Journal de bord Littérature - 2018

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82 livres

par Woozz

Plus qu'en 2017, si le temps me le permet.

Projet de l'année qui me tient le plus à cœur : appréhender L'Ethique de Spinoza et des commentaires.

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  • Les Fleurs du mal (1857)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Charles Baudelaire

    Janvier / Relu.

    LXXXV

    L’HORLOGE

    Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
    Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
    Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
    Se planteront bientôt comme dans une cible

    Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
    Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
    Chaque instant te dévore un morceau du délice
    A chaque homme accordé pour toute sa saison.

    Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
    Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
    D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
    Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

    Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
    (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
    Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
    Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

    Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
    Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
    Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
    Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

    Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
    Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
    Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
    Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"

    ---

    CI

    BRUMES ET PLUIES

    Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
    Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
    D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
    D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

    Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
    Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
    Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
    Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

    Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
    Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
    Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

    Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
    — Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
    D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.
  • Fictions (1944)

    Ficciones

    Sortie : 1944. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jorge Luis Borges

    Janvier / Lu.

    Océans de conjectures, divagations, inventions, idées simples poussés aux paroxysme de leur possibilité, construction de mondes, langues, histoires, philosophies et métaphysiques, fascinations labyrinthiques, vertige partout.

    Prodigieux et perpétuellement miraculeux.
  • Cent ans de solitude (1967)

    Cien años de soledad

    Sortie : . Roman.

    Livre de Gabriel García Márquez

    Janvier / Lu.

    Lors de la lecture de ce livre, l’envie irrésistible de lire à haute voix m’a saisi à plusieurs reprises, comme si j’étais un conteur millénaire, déambulant sur les sentiers poussiéreux des routes Sud-américaine, à la recherche du destin perdu des Buendia. Le conte fleuve de Marquez, "cyclique" comme Ursula l'intemporelle s'évertue à le répéter dans sa lucidité d'arrière-vieillesse, est une répétition inlassable de vies, de génération en génération, jusqu'au dénouement du temps de la prophétie qui rattrape le temps de cette réalité magique. Bien des années plus tard, toujours bien des années plus tard, rien n'a vraiment changé.

    On fini par ne plus reconnaitre personne, la destinée s’enchaîne aux patronymes, la confusion s’installe sur des générations successives dans un voile vaporeux d’oubli, qui passe sur leur histoire et sur notre mémoire. Et l’inceste, malédiction terrible, s’installe dans les interstices vides laissés par l’absence d’amour. La solitude emplis l’espace, et poursuit les Buendia jusque dans la mort.

    Projets démesurés perdues d'avance, extravagances dantesques, obsession aliénantes, les José Arcadio, les Aureliano, les Remedios, les Amaranta, les Arcadio, tous les Buendia, subissent les affres du temps et de la faute héritée, dans le style truculent de Marquez.
  • Vente à la criée du lot 49 (1966)

    The Crying of Lot 49

    Sortie : 1966. Roman.

    Livre de Thomas Pynchon

    Janvier / Lu.

    Ah, Pynchon… Peut-être qu'il vaut mieux ne rien dire, de peur que la paranoïa me reprenne, que le temps m'échappe encore, que les mystères ne fassent que s'épaissir, que rien ne se passe mais que tout bascule.
  • Le traité des cinq roues (1644)

    Go Rin No Sho

    Sortie : 1644. Art de vivre & spiritualité.

    Livre de Miyamoto Musashi

    Janvier / Lu.

    Retrouver Musashi, le réel cette fois ci, le temps de quelques pages, et le laisser nous apprendre ce que la Voie véritable de la tactique est. Il insiste lourdement sur la nécessité du ressenti, que les mots ne sont pas suffisants pour tout expliquer. Le Gorin-no-Sho apparait comme un précis du bushido, pas nécessairement très engageant pour un lecteur peu bagarreur du XXIème siècle, mais certains passages, notamment le chapitre "Vide", reflètent le fondement Zen Bouddhiste (et en partie taoïste, peut-être?) de la Voie de la tactique.

    "Dans le "Vide", il y a le bien et non le mal. L'intelligence est être. Les principes sont être. Les voies sont être. Mais l'esprit est "Vide"."
  • La Mouette (1896)

    Чайка, Tchaïka

    Sortie : 1896. Théâtre.

    Livre de Anton Tchékhov

    Janvier / Lu.

    Les arcs tragiques fragiles s’entremêlent et disparaissent comme ils sont arrivés. Tout passe avec de légères vaguelettes. L’insignifiance et l'ennuie tournoient autour du lac, et l'artiste veut voir au-delà, prouver à son monde ce qu'il vaut. Mais les mouettes sont sourdes et bêtes. Incompris, étranger dans un monde familier, les amours confus et désenchantés bourgeois contrastent trop fortement avec la sensibilité esquissée chez lui. L’espoir est presque mort, mais il bougeotte encore faiblement dans l'entêtement de Nina, dans la détermination de Konstantin.

    Je regrette que le texte ne m'est pas emporté comme je l'attendais, mais je suis convaincu que la puissance du texte sera décupler quand je le verrais jouer, au théâtre, bientôt j'espère.
  • Alcools (1913)

    Sortie : 1913. Poésie.

    Livre de Guillaume Apollinaire

    Janvier - février / Lu.

    Automne de l'amour.

    ---

    SIGNE

    Je suis soumis au Chef du Signe de l'Automne
    Partant j'aime les fruits je déteste les fleurs
    Je regrette chacun des baisers que je donne
    Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs

    Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
    Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol
    Une épouse me suit c'est mon ombre fatale
    Les colombes ce soir prennent leur dernier vol

    ---

    A LA SANTÉ

    II

    Non je ne me sens plus là
    Moi-même
    Je suis le quinze de la
    Onzième

    Le soleil filtre à travers
    Les vitres
    Ses rayons font sur mes vers
    Les pitres

    Et dansent sur le papier
    J’écoute
    Quelqu’un qui frappe du pied
    La voûte
  • Les Vagues (1931)

    The Waves

    Sortie : 1931. Roman.

    Livre de Virginia Woolf

    Février / Lu.

    Un sextuple flux de la conscience convergeant vers un seul point, un seul esprit, un seul corps. Des images fugaces, des pensée intimes infinies, des sensations et sentiments qui vous assaillent, de la poésie partout, partout. Et les vagues, les vagues, inlassables, éternelles, enserrant cette conscience et l'accompagne jusqu'au dernier souffle.

    Quel livre unique...
  • L'Éthique (1677)

    Ethica Ordine Geometrico Demonstrata

    Sortie : 1677. Essai et philosophie.

    Livre de Baruch Spinoza

    Février - octobre / Lu.

    "L'homme est un Dieu pour l'homme"

    Il y aurait tant à dire, mais à quoi bon?

    Vous connaissez des livres qui changent votre existence? Moi j'en connais au moins un.
  • Thomas l'obscur (1950)

    Sortie : 1950. Roman.

    Livre de Maurice Blanchot

    Février / Lu.

    "Absent de cette absence, je me recule infiniment. Je perds tout contact avec l'horizon que je fuis. Je fuis ma fuite. Où est le terme? Déjà le vide me semble le comble de la plénitude : je l'entendais, je l'éprouvais, je l'épuisais. Maintenant, je suis comme une bête épouvantée par son propre bond. Je tombe avec l'horreur de ma chute. J'aspire vertigineusement à me rejeter de moi. Est-ce la nuit? Suis-je revenu, autre, où j'étais? C'est à nouveau un moment suprême de calme. Silence, asile de transparence pour l'âme. Je suis épouvanté par cette paix. J'éprouve de la douceur qui me contient un tourment qui me consume. Si j'avais un corps, je porterais les mains à ma gorge. Je voudrais souffrir. Je voudrais me préparer une simple mort dans une agonie où je me déchirerais. Quelle paix! Je suis ravagé de délices. Il n'est plus rien de moi qui ne s'ouvre à ce vide futur comme à une jouissance affreuse. Nulle notion, nulle image, nul sentiment ne me soutiennent. Alors que tout à l'heure je ne sentais rien, éprouvant seulement chaque sentiment comme une grande absence, c'est maintenant dans l'absence complète de sentiments que j'éprouve le sentiment le plus fort. Je tire mon effroi de l'effroi que je n'ai pas."

    Ineffablement vertigineux. J'ai essayé d'écrire quelques mots. Peine perdue, Blanchot est bien au delà de tout ce que je pourrais en dire, et c'est bien comme ça.

    Noie-moi encore Blanchot, je n'attends que ça.
  • Les Hauts de Hurle-Vent (1847)

    Wuthering Heights

    Sortie : 1847. Roman.

    Livre de Emily Brontë

    Février - mars / Lu.

    Le premier point de fascination (et d'émotion) évident de Wuthering, c’est le contraste absurde, déroutant entre la vie d’Emily et l’obscurité sadique qu’elle a déployée. Ses émois d'âme, les manques de sa vie (la présence des hommes, par exemple) resurgissent pour servir sa sombre plume. Les multiples non-dits potentiels (nécrophilie, inceste, meurtre) laissent même entrevoir une profondeur encore plus sombre (et improuvable) de cet esprit profondément libre.

    Je crois que la lecture sous l'angle biblique du texte permet d'éclairer, littéralement, la fin du roman, étonnamment lumineuse. C'est que la bataille contre le Mal est terminée, celui-ci ayant été vaincu par l'Amour, objet de sa torture mais surtout de sa délivrance. La noirceur d'âme d'Heathcliff, source de corruption de toutes les îlots du Bien autour de lui, ne montrera aucun remord. Personnage finalement peu présent et pourtant source de tout le récit, on peut voir en Heathcliff de multiples choses. La théorie selon laquelle il est le fils naturel du vieil Earnshaw (personnage présenté comme éminemment bon mais peut-être bien plus ambivalent qu'il n'y parait) permet peut-être même de pousser l'idée symbolique plus loin et d'y voir une vision de l'Antechrist engendré par le Diable, mais je m'éloigne surement trop.

    Il y aurait tant de chose à dire, Emily. Je l'avais déjà dit ailleurs mais la fascination que j'ai pour ces auteurs morts dans leur plus bel âge se retrouve ici encore renforcée.
  • La razzia des vaches de cooley (1994)

    Sortie : novembre 1994. Récit et conte.

    Livre de Guyonvarc'h

    Février - mars / Lu

    Il y a toujours quelque chose d'émouvant à ouvrir un livre qui puise son texte dans des temps immémoriaux. Dans La Razzia des vaches de Cooley, l'Irlande pré-chrétienne est le théâtre de récits mythico-historique titanesque, où un héros rouge en forme de roue affronte des armées de trente-centaines d'hommes sans jamais fatiguer, sans jamais se reposer, jusqu'à faire rendre grâce à des milliers de combattants, pour défendre l'honneur des Ulates, souillé pour une histoire de taureaux.

    Les décalages multiples, à la fois dans le fond (conception philosophique de la vie, la guerre, l'honneur), et dans la forme (formulations, narration, personnages) forme un drôle de tableau passionnant, un paysage d'un vert intense, où des seigneurs de toute l'Irlande, archétypes héroïques intemporels, parcourent des plaines interminables pour guerroyer au nom de l’honneur et du sang.
  • Les Souffrances du jeune Werther (1776)

    Die Leiden des jungen Werthers

    Sortie : 1776. Roman.

    Livre de Johann Wolfgang von Goethe

    Mars / Lu.

    La passion dévorant la volonté de vivre.

    La dimension autobiographique que Goethe insuffle à cette conversation épistolaire unilatérale ne fait qu'accentuer le désespoir ressentie, et c'est presque comme s'il avait voulu faire l'expérience du suicide, en poussant son personnage juste un peu plus loin que lui n'a été.

    Par touches discrètes et successive, Werther transite d'une passion lumineuse à une passion obscure, même si on est plus ou moins convaincu que tout est perdu d'avance. La lente agonie de Werther, évoqué comme dans une postface quelconque, tranche avec le lyrisme bucolique et romantique dont le personnage fait montre. Après les sentiments, la chair.
  • Le Portrait de Dorian Gray (1891)

    The Picture of Dorian Gray

    Sortie : 1891. Philosophie et roman.

    Livre de Oscar Wilde

    Mars / Lu.

    Tout ce que je peux vraiment en dire, c'est que Le Portrait de Dorian Gray est loin d'avoir usurpé son aura. J'aime tellement Lord Henry, ce philosophe du paradoxe, qui est pour sûr le personnage clé du récit tant il semble être le vecteur direct de la pensée de Wilde, jouant le rôle de chaman de la vie ; c'est lui qui révèle le secret qu'est la jeunesse éternelle, qui provoque en quelque sorte la prière de Dorian Gray.

    C'est tout de même parfois suranné, dans l'ambiance capiteuse qui peut planer sur quelques pages, dans les chapitres centraux d'ellipse (qui semblent d'ailleurs avoir été rajoutés a posteriori tant ils s'insèrent mal dans le récit), mais ça serait injuste de se focalisé dessus tant le reste respire la finesse, l'intelligence et la sensibilité. Le romanesque, qui a l'air d'avoir beaucoup préoccupé Wilde, prend son envolée dans ces pages.
  • La Confusion des sentiments (1927)

    Verwirrung der Gefühle

    Sortie : 1927. Recueil de nouvelles et roman.

    Livre de Stefan Zweig

    Mars / Lu.

    Toujours plaisant, Zweig. Son style caméléon et joliment sculpté s'immisce dans sa narration d'une fluidité remarquable. La fine limite entre la passion charnelle et intellectuelle se glisse furtivement dans les quelques indices laissés de ci de là jusqu'au point culminant, prévisible, déjà connu du lecteur ; l'émotion nait du renversement de l'empathie que Zweig opère lors de la révélation, quand c'est le narrateur qui comprends par lui même quels sentiments dévorants mangent le professeur.

    Zweig se dévore, et comme je l'ai déjà noté, l'art de nouvelle étant délicat, c'est d'autant plus délicieux de l'y voir s'y illustrer si brillamment.
  • La nuit remue (1935)

    Sortie : 1935. Poésie.

    Livre de Henri Michaux

    Mars / Lu.

    Je sais pas trop quoi dire, c'est à la fois d'une incroyable simplicité, limpidité, douceur, drôlerie, parfois vertigineux, toujours rêveur, imagé, espiègle, malin, parfois doux-amer en surface mais toujours en laissant entrevoir une certaine noirceur, un monde plus sombre, un esprit tourmenté.

    ---

    NUIT DE NOCES

    Si, le jour de vos noces, en rentrant, vous mettez votre femme à tremper la nuit dans un puits, elle est abasourdie. Elle a beau avoir toujours eu une vague inquiétude…

    « Tiens, tiens, se dit-elle, c'est donc ça, le mariage. C'est pourquoi on en tenait la pratique si secrète. Je me suis laissé prendre en cette affaire. »

    Mais étant vexée, elle ne dit rien. C'est pourquoi vous pourrez l'y plonger longuement et maintes fois, sans causer aucun scandale dans le voisinage.

    Si elle n'a pas compris la première fois, elle a peu de chances de comprendre ultérieurement, et vous avez beaucoup de chances de pouvoir continuer sans incident (la bronchite exceptée) si toutefois ça vous intéresse.

    Quant à moi, ayant encore plus mal dans le corps des autres que dans le mien, j'ai dû y renoncer rapidement.

    ---

    ICEBERGS

    Icebergs, sans garde-fou, sans ceinture, où de vieux cormorans abattus et les
    âmes des matelots morts Récemment viennent s'accouder aux nuits enchanteresses de l'hyperboréal.

    Icebergs, Icebergs, cathédrales sans religion de l'hiver éternel, enrobés dans la calotte glaciaire de la planète Terre.
    Combien hauts, combien purs sont tes bords enfantés par le froid.

    Icebergs, Icebergs, dos du Nord-Atlantique, augustes Bouddhas gelés sur des
    mers in contemplées, Phares scintillantes de la Mort sans issue, le cri éperdu du silence dure des siècles.

    Icebergs, Icebergs, Solitaires sans besoin, des pays bouchés, distants, et libres de vermine. Parentes des îles, parents des sources, comme je vous vois, comme vous m'êtes familiers.
  • Tristan et Iseut (1170)

    Sortie : 1170. Roman.

    Livre de Béroul

    Mars / Lu.

    Le roi Marc se fait quand même terriblement bolossé du début à la fin. C'est un gros dindon de la farce, se faisant abuser par tout le monde. Finalement la jalousie des barons est justifiée, et presque juste ; sinon évidemment c'est très chouette, le socle de beaucoup de choses, un archétype essentiel de la geste romantique médiévale.
  • De l'Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts (1827)

    On Murder considered as One of the Fine Arts

    Sortie : 1827. Essai et littérature & linguistique.

    Livre de Thomas De Quincey

    Mars / Lu.

    Une absurdité corrosive menée avec méthode, sérieux et application.

    Thomas de Quincey ravit à la fois parce que son sujet pince-sans-rire déclenche une hilarité jaune, mais aussi parce que son style, d'une élégance et noblesse rare, contraste ironiquement avec le sujet. La division en 3 parties (conférence, mémoire annexe, post-scriptum), les nombreuses incursions en latin & grec, et l'accumulation de références, dates, lieux et noms renforcent l'aspect de démarche scientifique et rationnelle dans l'analyse esthétique de l'assassinat.

    Anecdote réjouissante entre toutes, le chirurgien assassinant ses patients pour fournir des corps à l'embaumeur qui, en retour, fourni le médecin en couteuses bandelettes de soie, pour que celui-ci puisse soigner ses patients, se garantissant ainsi la pérennité de leur deux professions.
  • La Chartreuse de Parme (1839)

    Sortie : 1839. Roman.

    Livre de Stendhal

    Mars - avril / Lu.

    Roman total, encore plus que le Rouge et le Noir. Quelques difficultés à m'investir au début, lecture espacée obligeant, mais une fois dedans on en sort plus, retournant volontairement dans la prison des mots stendhalienne, tel un Fabrice éperdument amoureux de ses geôliers.

    La prison et la nuit, seuls lieux d'asile pour la passion. Volontairement y retourner pour vivre un peu plus intensément. Le personnage de la Duchesse, pinacle du romantisme douloureux et du sacrifice, bouleversante dans ses efforts.

    Dans les dernières pages, l'art de l'ellipse s'exprime dans toute sa puissance. Dans tout le roman, Stendhal nous a habitué à des ellipses de confort, passant sous silence quelques conversation jugés ennuyeuses (elles ne le sont jamais d'ailleurs). Mais, d'un seul coup, au moment critique de la retrouvaille, au milieu même du dialogue, trois années passent, comme si Stendhal se refusait à transcrire le dialogue intime, le plus important de tous peut-être. Après cette ellipse, le tragique reprend ses droits au triple galop.

    Contrairement au Rouge et Noir, La Chartreuse de Parme ne m’a ému que ponctuellement ; certaines scènes s’envolent et bouleversent, tant de mouvement (Waterloo!), tant de sentiments qui se mélangent, mais le Rouge et le Noir donnait une impression bien plus marquée de *connaitre* Julien, de partager sa peine, impression bien moins marqué dans la Chartreuse avec Fabrice.

    « To the happy few », pour les quelques heureux à qui la vie accorde le bonheur.
  • Journal du voleur (1949)

    Sortie : 1949. Roman.

    Livre de Jean Genet

    Mars / Lu.

    Sublimation de la misère, de la honte, de l'abjection. La crasse au service du geste littéraire, beau et merveilleux.

    Façonner sa propre mythologie, autobiographer non pas au passé mais au présent. Sur ce sujet, Genet écrit : « Nous savons que notre langage est incapable de rappeler même le reflet de ces états défunts, étrangers. Il en serait de même pour tout ce journal s'il devait être la notation de qui je fus. Je préciserai donc qu'il doit renseigner sur qui je suis, aujourd'hui que je l'écris. Il n'est pas une recherche du temps passé, mais une œuvre d'art dont la matière-prétexte est ma vie d'autrefois. Il sera un présent fixé à l'aide du passé, non l'inverse. Qu'on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l'interprétation que j'en tire c'est ce que je suis devenu. ».
  • Quai ouest

    Théâtre.

    Livre de Bernard-Marie Koltès

    Mars / Lu.

    Partout règne la confusion, le silence couvert par les monologues, la solitude, la complexité de la communication, de l'ombre et de la lumière. Savoir ce que l'on veut, savoir où l'on va, rien de plus complexe.
  • Un barbare en Asie (1933)

    Sortie : 1933.

    Livre de Henri Michaux

    Avril / Lu.

    On est soufflé par l’habilité de Michaux à saisir dans la simplicité une expérience, un réel perçu, des bouts de vrai, mais dans ses mots à lui, dans ses petites phrases d’orfèvre. L’âme du Chinois est concave, l’Hindou est un être à la puissance 2, lent délecteur de la jouissance méditative, le Malais rappelle le Basque, net précis et propre… L’accumulation des petites choses, portraits bariolés, bigarrés, chamarrés si michauxien.

    Le voyage au Japon est raté, c’est bien dommage.
  • Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1927)

    Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau

    Sortie : 1927. Recueil de nouvelles.

    Livre de Stefan Zweig

    Avril / Lu.

    Coup de tête passionnel, démonologie du jeu.

    Haletant d'émotion et de grâce, wie immer.
  • L'affaire Maurizius (1928)

    Der Fall Maurizius

    Sortie : 1928. Roman.

    Livre de Jakob Wassermann

    Avril / Lu.

    Mon réel et mon double.

    Injuste justice, machine kafkaïenne face à l'essence humaine, absurdité que Wassermann fait naître dans les raisonnements du Baron d’Andergaast et les divagations torturées de Maurizius. La position du narrateur ambiguë, tantôt omniscient, tantôt nous cachant des choses, pose les pylônes du mystère. Mais l’Affaire Maurizius est un roman protéiforme, multiple, qui ne s’arrête pas à l’enquête haletante ; il lorgne sur la philosophie, le drame psychologique profond, ou la passion amoureuse destructrice. L’arc narratif de la mère, laissé de côté qui revient par le dessous ; injustice là aussi, Etzel poursuit-il en fait l'injustice faite à sa mère (et à lui), cherchant à détruire son père en détruisant son jugement, son oeuvre, sa raison de vivre? Il est permit de penser que L'affaire Mauritius est un roman à parallèles, où les scènes, arcs, thèmes se reflètent les uns dans les autres, comme des miroirs nous aiguillants sur les intentions de Wassermann.

    Certains des dialogues les plus renversant ont lieu dans les échanges entre Maurizius et Andergaast, où le malaise métaphysique de Léonard se concrétise, couvé pendant des années de captivité lors desquelles son esprit a tourné en rond. Le personnage de Klakusch joue un role pivot dans notre perception de l’absurde du juste, qui le conduit au geste ultime, comme ultime preuve du rejet de l'auteur de ce qu'on appelle Justice.
  • Le Temps scellé (1986)

    Запечатлённое время (Depicted Time)

    Sortie : 1986. Essai.

    Livre de Andreï Tarkovski

    Mai / A moitié lu, abandonné.

    Il m'a soulé Tarko. "Gnagna le cinéma c'est ça et pas autrement". Réaction épidermique de rejet. Je retourne revoir le Miroir plutôt.
  • Risibles Amours (1968)

    Směšné lásky

    Sortie : 1968. Nouvelle.

    Livre de Milan Kundera

    Mai / Lu.

    Amours pas sérieux, désinvolture partout. Une sorte de sous Zweig, toujours amusant mais jamais excellent.
  • Le Prince (1532)

    De Principatibus

    Sortie : 1532. Essai et philosophie.

    Livre de Nicolas Machiavel

    Mai / Lu.

    C’est un livre précieux par son enseignement, sa clairvoyance, l’image qu’il projette du passé. En revanche, je dois avouer que la lecture m’a laissé très froid, distant, inintéressé. C’est un précis historique peu engageant, stylistiquement lourd. Donc j'oscille, indécis sur mon appréciation de ce livre légendaire.
  • L'Homme pressé (1941)

    Sortie : 1941. Roman.

    Livre de Paul Morand

    Mai / Lu.

    Vite vite, passer à la page suivante, à la phrase d’après, au prochain mot, à la lettre qui vient ensuite… On est pris dans le rythme, on chercher à manger les secondes, à rattraper Pierre Niox, antiquaire futuriste. Et Morand, en plus de se payer le luxe d’un style épatant, se permet d’être très drôle.

    « - Attention au virage! hurla Placide. Ta portière va s’ouvrir, bon Dieu! Ton indicateur de vitesse marque 160! Et tu ne conduis pas si bien que tu crois.
    - Vite et mal, c’est ma devise!
    - On dirait plutôt une épitaphe.
    - Les épitaphes sont les devises des morts. »
  • Vies Minuscules (1984)

    Sortie : 1984. Récit.

    Livre de Pierre Michon

    Mai / Lu.

    J'ai lu lentement. L'écriture de Michon a cela de particulier qu'elle m'oblige à ralentir le pas, rattraper une phrase qui m'est passé sous l'œil sans que je la saisisse. On savoure chaque image, chaque vie qui passe devant nous ; on capte des fragments de réel retranscrits dans les mots de Michon, ces mots si pures, ces mots d'orfèvrerie, d'horloger scrutateur du monde qui l'entoure, imaginant des pensées que personne n'a pu entendre.
  • Les Rêveries du promeneur solitaire (1778)

    Sortie : 1778. Autobiographie & mémoires.

    Livre de Jean-Jacques Rousseau

    Mai / Lu.

    Non mais, il est mignon JJ. Touchant, droit dans ses botes, il se démène avec sa vie dans les pattes, il se parle tout seul, se console, se cajole, il cherche à revivre l'extase, celui qui lui fait toucher du bout des doigt un monde autre. Son geste d'écrivain n'est pas là pour décrire ce que c'est que l'extase amené par la rêverie, mais pour essayer de retrouver la sensation, essayer de faire revivre ce sentiment. Il rêvasse sur des choses qu'il a vécu, tranquillement et posément. Mais sa propension à s'apitoyer sur son sort, à geindre comme une dinde "je suis le meilleur des hommes, pourquoi qu'on m'aime pas et qu'on me persécute" devient très vite lassante.

    J'ai ouïe dire que les Confessions était bien moins relou de ce coté là, ça sera la prochaine étape. A la prochaine Rousseau, cette fois avec un peu plus de poigne bon dieu.