La culture et la domination

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par steka

Sans doute et de toute éternité, les relations entre culture et domination furent empreintes d’ambigüité ; toute domination, cherchant à s’établir dans la durée, fait parure de la culture pour dissimuler les réalités de sa désolation. Or par nature, aucune forme artistique ne fit jamais sens qui ne fut dans son essence critique de la domination, dévoilement plus ou moins explicite de son obscénité et de sa volonté criminelle.
Les relations entre ces deux pôles, en vérité parfaitement incompatibles, furent donc sujet à de multiples fluctuations selon les époques et en relation directe avec l’ensemble des rapports de force caractérisant chacune de ces époques.
Pour simplifier, la domination n’eut donc jamais d’autre choix que d’une part, les différentes formes de censure ou de répression dissimulées sous différents prétextes, d’autre part la solution consistant à « acheter » les artistes et leur complicité.
La première option n’eut jamais de résultats satisfaisants qu’à court terme, ayant pour conséquence de renforcer les résistances souterraines toujours plus difficiles à contrôler et donnant de plus des pouvoirs en place une image peu flatteuse et terriblement dénudée.
La seconde, et tout spécialement en notre belle modernité, sembla donc nettement plus profitable. Le fait que ce mercantilisme culturel ait pour effet d’assécher rapidement toute créativité (combien dure un réalisateur de génie importé en milieu hollywoodien ?) pouvant être considéré comme un simple effet collatéral ; et ce d’autant plus que ces « artistes » prêts à se vendre et souvent à bas prix, semblent toujours plus nombreux à se bousculer au portillon.
Ne peut-on constater que, par l’un de ces renversements miraculeux dont seule est capable la domination du marché, le seul fait de vouloir se vendre peut désormais faire de vous un « artiste » et un « intellectuel » et ce tout à fait indépendamment d’un quelconque talent.
(Voir par exemple : http://www.senscritique.com/liste/Rebut_de_la_pensee_mediatique/143741)
On comprendra mieux alors le sens, qui était resté jusqu’à maintenant quelque peu obscur, de la revendication toute française d’une «exception culturelle » : il s’agissait en fait d’exiger d’avoir le droit de se vendre sans honte, dès lors que l’on se proclamait artiste ou travaillant « pour l’art ». Revendication à laquelle la domination ne pouvait que donner son assentiment enthousiaste et promettre en retour que tout "artiste" qui ne voudrait se vendre n'aurait plus désormais aucune visibilité.
Certains esprits malveillants prétendront que dans ce mouvement, c’est l’ensemble de la culture et de la chose artistique qui sont désormais réduits à rien ; comme si l’on avait rien sans rien !
(par steka, le 15 janvier 2014)

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