traduire un mouvement de l'âme, une attention au réel tel qu'il se transforme en rêverie, rêverie qui est accès à l'intensité du monde (et non pas son affadissement comme on peut l'imaginer).

    Ce recueil de publications critiques de Gracq en 1960 comporte à la fois des études d'écrivains (Lautréamont, Poe, Jünger, Kleist, Chateaubriand, Racine, etc.) et des textes plus théoriques : "Les Yeux bien ouverts" (émission de radio) et "Pourquoi la littérature respire mal".

    J'extrais de celle-ci cette analyse : la spécificité moderne de la littérature est non sa rupture avec les traditions, car les ruptures n'ont pas supprimé les autres "courants" littéraires traditionnels : "les lecteurs lisent à la fois les ouvrages critiques de M. Blanchot, qui annoncent l'Apocalypse, et les romans de Mme Sagan, qui ne la manifestent pas...".
    Ce qui ne pouvait que me faire sourire et m'a amené à la réflexion : y-a-t-il des lecteurs de F. Sagan & en même temps de Blanchot comme le dit Gracq ? Si j'avais en main SensCritique ou Babelio je m'amuserai à faire des requêtes complètes. A mon humble niveau d'investigation il semble que ceux qui lisent Sagan ne lisent pas Blanchot (et pour cause Sagan continue d'être lue, tandis que Blanchot, malgré une reprise de l'intérêt universitaire, n'a jamais été très populaire au-delà des facs de Lettres) et que ceux qui lisent Blanchot notent assez mal les livres de F Sagan.

    La critique gracquienne, privilégiant l'émotion en plein structuralisme, est réjouissante et percutante sur les auteurs qu'il affectionne.
  • Nos bébés-pélicans

    Sortie : 2003. Roman.

    Livre de Manuela Draeger

    Je reste absolument fan des écrits de Manuela Draeger qui sont d'une fantaisie, d'une poésie, d'une tendresse bouleversante. Ici, le défi est de faire naître des oeufs de pélicans pour que les bébés-pélicans trouvent leur raison d'être, on retrouve toujours avec plaisir les personnages particuliers de cet univers arctique, avec son temps particulier, ses amours de chauves-soubises et autres délicatesses.
  • Adar (2016)

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Maheva Stephan-Bugni, Anne-Sylvie Salzman, Luvan

    C'est une sorte de post-post-exotisme. Un exercice de style et un hommage en forme de cathédrale effondrée, d'hybridation d'imaginaires assez réjouissant.

    12 nouvelles pour 12 écrivains de SFF alternative ayant composé à partir de 12 dessins de Stéphane Perger, une histoire autour de la ville imaginaire de Yirminadingrad, inventée à l'origine par Léo Henry et feu Jacques Mucchielli dans "Yama Loka Terminus".

    Sans savoir "qui" on lit, on traverse des écritures, des sensibilités qui chacune apporte la résonnance dans leur espace de création à cette ville des confins des Balkans, une peu khazare, un peu russe, surtout métisse et impitoyable.
    Bien sûr l'intensité varie d'une lecture à l'autre, et l'exercice imposé de faire la nouvelle à partir du dessin a-t-il bridé ou exhaussé la créativité des auteurs ? On se le demande.
  • Poésie du gérondif (2014)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Jean-Pierre Minaudier

    Si Gotlieb faisait de la grammaire.

    Un livre passionnant d'un autodidacte, saisi par le démon de la passion des langues et de leur grammaire comme d'autres sont pris du démon de midi. On parcourt avec aisance et délice les flexions incroyables de l'esprit qui dans le langage, tord le temps, conjugue noms et verbes, résiste au lamento des disparitions, brûle le palais de consonnes, trille comme un oiseau, s'agence comme mille plateaux.
  • Moderne sans être occidental (2016)

    Sortie : . Culture & société, histoire et essai.

    Livre de Pierre-François Souyri

    La Modernité est le totem qui ne cesse d'être attaqué, fracturé comme élément de rupture entre les anciens/les modernes (Latour), l'Orient/l'Occident (Souyri), entre la modernité et une "post-modernité" (Ruffel).

    Prenant le cas de la modernisation du Japon au 19e et 20e siècle, ce livre pointe que les éléments que l'on présente comme ceux de la modernité occidentale sont déjà présents chez les Tokugawa (instruction, développement économique et technique...), que les "Lumières japonaises" (bunmei kaika) ont une réalité propre, et que la modernité japonaise puise autant chez Rousseau que dans les Classiques chinois, ou que l'on peut trouver trace d'un certain féminisme dans le shintô. Et puis cette modernisation a aussi ses figures de résistances et ses violences comme partout (et aussi, c'est un des traits connus, la modernisation au Japon s'est faite rapidement (1910's) contre l'Occident, pour la Nation : "âme japonaise / technique occidentale").

    L'histoire complexifie ces lignes de partage posée par l'idéologie qui assimile la modernité à l'occident, et le Japon est l'exemple peut-être extrême de l'entremêlement de motifs, de dynamiques qui montrent à quel point cette grille de lecture est périmée et correspond largement à un fantasme, quand on peut lire la modernité comme "tradition du refus" face, précisément, à la modernisation...
  • Le futurisme de l'instant

    Sortie : 2009. Essai.

    Livre de Paul Virilio

    Virilio écrit en majuscule des mots-valises-concept : GEOCIDE, COSMOTHEISME, GLOBALITARISME, etc. ça m'agace. Crier comme ça, et penser qu'une volte suffit à penser. On schématise, on retient ce qui va dans le sens de sa thèse (que l'on s'abstient de développer clairement), et on exagère pour pointer le système actuel (ce qui a des vertus comme chez Anders et Baudoin de Baudinat) : que des flux, plus d'Etat, mondialisée parachevée et surmondialisée, désurbanisée, verticalisée, déracinée, désolidarisée.

    "Passé, présent, futur se concentrent dans l'instant omniprésent" (p.70). Cet "intemporain", pardon : "INTEMPORAIN", a quelque chose du "contemporain" conceptualisé par Agamben dans sa célèbre conférence et que Ruffel analyse dans son "Brouaha" (2016). Mais Virilio l'interprète comme un pur négatif, quand Ruffel s'accomode de la "leçon de ténèbre" de notre siècle dans ce qu'il a d'ouverture des possibles.
  • L'accident originel

    Sortie : . Essai.

    Livre de Paul Virilio

    L'accident est universel, car l'accident c'est ce qui arrive. Il faut pour notre période contemporain, faire un "Musée de l'accident", conservant la mémoire de cette période d'accidents accrus (plus de vitesse, donc plus d'accidents) :
    "Un trait, entre tous distinctif, oppose la civilisation contemporaine à celles qui l'on précédée : la vitesse". Cette parole n'est pas de Virilio mais de Marc Bloch...

    C'était l'objet de l'exposition à la fondation Cartier sous la direction de P. Virilio dont il déploie ici les possibles. Des accidents en tous les sens
  • Juste ciel

    Sortie : . Roman.

    Livre de Éric Chevillard

    Albert Moindre est mort, où est-il ? Dans le Purgatoire ? Surplombant la Terre et ses habitants, il parcourt tous les détails de sa vie, des conséquences de tous ses actes, il envisage le parcourt de tous les vivants qu'il a croisé, doué d'une ubiquité cependant coupée de tout sens, puisque sans sentiment, sans chair. A moins que tout cela ne soit dans sa tête, simple hallucination liée à un état de coma...
    Belle réinvention de Chevillard du fantomatique et de l'impossibilité de mourir, avec un humour toujours vertigineux et délicat.
  • Volodine etc

    Sortie : . Essai.

    Livre de Collectif

    Colloque de Cerisy sur Volodine sous le patronage de L. Ruffel et F. Detue et tous les auteurs du post-exotisme. Cependant les participants parlent davantage de Volodine, de temps en temps Bassmann, moins de Draeger et très peu de Kronauer.
    Le témoignage de la réception russophone de Volodine est frappant sur la difficulté de ce que Kundera nommerait une "illusion lyrique" face à cette "variante chamanique du bolchevisme" que se veut être le post-exotisme. Car pour ceux qui ont vécu la terreur et les exactions du bolchévisme, la romantisation de l'utopie a du mal à passer.
    Les interventions sur les dispositifs de fictions, sur la politique et l'utopie, sur les différents types d'onirisme à l’œuvre, révèle la richesse des œuvres qui loin de ressasser le même schéma, ne cesse de différer, d'inventer, de se réinventer, au sein d'un même univers, limité, concentré, concentrationnaire, prisonnier et cauchemardesque.
    Un beau colloque de Cerisy.
  • Proust et le calamar

    Sortie : . Vie pratique.

    Livre de Maryanne Wolf

    Introduction par Stiegler où il déploie sa théorie des rétentions primaires (perceptions), secondaires (mémoire, passé) et tertiaires (l'écriture), et la "disruption" contemporaire (innovation, exosomatisation).

    Maryanne Wolf présente sous l'angle des neurosciences l'apprentissage de la lecture (des origines à aujourd'hui) et le développement spécifique du cerveau avec la lecture. "Nous ne sommes pas nés pour lire", le cerveau doit se spécialiser a posteriori pour cette activité grâce à la plasticité neuronale. Enfin l'ouvrage traite de la dyslexie, c'est à dire de ce que nous apprenons de la lecture à partir d'un trouble de cette lecture.
    Un entretien entre Wolf et Stiegler clot le volume, entretien qui marque les convergences et les points où les lectures divergent.
  • Un cerveau très prometteur

    Sortie : . Essai.

    Livre de Francis Brunelle et Jean-Michel Besnier

    Très décevante discussion entre un neuroscientifique, un philosophe, un coach en entreprise et une éditrice. C'est le discours neuroscientifique qui reste l'étalon, et le philosophe (le souvent intéressant JM Besnier) reste anecdotique, sans parler des deux autres. Au terme de cet échange, on n'a pas avancé, pas changé de ligne, de position, juste raffermi dans ses positions. Dommage.
  • Histoire brève de l'écriture

    Sortie : 2015. Essai.

    Livre de Michel Melot

    Une mise en forme à l'Actes Sud, verticale, mais trop court pour être décisif et ne pas survoler, certes mieux qu'un "Que sais-je" cependant.
  • Critique du jugement

    Sortie : . Essai.

    Livre de Pascal Quignard

    Recueil de l'activité de Quignard comme critique.
  • Ravive

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Romain Verger

    9 textes courts, qui sont à la fois nouvelles (fantastiques, horrifiques) et des récits poétiques (Maldoror, Aurora, La liberté ou l'amour, sauce Mandiargues). A lire pour le vertige.
    https://lucienraphmaj.wordpress.com/2016/11/26/ravive-romain-verger/
  • Brouhaha

    Sortie : . Essai.

    Livre de Lionel Ruffel

    L'analyse du "contemporain" tel qu'il se compose depuis les centre d'art, l'art en général, la littérature, et l'analyse d'Agamben. Tel est la trajectoire.

    A travers les mondes pluriels de l'art on perçoit qu'en effet une partie de ce qui se nomme contemporain tend à abolir le mythe de le modernité comme rupture, comme référent absolu (d'où les "pré" et "post" moderne), au profit d'une approche où les temps et les époques nous sont contemporaines.
    Une approche riche, par exemple sur la Littérature : par exemple notre époque serait celui de la littérature performée, en librairie, bibliothèque, en résidence, une littérature multicentrée, multisupport, non plus liée au seul livre, mais s'étend comme "Production" bien au-delà.
  • Blanchot dans son siècle

    Sortie : . Essai.

    Livre de Collectif

    Un colloque de Cerisy de 2007, après celui de 2003.

    On y lit une grande diversité d'approches (littéraire, philosophique, biographique, herméneutique, médicale, politique...). Avec plaisir ce colloque et ses participants marquent que la réception commence à se faire au-delà du cénacle, et que des usages nouveaux s'esquissent, des ouvertures, des nouvelles perspectives, par exemple ce médecin addictologue qui essaie de tirer de ses lectures de Blanchot un usage pour sa pratique.

    Que veut dire hériter de Blanchot ? c'est retenir, différencier, risquer le pas-au-delà, lire encore, contre tous les préjugés qui menacent la pensée, et particulièrement cette pensée, qui, malgré sa radicalité, demande de se lire avec une patience, et une oreille pour la nuance qui correspond sûrement de moins en moins à nos temps médiatiques où l'économie de l'attention et la violence dominent.

    Que d'ouvertures et de belles introductions à une pensée complexe qu'on commence à déployer et à faire fructifier.
  • Avant dire : Essais sur Blanchot

    Sortie : . Essai.

    Livre de Michael Holland

    Je me sens assez proche de la lecture qu'entreprend Michael Holland, une lecture toute d'humilité et de précaution et surtout un lecture qui se fait en rêvant... Confession étonnante pour un universitaire. Mais à travers ces rêveries de fulgurantes coïncidences s'imposent à lui ("Le cantique des cantiques" et "Aminadab", "Nadja" et "L'arrêt de mort", Apolinnaire et De Quincey et "Au moment voulu").

    Ce rassemblement d'essais récents est regroupé dans les sections : "fictions", "contre le nihilisme", "politique", "rencontres" et "envoi". Avec beaucoup de délicatesse M. Holland défait, interroge la pensée de Blanchot mais aussi les critiques qui lui sont adressées souvent avec ressentiment. Il en ressort des essais assez plaisants, n'arrêtant pas tant des conclusions qu'ils ne questionne profondément les textes de Blanchot et la position du critique.
  • Petit éloge des fantômes

    Sortie : . Essai et recueil de nouvelles.

    Livre de Nathacha Appanah

    Beaucoup de délicatesses dans ces 7 nouvelles qui évoquent les présences/absences des fantômes et comment leurs traces donnent forme à nos vies. Mort, ouragan, sommeil, amour, jonquilles vague, sont autant de figures étonnantes de ces fantômes.

    "Je voulais écrire une série de récits et de nouvelles qui amènent non pas à faire un choix mais à apprivoiser (ou réapprivoiser) tous nos fantômes - les absences, les non-dits, l'enfance, les rêves, la mort, la trahison. Une façon de les regarder en face, de leur faire une place dans nos vies et, enfin, d'avancer."
  • Cité de verre (1987)

    City of Glass

    Sortie : 1987. Roman.

    Livre de Paul Auster

    Jeux de miroirs de verre : l'enquête que l'on suit est celle d'un écrivain de polar, usurpant par hasard l'identité d'un détective qui se trouve être en fait être non pas détective mais un écrivain, et qui plus est, pour le lecteur, l'homonyme de l'écrivain "réel" ("Paul Auster"), tout cela raconté par un autre écrivain qui ne se révélera qu'à la fin. Le livre est celui de cette impossible enquête qui approfondit en réalité le vertige des métadimensions enchassées qui se révèlent.
    Aventure où se perdent l'esprit des différents personnages, disparaissant dans un grand mystère.
    Il y a dans cette œuvre un mélange de fluidité et de complexité qui la rend fascinante, qui tient très bien sa ligne claire et sa ligne d'ombre.
    Mais quand je pense au "Privé à Babylone" de Brautigan, pour l'enquête ratée, ou au "Jeu des perles de verre" pour les réalités fantastiques et de la grâce de l'intelligence mise au défi, je ne peux que reconnaître que ce livre est un peu pâle.
  • L'Étrange Bibliothèque

    Sortie : . Recueil de nouvelles.

    Livre de Haruki Murakami

    Une nouvelle de Murakami à ne lire déjà que d'un œil, pour s'épargner l'illustration, et puis tient, fermer les deux yeux pour s'éviter le désastre. Pourtant Murakami a déjà évoqué avec plus de délicatesse des "scènes de bibliothèques" qu'ici, où la bibliothèque devient le lieu du cauchemar du jeune protagoniste qui en restera traumatisé à vie.

    N'aura-t-on le choix qu'entre l'idéalisme béat à la Neil Gaiman ou l'enfer des bibliothèques-prison ?
  • Mon zombie et moi (2010)

    Sortie : 2010. Essai et culture et société.

    Livre de Pierre Cassou-Noguès

    Beaucoup à dire. Il faut que je reprenne mes notes pour le chroniquer, mais ouvrage très stimulant.
  • Mes prix littéraires

    Meine Preise

    Sortie : mai 2010. Récit.

    Livre de Thomas Bernhard

    Les évocations terribles des remises de tous les prix que Bernhard a obtenu ont tous ce rictus moqueurs si diablement enchanteurs.
  • Qui a peur des femmes photographes ?

    Sortie : . Essai, culture et société et histoire.

    Livre de Thomas Galifot, Ulrich Pohlmann et Marie Robert

    Catalogue de l'expo au Musée d'Orsay.
  • Roland Barthes. Album : Inédits, correspondances et varia

    Sortie : 2015. Biographie.

    Livre de Roland Barthes

    Je l'ai pris pour être tombé au hasard en l'ouvrant sur la correspondance Barthes-Blanchot. Alors bien sûr c'est du biographique et pas du biographème. Pour Barthes Blanchot on sent l'admiration réciproque puis la distance suite aux prises de positions politiques assez radicales de Blanchot.

    Dans tout ça il y a pas mal de relations entre Barthes et ses contemporains à explorer.

    Mais ça pose toujours cette question des "varia", des traces que l'on s'efforce à tout prix de garder, quand toute cette correspondance se voue à l'oubli, à l'oubli formidable des échanges qui s'abolissent dans leur fonction (car beaucoup d'échanges formels, de choses inessentielles).
  • Le Principe (2015)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jérôme Ferrari

    Le "principe", celui d'Heisenberg, d'indétermination ou d'incertitude. Car nous voilà dans un récit qui n'est ni une biographie, ni un essai, qui est soit trop court pour la réflexion soit trop long pour figer l'essentiel (un poème aurait suffit, un poème de trois pages sur le désastre).

    Il y aurait mille liens à tisser, mille philosophie à évoquer pour donner consistance à cette évocation d'Heisenberg. Mais non. On est dans un entre deux mi-ceci mi-cela. Même l'écriture est affectée : ce n'est jamais mal écrit, vraiment, mais ça ne nous emmène pas ailleurs, dans cet ailleurs que la langue des écrivains savent conjurer au sein des mots ordinaires.

    Vraiment je ne sais pas quoi penser, à part que la lecture en fut agréable mais rapide, vaporeuse, à l'image peut-être de la figure presque idéelle, filiforme, naïve que fut - apparemment (car je ne connais pas le personnage) - Heisenberg.

    Quand on aborde les remerciements de fin, on s'étonne de voir le travail fourni par Ferrari, travail d'enquête, rencontre de la famille, etc. D'aucuns diront qu'il a sublimé toute cette matière en son roman, d'autres diront que tout s'est volatilisé dans une épure de vie, une fiche Wikipédia mieux écrite que d'ordinaire.
  • Ce qui est perdu

    Sortie : août 2006. Roman.

    Livre de Vincent Delecroix

    Tenter d'écrire une nouvelle bio de Kierkegaard pour surmonter un chagrin d'amour. Idée insensée sur un amour perdu, le roman (autofictionnel, c'est le bémol, que diable s'est-il amusé à glisser son nom sur ce personnage de looser) développe la mélancolie avec ce double caractère que soulignait Kierkegaard dans les "Dipsalmata" : "le mélancolique a souvent le sens du comique, et le fastueux, de l'idyllique, le débauché a d'ordinaire le sens du moral, et le sceptique est fréquemment un esprit religieux".
    Car si la mélancolie innerve tout le livre, tous les épisodes racontés sont d'une exquise fraîcheur, passant du coiffeur au vendeur de maïs en passant par les balades en bus de touristes danois.
    Si ce n'est peut-être la fin, et encore, le reste est beau sur ce rapport compliqué à la perte.
  • Le Bal des ardents

    Sortie : . Roman.

    Livre de Fabien Clouette

    Pas un récit quoique l'horizon ardent soit présent, mais une langue, une révolution à chaque phrase, une montée de la révolution comme une montée des eaux, jusqu'au bouleversement terrible des jours de révoltes et de répression sauvage.
    A lire pour le défi du style.
    https://lucienraphmaj.wordpress.com/2016/11/01/le-bal-des-ardents-fabien-clouette/
  • Gravé sur chrome

    Burning Chrome

    Sortie : 1986. Roman et recueil de nouvelles.

    Livre de William Gibson

    Recueil de nouvelles comprenant les 3 de la Conurb : "Johny Mnemonic", "Fragments de rose en hologramme", "Gravé sur Chrome".
    Les nouvelles de Gibson s'éloignent du 1 nouvelle, 1 idée, 1 retournement. On est lâché dans un univers d'une familière étrangeté et l'histoire fait exister de plus en plus cet univers à l'aide d'idées puissantes (comme celle des "porteurs de mémoires" de Johny Mnemonic) qui tiennent sans que le récit s'y attarde beaucoup (comme si ce genre de principe révolutionnaire pour le rapport au souvenir, à la mémoire, à l’humanité était connue et acceptée et ne méritait de longues digressions).
    Il y a aussi regroupé d'autres nouvelles, à 4 mains.
  • Apprendre à vivre enfin

    Sortie : . Récit.

    Livre de Jacques Derrida

    Dernier entretien de Derrida au Monde avant sa mort en 2004.
    Comparé au livre explicatif de Salanskis lu précédemment, ce court entretien restitue bien mieux, avec une clarté exemplaire qui ne revient jamais sur l'exigence de complexité qui est celle de la pensée de Derrida.
    La mort à l'oeuvre, telle a aussi été la leçon d'écriture de Derrida.