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  • « Chacun de nous a son passé renfermé en lui, comme les pages d'un vieux livre qu'il connaît par cœur, mais dont ses amis pourront seulement lire le titre. » - Mes 49 lectures en 2016

« Chacun de nous a son passé renfermé en lui, comme les pages d'un vieux livre qu'il connaît par cœur, mais dont ses amis pourront seulement lire le titre. » - Mes 49 lectures en 2016

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50 livres

par EvyNadler

Avec toujours de petites annotations (ou critiques) pour vous pousser à lire une superbe trouvaille ou, au contraire, vous en dissuader.
Je ne mettrai ici aucune nouvelle, elles seront toutes condensées dans une autre liste. Nous ne partagerons ici que des romans.

Citation & photo de couverture : Virginia Woolf

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  • L'Excessive

    Sortie : 2010. Roman.

    Livre de Alexandra Lapierre

    Janvier 2016

    L'Excessive raconte l'histoire d'Elizabeth Chudleigh, qui partie de quasiment rien deviendra celle dont tout le monde parle en Europe, et dont la vie sera remplie de défis à la hauteur de sa personnalité extravagante et résolument féministe. Grande figure de la haute noblesse du 18ème siècle, la Duchesse de Kingston vécut une vie faite d’apparats, d'hommes, d'argent et de scandales, avant de trépasser doucement dans son sommeil, à l'aube de la Révolution en 1788. Une date symbolique, pour une femme qui n'a cessé de narguer le destin de toutes ses formes de liberté.

    Alexandra Lapierre, auteure française à succès, mélange documentations historiques et reconstitution romanesque pour livrer au lecteur le portrait haut en couleur de cette amie des plus grands aristocrates d'Europe, dont la vie fut encore plus palpitante qu'un livre n'aurait pu le concevoir.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/L_Excessive/critique/78910989
  • Nos séparations (2008)

    Sortie : . Roman.

    Livre de David Foenkinos

    Janvier 2016

    David Foenkinos nous raconte la vie amoureuse de Fritz, un salarié de Larousse rêvant d'une vie de vendeur de cravates, à travers ses différentes conquêtes et surtout sa plus enrichissante, celle d'Alice. Ecrit à la première personne, Nos séparations (titre fictif d'un des livres du livre, mise en abîme discrète) nous livre une partition doucereuse et guillerette de ce que peut être l'amour déchu après le temps des premières roucoulades, quand le feu sacré qui brûle nos cœurs passionnés se transforme lentement en braise sous la pluie. Le bonheur absolu fait place à la déception, la déception à l'ennui, l'ennui à la douleur et la douleur au renouveau de l'amour, comme une aventure cyclique où tous les coups du cœur sont permis. Nos séparations parle d'un faiseur de définitions incapable de définir l'amour. L'idée est superbe.

    Le livre de chevet typique dont tout le monde tire des sensations différentes. Le personnage central, infidèle et incapable de se stabiliser, est attachant et ses contradictions permettent de se reconnaître en lui.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Nos_separations/critique/80501027
  • Le Livre de ma mère

    Sortie : 1954. Biographie.

    Livre de Albert Cohen

    Janvier 2016

    Le livre de ma mère n'est pas seulement émouvant parce qu'il nous renvoie notre propre histoire à la figure (bien que l'auteur nous parle directement par endroit et à la toute fin, mettant en relief sa déclaration), il tient du génie car il allie l'émotion pure, intacte, cristalline de reflets du passé incroyablement pleins de vie mais tronqués par le temps, et un style très audacieux et affirmé, fait d'adjectifs et d'anaphores, qui captent totalement, en nous, le lecteur sensible comme le lecteur amoureux de littérature. Ce talent certain à décliner des banalités de vie pour en faire de véritables partitions où chaque détail est unique est une prouesse exceptionnelle, d'autant plus lorsque l'on sait qu'il pense chacun des mots qu'il emploie. Cette répétition à l'excès, par la forme comme par le mot en question ("Ma mère morte", etc) donne une dimension tragique à sa délivrance rapidement désamorcée par les mots d'amour très forts qu'il prononce, une reconnaissance de tous les instants. L'amour perché dans la nostalgie se marie à la réalité écrasante et implacable.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Le_livre_de_ma_mere/critique/40068246
  • L'Ingénu (1767)

    Sortie : 1767. Conte.

    Livre de Voltaire

    Janvier 2016

    Très intéressant, notamment les chapitres où L'ingénu devient un véritable érudit et toute sa métamorphose de manière générale, la patte de Voltaire sur la religion est absolument indispensable à lire. Après, le principal souci du livre réside dans le style très écrasant de l'auteur, ou plutôt le manque de style qui nous donne tout le temps à réfléchir et comprendre plus qu'à être emporté par les mots. Cette brutalité dans la lecture est d'autant plus navrante que L'Ingénu est à relire plusieurs fois, pour en déceler toutes les idées.
  • Bonjour tristesse (1954)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Françoise Sagan

    Janvier 2016

    Françoise Sagan avait compris, alors qu'elle n'avait même pas vingt ans, toute l'envergure des sentiments qu'elle éprouvait et que pouvait éprouver ses proches lorsqu'elle écrivit Bonjour tristesse. Un portrait de jeune femme où la contemplation lascive des adolescents découvre le sens de l'humain. En dehors du succès commercial et sociétal du roman par la suite, il reste de Bonjour Tristesse un écrit extrêmement mature et dense, où la simplicité de lecture ne doit jamais faire oublier l'essentiel : l'instabilité des sentiments. Il n'est question que de ce rapport périssable dans ce livre d'une douce et rare justesse quand on parle des amours. Il est question d'un père et de sa fille, d'une fille et de son père, et tout porte sur la perception que l'on a de la réalité. Bonjour Tristesse est incroyable pour une seule raison qui surpasse toutes les autres ; c'est un roman qui retranscrit, à la virgule près, au moindre petit frissonnement près, la totale incohérence que peuvent avoir nos émotions sur tout ce qui fait de nous des êtres uniques.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Bonjour_tristesse/critique/34438544
  • Le Lion (1958)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joseph Kessel

    Février 2016

    La force du roman de l'auteur de Belle de jour et des Cavaliers est l'immersion progressive du lecteur dans le récit. Par le biais d'un narrateur interne complètement étranger à l'environnement qui lui est présenté, Kessel met son personnage principal et le lecteur sur un même pied d'égalité. Le Lion ne raconte pas seulement la relation pure et privilégiée d'une jeune insouciante qui a élevé et dompté les élans du roi des animaux jusqu'à créer une osmose telle que les deux ont un rapport quasi familial et fusionnel entre eux, c'est aussi et surtout une ode à la tolérance et à la découverte de l'autre par le désarmement de nos préjugés. L'auteur distille tout au long de son livre une sensation de respect inaltérable qui se gagne et se mérite.

    En effet, j'ai été saisi par la puissance de la fusion entre l'homme et la bête, mais davantage encore par l'idée selon laquelle il faut s'apprivoiser, peu importe ce que nous sommes et ce vers quoi nous tendons. Car en réalité, Kessel parle des animaux comme il parlerait des hommes.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Le_Lion/critique/82165030
  • L'Identité (1998)

    Sortie : 1998. Roman.

    Livre de Milan Kundera

    Février 2016

    "Aucun amour ne survit au mutisme."

    C'est en suivant cette vérité, Kundera nous la fait apparaître comme indubitable, que Chantal s'éprend d'un sentiment de liberté lorsqu'elle reçoit la lettre élogieuse d'un inconnu. Elle entretient avec Jean-Marc, son compagnon, un amour de confort qui la rassure et la protège, fermement cadenassée au quotidien saveur douce-amère. Leur passion a perdu de son éclat, de sa lumière et de son éloquence. Grâce à quelques mots, qu'elle s'empresse de dissimuler sous une pile de soutiens-gorge (n'est-ce pas le plus joli symbole pour représenter la renaissance de la femme à travers la séduction), elle oublie la fâcheuse phrase prononcée à son mari, par quoi tout à commencer : "les hommes ne me regardent plus."

    L'identité parle avec onirisme d'une double identité constante. Celle que l'on donne aux autres, celle que l'on garde pour soi, celle construite grâce au passé et celle qui ne tient que par les vestiges de ce dernier, celle par qui l'autre tombe amoureux, qui devient celle par qui il désenchante quelques années plus tard.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/L_Identite/critique/83379924
  • Le Jeu des ombres (2010)

    Shadow Tag

    Sortie : . Roman.

    Livre de Louise Erdrich

    Février 2016

    Peu emballé par ce roman de Louise Erdrich (fer de lance de la nouvelle littérature indienne). Il raconte l'histoire d'un couple (un peintre et sa muse) au bord de la rupture, dans un huis clos particulièrement volcanique. Lui est artiste, violent, impulsif, intelligent, ingérable. Elle est sa moitié, entraînée dans sa folie, elle subit ses excès, ses coups sans pour autant montrer le visage d'une femme résolument soumise. Ensemble, ils connaissent leurs derniers instants, avec leurs enfants et ce qui leur reste de souvenirs.

    Un roman bien écrit, mais surtout bien pensé avant tout. Deux journaux intimes, un que le mari lit (elle le fait exprès) en cachette, un autre qu'elle garde pour elle. Louise Erdrich prend le partis pris de noyer toutes ses narrations, ne donnant pour information que les noms des journaux. Ainsi se retrouve-t-on avec un narrateur interne à la première personne, puis la ligne d'après un narrateur à la troisième personne et ainsi de suite jusqu'à mélanger les dialogues aux descriptions (il n'y a pas de tirets ni aucun signe distinctif). C'est perturbant, mais on s'y fait, c'est à l'image de leur histoire, on ne sait plus où sont les certitudes et où sont les doutes.

    Pour autant, le livre souffre clairement, d'une part d'un manque d'ambition, d'autre part d'une trop grande aseptisation des parties les plus importantes du livre (les violences, l'impact sur les enfants, la culture indienne, la peinture). Seuls les portraits des deux personnages principaux et leur relation entre eux sont pertinents et dignes d'intérêt, le reste paraît superflu. Pas convaincu par ces premiers pas dans l'univers de Louise Erdrich, moi qui aime pourtant beaucoup les relations amoureuses conflictuelles.
  • La jument

    Sortie : mai 2008. Roman.

    Livre de Esparbec

    Février 2016

    Premier et dernier livre érotique/pornographique pour moi, mauvaise expérience totale et sans équivoque.

    Aujourd'hui, je pose mes attributs sur la table et je l'affirme haut et fort, on peut aimer Jane Austen et vouloir découvrir comment une femme peut passer de maman tout à fait respectable en championne de sauts d'obstacles. J'assume parce que c'est aussi ce que les gens attendent de moi, ils attendent un volet sexy, culturel, intelligent, drôle de SensCritique, un truc un peu atypique et c'est ce que je propose depuis le départ. En réalité, je me suis quasiment senti obligé de lire ce livre pour pouvoir vous le raconter - mais il n'y a finalement rien à raconter, c'est une daubasse. Vous êtes les façonneurs, les maçons de mon coeur, j'écris pour vous, parfois je regarde, lis pour vous, pour vous offrir le meilleur des promesses que vous me fixez à ma place. Ce livre, je vous le dédis. La jument, je l'ai lu pour vous, rien que pour vous et je n'en ai tiré aucun plaisir. Je ne le ferai plus, car mon acte de bonté est désormais achevé, j'ai fait ma part du travail. A vous de perpétrer ce lien intime qui nous lie vous et moi, à votre tour d'en acheter un et de nous faire part de vos conclusions.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/La_jument/critique/38306396
  • Arlington Park

    Sortie : août 2008. Roman.

    Livre de Rachel Cusk

    Février 2016

    Arlington Park nous raconte la petite vie monotone de mères de famille (pas toutes ? je ne sais pas, je ne sais plus) dans un quartier chic (peut-être est-ce même une ville, on ne sait pas, on ne sait plus). Tour à tour, Rachel Cusk passe en revue différents couples et surtout différents points de vue sur la femme et son mal-être dans le couple. Si le roman manque totalement de rythme et d'attrait à certains endroits, il a tout de même le mérite de tenir sa promesse et d'offrir un moment privilégié avec ces femmes qui semblent tout avoir, et qui auront probablement tout sauf la maîtrise du temps, seule chose qui les préoccupent. Pieds et poings liés, elles semblent subir leur quotidien, et derrière les masques se cachent une souvent une réalité touchante.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Arlington_Park/critique/85525465
  • Lady Susan (1794)

    Sortie : 1794. Roman.

    Livre de Jane Austen

    Février 2016

    Lady Susan est une veuve qui en a terminé avec la gent masculine. Elle le sait, ils le savent, elle est égoïste, narcissique, entêtée et profondément attachée à sa liberté de faire et de penser. Ainsi va-t-elle vouloir séduire le pauvre Reginald, qui va vite tomber sous ses charmes. Ce court romain épistolaire de l'une des plus grandes figures britanniques du début 20ème, Jane Austen, est l'une de ses premières œuvres et comporte sûrement l'héroïne principale la plus antipathique de toute sa bibliographie. La plus caustique, aussi.

    Comparée à Mme de Merteuil à juste titre, par sa liberté de ton, son emprise sur les hommes et sa relative liberté sexuelle (jamais il n'est question de coucher), Lady Susan me rappelle bien plus une autre héroïne de son imaginaire, qui apparaîtra bien après : Emma. Elle est le reflet de cette jeune femme qui aurait mal tourné, dont les défauts seraient devenus une force de frappe majeure, la femme forte qui prodigue ses conseils et sa vérité comme étant La Vérité. Jane Austen n'est pas encore totalement à l'aise avec ses personnages, qui ont tous un rôle plus ou moins précis dans son livre (la grande amie de Lady Susan, sa famille contre elle, le Reginald manipulé), nous sommes presque face à une pièce de théâtre, où tous sont cantonnés dans un rôle, certes magistral.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Lady_Susan/critique/85874914
  • L'Attrape-cœurs (1951)

    The Catcher in the Rye

    Sortie : 1951. Roman.

    Livre de J. D. Salinger

    Mars 2016

    Holden est un petit con. Il n'aime personne, et quand il essaie de prouver le contraire à sa jeune petite soeur, Phoebé, il se retrouve incapable de lui répondre et parle finalement de son frère mort. Elle lui dit que ce n'est pas une réponse, que ce n'est pas du jeu, qu'il n'aime vraiment rien de concret. Elle lui dit de trouver mieux. Holden réfléchit et, avec assurance, lui parle du moment privilégié qu'ils sont en train de passer ensemble, qui est quelque chose qu'il aime beaucoup. Holden se défile, il ne sait pas répondre à cette question. Comme il ne sait pas répondre à tous ses interlocuteurs durant le livre, sans cesse pourchassé par ses vieux démons, ses préjugés ou sa maladresse chronique. Bref, c'est un adolescent parmi tant d'autres, Holden. Il sait tout, mais il ne sait rien. Surtout, il croit se connaître, il croit avoir une pensée bien définie, structurée, mais il n'en est rien. Il est comme tous les autres, en proie aux mêmes revirements.

    Et c'est la grande prouesse de l'écrivain, certes prodigieux mais peu prolifique, Jerome David Salinger. Ce mystérieux bonhomme réussit quelque chose qui, de tout temps et à toutes les époques, est quasiment impossible à faire au cinéma comme en littérature : rendre une oeuvre intemporelle. Dans cent ans, elle sera toujours d'actualité. Soyons-mêmes de gentils doux dingues, il aurait même pu écrire son roman cent ans avant qu'il eut été d'actualité. Car la force de la plume de Salinger n'est pas de raconter une histoire, de raconter des personnages, ou même de raconter l'adolescence d'un pauvre type dont nous faisons la connaissance durant quelques heures. Non, tout dans L'Attrape-coeurs est un reflet des tourments que l'on peut vivre lors de ces années de mue. En trois jours, l'auteur défend, avec ses mots à lui, avec les pires sujets (mort, suicide, pédophilie, argent), les milliers de chemins biscornus qui s'opposent dans notre cervelle d'oiseau. Salinger ne raconte pas une histoire, il raconte la notre.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/L_Attrape_coeurs/critique/36374334
  • Sylvie (1853)

    Sortie : 1853. Recueil de nouvelles.

    Livre de Gérard de Nerval

    Mars 2016

    Je me plonge pour la première fois dans l'univers de cette grande figure du 19ème siècle et je ne peux que vous conseiller de lire ce livre très court. Il le faut absolument. Pour votre bien, pour l'éveil de vos sens et parce qu'un chef d'oeuvre de littérature comme celui-ci doit impérativement être lu avant que vous ne vous fassiez éclater la trombine par le pare-choc d'une diligence lancée à toute berzingue.

    Au-delà du sujet du livre, dont les nuances sont riches et foisonnantes, il y a le pouvoir des mots qui illumine chacune des phrases de l'écrivain. Un homme (Nerval ?) est amoureux de deux femmes à la fois, douce mélancolie d'une dualité vouée au désamour désavoué. Et derrière ça, il y a de la prose, de la poésie, des images en tête à chaque description, des métaphores absolument ahurissantes, il y a un génie, Nerval, qui enchante chaque page d'un style certes insolent mais terriblement grandiose. Il fait chanter les mots avec une grâce lumineuse.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Sylvie/critique/86986779
  • Aurélia

    Sortie : 1855. Récit.

    Livre de Gérard de Nerval

    Mars 2016

    Je comprends qu'on puisse être quelque peu dérouté par le style de Nerval, qui une fois n'est pas coutume rappelle évidemment Proust et ses phrases à rallonge, fixées sur des détails qui peuvent paraître sans importance. Dans le cas de Nerval, c'est ce que j'appelle la richesse.

    Aurélia est plus abordable que Sylvie (si on peut accepter le fait que ses écrits soient "abordables"), le sujet est beaucoup plus dur, émouvant, malsain parfois. La mélancolie est plus éreintante, les délires du narrateur-auteur beaucoup plus présents. On nage entre différents souvenirs, les ellipses sont plus claires que dans Sylvie, la folie beaucoup plus ambigu. Quand il parle d'amour déchu, c'est merveilleux, quand il évoque la religion, un peu moins.

    Nerval est un magicien des mots, un Terrence Malick qui couche avec Woolf pour faire naître un enfant qui deviendra plus tard un poète un peu fêlé sur les bords, totalement atypique. Il faut adhérer à son univers, très lent, au rythme hypnotique, aux pensées qui se mêlent et s'entremêlent. C'est une lecture difficile, mais une lecture d'une liberté totale. Bref, lisez Nerval.
  • La Petite Fadette (1849)

    Sortie : 1849. Roman.

    Livre de George Sand

    Mars 2016

    George Sand nous donne autant à sourire qu'à pleurer avec cette douce fable sur l'enfance et ses transformations, qui voit éclore au fil des pages La Petite Fadette, une jeune fille dont les mystères et secrets la rendent sorcière aux yeux de tous. Dans un environnement rural aux principes tenaces (dont George Sand ne s'abolit jamais, au final), le lecteur se prend d'amitié pour cette innocente au cœur malicieux, détestée de tous pour sa ruse, sa solitude, sa famille et surtout sa laideur. Habituée aux moqueries et à un statut conféré depuis toute petite, elle ne fait plus les efforts nécessaires pour prouver le contraire : mieux, elle s'approprie à merveille cette image.

    Sous la plume bienveillante et libérée de Sand, le lecteur se remémore certains instants de solitude qu'il a pu endurer durant son enfance puis son adolescence, avec une mine joyeuse qui ne le quittera pas jusqu'à la dernière page. Si le sujet est plutôt difficile de prime abord, La Petite Fadette est avant tout une belle histoire dont les couleurs et nuances se dévoilent au fur et à mesure, comme une buée qui s'évapore, comme la tendre mélodie des jardins d'enfants.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/La_Petite_Fadette/critique/87981738
  • Belle de jour

    Sortie : 1928. Roman.

    Livre de Joseph Kessel

    Avril 2016

    Belle de jour entre pour la première fois chez Mme Anaïs. Elle le sait déjà, elle le sent tout au fond de ses tripes, c'est ici qu'elle passera tout son temps à présent. Une force inaltérable, inégalable l'assigne à la débauche et à la résiliation. Bourgeoise avec de l'or et un mari très aimant, Séverine semble réunir tous les ingrédients pour être parfaitement épanouie. Or, jamais plus les choses redeviendront comme avant, et de sa débauche vont naître les tourments, et de ses tourments la fin d'un oubli qui aura bousculé sa vie au point de ne plus jamais connaître le luxe de sa conscience immaculée.

    Joseph Kessel ne raconte pas tant l'histoire d'une précieuse devenue prostituée par choix que le destin tragique d'une femme, poussée par son instinct, se flagellant dans l'auto-destruction, cherchant à jamais l'expiation de ses pêchés qui la rongent dès qu'elle reprend conscience de la réalité. Comme un mal viscéral qui, une fois assouvi, n'est jamais assez parti ou assez présent. Il est devenu inhérent à son souffle, à sa raison. Elle doit, à n'importe quel prix, non pas devenir possédée par n'importe qui mais totalement dépossédée d'elle-même et de son mari, se détacher totalement - ce qui lui permet, également, de se déculpabiliser inconsciemment. Belle de jour, armé d'un style incisif et épuré qui ne met pourtant jamais en péril la plume raffinée de l'auteur, offre au lecteur des moments d'introspection suspendus dans le temps.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Belle_de_jour/critique/89960769
  • Une vie

    Sortie : 1883. Roman.

    Livre de Guy de Maupassant

    Avril 2016

    Jeanne a 17 ans, elle sort du couvent et s'offre l'espoir de toucher du doigt le bonheur. Elle a la vie devant elle. Elle en fera ce qu'elle veut, comme bon lui semble. Elle aura même la possibilité de se marier par amour - mais vite, parce que son père l'aime et veut qu'elle soit heureuse. Fille de parents aisés, naïve et encore vierge de ce monde qui lui tend les bras et qu'elle ne connait pas, elle est une vie parmi tant d'autres. Son esprit flâne à la vue d'un tableau, ses espérances sont nobles, simples, elle rêve de tous les plaisirs que semblent connaître les gens au cours de leur existence. Malheureusement, le sort va être cruel avec la jeune femme. D'abord enchantée par son mariage avec Julien, elle va se rendre compte qu'aimer n'est pas une mince affaire, et que son mari cache des défauts qu'elle observe, paralysée, de déconvenue en déconvenue. Prise dans un tourbillon d'espoirs déchus et de désillusions, son mariage sera à l'image de sa vie : inégal, décousu, cruel, frustrant, hasardeux, fataliste.

    Maupassant raconte Une vie, une vie parmi tant d'autres, une vie qu'elle ne choisira finalement pas, un peu trop passive, un peu trop engoncée dans cette fin 19ème où les rêves s'évanouissent à la lueur des drames communs : la toute-puissance du mari, les adultères, les dettes, le poids des sacrifices, les décès soudains.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Une_vie/critique/36312057
  • La Porte étroite

    Sortie : 1909. Roman.

    Livre de André Gide

    Avril 2016

    Il existe des romans qui vous emportent un peu tard, lorsque la désillusion de la découverte est déjà consommée. La porte étroite est loin d'être un mauvais livre, mais il met tellement de temps à démarrer qu'il en laissera plus d'un sur la touche, à commencer par les plus perspicaces les moins patients. Dans un style raffiné, théâtral, certes un peu pompeux, André Gide raconte l'histoire de Jérôme et Alissa, cousins et épris l'un de l'autre d'un amour immodéré, qui ne cessent de repousser leur hypothétique union. D'abord trop jeunes pour s'unir, les doutes vont s'installer dans l'esprit d'Alissa. Pourquoi donc repousse-t-elle notre impétueux Jérôme ?

    Si La porte étroite ne sombre pas dans une banalité confondante, au rythme de l'amour des deux jeunes adultes en proie aux pires tumultes amoureux, c'est parce qu'en son milieu, il commence à dévoiler toute la subtilité de ses nuances.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/La_porte_etroite/critique/91647008
  • Pauline

    Sortie : 1838. Roman.

    Livre de Alexandre Dumas

    Mai 2016

    Le récit est achalandé très bizarrement. Un homme, Alfred de Nerval (jolies références), raconte une histoire au narrateur. Cette histoire est celle de Pauline, qui elle-même durant le récit de l'homme, va raconter sa propre histoire. Vous suivez toujours ? Ce roman au rythme très plaisant nous fait donc part de l'étonnante existence de Pauline, effrayée bien malgré elle par son mari, un homme courtois et gentilhomme qui cache en fait les pires diableries. Un jour, un drame dont est témoin Alfred survient. C'est le début d'une histoire d'amour et d'aventures dont le lecteur s'éprend, mais connait déjà la chute...

    Dumas écrit déjà de belles phrases aux tournures redoutables, l'immersion est totale malgré le caractère rebutant du souvenir. Au-delà de cet homme si propre sur lui, mais sur qui pèse les pires soupçons (la scène où elle fait semblant de dormir pour échapper à la colère de son mari-tueur, incroyable), je trouve l'histoire d'Amour magnifique. Je parle d'Amour car, comme dans La porte étroite de Gide, écrit bien des années après, cet amour dépasse le simple cadre du sentimental dévoué. Plus que frères et sœurs (titres affublés dès leur rapprochement), plus que des amants ou des époux, ils s'aiment d'un amour aveugle et sans relâche qui transparaît même dans les moments les moins propices. Dumas a déjà cette facilité déconcertante, celle de mêler le souffle épique d'un événement à la pureté des sentiments.

    Très bon roman.
  • Le fond de nos pensées

    Sortie : 2014. Récit.

    Livre de Julie De Lestrange

    Mai 2016

    Recueil de moments de vie, Le fond de nos pensées évoque bon nombre de personnages de tous les bords qui parlent d'une situation, d'un métier, d'une pensée avec une certaine poésie et un recul sur le monde qui les entoure. Tantôt drôles, tantôt touchantes, ces petites pastilles à la saveur très, très) inégale me rappellent les excellents petits contes de printemps de Sôseki, qui relatait quant à lui de vrais instants de sa vie,où le commun devenait une source de réflexions que je trouvais, à titre personnel, bouleversantes. Le but étant de mettre en perspective notre quotidien.

    Ici, quelques textes sont très réussis et très justes, le genre de texte à recopier et à garder dans un carnet, histoire de le ressortir et de s'y identifier. Je pense notamment à "L'éducation sentimentale", "Terminus", "Premières Neiges", "Les pas gagnés", "Joyeux noël", "Les aimants". Si vous avez les moyens de vous les procurer sur le net, ou si l'aventure ebook vous tente. Ce sont des saynètes imbriquées les unes aux autres, sans lien apparent, pour former un récit, et absolument pas des nouvelles.

    Néanmoins, et mis à part ces quelques textes, le style est commun, le ton manque de relief, la plupart des réflexions abordées ne sont pas intéressantes voire quasiment stupides (le pamphlet contre les jeux vidéos, la fameuse tirade pro féminisme, etc), il y a quelque chose d'artisanal (et pour cause, l'écrivaine est jeune et vient de publier son premier vrai roman) et de conventionnel qui me gêne un peu. Peu d'intérêt au final.

    (Bon, et j'ai aussi un gros problème avec la littérature contemporaine, j'en suis conscient.)
  • Le Fait du prince

    Sortie : . Roman.

    Livre de Amélie Nothomb

    Mai 2016

    Je vais être tenté de dire, comment souvent avec elle, que je préférais la Nothomb du début. Je ne vais pas résumer Le Fait du prince, pour ne pas vous pousser à le lire, mais je serais ravi de vous conseiller ses meilleurs bouquins et ceux qui sont les plus proches de son univers.

    Le Fait du prince n'a aucune fin, ce qui est extrêmement rare pour un Nothomb, qui se termine généralement par la mort d'un des deux personnages, ou par une rupture totale entre les deux personnages. On retrouve ce binôme dans ce livre et ses sarcasmes, et ce sont cette rencontre et cet humour qui me font mettre 4. Maintenant, un Nothomb sans fascination de la beauté, de la laideur, sans un personnage qui instaure un rapport de force avec l'autre, une prédominance, ça ne m'intéresse pas.

    Ce Nothomb est vide, bien plus que Tuer le père (qui se veut philosophique), bien plus même que Les combustibles, où les héros brûlent des livres pour survivre et entretenir le feu, jusqu'à leurs préférés, à la toute fin. Sauf qu'en fait, ces livres sont inventés, donc Nothomb fait l'inventaire d'une littérature qui n'existe pas et le livre n'a donc plus aucun intérêt.

    Bref, Le Fait du prince n'est pas une honte en soi. L'histoire est même plutôt accrocheuse, j'étais embarqué dedans. Mais c'est tellement, tellement loin de son talent, c'est tellement loin de mes premières amours pour elle que jamais je ne mettrai la moyenne à ce genre de farce. Je sais ce dont elle est capable, j'ai quasiment tout lu et ce que je lis, ici précisément, serait la pire introduction pour vous si vous souhaitez vous plonger dans son univers.
  • Bubble gum

    Sortie : mars 2006. Roman.

    Livre de Lolita Pille

    Mai 2016

    Deuxième escapade chez Lolita Pille pour ma part, après le frustrant Hell qui nous narrait déjà l'amour désincarné en temps de grosse fortune. Ici, notre Lolita trash nous raconte l'histoire d'une jeune femme, Manon, serveuse et paumée dans une vie minable, qui fait la rencontre de Derek, un milliardaire qui semble très intéressé par ses charmes et son potentiel. De cette relation va naître un amour désenchanté, intéressé et superficiel, où cet homme que rien n'arrête va tout faire pour faire d'elle une star. La chute sera cataclysmique...

    Si je peux vous donner un seul conseil, ne lisez ni le résumé Senscritique ni la quatrième de couverture. Une hérésie totale quand on sait que cela aborde un des rebondissements du livre qui doit avoir lieu après 200 pages. J'ai beaucoup plus apprécié ce Bubble Gum par rapport à son premier roman, notamment sa plume et les messages que l'écrivaine souhaite véhiculer. Dans Hell, la superficialité de son style se heurtait toujours à la superficialité de son histoire. Ici, et grâce à cette fin inattendue, le caractère vain et pré-fabriqué du monde dans lequel ils évoluent prend tout son sens et désigne une magnifique mise en abîme du sujet abordé. Il n'y a de toute façon qu'une gigantesque illusion.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/Bubble_gum/critique/34746052
  • La Jeune Fille à la perle

    The Girl with a Pearl Earring

    Sortie : 1999. Roman.

    Livre de Tracy Chevalier

    Mai 2016

    Tracy Chevalier raconte Griet, une jeune femme durant le 16ème siècle qui devient servante dans la maison du peintre Vermeer. Jalousée petit à petit par la majorité des femmes dans la maison, les liens qu'elle semble secrètement entretenir avec le seul homme de la maison ne plaisent pas à tout le monde. Comment cette simple servante, si discrète derrière sa coiffe et ses mains toutes meurtries par les tâches ménagères, a-t-elle pu devenir la "muse" de ce si talentueux Vermeer ?

    Le roman tient ses promesses notamment dans la finesse de son écriture lorsqu'il s'agit de montrer les frustrations, jalousies ou l'admiration sans bornes à travers le quotidien d'une famille qui ne connait pas (encore) la pauvreté. Ce choc d'identités et de statuts, dont la narration est à la première personne, impulse au récit un décalage constant entre la jeune femme qui se retrouve prise au piège de l'inspiration d'un génie et sa famille, qui ne comprend pas et n'accepte pas. Griet doit composer avec ses deux familles, la sienne et sa nouvelle bande, mais aussi avec le fils du boucher qui lui fait des avances. Le récit se concentre sur les liens que tissent les personnages entre eux, et surtout cette relation privilégiée à trois : Griet, Vermeer et l'atelier de peinture. Tout n'est qu'abstrait et fascination.

    De ce récit fictif, je retire de belles images, une héroïne extrêmement attachante et une plume plus que correcte qui ne s'attarde pas sur du supposé superflu. Néanmoins, je regrette le manque de fascination, comme je l'évoquais, dans le style lui-même et dans l'utilisation qu'elle fait des mots. Comment ne pas penser à Oscar Wilde et on fabuleux Dorian Gray ? J'aurais aimé, également, en apprendra davantage sur le peintre, et me sentir un peu plus cueilli par une prose qui reste finalement très anecdotique.

    Tracy Chevalier écrit un livre très honnête, représentatif du dur labeur de l'époque, saisissant lorsqu'il s'agit de confronter les deux héros, mais finalement bien loin de la magie que peut procurer la peinture. C'est bon.
  • Risibles Amours (1968)

    Směšné lásky

    Sortie : 1968. Recueil de nouvelles.

    Livre de Milan Kundera

    Juin 2016

    Je reste sur ma faim avec Kundera. J'avais déjà mis 6 à l'Identité, et je vais réitérer car je ne suis définitivement pas emporté par sa plume. J'ai énormément de mal à considérer qu'on puisse parler d'amour comme il le fait, en déconstruisant tous les procédés et tout le mythe autour de la naissance des sentiments, sans un style plus approfondi et un second degré plus assumé. Risibles Amours, recueil de nouvelles toutes liées entre elles par un thème majeur comme un fil rouge, n'est jamais aussi intéressant que lorsqu'il joue avec les situations et les contradictions, comme dans la dernière nouvelle où il est question d'un Dieu de surface, de règle, de prohibition, couplé au désir ardent des corps. Et les personnages sont pris à leurs propres paradoxes.

    En bref, je vais persévérer avec cet auteur mais je ne trouve aucune petite flamme, quant au style ou au propos, qui me pousse à avoir cette soif d'en découvrir davantage. J'aime être emporté par la chaleur des mots et la pertinence des sujets présentés, leur indicible volupté. C'est, à certains égards, parfois d'une banalité curieuse.
  • L'Immoraliste (1902)

    Sortie : 1902. Roman.

    Livre de André Gide

    Juin 2016

    Je pourrais parler de tout l'aspect moral/immoral du bouquin, et l'évolution du personnage, sa façon qu'il a de se voir et de voir le monde qui l'entoure au début, puis cette vision qui change petit à petit au fil des pages jusqu'à devenir un autre homme, à la toute fin. Je pourrais parler des relations qu'il entretient avec ses compagnons, les jeunes adolescents, ces vols, cet entêtement, cet épanouissement dans la vie dissolue d'un homme de libertés. C'est mon deuxième passage chez Gide après La porte étroite, et je vais parler d'amour.

    Car mon dieu, que ce n'est pas gai l'amour chez Gide, mais que c'est beau. Les critiques que je lis de ses livres font rarement état de cette plume absolument extraordinaire lorsqu'il s'agit de parler de déchirements amoureux. C'est pourtant, pour moi, là où Gide excelle le plus. La relation entre Michel et Marceline, ces sentiments qui changent, qui fluctuent, qui inondent ou qui emprisonnent, qui nous font devenir incrédules à tout ou las, cet amour impétueux et étouffant qui n'est jamais pleinement vécu par les protagonistes... C'était aussi le cas de La porte étroite. Il parlait déjà d'amour, deux amours incroyablement forts, mais tellement loin l'un de l'autre. Ici c'est exactement pareil, entre la maladie et l'entêtement. Il parle avec une telle authenticité, toujours saupoudrée d'une fatalité exécrable...

    Quelle belle peinture d'un amour qui ne sera jamais absolu, un amour d'époque, de prétexte, de conditions, un amour qui manque énormément de justice et de raison. L'amour. Quel style sobre et pourtant si intelligent. 7 car le livre m'a cueilli à la fin, pour la deuxième fois. André Gide, de ce que j'en ai lu, adore monter en puissance dans ses récits.
  • L'Équipage

    Sortie : 1923. Roman.

    Livre de Joseph Kessel

    Juin 2016

    Joseph Kessel nous raconte l'histoire de Jean Herbillon, "Herbillon" pour ses camarades, officiant dans l'aviation durant la première guerre mondiale. Accueilli comme un bleu par l'ensemble de son équipage, il va grimper les échelons, trouver dans cette nouvelle vie une famille où l'avenir est un mot traître et banni. Tous les membres de cette superbe bande tirent de leur unité une force exceptionnelle, défiant toutes les incommodités de la vie en groupe. A leurs côtés, Herbillon va se découvrir et en apprendre beaucoup plus sur sa pugnacité. L’Équipage narre en réalité, à travers les funestes événements de la guerre, l'histoire d'un jeune homme, rempli de rêves et de croyances, abandonnant tout pour une vie dont la mort laisse en suspens tous les espoirs et tous les plans. Ce roman parle d'une camaraderie fraternelle, dont les différences s'associent et se mélangent, de cette histoire bouleversante à taille humaine ancrée dans une plus grande histoire encore, la notre.

    Ce qu'il y a de merveilleux avec Kessel, c'est sa capacité à se jouer des antagonismes, des différences, défauts de chacun pour accorder tout le monde sous le joug d'une même constante : l'humanité. Des personnages qui n'ont au départ rien à voir entre eux, se retrouvent liés par une force inexplicable, vers des destinées pleines de surprises et de leurres. Cette fraternité chez l'autre, cette dissimilitude entre tous les caractères proposés, naviguent dans un océan de paradoxes et de contradictions jusqu'à se trouver, enfin. J'avais déjà cette sensation dans Belle de Jour, et encore plus dans Le Lion, et je crois que c'est ce que Kessel recherche avant tout : faire naître de la diversité une cohésion profondément authentique - mais bien trop fugace pour durer.

    [...]

    http://www.senscritique.com/livre/L_Equipage/critique/96351455
  • Le Crime de l'Orient-Express

    Murder on the Orient Express

    Sortie : 1934. Roman et policier.

    Livre de Agatha Christie

    Juin 2016

    Vous connaissez ces enquêtes, à la télévision, dans la plupart des romans policiers ou dans les films qui imposent un suspense infernal au spectateur/lecteur pour au final terminer sur une résolution décevante ? Mais si, vous connaissez, ça arrive 95% du temps. Eh bien ce n'est pas du tout le cas dans Le Crime de l'Orient-Express, où absolument chaque mot de chaque personne, chaque geste, chaque détail des diverses scènes ont leur importance plus tard, dans la résolution.

    Si devancer Hercule Poirot, dans cette enquête, se révèle être quasi impossible pour le lecteur, on se plaît à découvrir un par un les voyageurs de ce train où l'impensable est arrivé : un homme est mort de douze coups de couteaux. Le train, bloqué dans la neige, n'emportera pas avec lui son secret : il faut trouver l'auteur de ce crime, et personne ne peut aider nos trois comparses : Hercule Poirot, Mr Bouc et le docteur.

    Très facile à lire, extrêmement réfléchi, étudié et pensé, c'est un véritable bijou qui voit se mettre en place un engrenage ahurissant, où Agatha Christie a dû prendre un temps fou à tout construire dans son esprit et prouve toute son aura machiavélique. Haletant, passionnant, interactif !
  • Certaines n’avaient jamais vu la mer (2011)

    The Buddha in the Attic

    Sortie : . Roman.

    Livre de Julie Otsuka

    Juillet 2016

    J'aurais aimé mettre davantage à cette talentueuse Julie Otsuka. Elle nous raconte, avec une plume qui ne manque assurément pas de style, le destin des immigrées japonaises aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, livrées à des maris qu'elles ne connaissent pas, dans une culture qui ne ressemble en rien à celle de leur passé. Elles doivent tout réapprendre, elles doivent accepter leur sort, ne pas faire de vagues, rester discrètes, surtout, et mener sa vie avec le plus de courage possible. Jusqu'à ce que la guerre les sépare...

    Le sujet est très intéressant, et encore plus parce que ce sont des femmes japonaises, perdues dans cette déjà bien grande Amérique où tout est différent, où les libertés les plus simples paraissent pour elles des montagnes. Le sujet est si intéressant que j'en sors forcément déçu, tant le style volontairement impersonnel prive au récit toute l'émotion nécessaire.

    Le livre aurait très bien pu s'appeler Toutes avaient déjà vu l'anaphore, tant l'intégralité du bouquin en est remplie. En fait, l'écrivaine ne se concentre pas sur une personne particulière, mais juxtapose les différents destins pour chaque action de beaucoup d'entre elles. Exemple inventé : "Certaines n'avaient jamais vu la mer. Certaines aimaient se baigner tous les jours car elles habitaient près de l'eau. Certaines ne pouvaient plus marcher depuis leur voyage en Amérique." Un choix étonnant, fort mais une grande fracture entre mon cœur de lecteur et la volonté de témoigner d'un vrai drame. C'est dommage, je n'ai pour une fois pas réussi à dépasser la forme.
  • Le Sabotage amoureux

    Sortie : . Roman.

    Livre de Amélie Nothomb

    Juillet 2016

    Bon alors je vais faire semblant de ne pas avoir lu de critiques négatives sur le boulot d'Amélie Nothomb ici, car sinon je vais me mettre en colère. Sous-entendre que ce livre ne parle que d'une gamine (Amélie) qui veut se faire bien voir par une autre gamine alors qu'elle ne lui accorde aucun crédit, et un simulacre de guerre pompeux... Si vous n'êtes pas capables de comprendre qu'il s'agit-là de son thème de prédilection, la fascination, retranscrit dans le monde des enfants pour justement observer cette thématique avec bien plus d'éloquence que ce qu'elle tente de démontrer avec des personnages adultes...

    Et c'est d'autant plus vrai qu'actuellement, je découvre Le Robert des noms propres et c'est encore mieux. Quel plaisir de retrouver une Amélie Nothomb libérée, cynique, tête à claques alors qu'elle nous présente une petite je-sais-tout de quelques années seulement, dans un monde qui semble être déjà bien trop petit pour ses obsessions délirantes ! Ce pourquoi elle écrit, ce pourquoi elle prend autant de plaisir à faire naître de la répulsion ou de l'attirance chez ses personnages, ça vient de là. Le Sabotage amoureux, c'est un petit manuel pour apprendre la vie crasse, pernicieuse, superficielle.

    Alors certes, Le Sabotage amoureux n'est pas souvent réaliste, est trop court (pléonasme) et déjà, à l'époque, rempli de petites sentences un peu trop faciles, mais c'est un Nothomb agréable et surtout rafraîchissant.
  • Robert des noms propres

    Sortie : . Roman.

    Livre de Amélie Nothomb

    Juillet 2016

    J'ai beaucoup aimé ce récit de l'étonnant Amélie Nothomb, malgré quelques lieux communs, quelques pages un peu plus faiblardes et une propension à toujours vouloir se mettre en avant dans ses livres, ce qui arrive ici à la fin. Néanmoins, suivre la vie de cette gamine au nom énigmatique, Plectrude, et accéder à ses pensées radicalement différentes de celles des autres enfants de son âge, c'est assez jouissif.

    Ca l'est parce que le cynisme désabusé de notre Amélie Nothomb n'est jamais aussi tranchant que lorsqu'il est utilisé face à la bêtise de l'environnement dans lequel évoluent les personnages. Ici, il y a cette mère ("adoptive") qui ne va aimer sa fille que parce qu'elle est son reflet réussi, le monde de la danse et des ballets comparé au monde scolaire, les enfants entre eux etc. Tant de situations qui permettent à la romancière de confronter Plectruce et ses bizarreries au reste du monde. Et ça marche.

    J'ai particulièrement aimé les certitudes de Plectrude qui s'effritent avec le temps, comme finalement tous les enfants, puis toutes les adolescentes, où cette dernière va suivre le cheminement normal des gens de son âge (apprendre à l'école, avoir des amis, avoir un copain, être maman, s'en sortir) malgré beaucoup de difficultés et une mère, Clémence, qui va être d'une cruauté sans nom à son égard. Bref, très bon roman.
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