Créer une liste "Albums de 2018" - a.k.a Comment perdre son temps sur SC

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707 albums

par Gargantues

Janvier
11 : Kaitlyn Aurelia Smith - Tides : Music for Yoga & Meditation / Cucina Povera - Zoom / S. Araw Trio XIII - Activated Clown / Jay Mitta - Tatizo Pesa (Nyege Nyege Records) / Lorelle Meets The Obselete - De Facto /
18 : James Blake - Assume Form / Future - no title yet / Sharon Van Etten - Remind Me Tomorrow / Toro Y Moi - Outer Peace / Steve Gunn - The Unseen in Between / Deerhunter - Why Hasn't Everything Already Disappeared / Nkisi - 7 Directions (polyrhythms and african cosmology on Lee Gamble's label) /
25 : Croatian Amor - Isa / Substance - Rise and Shine (ostgut ton) / Philip Glass - Music In Twelve Parts: Concert à Paris, 1975 (réédition Transversale Disques) / Lowtec - Light Surfing /

Février
1 : Leon Vynehall - Dj-Kicks / Xosar - The Possessor Possesses Nothing / Lee Gamble - In A Paraventral Scale /
8 : Panda Bear - Buoys / Jessica Pratt - Quiet Signs / Silk Road Assassins - State of Ruin (Planet Mu) / Health - Slaves of Fear / Xiu Xiu - Girl With a Basket of Fruit / Ossia - Devil's dance (blackest ever black) /
15 : Bjarki - Happy Earth-day / Various - Kankyō Ongaku: Japanese Ambient, Environmental & New Age Music 1980-1990 (Light In The Attic) / Efdemin - New Atlantis /
22 : Spellling - Mazy Fly (art pop) /

Mars
1 : Snapped Ankles - Stunning Luxury (dance-punk) / Pond - Tasmania / W3C - Event Horizon (uk bass) / Pissgrave - Posthumous Humiliation (death metal) / Royal Trux - White Stuff / Weezer - The Black Album / Little Simz - Grey Area /
8 : William Basinski - On Time Out of Time / Kokoroko - Kokoroko EP (english jazz) / Stella Donnelly - Beware of the Dogs (new singer-songwriter's debut) / Sasami - Sasami (new female singer-songwriter) /
15 : Matmos - Plastic Anniversary /
22 : La Dispute - Panorama / Ex Hex - It's Real /

Avril
5 : Priests - The Seduction of Kansas / Fontaines D.C. - Dogrel (post-punk band debut album coming ? this year) /
19 : Fat White Family - Serfs Up / The Flaming Lips - King's Mouth /
26 : Otoboke Beaver - Itekoma Hits (japanese female punk band) /

Absents de la bdd

Yung Acid - Thug Mansions (grime, techno) / Hunee - Hunchin' All Night / SK U KNO - U Know (Suzanne Kraft) / Supreme Carnage - Morbid Ways to Die (metal) / Rune Bagge - Pink Dreams (atmospheric drum'n'bass) / Patois Counselors - Proper Release (art rock, experimental) / Knoiec Pola - Cy (avant folk, electroacoustic) / Baywitch - Moonstoner (lo-fi surf) / DJ Sprinkles & Hardrock Striker - Skylax House Explosion / O$VMV$M - O$VMV$M (techno) / DJ Residue (a.k.a. Kassem Mosse) - 211 Circles of Rushing Water / Gulch - Burning Desire to Draw Last Breath (death metal) / DJ Fett Burger and Stiletti-Ana - 358 Men (left field house, experimental, slow disco, dub, krautrock) / ACT! - Universalist (club, psychic jazz, lit artwork) / Mako Sica & Hamid Drake - Ronda (experimental, psychedelic) / felicita - hej! (PC Music) / Thomas Fehlmann - Los Lagos / SW. - SUE021 / Beat Detectives - NYPD Records Volume 2 : Satoshi Nakamoto dOPENet (chooped & screwed) / The Lotus Eaters - Desatura (Lucy & Rrose) / Object Agency - Abaa Cove (ambient) / Emily A. Sprague - Mount Vision (ambient) / Fernando - Fernando ("mutant electronic, almost pop" for LIES) / Max Graef - Lo Siento Mucho Pero No Hablo Tu Idioma / Warthog - Warthog EP (hardcore punk) / Kolorit - Workshop XXI (Kassem Mosse & Lowtec) / Teto Preto - Pedra Preta (brazilian band, cool cover) / Bonaventure - Mentor (kizumba, tarraxo, coupé-décalé on Planet Mu) / Deathrite - Nightmares Reign (crust punk) / Jonáš Gruska - Žaburina (btratislavan electronic producer, eastern asia ceremonial music influence, looks dope af) / Arthur - Woof Woof / Etch - Ups and downs (breakbeat) / Nomadico - The Code Switcha (techno old school UR) / Sabiwa - 輪迴 (idm) / Sosena Gebre Eyesus - Sosena Gebre Eyesus / Low Jack - Riddims du Lieu-Dit / Insolito Universo - La Candela del Rio / Embassador Dulgoon - Hydrorion Remnants (tribal ambient) / Tzusing - A Name Out Of Place / Andrew Bernstein - An Exploded View of Time (post-minimalism) /

TBA :

Ragnar Johnson - Crying Bamboos : Ceremonial Flute Music From New Guinea (field recordings, papuan music)
Post.23 - Whispers (du nouveau label de Acronym, Stilla Ton) (minimal synth, ambient techno)
Claudio PRC - TG012 (experimental techno, ambient)
Cash Rivers - Blue Balls Lincoln (Robert Pollard fait de la country)
Princess Thailand (noise-punk féminin à-là Savages venant de Toulouse, sort pour automne)
Benjamin Damage (for R&S)
Rina Mushonga
Anteloper - Kudu
Burqa Boyz (juke, dabke, plunderphonics, miami bass)
Dominic Fike
Emra Grid (dark ambient on Opal Tapes)
Samuel Organ
雲の向こう Kumo No Muko - A Journey Into 80s Japan's Ambient and Synth-Pop Sound

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  • Let Night Come on Bells End the Day (2018)

    Sortie : . 10 morceaux.

    Album de Sarah Davachi

    -Drone-

    Let Night Come on Bells End the Day propose cinq compositions reposant sur des motifs simples, mais dont le développement aboutit à chaque fois en une apothéose déchirante. La musicienne espace chacun de ses morceaux par un intervalle de silence, long parfois d'une dizaine de secondes, un choix qui rend d'autant plus intense l'attente du morceau suivant. Un sentiment de manque m'envahit lorsque ces instruments s'affaissent dans un soupir, lorsque l'espace sonore se désemplit. Ce ne sont pourtant qu'une poignée de note posées sur un clavier, quelques nappes brumeuses de vents ou de cordes. Et pourtant, je m'y attache. Un morceau sera toujours quelque chose d'inerte. Il pourra se matérialiser par le biais d'un musicien jouant en temps réel face à un spectateur, certes, mais ce ne sera pas pour autant un concept palpable. La musique n'est qu'ondes. Pourtant Sarah Davachi insuffle une âme dans ses accords et dans ses drones. Elle les rend vivant car elle les fait mourir en les taisant.
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    Double Negative (2018)

    Sortie : . 11 morceaux.

    Album de Low

    -Slowcore-

    Double Negative est un blizzard maximaliste qui enveloppe les oreilles de nappes rêches et distantes, donnant une impression de rugosité dans ses arrangements et sa production, mais promulguant toutefois par de multiples artifices une source de chaleur pour guérir des gerçures que lui même nous inflige. Une note répétée de flûte basse, un clavecin cristallin noyé sous les textures bruitistes, la voix de Mimi Parker ; que d'onguents salvateurs pour se soigner de l'étrange froideur que dégage cet album. Le déluge sonore, on le doit probablement à BJ Burton qui s'est affairé au mixing de Double Negative. Mais la voix d'Alan Sparkhawk agit telle un poêlon ou une loupiote dans ce brouillard déchirant. Une source de chaleur bien maigre, mais amplement suffisante pour que l'on en perçoive et ressente ce sentiment de sécurité au beau milieu de la tempête. C'est magnifique ces albums qui instaurent une atmosphère unique, aggressive en l'occurrence, pour ensuite en effacer le sentiment d'aggression au profit d'un je-ne-sais-quoi qui nous fait nous sentir protégé. Et puis ces textes qui semblent planer, en suspension au dessus d'une terre ravagée par une poudreuse glaciale ... Ils ont quelque chose d'impalpable, pas tant dans leur caractère ésotérique, mais surtout dans la manière avec laquelle ils parviennent à vaincre le flot impétueux de textures électroniques ... A se demander comment ils arrivent à émerger, meurtris par la désolation environnante desquels ils s'élèvent.
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    EL MAL QUERER (2018)

    Sortie : . 11 morceaux.

    Album de ROSALÍA

    -Flamenco nuevo-

    Dans l'attente de la voir dominer les charts internationaux dans des featurings avec Dua Lipa et Cardi B, deux écoutes me suffisent à penser que l'on tient là le meilleur album pop de la décennie. Aussi je redoutais un tournant 180° lorsque j'ai entendu "Malamente", mais la chanteuse catalane sait faire la part des choses et régaler son public avide de flamenco de morceaux nous donnant un aperçu de l'avenir de ce style, exit donc trente minutes de hits taillés pour la radio. El mal querer est phénoménal, le falsetto de Rosalía me séduit du début à la fin. Dans sa gestuelle et son style, elle emprunte au hip-hop ; dans les claps et les rythmiques qui accompagnent sa voix, c'est le sens de la fête propre au peuple gitan que l'on perçoit ; son approche pop de la flamenco ne s'égare pas non plus d'une envie d'expérimenter, avec des productions qui balayent la tradition espagnole, riches de de dissonances vocales veloutées, d'envolées mélodiques aphrodisiaques, de rythmes sournois et minimalistes qu'on envisagerait presque avoir été volés au reggaeton et au kuduro ibérique, d'arrangements baroques sublimant la tension sexuelle qui transparait sans mal des refrains soupirés de l'espagnole.

    Les choix de productions sont dus en partie à un certain El Guincho, mais je ne doute pas que Rosalía ait dirigé entièrement le processus créatif qui a aboutit à ce El mal querer. Non pas qu'elle n'ait pas délégué des fioritures à ses co-producteurs, mais le simple fait d'avoir approuvé ce sample d'Arthur Russel sur "Maldición" témoigne de cette volonté propre à elle de retourner les codes et les traditions, lui qui était le fleuron de l'avant-garde disco-expérimentale new-yorkaise queer de la fin du siècle, de la même manière qu'elle est l'incarnation la plus parfaite du renouveau d'un flamenco qui reste encore prisonnier d'une horde de puristes aux conceptions antédiluviennes, prête à défendre corps et âmes une façon de faire surannée qui ne ferait que ralentir l'essor de la pop latino de notre temps.
  • Hundreds of Days (2018)

    Sortie : . 7 morceaux.

    Album de Mary Lattimore

    -New age, ambient, free folk-

    Dès le morceau d'introduction "It Feels Like Floating", Mary Lattimore dévoile l'arsenal d'outils solide dont elle s'est équipée pour achever Hundreds of Days. Au delà de l'évidente harpe, c'est avec des synthétiseurs modulaires, un theramin, quelques couches de voix réverbées, une guitare électrique timide et de multiples claviers qu'elle élève ses motifs mélodiques vers des degrés transcendants. Et ça flotte bien, diable ! La palette d'instruments ne change pas d'un poil d'ailleurs, tout au long de l'album, lui donnant un rendu sonique constant, intangible, sans être lassant toutefois. S'il fallait lui dénicher un défaut, ce serait au niveau de l'enregistrement et du mixage sonore : les cordes cristallines frappent parfaitement dans les aigus, mais les notes graves me font tiquer et feraient presque perdre à Hundreds of Days son atmosphère angélique. Quand la voix de la demoiselle entre en jeu, également, la prise de son semble incorrecte ; les nappes vocales grésillent légèrement, et par la même occasion, empiètent sur les mélodies célestes qui proviennent de ses doigts. Enfin bon, ce ne sont que deux défauts mineurs qui salissent avec pudeur un disque autrement parfait et immaculé.

    Les semaines passent et je suis toujours aussi hypnotisé par les mélodies qui s'échappent de la harpe de la demoiselle. Elles sont enrobées de rêve et de coton, me semblent presque être des pièges dont je devrais me défendre à l'instar d'un Ulysse face aux terribles sirènes. Ca ne m'étonnerai pas qu'on reproche à Hundreds of Days de tomber dans le domaine de la musique de spa à la digestion facile (par rapport à ses anciens albums se révélants moins rapidement). J'en ai rien à carrer, je me jette la tête la première dans cette friandise qui ne parviendra jamais à me rassasier. Hundreds of Days n'est pas une odyssée expérimentale qui fera frémir les musicophiles téméraires, il est plutôt une ode réconfortante à la simplicité et aux plaisirs coupables.
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    Bon Voyage (2018)

    Sortie : . Rock indépendant et shoegaze. 7 morceaux.

    Album de Melody’s Echo Chamber

    -Art pop, neo-psychedelia-

    Melody Prochet ... Enfin une frenchie qui fait pas de la merde. Et c'est un euphémisme bien évidemment. Bon Voyage atteint des niveaux de grâce et de pureté encore jamais égalé (bon ça c'est peut être une hyperbole). La protégée de Kevin Parker (Tame Impala, vous voyez) qui s'est tout juste remise d'un mystérieux incident qui a failli lui couter la vie nous gratifie d'une collection de chansons qui puise son inspiration dans la musique arabe, les langages nordiques, Milton Nascimento, Özdemir Erdoğan, Trish Keenan, Lætitia Sadier, Wayne Coyne, Jaki Liebezeit ... Au total, trente deux minutes de psychédélisme délicat aux instrumentations méticuleuses, aux mélodies sucrées et à la production stellaire. Bon Voyage est un souffle continu qui enveloppe l'auditeur dans un fin voile de douceur infinie.
  • A Heart From Your Shadow (2018)

    Sortie : . 10 morceaux.

    Album de Michael Beharie et Teddy Rankin-Parker

    -Experimental-

    Ils ont été demandé par Steve Reich et Pauline Oliveros, Primus et Laurel Halo, Zs et Nicole Mitchell, et mettent de côté à présent leur rôle de musicien de session pour celui de compositeur avec ce premier album, A Heart From Your Shadow. Mais je desservirais l'album si je tentais de le décrire ou de l'encenser, les spasmes electro-magnétiques qui s'emparent de mon corps et me parcourent de haut en bas sont trop indescriptibles pour être explicités par des mots. A Heart From Your Shadow est l'un des ces trop rares albums dont l'écoute me plonge dans un état de béatitude total, tant les compositions que l'enregistrement m'enchantent (à la manière d'un disque de Jan Jelinek ou de Tim Hecker). Le mastering est d'ailleurs du à Jim O'Rourke, comme si ce mec n'en avait pas déjà trop fait pour la musique. Oh et "Roses", climax mélodique de l'album, est le morceau de l'année, cherchez pas.
  • Écouter

    The Sciences (2018)

    Sortie : . Stoner rock et doom metal. 6 morceaux.

    Album de Sleep

    -Sleep-

    Il n'y a pas de mot pour décrire le degré de classitude et de badasserie de cette sortie. The Sciences est l'album le plus évident que Sleep pouvait sortir après quinze années de silence. Evident car il est d'une simplicité presque consternante, Sleep n'a pas changé d'un iota depuis sa Montagne Magique. Les riffs ont une fois de plus l'épaisseur d'un smog jaunâtre suintant l'herbe médicinale, les lignes de basse volatiles planent encore sur cette atmosphère nauséabonde et étouffante, la voix nasillarde d'Al Cisneros délivre avec conviction des récits savoureux sur des explorations spatiales. The Sciences est de surcroit bien supérieur a tout ce que le trio de San José a pu faire à mon sens, y compris par rapports à ses offshots (Om et High on Fire). Ils ont toujours cette verve nonchalante, ils annihilent sans pression la concurrence avec un tempo modéré qui, contradictoirement, est une rafale emportant tout sur son chemin. Sleep n'a pas inventé le doom ni le stoner, mais les a perfectionné coup par coup depuis maintenant trois décennies. Avec cette sortie, c'est du fun pur jus. Les californiens font savoir qu'ils restent les maîtres de cette scène. Une guitare, une basse, une batterie, la recette paraît tellement simple. Que quelqu'un appelle la NASA pour qu'on diffuse cet album sur toutes les sondes intergalactiques, "The Botanist" envoie suffisamment de patate pour conquérir à lui seul la galaxie Alpha Centauri.
  • Nothing 2 Loose (2018)

    Sortie : . 11 morceaux.

    Album de DJ Healer

    -Deep house-

    Emouvant comme pas poss', les samples font mouche à chaque coup. On tient là la meilleure release du monsieur depuis le monumental 8 de Prince of Denmark. Il n'y a pas une minute où l'on s'embête, où l'on penserait switcher sur un autre son. Nothing 2 Loose est sublime, possède des textures d'une fragilité attendrissante, des kicks d'une légèreté incomparable, un groove qui ne manque jamais de faire tressaillir mon petit coeur à chacune de mes écoutes, et accessoirement, il possède une véritable âme. On voit que DJ Healer y a insufflé toute sa passion.
  • Electronic Music From the Eighties and Nineties (2018)

    Sortie : . 4 morceaux.

    Compilation de Carl Stone

    -Electroacoustic-

    "Electronic Music from the Eighties and Nineties presents the soothing, hallucinatory side of Stone’s slow-evolving, time-bending composition. While we can’t always identify the source, we can hear that his sounds come from somewhere, and that there is a “correct” or “complete” version of them in theory; and so we can hear when they are being changed. What drives Stone’s music is the flow that he draws out of those differences: the way an Indonesian gamelan morphs into a chorus built from one female vocalist over the course of “Mae Yao”’s twenty-three minutes, the surprise emergence of a Mozart chorus out of the synths and skip-glitches of “Sonali,” or the slow, ambient evolution of “Banteay Srey”. “Woo Lae Oak,” issued in a single side edit for the first time, is an exception. Its samples – a tremolo string and a bottle being blown across the top like a flute - are simple in the extreme. Yet the Stone hallmark is clearly present, he locates the inherent emotional properties of the sounds – the tingling anticipation of the string and the calm nobility of the wind – and takes them into unexpected expressive territory."

    Compilation exceptionnelle, pas besoin de plus d'explications que celle fournie par le label l'hébergeant, Unseen Worlds.
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    Communion (2016)

    Sortie : 2016. 8 morceaux.

    Album de Park Jiha

    -Post minimalism, korean folk music-

    Park Jiha communique sous forme de musique. Elle parle avec ses instruments, chacun d'eux représente un langage différent à ses yeux. Et il ne fait aucun doute que la demoiselle est polyglotte. Elle manie principalement le piri (sorte de flûte en bambou), mais s'essaie à l'orgue saenghwang ou au yanggeum (dulcimer martelé). Le percussionniste Kang Tekhyun accompagne Park Jiha d'une rythmique hypnotique. Ces instruments issus de la tradition folk coréenne se fondent dans un ensemble jazz occidental, porté par le vibraphone de John Bell, la clarinette basse et le saxophone ténor de Kim Oki.
    Communion est composé de sept morceaux minimalistes envoutants qui se construisent autour du souffle nasillard de Park Jiha. L'ensemble de musicien se perd au gré des harmonies, parfois dans une cacophonie enivrante, un chaos impétueux qui vous chamboule de la tête aux pieds (les mélodies sont vraiment vibrantes, diantre). Deux ans après sa sortie initiale, Communion bénéficie finalement d'une distribution internationale. C'aurait été dommage de confiner une telle virtuose à sa péninsule coréenne natale.
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    Compro (2018)

    Sortie : . 12 morceaux.

    Album de Skee Mask

    -Breakbeat, ambient techno, idm-

    L'énigmatique protégé des Zenker Brothers renouvelle son abonnement dans la prestigieuse maison bavaroise Illian Tape en signant un second album où plages atmosphériques ambient et techno breakée à 150bpm se côtoient paisiblement. Le jeune prodige Skee Mask, Bryan Müller de son vrai nom, dévoile ici une habilité stupéfiante à jongler avec les racines de la techno allemande, le breakbeat old-school ou la drum'n'bass subaquatique, sans perdre de vue un sens de la mélodie calibrée pour les dancefloors. Ecouter Compro est semblable à assister à une leçon de maître : l'aisance du garçon pour nous sortir des polyrythmies imprévisibles est à la limite de l'absurde. Le producteur installe chaudement des drones ou des samples vocaux qui semblent immédiatement à leur place, entre une poignée de lignes de basse vrombissantes et une panoplie de motifs de percussions machinales qui ne dévoilent jamais une once de faiblesse. Enfin, 'machinales' n'est pas vraiment approprié, car Skee Mask arrive toujours à caler des effets sonores, des loops ou des notes de synthétiseurs qui rendent les rythmiques plus humaines qu'elles ne devraient l'être. Compro ne tombe pas dans une techno à la mécanique robotisée, il paraît plutôt être un album conscient et logique qui s'exprimerait à travers des patterns et des mélodies dont seul Bryan Müller détiendrait le secret. Compro juxtapose des images et des émotions à coup de breaks soigneusement pensés qui lorgnent tant vers la techno que la jungle ou l'idm, ressuscitant par la même occasion ce sentiment qui survient lorsqu'on se tape un maxi de ce bon vieux Richard D. James.
  • Portrait With Firewood (2018)

    Sortie : . 9 morceaux.

    Album de Djrum

    -UK Bass, broken beat, ambient techno-

    Dire que pendant dix minutes j'ai cru avoir téléchargé (oupsy doopsy) le mauvais album, il aura fallu les breakbeats de "Creatures Pt. 2" pour me rassurer que j'avais bel et bien le nouveau Djrum qui tournait dans mon casque. Moi qui m'attendais à une techno hardcore, style rave anglaise décimée, je me contente au final de ces textures classiques réalisées au violoncelle ou au piano, je m'en régale même. Les percussions ont une rondeur appétissantes, les basses sont des bulles ouatées, des samples viennent apporter une dose d'émotion viscérale qui complète les tracks sans en altérer leur agressivité sous-jacente. La rythmique tribale de "Sex" vient s'emboiter dans les vocalises vulnérables de Lola Empire et les accords mélodieux de piano/violon. Il n'y a pas de dualité qui tienne, le rythme broken-beat s'unit en harmonie totale avec les motifs empruntés aux codes de la musique classique moderne.

    Portrait With Firewood est tout à fait recommandé si Skee Mask - Compro est votre album de chevet. "Waters Rising", "Sex" et "Blue Violet" sont trois raisons suffisantes pour essayer l'album (et essayer, c'est l'adopter).
  • The Invisible Comes to Us (2018)

    Sortie : . 11 morceaux.

    Album de Anna & Elizabeth

    -Avant-folk, progressive folk-

    Anna Roberts-Gevalt et Elizabeth Laprelle entrent dans la cour des grands, et profitent pour la rénover de fond en comble. Des fondations à la toiture, tout y passe, en prenant grand soin de respecter la structure originelle ! Ces deux demoiselles s'arment de saxophones, séquenceurs, violons et synthétiseurs pour rafraichir le paysage de la folk contemporaine et présenter leur propre vision de cette musique, avec un charme inédit et une verve unique semblable à un Jim O'Rourke (époque Bad Timing) ou une Joanna Newsom (avant qu'elle n'attrape des foutus nodules à la glande thyroïdienne). De douces harmonies s'échappent des voix nasillardes du duo, elles supportent des contes inspirés de leur terroir appalachien sur fond de drones discrets et d'expérimentations instrumentales. "By the Shore" constitue le point central de l'album : au placard les belles mélodies, on peut par contre se délecter d'un spoken-word étrangement captivant, ponctué d'arrangements qui surgissent et repartent, et surgissent et repartent ... Ce poème a (quasi) capella est lui même entrecoupé par des collages, poursuivant ainsi d'instaurer une aura fantastique et inquiétante au morceau (je pense au passage "i did not desire his gold so ..Tell him! So .. Tell him! tell.. Tell Him.. so te", un grand moment).

    Bref The Invisible Comes to Us est ancré dans les structures archaïques de la folk traditionnelle, à en juger les progressions mélodiques et les harmonies vocales, et propose par ailleurs des compositions aux structures déroutantes, des arrangements audacieux, et plus que tout une identité qui est propre aux deux demoiselles, Anna et Elizabeth.
  • Écouter

    Live 2002 (Live) (2018)

    Sortie : . 11 morceaux.

    Live de Mika Vainio, Ryoji Ikeda et Alva Noto

    -Glitch, microsound, drone-

    L'histoire se passe à Newcastle en septembre 2002. Trois bonshommes nommés Mika, Ryoji et Carsten décident de mettre en commun leur savoir-faire pour une représentation d'anthologie. Le moment est unique, et diable que suis-je content qu'il ait été capturé. Un magnétisme invincible se dégage du trio, les onze mouvements me happent tel un Narcisse attiré par son propre reflet. Cette oeuvre est conçue comme un rapport sensoriel, les trois musiciens expérimentent en temps réel leurs machines pour titiller le psyché de son public avec des fréquences, bruits, palpitations et drones. Et une écoute de ce live m'aura suffi à désirer une machine à remonter dans le temps pour être témoin de ce spectacle.
  • Nordic Flora Series Pt. 5: Crush (2018)

    Sortie : . 14 morceaux.

    Album de Varg

    -Ambient techno-

    Majestueux et éloquent, Nordic Flora Series Pt. 5 : Crush est tout aussi abouti que son grand frère Pt. 3 : Gore-Tex City, peut-être pas aussi insolent dans ses rythmiques, mais brillant plutôt par sa propension à faire parvenir à mes oreilles des textures enivrantes comme qui endorment mes sens, à la manière d'un coléoptère confiné dans un bocal contenant de l'ouate trempée dans de l'éther. Cet opus me donne l'envie de rapprocher Varg, a.k.a Jonas Rönnberg, de Andy Stott, en raison de cette sensibilité commune pour le splendide. Leur techno est taillée de manière immaculée, tel un marbre, à la différence que l'un travaille avec une perspective axée ambient, l'autre avec un attrait plus prononcé pour la dub. Et les deux font frémir mes écoutilles. Nordic Flora Series Pt. 5 : Crush se révèle définitivement comme l'une des meilleures release de la carrière du producteur suédois.
  • Dies Iræ Xerox (2018)

    Sortie : . 12 morceaux.

    Album de DJ Richard

    -Techno-

    Et c'est dans le plus petit état des U.S.A., Rhode Island, que naquit le deejay et producteur le plus indispensable du game, DJ Richard. Au travers de ses mix et de son premier LP 'Grind' sorti en 2015, l'américain a tôt fait de convaincre la scène avec sa techno à la fois dense et légère, régalant son public au gré des circonvolutions acides qui sortent de ses machines. Dies Irae Xerox est un deuxième album faisant honneur au nom du monsieur, se partageant entre pistes aérées et atmosphères accablantes. Des parties ambient allègent le tempo (on pensera aux doux bruissements des arbres entendus sur "Dissovling World"), mais un sale kick parviendra toujours à nous faire remettre les pieds sur terre, pour qu'on apprécie ce Dies Irae Xerox plus en tant qu'exutoire déchainé qu'en tant que techno de routine plate et sereine.
  • (f)lute songs (2018)

    Sortie : . 4 morceaux.

    Album de Mary Jane Leach

    -Minimalism-

    Pas encore eu le temps de le ré-écouter attentivement, but goddamn, ce (f)lute songs m'a donné les larmes aux oreilles tellement y'était jouissif. J'ai remarqué avec tristesse que la dame n'a pas beaucoup de faits d'arme à son actif, si ce n'est qu'elle a prêté main forte à l'élaboration de l'album posthume Unjust Malaise de Julius Eastman. Bref, mon seul souhait pour le futur, désormais, est qu'elle remplisse un peu sa trop courte discographie !
  • Écouter

    ye (2018)

    Sortie : . Hip hop. 7 morceaux.

    Album de Kanye West

    -Pop rap-

    Ce n'est pas tant la musique que j'aime, c'est Kanye West lui même. Chris Rock le rappelait lors de l'ouverture de la session d'écoute, Kanye West est l'homme le plus libre de la communauté hip-hop. Son authenticité en fait le personnage le plus attachant du monde, et ye renforce une fois de plus ce caractère d'homme sans limites. ye ne sera pas une révolution du niveau de My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Yeezus ou The Life of Pablo. Mais ye leur est égal en son terrifiant pouvoir d'introspection. ye est une nouvelle ouverture qui invite l'auditeur à lire dans l'esprit de Kanye, à comprendre sa logique.
  • Learned Ethics / Imposed Ethics (2018)

    Sortie : . 5 morceaux.

    Album de Kohl

    -Dub techno-

    Learned Ethics / Imposed Ethics sonne comme une évidence à mes oreilles ; cinq tracks de dub techno, une simple rythmique "boom clac boom clac", des synthétiseurs étouffés par le reverb, des hi-hats qui résonnent selon une profondeur inhabituelle, il n'en faut pas plus pour moi de ranger Kohl dans la catégorie des producteurs à suivre. Umor Rex enchaîne les succès pardi, j'ai pas encore déposé mes oreilles sur les deux autres tapes du lot (par Byron Westbrook et LogarDecay), mais croyez moi que l'envie est plus que pressante.
  • Sirimiri (2018)

    Sortie : . 5 morceaux.

    Album de Rafael Anton Irisarri

    -Ambient-

    Second album cette année de la part de Rafael Anton Irisarri qui retourne sur le label mexicain Umor Rex (qui avait accueilli The Shameless Years en 2017). Rafael Anton Irisarri propose une approche bien différente de sa musique par rapport à ses précédents albums, chose que l'on remarque tout particulièrement sur la troisième piste nommée "Vasastan". Ce morceau possède un grain propre que je n'avais jamais rencontré dans le catalogue du musicien, il semble composé de petites bulles sonores qui se propage dans l'atmosphère, éclatent et se renouvellent. Le morceau suivant "Mountain Steam" nous offre également une sonorité des plus charmantes à travers son synthétiseur qui imite les tintinnabulement d'un xylophone, fermant ainsi Sirimiri sur une berceuse soyeuse comme la plume. C'est probablement mon album préféré du catalogue de Rafael Anton Irisarri désormais.
  • Gave in Rest (2018)

    Sortie : . 7 morceaux.

    Album de Sarah Davachi

    -Ambient-

    Sarah Davachi plus épatante que jamais en deux mille dix-huit, Gave In Rest est la seconde sortie qu'elle présente cette année, et également le second coup de coeur me faisant chavirer en l'espace d'une demie-douzaine de mois seulement. La canadienne originaire de Calgary poursuit ses études sur le traitement du son et de l'acoustique, s'amusant à manipuler, moduler et triturer les notes qui sortent de sa palette habituelle d'instruments (piano, orgue et violons). Son précédent album Let Night Come on Bells End the Day accordait encore au silence et au calme une place proéminente ; Gave In Rest quant à lui révèle un volume sonore beaucoup plus conséquent. Si ce n'est la pause brutale lors de la première minute du premier morceau, l'album prend plaisir à jouer sur un son à la dimension beaucoup plus grandiose, à l'image des cathédrales, basiliques et églises que la compositrice canadienne s'amuse à visiter lors de ses tournées en Europe. J'ai une préférence tout de même pour Let Night Come on Bells End the Day, Gave In Rest s'appuie trop sur des tonalités lugubres, trop sobres pour être baroques, et joue sur des basses fréquences, des notes moins lumineuses. Il n'empêche que Gave In Rest confirme plus amplement mon amour pour la demoiselle, sa musique agissant tel un baume sur mes fêlures et mes faiblesses (si faiblesses et fêlures il y a).
  • Manor of Infinite Forms (2018)

    Sortie : . Death metal. 7 morceaux.

    Album de Tomb Mold

    -Death metal-

    L'ouragan est canadien et s'abat en ce moment même sur l'entièreté de la scène death metal, de la Californie à la Scandinavie. Personne n'en sort indemne. Son nom ? Tomb Mold. Une déferlante orangée, toisant de son growl la populace qui essaiera de résister à cette bourrasque inhumaine.

    Je l'attendais pas de si tôt ce Manor of Infinite Forms pour être franc. Il y a un an à peine, Tomb Mold commençait son ascension avec Primordial Malignity, un premier album de death moderne bien juteux qui avait déferlé sur mes tympans. Il me fallait confirmation, et Manor of Infinite Forms est arrivé sans que je puisse crier gare. Mais j'ai pas rechigné à l'écouter, bien au contraire. Ce second album cristallise le groupe comme une nouvelle valeur sûre de la scène de death contemporain. Les guitares sont furax, la batterie paraît constamment s'entredéchirer avec la basse, le chant provient des tripes et sublime l'atmosphère infernale que dégage la section instrumentale. All in all, Tomb Mold réalise un merveilleux travail. Le groupe canadien n'est pas fort éloigné du son nineties, mais parvient à révéler une identité propre qui distingue le distingue de ses paires, et fera ainsi, je l'espère, avancer la scène. Une merveille ce Manor of Infinite Forms !
  • Sissel (2018)

    Sortie : . 1 morceau.

    Album de John Tilbury, Keith Rowe et Kjell Bjørgeengen

    -EAI-

    Sissel est une improvisation, inquiétante mais passionée, réunissant les ex-membres du légendaire AMM, John Tilbury (piano) et Keith Rowe (guitare et autres), ainsi que le vidéaste norvégien Kjell Bjørgeengen. La pièce est dédiée à la mémoire de la femme de ce dernier, décédée quelques semaines avant la performance de cette improvisation. Sissel joue ainsi sur une tension spéciale qui évoque l'indifférence de la mort, le réconfort dans le silence. Keith Rowe vient sans cesse perturber le calme apparent avec des sonorités menaçantes, pour combler le vide que John Tilbury devrait remplir avec l'ébène et l'ivoir. Pendant ce temps, on peut entendre le doux vrombissement d'une caméra en marche, Kjell Bjørgeengen n'est jamais très loin. Il y a cette impression permanente qu'un fantôme plâne au dessus de ce trio, qui les enjoint à jouer pour sa mémoire. Les trois s'exécutent, et cela donne quarante hui minutes d'electroacoustic dont l'intensité est présente dans chaque frémissement perceptible par notre ouïe.
  • Good to Feel (2018)

    Sortie : . 9 morceaux.

    Album de Candy

    -Hardcore punk-

    J'ai eu des doutes pendant deux minutes et des poussières, puis les blast beats m'ont pris par surprise sur "Lust for Destruction", et j'ai dès lors confié mon entière attention aux hurlements primitifs de ce trio de Richmond. Et par "hurlements", je ne vise pas seulement ceux produits par les cordes vocales de Zak Quinram, mais aussi le bruit assourdissant, que dis-je, abasourdissant qui sort des instruments du reste du trio. Une fois la machine enclenchée, il est difficile de se retenir de faire péter les décibels. J'en viens à un volume tel qu'il m'est impossible de distinguer la basse de la batterie à vrai dire. Allez, je vois la tinnitus se rapprocher au fur et à mesure que les morceaux de l'album se succèdent ! Outre le vacarme jouissif dont je pourrais continuer à faire l'éloge au sein de ce court paragraphe, Good to Feel ne tarde pas non plus à donner un ressenti d'inédit, d'originalité : l'album pioche avec respect dans divers scènes existantes (le hardcore new-yorkais, le d-beat, des effluves de crust) et l'arrange en 17 minutes de dinguerie sans nom qui en fin de compte fait sens dans le chaos qu'il arrange. Même la référence plus heavy metal donnée par "Distorted Dreams" ne parait pas déplacée au sein de ce foutoir passionné. Même "Bigger Than Yours" paraît être une évidence en dépit de ce wall-of-sound tiré tout droit d'un groupe générique de shoegaze britannique. L'album se clôt sur de la noise qui envenime l'oreille gauche, parfait, on pouvait pas rêver mieux pour se décrasser le tympan.
  • Sort\Lave (2018)

    Sortie : . 12 morceaux.

    Album de Richard Devine

    -IDM-

    Venetian Snares s'est trouvée une nouvelle recrue - et pas des moindres - en la personne de Richard Devine pour son label Timesig, lequel a forgé et imaginé Sort/Lave des années durant. Cinq pour être précis. Je parle de forgeage, d'élaboration, de construction, car c'est précisément ces noms qui qualifieraient le mieux ce travail d'orfèvre que constitue l'assemblage des synthétiseurs modulaires que Richard Devine utilise sur cet album. Ce qui est intéressant, plus que le hardware du bonhomme, est le processus créatif qui a aboutit aux douze tracks qui figurent sur Sort/Lave ; plutôt que d'être des compositions sciemment dessinées, elles résultent en fait d'heureux accidents s'étant produits lors de ces interminables sessions d'expérimentations où le producteur américain s'amuser à tester les possibilités musicales que ses couteux jouets lui offraient.

    Et à l'écoute de Sort/Lave, on saisit pourquoi ses travaux en tant que sound designer ait été plébiscités à maintes reprises par de marques de l'acabit de Google ou Apple.

    Les septante minutes de musique que compte l'album sont peu digestes, encore moins que les pires (ou meilleurs) albums d'Autechre, mais l'on ne peut s'empêcher de s'accrocher à ces symphonie impersonnelle couleur gris chrome, à l'image de l'artwork. Car en dépit de son allure froide, on décèle ça et là, de manière très sporadique, des bribes de mélodies qui nous rassurent quant à l'humanité de Richard Devine. Ces bribes se terrent au creux de morceaux tels que "Astra", "Anemap", "Opaque Ke" ou "Takara". Bonne merde aux courageux voulant tenter l'expérience, Sort/Lave ne se laisse pas apprivoiser en une écoute malheureusement. Je ne peux m'empêcher de le rapprocher d'ailleurs du Syro d'Aphex Twin paru en 2014, les deux albums partageant une tonalité naturelle très similaire qui élague l'aspect robotique de ce qu'il est commun d'appeler l'"intelligent dance music".

  • Stadium (2018)

    Sortie : . 12 morceaux.

    Album de Eli Keszler

    -Electroacoustic-

    Neuvième album studio du compositeur et percussionniste Eli Ksezler, un talent certain qui est de plus en plus sollicité par la sphère électronique expérimentale (on le retrouve sur les récents albums de Oneohtrix Point Never, Oren Ambarchi et Laurel Halo pour ne citer que les plus connus).

    Je ne rentrerai pas dans les détails de l'album, la présentation faite par le label Shelter Press sur bandcamp ne mérite aucunement de résumé grossier ou de traduction boiteuse de ma part. Imaginez simplement être dans un hangar, entendre les fuites d'eau percuter le sol d'un bruit métallique, percevoir avec attention un brouhaha lointain venant de la ville, un hangar au milieu duquel un quartet de jazz ché-per accorde ses instruments. La trompette et la batterie ont été troqué pour un hautbois fracturé ou des casseroles en cuivre, et, étonnamment, mellotrons et vibraphones se paradent au milieu de cette cacophonie. La palette mélodique est pléthorique, mais elle n'agit qu'au second plan car c'est bel et bien le travail sur les percussions qui mène la danse. Eli Keszler a un don assez fantastique pour dégoter des textures uniques, pour façonner des rythmiques d'une légèreté ahurissante, semblant presque nous rapprocher d'une drum'n'bass atmosphérique qui aurait contaminé l'apparence jazzy de l'album.

    Daniel Lopatin (OPN) décrit le jeu de ce monsieur comme "bactérien". Je ne sais pas comment l'expliquer, mais ce qualificatif lui sied à merveille. Le morceau qui ressort le plus est surement ce "Simple Act of Inverting The Episode", commençant par un 'drum roll' juvénile qui sert de base à une rythmique devenant de plus en plus complexe au fil des minutes. Lien bandcamp >>> https://shelterpress.bandcamp.com/album/stadium
  • 13th Month (2018)

    Sortie : . 13 morceaux.

    Album de Kelman Duran

    -Reggaeton-

    Second album Kelman Duran pour Apocalipsis, label friand d'innovations électroniques dans le domaine du clubbing latin et du reggaeton. Et une fois 13th Month dans les oreilles, on les comprend sans étonnement de s'être portés volontaires pour héberger et distribuer ce producteur dominicain (venant de République dominicaine donc, je ne le traite aucunement de producteur du dimanche). Et ce n'est pas tant la moiteur caribéenne ni les démentielles avancées dans le monde du digital cumbia qui ont inspiré le monsieur à réaliser cet album, mais plutôt la tribu amérindienne des Lakotas, peuplade ancestrale du Dakota du Sud qu'a pu rencontrer Kelman Duran lors d'un séjour dans la réserve naturelle Pine Ridge. Et c'est d'ailleurs une spécificité de leur calendrier lunaire, comptant treize mois au total, qui donne son nom à l'album.

    Bookmat présente l'album comme la "reggaeton's answer to Burial". Et diantre qu'ils ont raison. On ne se situe aucunement dans le registre du 2-step, pourtant l'habilité du bonhomme à manipuler les samples vocaux et à créer des textures fantomatiques à partir de petits riens, comme le fait Burial, est certaine. Kelman Duran crée un sentiment de réconfort et d'humanité au moyen de ses compositions. Elles paraissent familières. Pourtant elles s'appuient sur des effets sonores froids et urbains ; mais il parvient en dépit de cela à créer une atmosphère réconfortante, qui suscite un bien-être euphorique. L'album est évidemment ancré dans l'héritage reggaeton plus que tout, il ne faut pas s'arrêter à la comparaison à Burial car les percussions métalliques, propres à ce style caribéen, dominent l'album du début jusqu'à la fin.

    Grosse recommandation aux fans des labels Príncipe Discos, Salviatek et Apocalipsis, ainsi qu'aux curieux qui seraient tentés de savoir à quoi pourrait ressembler une rencontre entre Burial et Elysia Crampton.
  • Childqueen (2018)

    Sortie : . 10 morceaux.

    Album de Kadhja Bonet

    -Psychedelic soul-

    Des capsules temporelles qui t'envoient en un quart de seconde à l'époque de la pop soul brill-building, du jazz vocal de salon et des premiers laboratoires musicaux anglo-saxons, c'est pas tous les jours que t'en croise. Kadhja Bonet est une multi-instrumentiste californienne qu'on penserait d'abord rapprocher de Dionne Warwick pour sa voix haut-perché enivrante, alors que son talent le plus remarquable se trouve bel et bien dans son rôle de chef d'orchestre de ses propres idées. Que cela soit tant dans la composition que dans l'exécution de ses morceaux, la demoiselle fait preuve de sophistication immaculée et de délicatesse aventureuse. Ses morceaux résonnent comme de l'easy-listening imaginé et chanté sous LSD, bardés de flûtes et de violons, virant tantôt vers un funk aérien ("Mother Baby"), tantôt vers une version améliorée de ce qu'étaient les slogans publicitaires à la fausse allure futuriste des années cinquante et soixante ("Joy", personne ne verra de quoi je parle mais je me comprends). Bref, véritable perle hors du temps et de l'espace, c'est pas le genre d'album sur lequel on penserait tomber.
  • Bestie Infinite / Wear Patterns (2018)

    Sortie : . 2 morceaux.

    Album de Caterina Barbieri et Eleh

    -Drone-

    Disque splité entre Caterina Barbieri et ELEH pour Important Records, compagnon de sortie du second full-lenght de l'italienne, Born Again in the Voltage, tous deux disponibles dans les bacs depuis le 10 aout 2018. Et que dire, ce morceau, "Bestie Infinite", de Caterina Barbieri, m'a immédiatement donné l'envie pressante de projeter mes écoutilles sur cet album solo. La dame s'applique à une drone chatoyante et réverbérante, au sein de laquelle des centaines de motifs modulaires se cognent et s'entrechoquent pour scintiller en une mosaïque lumineuse qui absorbe l'entièreté de mon attention. Last but not least, "Wear Patterns" de ELEH, moins remarquable mais pas moins somptueux dans le timbre qu'il convoie.
  • Degradation Loops (2018)

    Sortie : . 7 morceaux.

    Album de Jasmine Guffond

    -Tape music-

    La sound artist Jasmine Guffond présente le résultat de seize jours d'efforts durant lesquels une exposition d'art lui a demandé de déconstruire des musiques existantes, résultant en un fracas dronesque se dégradant peu à peu vers une noise grésillante. Degradation Loops est un condensé de cette expérience, condensé bien trop court vu la qualité du travail produit par cette artiste australienne. Des bribes de notes d'instruments se cognent, dans un chaos harmonique, à des nappes scintillantes de synthétiseurs. Il y a un mouvement réel qui se dégage de ce disque, l'interaction entre les différents facteurs instrumentaux fait naitre un sentiment d'apaisement contemplatif, de sérénité méditative. Les violons se plaignent, les claviers grincent, on perçoit les chuchotements d'une assemblée fictive ou les grattements d'une plume sur du papier, Degradation Loops est une symphonie.