Claude Chabrol - Commentaires

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23 films

par Thaddeus

Je n’ai bien sûr pas vu l’intégralité de sa filmographie pléthorique, mais je la connais suffisamment pour avoir une perception globale de cette œuvre balzacienne, truculente et profonde, située sous le patronage de Lang et d’Hitchcock. Chabrol est un observateur lucide du comportement humain, doublé d’un humaniste désabusé, qui traite de l’individu et de sa confrontation à la société, aux normes et à ses pulsions.

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1. La cérémonie (1995)
2. Le boucher (1970)
3. Que la bête meure (1969)
4. L’enfer (1994)
5. Une affaire de femmes (1988)

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    Le Beau Serge (1958)

    1 h 38 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Jean‐Claude Brialy, Gérard Blain, Bernadette Lafont

    Réalisé avec l’argent d’un héritage, dans des circonstances qui en feront le manifeste inaugural de la Nouvelle Vague, le premier film de Chabrol est un essai maladroit, incertain, mal dégagé d’un moralisme chrétien mais neuf par sa conception peu coûteuse, hors des normes alors imposées au cinéma français. Empruntant autant à Rossellini (la lutte pour le rachat des âmes, l’ambition d’intégrer la nature à l’action) qu’à Bresson (le douloureux calvaire d’un nouveau Christ tuberculeux) ou Hitchcock (cadrages et gros plans suggestifs), il dresse la peinture d’une bourgade de province minée par l’ennui et la monotonie, et suit les pas de personnages tristes engoncés dans le marasme de la misère humaine et sociale. L’œuvre est tout à fait mineure mais bien servie par une troupe d’acteurs impliqués.
  • Les Cousins (1959)

    1 h 50 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Gérard Blain, Jean‐Claude Brialy, Juliette Mayniel

    Ce long-métrage est un peu le versant citadin du précédent, dont il reprend les deux acteurs principaux et approfondit l’étude de caractères. Comme beaucoup des films les plus novateurs de l’époque, son originalité est de substituer la description romanesque à l’analyse intérieure et à la construction dramatique. Le style de Chabrol est plus sûr, son inspiration peut-être plus cruelle également, se permettant des piques en contrebande annonçant sa veine la plus subversive (la casquette allemande arborée par Paul, qui préfigure les futures satures bourgeoises). Le portrait de la jeunesse oisive parisienne se double d’une tragédie sourde, non dénuée de dérision et d’ironie mais d’une violence psychologique feutrée, et dont la prise sur le monde tient d’une description objective de la réalité et des êtres.
  • Les Bonnes Femmes (1960)

    1 h 40 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Claude Chabrol avec Bernadette Lafont, Clotilde Joano, Stéphane Audran

    En décrivant l’univers de quatre vendeuses de matériel électroménager dans une boutique de la Bastille, qu’il regarde se flétrir, s’ébattre comme des fofolles ou se livrer aux hommes par lassitude, le réalisateur se penche sur l’aliénation psychologique et sentimentale de quelques Bovary ouvrières. Il dresse un portrait au vitriol de l’idéologie de la presse du cœur, dont l’esprit Hara-Kiri et l’humour noir anticipent les farces de Blier. Si elle surprend par la crudité de son ton, la vulgarité morale de certaines figures, l’effet de réel qu’elle provoque et assume pleinement, cette chronique à la fois désopilante et nauséeuse du mal-être contemporain cerne le caractère déprimant d’existences mornes, sans aucun espoir d’amélioration. Les actrices, menées par Clotilde Joano et son beau visage triste, sont formidables.
  • Les Biches (1968)

    1 h 28 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Stéphane Audran, Jacqueline Sassard, Jean-Louis Trintignant

    La cohérence secrète du monde chabrolien s’impose, non sans un certain apaisement face aux stridences qui font avoisiner la sottise et la cruauté et apparaître la folie comme l’envers de la banalité. La mise en scène n’est ici ni métaphysique, ni lyrique, ni schématique, mais elle constitue un cas frappant de soubassement sans lequel ces diverses tendances d’expression seraient réduites à de simples recettes techniques. En orchestrant les jeux troubles de la manipulation amoureuse, les mécanismes de domination et de soumission, l’auteur brasse un vivier de névroses et de frustrations sans jamais perdre de son sens pénétrant du mystère. L’élégance irréelle de Stéphane Audran, sex-symbol définitif de la France pompidolienne, et la désinvolture étrange de Trintignant en homme-objet font le reste.
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    La Femme infidèle (1969)

    1 h 38 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Michel Bouquet, Stéphane Audran, Maurice Ronet

    Le scénario de ce film est l’épure d’un fait divers, d’un adultère parfaitement banal. Tout se passe dans les silences, les regards, les non-dits, les interstices. L’action est réduite au minimum : un couple en voie de délitement, anesthésié par la routine et l’ennui, des soupçons, une enquête brève, un assassinat (prémédité ?), une autre enquête, l’arrestation du coupable. Peu ou pas de suspense mais l’observation à la loupe, au travers de plans-séquence invisibles, d’une histoire trop humaine réduite à une série de micro-phénomènes opaques. Le drame est feutré, l’étude de caractère mêle le dérisoire et le tragique sans aucun pathos, et l’amoralité est savamment entretenue au fil d’une intrigue où le meurtre catalyse la connivence retrouvée entre un homme et son épouse. Précis et raffiné.
  • Bande-annonce

    Que la bête meure (1969)

    1 h 50 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Michel Duchaussoy, Caroline Cellier, Jean Yanne

    Maître ès brassage de cartes et brouillage de jeu : le cinéaste gratte le vernis d’urbanité, dérange l’ordonnance d’existences policées, provoque la rupture puis, avec une délectation de moraliste puritain, regarde et prend acte des dégâts. Autant que d’Hitchcock ou de Lang, ses modèles théoriques, on peut le rapprocher de Risi dans sa manière de dépeindre avec une délectation de satiriste gourmet la France poujado-petite-bourgeoise de la bouffe et de la bagnole. S’appuyant sur deux comédiens hors pair, il plonge dans les abîmes de la conscience humaine et s’amuse à retourner comme une crêpe les notions de justice, d’humanité et de barbarie. Et c’est la détresse qui sourd en dernier lieu, la douleur inexprimable d’être un homme soumis aux fluctuations tangentes de l’éthique et de la culpabilité.
  • Bande-annonce

    Le Boucher (1970)

    1 h 33 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Stéphane Audran, Jean Yanne, Antonio Passalia

    On est précisément dans la même inspiration, c’est presque le jumeau du film précédent. Le cinéaste chausse les verres grossissants de la bouffonnerie et livre une truculente tranche de vie, avec son apparence de bonne franquette, ses fragrances villageoises, sa partie de campagne tournant au Grand-Guignol écologique. Dans un rôle de bourreau-victime pathétique, qui effraie et émeut à la fois, Jean Yanne porte une intrigue dont le sordide est constamment désamorcée par une tension latente, prégnante, une forme d’attente du désastre qui confère au drame une dimension inéluctable. En disant quelques piquantes vérités sur le déterminisme empirique et les pulsions sauvages, l’opposition entre nature et culture, le corset social et le trouble moral, Chabrol s’affirme au sommet de son art.
  • Juste avant la nuit (1971)

    1 h 42 min. Sortie : . Drame et policier.

    Film de Claude Chabrol avec Michel Bouquet, Stéphane Audran, François Périer

    Selon les propres mots de Chabrol, le film est comme un gant inversé de "La Femme Infidèle". Là où ce dernier est fondé sur le mutisme, les choses devinées ou reconstituées, la démarche consiste ici en une suite d’aveux, significatifs de la mauvaise conscience gâtant le plaisir à la manière du ver dans le fruit et de l’obsession presque puritaine d’un esprit marqué par une éducation judéo-chrétienne. Mais le sens du péché est trop fort pour que la confession délivre du souvenir de la faute, qu’elle la rachète, et l’individu – mari modèle, père exemplaire – trop prisonnier de sa morale pour s’accommoder de demi-mesures. Substituant à sa truculence narquoise un dépouillement assez inhabituel pour lui, l’auteur continue avec cette pénétrante réflexion sur la culpabilité de traquer les tourments métaphysiques.
  • Les Noces rouges (1973)

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Michel Piccoli, Stéphane Audran, Claude Piéplu

    Un zeste d’"Assurance" wilderienne avec le motif du couple d’amants criminels ourdissant le meurtre du mari. Une pincée de philosophie langienne pour celui du destin dont l’énergie contenue aboutit à un résultat autodestructeur. Et un collier de référents hitchcockiens par le biais du transfert de culpabilité et l’ontologie d’une conscience troublée. Mais surtout une peinture au scalpel des mœurs provinciales, une analyse de la passion où le sarcasme le dispute au pathétique, dont la stylisation feutre ses effets les plus prometteurs, et qui brille par l’emploi des comédiens : Stéphane Audran, beauté classieuse transpirant d’érotisme fruste, Michel Piccoli, tout de densité argileuse, et Claude Piéplu en député impuissant d’une majorité véreuse, c’est-à-dire en député véreux d’une majorité impuissante.
  • Violette Nozière (1978)

    2 h 04 min. Sortie : . Policier, drame et thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Jean Carmet

    Avec l’histoire de cette criminelle misérable, le cinéaste suggère le désarroi d’une adolescente partagée entre la rigidité d’une éducation dépassée et le chaos d’une réalité aux questions sans réponses. On le sent fasciné par le mystère et l’ambigüité de celle qu’il filme, par de savantes arabesques, comme une énigme. Fille de faux-petits riches étriqués dans leur petit confort, leur petit univers, rejeton d’un certain esprit bourgeois à la pensée traditionnelle, Violette Nozière ne pouvait qu’entrer en résonance avec les préoccupations de l’auteur. Huppert est évidemment formidable, enfantine et perverse à la fois, innocente et trouble, mythomane intermittente appliquée à ses petites roublardises et rêvant de frustes paradis : plus on interroge la meurtrière, plus on admire la comédienne.
  • Bande-annonce

    Les Fantômes du chapelier (1982)

    2 h. Sortie : . Policier.

    Film de Claude Chabrol avec Michel Serrault, Charles Aznavour, Monique Chaumette

    Huis-clos asphyxiant, climat lugubre, mal lancinant qui ronge les villes de province et habite le cœur de ses habitants. Un tueur en série y transige avec son secret, un humour mortel à la boutonnière. Mais comme chez Agatha Christie, il existe un rituel trouble-fête, bête comme la vie… En se souvenant sans doute de Landru, le réalisateur renoue avec certains thèmes favoris. À sa façon il tourne "Fenêtre sur Cour", sauf qu’à l’inverse d’Hitchcock il nous apprend qu’il n’y a pas de disparition sans cadavres. L’expressionnisme de Michel Serrault trouve ici une belle complémentarité avec la détresse sourde de Charles Aznavour, l’affrontement du notable pervers et inquiétant et du pauvre petit immigré pris au piège d’un esprit supérieur constituant sans doute le meilleur atout de cette adaptation de Simenon.
  • Poulet au vinaigre (1985)

    1 h 50 min. Sortie : . Policier.

    Film de Claude Chabrol avec Jean Poiret, Lucas Belvaux, Pauline Lafont

    Un médecin, un notaire et un boucher spéculent dans l’immobilier. Plan parfait que seule vient contrarier la ténacité d’une femme ne voulant en aucun cas abandonner sa demeure guignée par le triumvirat infernal. Des meurtres, un inspecteur curieux qui mène l’enquête, la bêtise et la cupidité en goguette, un monde clos qui suinte le fric, l’innocence ou la folie, et dans lequel on plonge avec des mines gourmandes de voyeur. Le film n’a rien de capital, mais le malicieux réalisateur sait déjouer les pièges que recèle le manque (voulu ?) d’argent. Ainsi peut-il se régénérer dans des conditions de production rappelant l’époque héroïque de ses premiers opus. Et voilà son ton restitué dans son essence, désinvolture grinçante, truculence gastronomique, description précise des turpitudes bourgeoises.
  • Masques (1987)

    1 h 40 min. Sortie : . Policier et comédie dramatique.

    Film de Claude Chabrol avec Philippe Noiret, Robin Renucci, Anne Brochet

    Une fois de plus, Chabrol choisit ici de demeurer un cinéaste gourmet plutôt que d’aspirer au statut de grand artiste. Si l’intrigue policière ne le passionne que modérément, il exulte à jouer sur les sentiments équivoques, les mimiques, les apartés, les répliques à double sens. Il ne dénonce pas la bêtise mais la magnifie pour mieux la terrasser. Derrière la fumée des cigares, le ballet des soubrettes et les livres qui tapissent les murs de son simili-Jacques Martin, un ignoble saligaud est prêt à toutes les machinations pour s’approprier la fortune d’une filleule diaphane. Et ce qui ne pourrait être qu’un brouet ordinaire devient un plat épicé, une plongée en eaux troubles dans le milieu de la célébrité médiatique, où l’auteur dispense ses coups de griffe avec une jubilation féroce. Ça fonctionne plutôt bien.
  • Bande-annonce

    Une affaire de femmes (1988)

    1 h 48 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, François Cluzet, Marie Trintignant

    L’Occupation, période noire où l’ordre moral garantissait la sauvegarde dérisoire des valeurs vichystes et permettait à la veulerie institutionnelle d’exercer sa médiocrité, son hypocrisie et sa haine. Face à des personnages aveugles, Chabrol se garde bien d’adopter un point de vue supérieur (la dérision qui flatte le spectateur). Son héroïne n’est ni une pasionaria de la cause féministe, ni une profiteuse du malheur des autres. Juste une femme de sa classe et de son temps (marche ou crève), victime d’un système social et politique qui étouffe le libre-arbitre, d’un pays cruellement défait qui voudrait donner l’image d’une nation unie à travers la prospérité et la cohésion de la cellule familiale. Ni plaidoyer ni charge, le film possède une force sèche et inéluctable. Et Isabelle Huppert, plus que jamais, est grande.
  • Bande-annonce

    Betty (1992)

    1 h 43 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Marie Trintignant, Stéphane Audran, Jean-Francois Garreaud

    Betty a soif. Betty boit. À bout, Betty n’est plus qu’une petite bête apeurée qui se réfugie dans l’inconscience d’un coma éthylique. Recueillie, protégée, maternée par une riche veuve qui a établi ses pénates dans un palace versaillais, elle se raconte, et Chabrol nous entraine dans un jeu savant de flash-back qui éclaire son passé bourgeois, son existence de jeune mante religieuse dont on perce peu à peu les secrets, les blessures, la force indomptée sous les gifles d’un destin fourvoyé. Pas de transcendance malgré la lente remontée vers la vie, tout au plus la mise au point d’une ambigüité constitutive qui consiste à multiplier les questions plutôt que d’apporter de réconfortantes réponses. Sans éclat ni génie, érigé par une sorte de solide efficacité littéraire, le film doit beaucoup à Marie Trintignant.
  • Bande-annonce

    L'Enfer (1994)

    1 h 40 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Claude Chabrol avec Emmanuelle Béart, François Cluzet, Nathalie Cardone

    L’histoire d’une jalousie imbécile et obsessionnelle, sans explication, sans emballage psychologique, sans clé. Chabrol s’intéresse moins à l’affrontement de l’homme et de la femme qu’à la dérive autodestructrice du premier. Derrière la dissection clinique puis de plus en plus fantasmagorique de cette névrose, c’est la figure du mal qu’il cherche à cerner, un mal qui est moins affaire de métaphysique que d’arrêt immédiat, de calcul à courte vue ou simplement de situation. Remarquablement servi par François Cluzet, tout en fébrilité inquiétante, et Emmanuelle Béart, beauté charnelle, mi-ange mi-démon, il observe le vacillement de la normalité à la folie, saisit le point de bascule des perceptions, introduit au dérèglement psychique par sa traduction mentale à l’image. Éprouvant et vertigineux.
    Top 10 Année 1994 : http://lc.cx/UPY
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    La Cérémonie (1995)

    1 h 52 min. Sortie : . Policier, drame et thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert, Jacqueline Bisset

    Chabrol a affirmé faire un film marxiste, mais alors d’un marxisme affiché par inversion, avec l’ironie d’un diablotin sarcastique. L’humour corrosif est bien présent mais ne fait pas décrocher un sourire tant le film agit comme une bombe à retardement. Nul autre ne sait comme le cinéaste transformer un petit déjeuner dans une cuisine, un cocktail de notables ou une kermesse de bienfaisance en lieux de tragédie quotidienne où s’exaspèrent les malentendus entre nantis et damnés de la société bien-pensante. Il cerne au plus près le point de rupture cataclysmique des rapports entre classes, met en parallèle condescendance larvée et froideur inhumaine, agit comme un entomologiste précis et implacable des comportements pour mieux renvoyer à leur insondable mystère. Une œuvre opératique et terrible : du grand art.
    Top 10 Année 1995 : http://lc.cx/UPg
  • Bande-annonce

    Au cœur du mensonge (1999)

    1 h 53 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Claude Chabrol avec Sandrine Bonnaire, Jacques Gamblin, Antoine de Caunes

    Jours pas si tranquilles en Bretagne : sitôt retrouvé le corps d’une fillette étranglée, le poison de la rumeur se propage, désignant René, un peintre asocial, comme le coupable idéal. Apparences et faux-semblants, rumeurs et doubles jeux, écart entre parole et image, intention et résultat : tout indique une variation sur le thème que le titre paraît désigner explicitement. Mais Chabrol n’est ni un professeur de morale dénonçant le mensonge ni un cynique qui l’encenserait. Entre silences pesants et éclats de verve, il tire les ficelles d’un "whodunit" provincial exécuté avec désinvolture, et dont les niveaux d’intérêt (drame passionnel, fait divers macabre, étude du microcosme local) s’affrontent sur l’échiquier des vanités. Jusqu’à une conclusion faisant la promesse tremblante que l’amour est bien la seule vérité possible.
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    Merci pour le chocolat (2000)

    1 h 39 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Anna Mouglalis

    Cela se passe cette fois en Suisse, dans une belle et grande demeure où vivent la riche héritière des chocolats Muller et un grand pianiste égotiste et silencieux, comme tout artiste qui se respecte. Gourmand et matois, le réalisateur confère à cette autre peinture bourgeoise la saveur d’un chocolat chaud mais n’en délivre pas moins une ode musicale et assez réjouissante à la perversité. Car il peut se faire que la douce, la bienveillante, la maladroite maîtresse de maison, qui tisse un châle aux airs de toile d’araignée, soit un monstre assassin. Ou peut-être pas… Suspense bizarre et particulièrement trouble, où tout n’est qu’allusions, non-dits, perceptions déréglées, décalages malaisants. Il y a là un sens du climat, une inclination à l’intangible, à l’abstraction, qui fascine tout en laissant légèrement en retrait.
  • La Demoiselle d'honneur (2004)

    1 h 50 min. Sortie : . Thriller, drame et romance.

    Film de Claude Chabrol avec Benoît Magimel, Laura Smet, Aurore Clément

    Une histoire d’amour très simple et très fêlée adaptée d’un roman de la dame noire du polar anglais, Ruth Rendell, et que Chabrol transforme en un suspense à la fois macabre et léger. Dès la rencontre entre le jeune homme ordinaire, confortablement installé dans sa petite vie, et la dangereuse chrysalide en robe bleue, nimbée d’un mystère opaque, tout se détraque et s’altère, se décale et s’accélère, les jeux du crime se mêlant à ceux de la séduction. Où est la vérité, où est le fantasme ? Il y a du sang, le sang de qui ? Il y a un meurtre, qui a tué, et qui est mort ? Le film distille ses zones d’ombre avec un art assez consommé du trouble vénéneux, progressant jusqu’à une fausse résolution en forme de cauchemar éveillé, et qui semble revenir dans un instant de fugitive horreur à la réalité. Quoique…
  • L'Ivresse du pouvoir (2006)

    1 h 50 min. Sortie : . Drame.

    Film de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, François Berléand, Patrick Bruel

    Fluidité parfaite du récit, rythme chausson modèle sport, approvisionnement au puits intarissable de la médiocrité humaine et des rapports de classe : s’inspirant étroitement de la fameuse affaire Elf et retraçant l’odyssée d’une juge d’instruction raide comme une porte de freezer, l’auteur atteste au gré d’une humeur débonnaire de la solidité de ses procédés et de la vigueur leur exécution. Ses décisions de mise en scène s’appuient sur une double logique de calculs et d’énigmes, sur la permanence d’un style qui enveloppe la contingence des situations, mais aussi sur quelques séquences récréatives auxquelles les acteurs apportent toute leur truculence. Et cette savoureuse étude de mœurs, en n’enregistrant rien d’autre qu’une nouvelle défaite, de poursuivre une micro-histoire du mal social français.
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    La Fille coupée en deux (2007)

    1 h 55 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Claude Chabrol avec Ludivine Sagnier, Benoît Magimel, François Berléand

    Le titre de l’avant-dernier film de Chabrol fleure bon le théâtre de Grand-Guignol, avec dépeçage à vif et tortures physiques. Mais si le carnage a lieu, c’est plutôt à un niveau symbolique. Inutile de savoir que l’intrigue s’inspire d’un fait divers new-yorkais survenu au début du XXème siècle : ce sont bel et bien certains travers de la société française d’aujourd’hui qui sont égratignés dans ce drame de la jalousie, tandis que la bourgeoisie culturelle paraissant maîtriser l’air du temps et l’aristocratie hors d’âge, conformiste et décadente, sont renvoyées dos à dos. Pourvoyant de généreuses doses de vitriol pour dépeindre les turpitudes de ses philistins provinciaux, le cinéaste y dissèque les jeux schizophrènes de l’amour et du pouvoir avec acuité, parfaitement servi par des acteurs en grande forme.
  • Bellamy (2009)

    1 h 50 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Claude Chabrol avec Gérard Depardieu, Marie Bunel, Jacques Gamblin

    Pour son dernier ouvrage, Chabrol tisse une sorte de mol imbroglio avec un dilettantisme nonchalant qui le rend assez délectable. Le travail de commissaire n’est ici pas un métier, l’enquête pas une activité spécifique mais l’autre nom de l’humaine condition. Faux Simenon, faux Maigret, vrai Chabrol : les indices se donnent aussi pour ce qu’ils sont et ils ne manquent pas, tous appartenant à l’intime comme au policier, à l’ordre de la fiction comme à celui du film. L’intrigue se dénoue entre une villa, des appartements, des bars, une grande surface de bricolage, une chambre de motel, le cadre anodin d’existences ordinaires que des évènements imprévus plongent dans des histoires qui les dépassent, et dont la mise en scène révèle progressivement le mystère, les fêlures, les angoisses et les ambiguïtés.