Journal de Bord 2020 - Films

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96 films

par Jurassic
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    La Rose pourpre du Caire (1985)

    The Purple Rose of Cairo

    1 h 22 min. Sortie : . Comédie, fantastique et romance.

    Film de Woody Allen avec Mia Farrow, Jeff Daniels, Danny Aiello

    ♦ Vu le 25 janvier ♦

    Tout aussi léger qu'il soit, « La Rose Pourpre » du Caire » sait finement mettre de côté le romantisme attendu du récit sans tomber dans l’extrême inverse. Je croyais à tort que Farrow serait invitée à rejoindre Daniels dans son univers fictif, c’est le contraire qui se produit, un héros de cinéma pénètre dans notre monde, et découvre sa froideur, sa saleté, la précarité de nos conditions de vie, les petits problèmes quotidiens, la complexité des sentiments humains… Pour autant, si le personnage de Mia Farrow ne dépareillerait pas dans une chronique sociale misérabiliste, le film en réchappe par l’optimisme naïf à toute épreuve de Daniels. Il est surpris, négativement souvent, mais jamais dégoûté. La réalité ne luit déplait pas car sa dulcinée en fait partie. Il en est autant pour la résolution du film, elle est dure, triste mais n’annule pas la beauté des moments passés entre Cecilia et Gil Sherperd. Elle est libre à l’interprétation : que retenir ? Qu’en apprendre ? C’est probablement pour cette raison qu’Allen affirme, en bon provocateur, que la fin est heureuse.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Marriage Story (2019)

    2 h 17 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Noah Baumbach avec Scarlett Johansson, Adam Driver, Laura Dern

    ♦ Vu le 8 février ♦

    Ce qu’il y a de plus terrible dans les coups portés par les avocats aux deux parties, c’est la récupération de tous ces petits détails anodins dans la mise en scène, qui donnent une crédibilité, une vérité aux personnages : Scarlett qui a bu quelques verres de trop et qui trébuche, rate une marche en descendant les escaliers, Driver qui se coupe en fixant précipitamment le siège enfant à la banquette arrière de sa voiture… Des petites actions sans suite, sans conséquences, révélant subtilement et discrètement des petits défauts, des erreurs chez les personnages qui leur donnent corps, les rendent empathiques. Il n’en fallait pas plus aux avocats pour répéter, amplifier, détourner ces éléments, faire regretter aux personnages, au cinéaste d’être simplement humain. La guerre juridique ne fait pas que détruire le couple, elle détruit aussi leur droit à la normalité. À ce titre, le scénario est particulièrement habile pour nous faire adhérer autant aux revendications du père que de la mère. Chacun a son point de vue, ses arguments, ses faiblesses… Difficile de prendre parti pour l’un et contre l’autre. D’où des disputes qui dégénèrent, où pour s’imposer, Scarlett et Driver n’ont plus d’autre choix que de cracher saloperie sur saloperie. Même si ces moments très « ocarisables » dissimulent mal le désir un poil vaniteux de performer, les crescendos sont très fluides, bouleversants, et les deux (grands) acteurs, Scarlett Johannson et Adam Driver, sont proprement sensationnels.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Les Tueurs (1946)

    The Killers

    1 h 45 min. Sortie : . Film noir.

    Film de Robert Siodmak avec Burt Lancaster, Ava Gardner, Edmond O'Brien

    ♦ Vu le 8 février ♦

    J’ai totalement décroché à mi-film, au fur et à mesure de l’amincissement des personnages, qui perdaient leur mystère sans gagner en épaisseur psychologique. Pour moi, ces « Tueurs », c’est beaucoup de potentiel gâché. En fait, je suis peu surpris du fait que tout le récit, passées les dix premières minutes, soit l’invention des scénaristes, libérée de la nouvelle d’Hemingway. J’adore le début, les éclairages expressionnistes, la tension, ces gueules, ces caractères bien trempés de personnages que l’on devine très vite tertiaires, cette caméra virtuose qui suit à toute allure Nick Adams dans sa course jusqu’à l’appartement de Lancaster. Adams finit par quitter la chambre, la caméra y reste, témoin des derniers instants d’un personnage en tout point mystérieux. La suite m’a ennuyé, tout est attendu, la beauté de Gardner est étincelante mais son personnage se cantonne à ce que l’on attend d’un certain stéréotype de femme fatale. Seules quelques séquences très inspirées (le braquage) retrouvent la magie des dix premières minutes, sans toutefois l’élever au même rang que les plus grands classiques du genre.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Star Wars : Épisode II - L'Attaque des clones (2002)

    Star Wars: Episode II - Attack of the Clones

    2 h 22 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de George Lucas avec Ewan McGregor, Natalie Portman, Hayden Christensen

    ♦ Revu le 17 février ♦

    Je m’étais presque autoconvaincu que j’aurais revu à la hausse tous les épisodes de la prélogie. En fait non, uniquement le premier. « L’Attaque des Clones » a la lourde charge de devoir prolonger l’atmosphère faussement tranquille de « La Menace Fantôme », faire passer pour annexes les intrigues déterminantes de la trilogie (le pouvoir grandissant du chancelier) tout en donnant aux personnages plus de poids dramatique pour mieux anticiper le basculement vers la tragédie de l’ultime épisode. Rien ne fonctionne vraiment, on saisit mal les intentions et réflexions des personnages, perdus dans une série de complots où l’on ne comprend plus qui joue le jeu de qui (par exemple, Dooku, pourtant commanditaire officieux de l’Armée de Clones, se dit surpris que la République ait pu se procurer une armée aussi vite). Même dans l’hypothèse que le film soit réestimé un jour, personne ne devrait contester le navrant de l’histoire d’amour, pas crédible une seconde, mal servie par Hayden Christensen et Portman, aussi mauvais l’un que l’autre. Pourtant, la toute dernière scène qui associe intelligemment la revue des troupes de la future Armée Impériale et le mariage secret d’Anakin et Padmé révèle tout le potentiel du film. Le « Love theme » perd sa douceur et reste dans le ton de la fanfare militaire de l’ « Imperial March ». Le futur de la République et de l’amour liant Anakin et Padmé sont corrélés, malgré eux. Ils ne sont que les pions d’un jeu bien plus vaste qu’ils ne maîtrisent pas, qui les mèneront à leur perte.

    [5,5/10]
  • Bande-annonce

    Star Wars : Épisode III - La Revanche des Sith (2005)

    Star Wars: Episode III - Revenge of the Sith

    2 h 20 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de George Lucas avec Ewan McGregor, Natalie Portman, Hayden Christensen

    ♦ Revu le 18 février ♦

    La trilogie a fait l’objet de bien des railleries (j’ai souvent rejoint les railleurs), pour autant, je n’ai jamais été d’accord avec ceux qui jugeaient le basculement d’Anakin du côté obscur forcé, précipité. Depuis le premier épisode, rien n’allait, personne ne faisait véritablement confiance au jeune Jedi, toute sa formation reposait sur une ancienne prophétie qui aurait même pu être « mal interprétée » selon les mots de Yoda. Les indices de sa traîtrise abondaient. Mais ce qui entérine l’affaire selon moi, c’est le soin avec lequel Lucas fragilise l’éthique Jedi. Avec ou sans Anakin, le système tendait à s’effondrer tant plus personne, en cette situation de crise, ne voyait de mal à enfreindre les principes de « la voie Jedi » (espionner le chancelier, récupérer le pouvoir par intérim après la chute de Palpatine…). Le Conseil Jedi, tel qu’il était, n’était plus viable, Anakin en fut simplement le premier véritable échec. D’ailleurs, même si simple, je trouve très bien écrite toute la partie politique sur l’ensemble de la trilogie. La tragédie qui s’ensuit, le duel fratricide, l’éveil de Vador, la naissance des jumeaux (finalement « mon » moment le plus émouvant du film)… Autant de raccords avec la trilogie originale qui pourraient faire école aujourd’hui, à l’heure où l’on fabrique dix mille suites/prequels/reboots par semaine.

    [7,5/10]
  • Bande-annonce

    Le Cas Richard Jewell (2020)

    Richard Jewell

    2 h 11 min. Sortie : . Biopic, drame et policier.

    Film de Clint Eastwood avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates

    ♦ Vu en février ♦

    J’ai tiqué plusieurs fois au cours du visionnage pour quelques clichés hollywoodiens un peu vieillots : le personnage d’Olivia Wilde, journaliste arriviste odieuse dont la vilénie est aussi caricaturale que sa pseudo-rédemption en fin de film, le personnage de Sam Rockwell, sidekick grande gueule sympathique mais forcé, écrit sans finesse. Mais au bout du compte, après quelques semaines de digestion, c’est bien le positif qui l’emporte : le regard juste, nuancé, sage, plus que jamais nécessaire de Clint (qui ne connaît et ne connaîtra jamais la sénilité), capable une fois de plus de s’emparer de sujets brûlants (terrorisme, peine de mort, port d’arme, acharnement médiatique, manipulations du FBI…) avec ce qu’il faut d’ambiguïté pour échapper à tout manichéisme. Le héros, que l’on aime, est un benêt, inadapté à sa société, aux opinions douteuses (absolument opposées aux idées d’Eastwood), qui ne vit que pour son travail parce qu’il n’a « que ça ». La critique compare beaucoup « Richard Jewell » à « Sully ». Autant le professionnalisme de Sully était admirable, autant Jewell en fait beaucoup trop. Il gagne la sympathie d’Eastwood pour d’autres raisons, c’est un pauvre bougre, naïf mais franc, qui croit sincèrement faire le bien, qui essaie tant bien que mal à s’en sortir dans un drôle de pays. L’humanisme eastwoodien dans sa plus simple expression, qui ajoute une pierre de plus à l’édifice que constitue cette splendide fin de carrière.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Les Voyages de Sullivan (1942)

    Sullivan's Travels

    1 h 30 min. Sortie : . Road movie et comédie.

    Film de Preston Sturges avec Joel McCrea, Veronica Lake, Robert Warwick

    ♦ Vu en février ♦

    Si le film s’attache modestement à défendre la conscience sociale de la comédie américaine, il a l’intelligence de ne pas s’enorgueillir de comprendre les pauvres, de savoir « ce que c’est » que de vivre dans la misère. Le héros est un petit bourgeois, né avec une cuillère d’argent dans la bouche, qui entreprend d’endurer une semaine de pauvreté, dans la rue, afin de pouvoir retranscrire au mieux à l’écran la vie des petites gens dans son prochain film. Au bout de son périple, si Sullivan a bel et bien appris certaines choses, le personnage comme le film, ne tient aucun discours sur ce qu’il a vu. Nous avons été au contact des pauvres, mais aucun ne s’est réellement exprimé, aucun n’a été caractérisé. C’est une masse humaine plus ou moins abstraite. Hollywood, par nature, ne peut pas se mettre à la place des démunis, mais à son échelle, avec ses moyens, elle peut lui « redonner le sourire », et c’est déjà beaucoup. Une conception humble et bienveillante des devoirs moraux du cinéma de divertissement américain, d’autant plus pertinente que le film est fabuleusement séduisant, drôle, achevé.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    La Chevauchée des bannis (1959)

    Day of the Outlaw

    1 h 32 min. Sortie : . Western.

    Film de André De Toth avec Robert Ryan, Burl Ives, Tina Louise

    ♦ Vu en février ♦

    J’ai adoré la direction d’acteurs, que je n’imaginais pas si précise, compte tenu du format série B du film. Mais on comprend vite pourquoi elle est si travaillée : en quasi-huis clos, toute la tension vient des relations entre les personnages, qu’ils soient alliés ou ennemis. Ce sont des hommes et des femmes tourmentés, qui ne savent pas/plus quoi et qui suivre, qui aimer et qui haïr. Et qui ne verbalisent pas directement leurs sentiments. Tout se fait dans les regards, les postures, les sous-entendus, qui donnent la part belle aux acteurs. Cette tension sourde culmine dans cette fameuse scène de danse, d’un malaise intense, bouffée par le vice et la dépravation. On peut à peine en parler comme d’une scène de chasse, les proies sont déjà capturées, les femmes sont les jouets des bandits. Mais cette tension vient aussi d’une frustration insoutenable, tant du côté des hors-la-loi, qui possèdent un territoire qu’ils ne peuvent pas exploiter comme ils l’entendent (pas de beuverie, pas touche aux femmes), que du héros, qui vit en direct le déclin de « son » Far West et en constate les dégâts, matériels (les barbelés) et sentimentaux (Helen, qu’il aime, fiancée au fermier qu’il combat). Une atmosphère oppressante à souhait, accrue par ce décor enneigé et ce noir et blanc génialissimes.

    [8/10]
  • Les Aventures d'Arsène Lupin (1957)

    1 h 32 min. Sortie : . Aventure.

    Film de Jacques Becker avec O. E. Hasse, Jacques Becker, Daniel Ceccaldi

    ♦ Vu en mars ♦

    Film d’aventures complètement désuet et inoffensif, c’est ce qui en fait le charme. Un héros charismatique, des scènes rigolotes (les scènes de vol, la malice et la débrouille de Lupin qui même démasqué et menotté, réussit à se tirer d’affaire), des filles mignonnes comme tout, de la bonne humeur, de jolies couleurs pastel… Parfois il n’en faut pas plus. Oublié dans un mois mais à revoir sans déplaisir.

    [6/10]
  • L'Amour d'une femme (1953)

    1 h 40 min. Sortie : . Drame.

    Film de Jean Grémillon avec Micheline Presle, Massimo Girotti, Gaby Morlay

    ♦ Vu en mars ♦

    L’amour impossible y est magnifié car il est décidé conjointement par les deux amants. Un quelconque fatum tragique n’a rien à voir là-dedans, le malheur est ici celui qui pousse à renoncer à une belle histoire pour une autre, qui nous apporterait un bonheur plus grand. En l’occurrence, se séparer de l’homme qu’on aime pour son métier. L’histoire d’amour est remarquablement écrite et bien servie par ses comédiens mais c’est le rapport passionné et anxieux de Micheline Presle à sa profession qui dirige l’action. D’un côté, l’enthousiasme d’exercer son métier avec la vigueur et le dévouement les plus entiers, et par là-même, affirmer son indépendance. De l’autre, la peur de laisser sa vie sociale se consumer à petit feu, de ne pouvoir avoir le temps d’aimer et d’être aimée en retour. Il y a nombre de scènes géniales, celle où Micheline Presle en vient presque à insulter les enfants de ne pas avoir pleuré pour les funérailles de leur institutrice, l’opération chirurgicale au phare, en pleine tempête et la fête qui s’ensuit… Une merveille de tension, d’incertitude où l’on ne peut pas se mettre à sa place à la place du personnage : tout ce qu’elle entreprend, tout ce à quoi elle renonce, ce sont ses choix, ses décisions à elle seule. Un modèle de film d’émancipation féminine

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (2011)

    The Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn

    1 h 47 min. Sortie : . Aventure et animation.

    Long-métrage d'animation de Steven Spielberg avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig

    ♦ Revu le 1er avril ♦

    Jusqu’à maintenant, de toute ma petite vie cinéphile, c’est probablement le film que j’ai le plus attendu et fantasmé, et je doute que cela change. Quelles chances pour qu’un seul film réunisse ses deux plus grandes passions d’enfance ? La fusion des univers de Spielberg et Tintin fit couler beaucoup d’encre, en bien comme en mal, et pour ma part c’est le bien qui l’emporte, malgré le personnage de Sakharine, la seule véritable infidélité de Spielberg aux bandes dessinées, caricature de bad guy ridicule (le corbeau, la canne-épée empruntée à « Tintin en Amérique », le duel de grues…) autour duquel est tissé un récit de vengeance neuneu et inadapté. Autrement, c’est un plaisir de chaque instant, un univers graphique sans autre pareil, une fluidité de mise en scène en tout point exemplaire et une compréhension de l’œuvre d’Hergé en laquelle je me reconnais entièrement. Le rythme trépidant, hâtif du film, est souvent contesté, mais j’apprécie particulièrement que le seul moment de pause, où Tintin doit enfin dire non à son objectif, soit consacré au sauvetage d’Haddock et Milou de la noyade. Le geste, qui devrait sonner comme une preuve d’amitié, n’apparaît absolument pas ainsi, et c’est quelque chose que je retrouve dans tous les albums d’Hergé, les liens se construisent subtilement au cours de l’action, les alliés de Tintin deviennent naturellement nos amis, ne demandent ni ne reçoivent reconnaissance, ils n’ont jamais à dire « s’il vous plait » ou « merci ». L’idée parcourt tout le film, à travers ces personnages secondaires, maîtres de leurs choix, qui ont toujours quelque chose à accomplir pour les autres (les morceaux de bravoure mettant Milou à l’honneur en sont le plus bel exemple). Et j’aime par-dessus tout ce plan sidérant, d’une poésie folle et l’un des plus transcendants de la carrière récente de Spielberg, où la Licorne vogue sur les dunes sahariennes, le récit encadré surgissant dans le récit-cadre dans un même plan, grand fantasme de la BD éponyme, rendu possible par la magie de l’animation.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Jurassic Park (1993)

    2 h 07 min. Sortie : . Aventure et science-fiction.

    Film de Steven Spielberg avec Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum

    ♦ Revu le 2 avril ♦

    La force (ou faiblesse c’est selon) passionnante de « Jurassic Park », c’est son ultraconscience de toutes les problématiques que posent un tel film de forain : un grand spectacle, une attraction et rien d’autre. Émerveillement, terreur, tendresse, sadisme, rire, larmes… On passe par cinquante émotions, toutes parfaitement calculées, programmées, détaillées par Hammond. Le public ne s’y est pas trompé, il est pratiquement impossible de vivre le film différemment que son voisin, ses impressions sont les tiennes, et celles déterminées par le metteur en scène. Le film est absolument parfait à tous les niveaux mais sa nature même interroge : doit-on soutenir un cinéma vu, vécu, conçu comme une attraction ? Spielberg, lui, a fait son choix, et filme avec une délicatesse qui pourrait laisser songeur cette boutique « Jurassic Park », ces peluches, ces cartables qu’un businessman naïf, plein de bonnes intentions, ne pourra malheureusement jamais vendre. Les événements du film suffisent à valider l’idée que Spielberg ne cautionne pas l’ouverture du parc. Pour autant, il n’en écarte jamais un seul instant la part de magie. Et se donne le privilège, pour cette dernière scène dans l’hélicoptère, d’oublier toutes ces questions de morale, d’éthique, et d’apprécier comme un enfant le spectacle d’un vol de ptérodactyles au soleil couchant. À chacun de trancher, je pense me ranger pour ma part du côté du gamin ébloui que j’étais (et suis resté) il y a quinze ans.

    [9/10]
  • Bande-annonce

    L'Homme de Rio (1964)

    1 h 52 min. Sortie : . Action, aventure, comédie et romance.

    Film de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo, Françoise Dorléac, Jean Servais

    ♦ Vu le 6 avril ♦

    Je profite du confinement pour courir un grand marathon Tintin, que j’envisageais depuis longtemps. Histoire de bien faire les choses, je rattrape « L’Homme de Rio », reconnu comme le film d’aventures français le plus proche de l’esprit des œuvres d’Hergé. Les scénaristes reconnaissent sans honte le pillage des bandes dessinées, et ils le peuvent, les péripéties apparaissent comme un best-of des aventures du jeune reporter (9 albums sont référencés par Wikipedia, et la liste n’est même pas exhaustive). Il y a donc un plaisir certain à retrouver un comique que plus personne n’ose vraiment (un méchant tient Bébel en joue -> « Oh ! Regarde à droite ! » « Kékispasse ? » -> Bébel se fait la malle ; Bébel est poursuivi par des brigands jusqu’au dernier étage d’un bâtiment en construction -> jette un tonneau au sol et hurle pour simuler sa chute), des bagarres inéquitables dont le héros sort victorieux et sans bobos on ne sait trop comment… Des protagonistes hauts en couleurs (le couple Belmondo/Dorléac fonctionne très bien), des personnages tertiaires sympathiques, des traîtres détestables… Et beaucoup de cascades, inégales et étrangement montées, mais toujours amusantes. On parle beaucoup de l’influence que le film de Broca exerça sur Indiana Jones, celle-ci me semble encore plus flagrante sur les réalisations de Jackie Chan, qui, outre les cascades, reprit le concept du héros doué pour la bagarre embarqué malgré lui dans des aventures dont il se fiche bien des enjeux (il n’est, le plus souvent, qu’à la recherche de sa copine enlevée par des malfrats).

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Les Aventuriers de l'arche perdue (1981)

    Indiana Jones and the Raiders of the Lost Ark

    1 h 55 min. Sortie : . Action et aventure.

    Film de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Karen Allen, Paul Freeman

    ♦ Revu le 7 avril ♦

    À jamais le film d’aventures parfait. Comme la dernière fois, c’est à nouveau le génie (si si) d’Harrison Ford qui crève les yeux. Un timbre nonchalant, une gestuelle décontractée, mais des yeux qui brillent, un sourire espiègle, une peur, un amusement, une indécision communiqués au public en un claquement de doigts. C’est un visage complètement vivant qui ne force pas l’émotion, elle vient quand elle doit venir et elle ravage tout. Rien à voir avec la pétulance invincible de Marion, d’une fraicheur inouïe, qui forme avec Indy le plus beau couple de la carrière de Spielberg. Mais plus encore, le héros est une rockstar, tout le monde l’aime, que ce soit une horde d’enfants qui se précipite à son secours pour le sortir d’un bar hostile, des ouvriers égyptiens qui acclament, les bras en l’air, le cavalier Indy à la poursuite des nazis, ou l’équipage d’un cargo qui s’enflamme pour l’aventurier, planqué sur le toit d’un sous-marin au nez et à la barbe de ses ennemis. Ces personnes ne connaissent pas Indy mais rien à faire, tous s’emballent pour son courage, sa hardiesse, la noblesse qu’il inspire. Cerise sur le gâteau, le thème musical immortel de John Williams demeure indépassé. Mon plus grand héros de cinéma.

    [9,5/10]
  • Le Combat dans l'île (1962)

    1 h 44 min. Sortie : . Drame.

    Film de Alain Cavalier avec Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Henri Serre

    ♦ Vu le 12 avril ♦

    J’ai retrouvé avec un peu de surprise les mêmes ingrédients que dans « L’Insoumis », un film assez imprévisible, divisé en trois parties très distinctes, tant au niveau de la narration que du rythme, du ton. On croit dans un premier temps à un film de traque et de vengeance où Trintignant, pourchassé par les autorités pour un attentat raté part à la recherche de son ancien chef, qui l’a trompé et trahi. Ce récit-là est partiellement ellipsé, réduit à 20 secondes, un champ-contrechamp, un coup de feu et basta. Le film se recentre au départ de Trintignant pour l’Argentine sur Romy Schneider, sa fiancée laissée seule, que l’on commence à voir autrement que comme « la femme de ». On lui découvre une passion (la comédie), des objectifs de vie, on découvre un personnage intelligent (si on peut le dire ainsi) et intéressant, le film peut redémarrer avec elle. Il y a dans cette bifurcation un léger trouble : qui est le personnage principal ? Schneider servait-elle l’histoire de Trintignant ou est-ce finalement l’inverse ? L’identification est perturbée, et aide à la douleur de la confrontation finale entre Paul et Clément. On craint la défaite de Paul, le nouvel amant de Romy Schneider, non pas par empathie pour lui mais pour elle. Le duel fratricide a donc des enjeux que je trouve assez originaux dans la mesure où ce ne sont pas les sentiments des deux duellistes qui importent en premier pour le spectateur. Le film creuse d’autres réflexions (les idées d’extrême droite de Trintignant, pathétique naïf se croyant maître du jeu) mais je trouve quand même l’équilibre un peu bancal et maladroit. Un cinéaste qui se cherche encore.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Rivière sans retour (1954)

    River of No Return

    1 h 31 min. Sortie : . Aventure, romance et western.

    Film de Otto Preminger avec Robert Mitchum, Marilyn Monroe, Rory Calhoun

    ♦ Vu le 13 avril ♦

    J’ai adoré le film pour plein de raisons, de détails qui ne sont ni foncièrement positifs ni négatifs. Le rythme de découpe est régulièrement étrange, certains plans sont trop longs mais ceux-ci sont toujours consacrés à des actions qui demandent à l’acteur de « ne pas tricher ». Un unique plan montre Mitchum et Monroe larguer les amarres, puis leur radeau s’éloigner progressivement de la berge : ils sont réellement partis. Mitchum masse Monroe de la nuque au bassin en un long plan moyen, il est réellement celui qui masse. Monroe chante et joue de la guitare sur de très longs plans : certes, il est clair et net pour qui gratte un minimum qu’elle ne maîtrise absolument pas son instrument mais le montage sonore très précis et les efforts de l’actrice donnent l’illusion que l’accompagnement de guitare émane bel et bien de son jeu. Les scènes de bagarre, de tir sont tournées selon cette même « méthode », qui facilite considérablement l’immersion, même à mes yeux davantage que les (magnifiques) décors naturels où le film fut tourné. En plus, autant je n’aime pas beaucoup habituellement le personnage-type de Marilyn, autant j’apprécie que Preminger ait conservé une part de sa naïveté (elle est éperdument amoureuse d’un homme manipulateur et malhonnête, qu’elle seule voit comme bon, contraint occasionnellement au mal par désespoir/détresse) sans lui faire jouer l’ingénue un peu cruche qui a fait son succès. Je trouve ce personnage bienvenu dans un monde où les auteurs des belles et bonnes actions (Mitchum sauve le couple Weston de la noyade, Colby sauve Mitchum d’un puma affamé, Monroe reste au chevet de Mitchum blessé) sont systématiquement agressés par ceux à qui ils sont venus en aide (Weston vole le cheval de Mitchum, Mitchum chasse Colby et Benson, Monroe essuie dans un premier temps l’indifférence de Mitchum, et dans un second… une tentative de viol…). Une région où il vaut mieux apprendre et comprendre très jeune que tout le monde se fait tirer dans le dos.

    [8/10]
  • Bande-annonce

    Si tu tends l'oreille (1995)

    Mimi o sumaseba

    1 h 51 min. Sortie : . Animation, drame, comédie musicale et romance.

    Long-métrage d'animation de Yoshifumi Kondo avec Yôko Honna, Issey Takahashi, Takashi Tachibana

    ♦ Vu le 15 avril ♦

    Un film dont j’aurais usé la VHS si je l’avais vu enfant. « Si tu tends l’oreille » est une ode à l’imagination, la créativité où la ville, tout à fait commune, banale, est aussi si ce n’est plus belle que les mondes de fantasy imaginés par la petite Shizuku. Il fait grand soleil, les rues sont propres, les haies sont bien taillées, il n’y a pas trop de monde dans le métro, pas trop de monde dans les parcs, pas top de bruit dans les bibliothèques… La ville vit bien, le système est parfait. Et je suis là, ébahi devant mon écran pour « rien » : une ruelle en pente, isolée dans un quartier inconnu, un rond-point autour duquel sont disposées de nombreuses petites boutiques d’artisanat... Il faut dire que notre œil est stimulé sans cesse : il faut trouver où est passé ce diable de chat, qui échappe à notre regard à chaque croisement, dès qu’un mur est assez bas pour sauter de l’autre côté. La topographie des lieux est magistralement rendue. J’aurais usé cette VHS rien que pour me perdre en ville. Aussi pour retrouver ces personnages attachants et forts en caractères, passionnés et sensibles. La romance préadolescente est très touchante, très naïve comme on peut l’être à cet âge-là. Et le petit message sur la valeur de l’étude, du travail en art, est primordiale pour toutes ces petites blondes que nous étions, qui croyions dur comme fer que retranscrire sur papier toutes les idées merveilleuses qui nous traversaient l’esprit suffisaient à accoucher d’une belle œuvre. La volonté et la sueur sont une chose mais la maturité artistique demande simplement du temps et de la patience. Plus jamais je n’écouterai « Country Roads » comme avant. :’(

    [8,5/10]
  • Une femme et ses masseurs (1938)

    Anma to Onna

    1 h 06 min. Sortie : . Drame.

    Film de Hiroshi Shimizu (1) avec Shotaro Akagi, Shin'ichi Himori, Ayuko Hirano

    ♦ Vu le 16 avril ♦

    Un joli petit film où l’action se passe dans un petit village, où les gens vont et viennent, trouvent le repos un temps avant de poursuivre leur voyage. C’est un point de rencontres éphémères, sans suite, où le temps semble arrêté. On y goûte au plaisir de flâner, même quand la tranquillité des villageois se met en branle. Il y a bien cette histoire de vol, il y a aussi cette femme mystérieuse qui semble fuir quelque chose, des énigmes auxquelles personne ne semble pouvoir apporter de solutions, mais rien qui ne détourne l’attention du spectateur. Lui reste focalisé sur la beauté de cette rivière, de cette grande rue boueuse où Mieko Takamine se joue des masseurs aveugles (très jolie scène où elle échappe au « champ de détection » du masseur en s’enfonçant progressivement dans la zone floue du plan). Beaucoup de jolis plans, des masseurs/clowns amusants, une fin suffisamment triste sans être tragique pour quitter le film avec cette douce mélancolie qui caractérise ce cinéma japonais que l’on aime tant

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Le Magnifique (1973)

    1 h 35 min. Sortie : . Action, comédie, fantastique et romance.

    Film de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli

    ♦ Vu le 16 avril ♦

    Au départ, j’accrochais peu à cette parodie facétieuse des séries d’espionnage/aventure, qui donnait l’air de tourner en rond. En fait, c’est précisément cette saturation que l’on voit venir de loin qui dynamise le film : l’auteur n’en peut plus, il part en roue libre, les aventures de Bob Saint-Clar ne sont plus qu’un purgatoire, elles varient en fonction de ses humeurs du jour. Le Bébel de fiction invincible devient une petite fiotte impuissante en un coup de crayon, la Bébel girl est violée gratuitement par tout un régiment, un plombier fainéant, un éditeur malhonnête, une femme de ménage envahissante… tout le monde est la cible potentielle de la plume vengeresse de François Merlin, qui satisfait ses pulsions les plus bêtes et primales dans des bouquins pour lesquels il n’a ni estime ni affection. La jouissance de Bébel est d’autant plus communicative que le récit-cadre est mesuré et très touchant, sans lourdeurs, avec de jolis et courts instants poétiques. Ajoutons que l’énergie explosive de la mise en scène est bien mieux contrôlée que dans « L’Homme de Rio », et Belmondo est irrésistible dans un rôle annonçant largement le OSS 177 de Dujardin.

    [7,5/10]
  • Monsieur Merci (1936)

    Arigatō-san

    1 h 12 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Hiroshi Shimizu avec Kaoru Futaba, Takashi Ishiyama, Michiko Kuwano

    ♦ Vu le 17 avril ♦

    Peu avant de lancer le film, je venais tout juste d’apprendre une mauvaise nouvelle qui m’avait miné le moral. Quelque part, le film de Shimizu arrivait à point nommé, c’est peut-être l’une des rares fois où je serais tenté de qualifier un film de « nécessaire ». C’est un idéal de feel-good movie, un voyage en bus qui met en lumière les victimes de la crise économique japonaise des années 30 (dont je ne connais presque rien), les choix tragiques auxquels elles ont dû se soumettre pour survivre (un vieil homme se sépare de ses filles, des ouvrières coréennes construisent des routes sur lesquelles elles ne circuleront jamais, une mère vend sa fille à une maison de passe…) sans ne jamais perdre le sourire. Le chauffeur peut les prendre en pitié, mais il ne pleure pas, il ne laisse pas le malheur ambiant prendre le pas sur sa bonne humeur. Mieux, il redonne le sourire à ses passagers, il aide généreusement les piétons qui croisent sa route, il se montre aussi serviable et amical que possible. Cette joie de vivre contamine le film, une scène supposément triste où l’héroïne promise à la prostitution fond en larmes est couverte par une musique guillerette, bondissante, celle qui rythme l’intégralité du voyage. Elle la soigne peu à peu. Les limitations techniques (caméra et équipe technique sont confinées dans le bus sur les trois quarts du film) amènent de belles idées de mise en scène (par exemple : le bus en caméra subjective lors de chaque dépassement, de « face » puis de « dos » passé un court fondu au noir, laissant à l’arrière les piétons souriants que remercient le chauffeur) dont la répétition produit l’effet d’une petite musique réconfortante. Un petit chef d’œuvre discret.

    [8,5/10]
  • Bande-annonce

    Nos années sauvages (1990)

    A Fei zheng zhuan

    1 h 33 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Andy Lau, Maggie Cheung

    ♦ Revu le 18 avril ♦

    Dès que je reprends un rythme de visionnage de films plus soutenu, je ressens toujours ce besoin de revenir à Hong Kong, revoir une énième fois ces classiques des réalisateurs fondamentaux et surtout, retrouver cette génération, cette bande d’acteurs géniaux (tous) qui ont si souvent tourné ensemble, pas si vieux mais pourtant si tristement absents du cinéma d’aujourd’hui, définitivement séparés les uns des autres par une carrière clôturée prématurément (Maggie), le suicide d’une superstar vécu comme une tragédie nationale (Leslie), des apparitions au cinéma raréfiées par une carrière musicale très prenante (Jacky Cheung)… ou plus simplement des survivants, toujours au top, mais qui ne jouent plus (ou très rarement) ensemble, étrangers au sein d’une nouvelle industrie chinoise continentale qui n’a plus rien à voir avec la Hong Kong d’hier, rasée (Andy, Tony, Carina). HK balayée par l’émergence de la Chine, c’est la propre nostalgie de Wong Kar-Wai pour ses années 60. Le parallèle n’est pas superflu, la catastrophe était annoncée par tous les grands cinéastes de l’époque, et leurs films en témoignaient, les acteurs préparaient déjà leur reconversion/retraite post-rétrocession. « Nos Années Sauvages », ce sont des scènes où un couple de personnages attend, se répète, parle peu, en gros plans, en inserts très précis qui capte le maximum des gestes et regards. Et puis c’est fini, ça a duré deux minutes, et on est déjà passé à autre chose, avec de nouveaux personnages. Le dialogue n’est jamais réellement « profond » ou « utile » mais l’absence de suite crée un manque obsédant, une profonde nostalgie. On ne se rend compte qu’après coup d’à quel point ces moments étaient « importants ». Il faut profiter de Yuddy, de Su Li-Zhen, de Tide, de Mimi. Et puis, ce cinéma était encore artisanal, organique, superbement conté (parfaite utilisation de la voix off), somptueux visuellement et pas encore bouffé par les tics et chichis auxquels WKW se pliera plus tard.

    [8,5/10]
  • Bande-annonce

    Toy Story 3 (2010)

    1 h 43 min. Sortie : . Aventure, comédie et animation.

    Long-métrage d'animation de Lee Unkrich avec Tom Hanks, Tim Allen, Ned Beatty

    ♦ Revu en avril ♦

    Je triche, j’ai revu les trois films coup sur coup, un véritable enchantement, au panthéon du cinéma d’animation. Ce sont des films que je trouve absolument parfaits mais sur lesquels il m’est difficile de poser des mots, par crainte de trop vulgariser leurs qualités. Parce qu’en fait, la grande qualité des films « Toy Story », c’est de transpirer l’évidence, de mener ses personnages là où personne ne les attend, mais là où ils devaient être. Les choix « importants » sont toujours durs, difficiles, sujets à de multiples voltes-faces mais ils sont toujours à l’arrivée les plus justes. Il fallait qu’il en soit ainsi, le spectateur quitte le film convaincu que la bonne décision a été prise. C’est dire l’art consommé de la narration qui caractérise les plus beaux Pixar, parmi les derniers à saisir dans les moindres détails le fonctionnement d’un récit américain classique. Je ne vais pas m’étendre outre mesure sur ces films, je les aime d’amour, autant que les premiers Disney et les meilleurs Miyazaki. Et je n’ai aucune honte à le dire : Buzz, Woody, Rex, Zigzag, Mr et Madame Patate, Bayonne, Jessie, Pile-Poil, allez même les trois petits hommes verts… Y a-t-il une bande de potes plus attachante dans toute l’histoire du cinéma ?

    [9/10]
  • Bande-annonce

    Solitude (1928)

    Lonesome

    1 h 09 min. Sortie : . Muet et comédie dramatique.

    Film de Pál Fejös avec Fay Holderness, Gustav Partos, Eddie Philips

    ♦ Vu le 19 avril ♦

    J’ai vu la version avec les deux scènes parlées, qui ne s’imposaient pas. Elles coupent le rythme, n’ont pas d’intérêt d’écriture ou de mise en scène particulier. Pire, elles dénaturent un peu le film : je ne reconnais plus les personnages (Barbara Kent semble un peu perdue), le décor, le filmage… tout semble avoir changé. Pour autant, la bande sonore du film est essentielle, et puisqu’à la jointure des cinémas muet et parlant, Fejos en fait subtilement un élément déterminant : c’est la musique d’une fanfare dehors qui va motiver nos deux tourtereaux solitaires à sortir à Coney Island, c’est également un disque qui va les permettre de se retrouver. L’idée est d’une poésie sublime, et très évocatrice du souffle de modernité qui habite le film. L’histoire invite à sortir de sa zone de confort, à aller de l’avant, Fejos multiplie les inventions formelles stupéfiantes (j’adore ce faux panoramique qui raccorde les quotidiens de Mary et Jim avec une horloge en surimpression), c’est un régal pour les mirettes avec trois fois rien. Les scènes de foule, tournées en extérieur, sont assez incroyables, tout fait authentique. Dommage que ce petit accident de montagnes russes vienne comme un cheveu sur la soupe, un rebondissement, un passage obligé, mais la beauté du final rattrape le coup.

    [8/10]
  • Les Hommes le dimanche (1930)

    Menschen am Sonntag

    1 h 14 min. Sortie : . Comédie, drame, romance et muet.

    Documentaire de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer avec Erwin Splettstößer, Brigitte Borchert, Wolfgang von Waltershausen

    ♦ Vu le 20 avril ♦

    Je pourrais louer les qualités théoriques de ce film qui, sur le papier, avait tout pour me plaire : quasi-documentaire, fil narratif très ténu, tournage en ville, acteurs amateurs interprétant plus ou moins leur propre rôle, filmés avec un vif intérêt… Mais rien n’y a fait, je ne vais pas m’étaler plus sur ce film dont j’ai trouvé la démarche très intéressante (et les historiens du cinéma le consacrent comme une œuvre majeure) mais qui ne m’a procuré presque aucune émotion. Il reste cet étonnement cinéphile de lire au générique autant de grands noms du cinéma américain des décennies suivantes (Wilder, Siodmak, Zinnemann, Ullmer) réunis pour un film de jeunesse n’ayant rien à voir avec leurs productions futures.

    [7/10]
  • Bande-annonce

    Les Cendres du temps (1994)

    Dung che sai duk

    1 h 40 min. Sortie : . Drame et action.

    Film de Wong Kar-wai avec Leslie Cheung, Tony Leung Ka-fai, Brigitte Lin Ching-hsia

    ♦ Revu en avril ♦

    De tous les films de Wong Kar-Wai, il doit s’agir du plus confidentiel, du fait de son exploitation tardive en Occident (à l’exception de Venise) et de ses références à une littérature wu xia peu connue des européens. C’est pourtant celui que j’ai le plus revu, pour retrouver ce casting phénoménal auquel Wong Kar-wai se donne tout entier. Je suis très sensible aux recueils de fables ou de contes fantastiques asiatiques, dont « Les Cendres du Temps » essaie d’adapter la structure (même si l’auteur dit se référer davantage aux feuilletons radiophoniques de sa jeunesse). Inévitablement, toutes les histoires ne se valent pas, la clôture d’une histoire qu’on aime au profit d’une autre qui nous parle moins implique une part de frustration. Mais les deux récits-pivots, consacrés aux deux déesses du cinéma chinois, justifient à mes yeux les trous d’air, les relations très alambiquées entre les personnages, difficiles à suivre à la première vision. J’ai rarement vu détresses amoureuses aussi déchirantes au cinéma : Murong Yin, au bord de la folie, résignée à ne pouvoir être aimée par Huang Yaoshi, supplie Ouyang Feng, qu’elle prend tragiquement pour l’homme qu’elle aime, de mentir, de simuler son amour. Plus tard, c’est au tour de la femme aimée en secret par Huang Yaoshi, maudite plus tôt par Murong Yin et tenue responsable de son échec amoureux, de pleurer la perte de son fiancé Ouyang Feng, dont elle s’était séparée quelques années auparavant et dont elle espérait qu’il eût de ses nouvelles par le biais détourné de Huang Yaoshi, resté muet par fidélité envers elle. Une situation à la fois compliquée à expliquer par des mots et d’une terrible simplicité, où les personnages rongés par le regret et la frustration amoureuse, préfèrent fuir la vérité des sentiments de l’être aimé, se réfugier dans le mensonge, par défaut de ne pouvoir oublier. Elle est synthétisée en une superbe scène muette où chacun des quatre personnages rêve d’être caressé par l’autre. Le jeu outré bouleversant de Brigitte Lin, convoquant une tradition mélodramatique dont elle s’était fait la spécialité tout au long d’une carrière à la cohérence remarquable (on peut relier son personnage à son rôle chez Li Han-Hsiang en début de carrière), en comparaison à la retenue, la sobriété de Maggie Cheung, jeune emblème d’un nouveau cinéma d’auteur hongkongais apparu dans la deuxième moitié des années 80 (je pense autant à WKW qu’à Stanley Kwan), avaient fini de m’achever. Elles emporte
  • Bande-annonce

    Chungking Express (1994)

    Chongqing Senlin

    1 h 42 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Wong Kar-wai avec Takeshi Kaneshiro, Brigitte Lin Ching-hsia, Tony Leung Chiu-wai

    ♦ Revu le 21 avril ♦

    Impossible aujourd’hui d’avoir une once de recul sur "Chungking Express" c’est fini, il fait partie du cercle très fermé de ces films qui "font partie de moi". Je compte à présent cinq revoyures et je ne m’en lasse pas, il tient toujours remarquablement bien le poids des années. Blues original, frais, sentimental, poétique blabla oui bien sûr. Mais il est avant tout à mes yeux un film des premières fois, j’ai débuté le cinéma asiatique hors classiques japonais avec lui, et j’étais littéralement hypnotisé par cette jungle urbaine que je ne connaissais pas où paraissent se côtoyer cinquante ethnies, cinquante cultures différentes, cette langue cantonaise aux accents étranges que j’écoutais pour la première fois, ces acteurs que je découvrais… Comment vit-on à Hong Kong ? Ces bars, ces supermarchés, qu’y consomme-t-on ? Ces classiques chinois que le premier policier regarde à la télé, quels sont-ils, quel est ce type de cinéma ? Ce journal que lit le deuxième policier, je crois remarquer un footballer en première page, le football serait donc aussi un sport populaire là-bas ? Faye écoute "California Dreamin’" à longueur de temps, à quoi ressemble cette cantopop, la musique pop locale ? Je pourrais encore énumérer les dizaines d’autres questions que le film m’a inspirées, "Chungking Express" pour moi, c’est comme si j’avais gagné un billet d’avion pour Hong Kong, valable deux heures, et que tout un monde inconnu s’ouvrait à moi, me faisant réellement l’effet d’entrer dans une autre dimension de cinéma, partir de zéro, tout redécouvrir. Plus tard, j’ingurgitais quelques centaines d’autres films HK, j’apprenais que la plus grande actrice du monde chinois était cette mystérieuse femme à perruque blonde cachée derrière ses lunettes de soleil, elle y tenait son centième et dernier rôle, je me nourrissais de livres, d’articles de presse sur l’Histoire de l’ex-colonie britannique, son identité confuse, sa place tragiquement à part sur le continent asiatique… Le film s’enrichissait continuellement, à mesure que je poursuivais ma modeste exploration des cinémas d’Asie. Finalement, ce n’est pas un chef d’œuvre tel qu’on l’entend habituellement, il n’a jamais été conçu dans cet objectif, c’est un film à la richesse accidentelle, qui profite d’une ville qui à l’époque avait tant à exprimer, d’acteurs aux caractères si affirmés, aux carrières si diverses, d’une usine à rêves cinématographique unique en son genre qui était alors à son apogée.

    [8,5/10]
  • Bande-annonce

    La Guerre des mondes (2005)

    War of the Worlds

    1 h 56 min. Sortie : . Science-fiction, thriller et catastrophe.

    Film de Steven Spielberg avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Miranda Otto

    ♦ Revu en avril ♦

    La pleine maturité du cinéma de Spielberg n’a jamais été aussi criante que dans ce chef d’œuvre absolu du cinéma de science-fiction. Ce n’est pas tant qu’aucune scène n’est à jeter, le film me fait l’effet d’une seule et même scène, qui n’use de l’ellipse, par un fondu au noir, que pour laisser les personnages dormir. Au réveil, c’est un avion qui s’écrase sur la maison, c’est un périscope extraterrestre qui se tient devant une petite fille, c’est une voiture prise d’assaut par une masse humaine en panique. En cela, il faut voir et apprendre des talents de conteur hors-normes du cinéaste ainsi que de ce don unique et extraordinaire à dynamiser n’importe quelle scène, toujours de manière fluide et naturelle, et en même temps utile à la narration, à la caractérisation des personnages. Une séance de passes de baseball tendue entre un père et son fils, une soirée sandwich au beurre de cacahuètes qui rappelle à Ray les manquements à son devoir de père, une fuite en voiture en un discret plan-séquence agençant posément les enjeux à la fois d’une réunification familiale chancelante et d’une crise à échelle planétaire… Il faut voir pour chaque scène comment les potentialités dramatiques, cinégéniques du décor et des personnages sont merveilleusement exploitées, raccord avec une écriture en tout point ciselée. J’y vois une maestria dans la mise en scène comparable aux « Oiseaux » d’Hitchcock. Et puis, même si c’est dans le mouvement que le cinéma de Spielberg s’épanouit le plus, « La Guerre des Mondes » capture des instantanés d’apocalypse sidérants, qui marquèrent à vie l’enfant que j’étais à la sortie du film au cinéma (c’était mon premier Spielberg). Et si la fin est aujourd’hui mieux accueillie qu’à sa sortie (un peu comme « A.I. » tiens donc), prise à juste titre comme une variation autour du dernier plan de « La Prisonnière du Désert », elle me rappelle aussi personnellement, comme le fut John Wayne dans le film de Ford à un tout autre niveau, à quel point le personnage-type de Tom Cruise est malmené, à l’opposé de son image publique (citoyen lambda, père de famille négligent, sourires forcés), à qui l’aventure accorde une amère rédemption. Il a racheté ses fautes mais il est quand même trop tard, la mère remercie à distance le sauveur de sa fille, il n’est pas invité à rejoindre le foyer familial.

    [9,5/10]
  • Bande-annonce

    L'Esprit de la ruche (1973)

    El Espíritu de la colmena

    1 h 38 min. Sortie : . Drame.

    Film de Victor Erice avec Teresa Gimpera, Ketty de la Camara, José Villasante

    ♦ Vu le 22 avril ♦

    Alors que les quelques textes critiques que j’ai lus à propos du film aiment rapprocher « L’Esprit de la Ruche » du « Labyrinthe de Pan », j’ai quant à moi ressenti le film comme quelque chose de très shyamalanien. Je ne crois pourtant pas que ce dernier ait, comme del Toro, revendiqué l’influence du film d’Erice (et je ne serais pas forcément étonné qu’il ne l’ait pas vu). Mais cette histoire d’une petite fille, croyant dur comme fer, envers et contre tous, en la présence d’un esprit m’a rappelé les arguments de certains de ses films les plus connus. La scène où l’on vient à questionner nous-même le rapport au réel du film (la rencontre avec la créature de Frankenstein) est en cela très belle : avait-elle raison ? Était-il juste de garder une foi innocente et romanesque en l’imaginaire à l’heure où plus personne ne croit en rien, s’enferme dans ses névroses ? Les yeux rêveurs d’Ana Torrent jouent beaucoup en l’émotion discrète du film. À part elle, le foyer familial, le paysage campagnard, la ville, tout est zombifié. Il ne manquerait plus qu’elle ne se remette pas de son traumatisme et il n’y aurait plus rien à sauver dans cette Espagne exsangue.

    [7,5/10]
  • Bande-annonce

    Femme ou démon (1939)

    Destry Rides Again

    1 h 34 min. Sortie : . Comédie et western.

    Film de George Marshall avec Marlene Dietrich, James Stewart, Mischa Auer

    ♦ Vu le 23 avril ♦

    Partout, je lis « western comique », ce caractère ne m’a vraiment pas sauté aux yeux. S’il y a plus d’humour que d’habitude, c’est parce que la situation est plus cocasse (un sheriff adjoint entend faire régner la loi et l’ordre dans une ville corrompue jusqu’à la moelle… sans armes) et les personnages autour de lui s’en amusent, l’atmosphère s’allège. Mais dès que l’on se place du côté des opprimés (c’est-à-dire dès que l’on quitte le saloon), le ton est tout de suite plus sévère, plus sérieux. « Femme ou Démon » vire même au mélo dans sa dernière partie. Bizarrement, c’est son défaut, le mélo ne fonctionne pas (Stewart et surtout Dietrich brillent de mille feux mais leur romance est inconsistante) et l’argument du film n’est pas tenu. Je ne comprends toujours pas comment Stewart comptait faire régner l’ordre sans tirer un coup de feu. Quels étaient ses plans ? À part dissuader les bandits de lui tirer dessus ? La fin du film d’ailleurs invite à penser que sa méthode n’était pas la bonne (il ne la respecte même pas). Bref, je reste un peu sur ma faim, même si les scènes dans le saloon sont très réussies. Marlene qui chante, Marlene qui danse et Marlene qui se bagarre valent à elles seules le visionnage du film.

    [7/10]
  • L'Appât (1953)

    The Naked Spur

    1 h 31 min. Sortie : . Thriller et western.

    Film de Anthony Mann avec James Stewart, Janet Leigh, Robert Ryan

    ♦ Vu le 24 avril ♦

    Les westernophiles ont beau répéter jour après jour que non, le western a cessé d’être un genre manichéen beaucoup plus tôt qu’on ne le croit, je reste toujours impressionné par les collaborations Mann-Stewart, qui donnent l’air d’avoir dix longueurs d’avance sur toute la concurrence. L’ambiguïté des personnages vient en grande partie du fait qu’on passe beaucoup de temps avec eux (5 personnages seulement, toujours collés les uns aux autres) sans les connaître vraiment. Le héros par exemple, ment dès les premières minutes, il se dit sheriff, il est chasseur de primes. Est-il réellement ce vautour qui ne chasse les hors-la-loi que par appât du gain ? Ou, comme d’innombrables autres westerns, n’aurait-il pas une raison plus personnelle et secrète d’en vouloir à ce bandit en particulier ? Mann ne choisit pas la facilité, le passé et les motivations de de son héros sont loin d’être les plus aimables, celles des grandes figures mythologiques du western. Le spectateur effectue la même petite enquête au sujet des autres personnages, à l’exception de Janet Leigh, superbe contrepoids de pureté et d’innocence. Peut-être ne mentait-il pas, peut-être était-ce Janet Leigh, cette fameuse pépite d’or que Robert Ryan se vantait de posséder ?

    [8/10]