Les poètes

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36 livres

par Valmy

"Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité

Ce sont des drôles de types qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôles de types qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art

Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles
Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout"

Léo Ferré

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  • Les Quatrains (2008)

    Sortie : août 2008. Poésie.

    Livre de Omar Khayam

    18 Mai 1048 - 4 Décembre 1131 / Perse

    "L'amour qui n'est pas sincère est sans valeur;
    Comme un feu presque éteint, il ne réchauffe pas.
    Le véritable amant, pendant des années, des mois, des nuits, des jours,
    Ne goûte ni repos, ni paix, ni nourriture, ni sommeil."
  • Poésies complètes (1461)

    Sortie : 1461. Poésie.

    Livre de François Villon

    1431 - 1463 / France
  • Les Regrets (1558)

    Sortie : 1558. Poésie.

    Livre de Joachim Du Bellay

    1522 - 1 Janvier 1560 / France
  • Sonnets lyriques (2000)

    Sortie : avril 2000. Poésie.

    Livre de Luis De Camoes

    1525 - 10 Juin 1580 / Portugal
  • Sonnets (1609)

    Sortie : 1609. Poésie.

    Livre de William Shakespeare

    23 Avril 1564 - 23 Avril 1616 / Angleterre
  • Fables (1678)

    Sortie : 1678. Littérature & linguistique et poésie.

    Livre de Jean de La Fontaine

    8 Juillet 1621 - 13 Avril 1695 / France

    Les femmes et le secret

    "Rien ne pèse tant qu'un secret :
    Le porter loin est difficile aux dames ;
    Et je sais même sur ce fait
    Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

    Pour éprouver la sienne un mari s'écria
    La nuit étant près d'elle: «Ô Dieux, qu'est-ce-cela?
    Je n'en puis plus, on me déchire!
    Quoi? j'accouche d'un œuf ! - D'un œuf? - Oui, le voilà,
    Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire:
    On m'appellerait poule; enfin n'en parlez pas.»
    La femme, neuve sur ce cas,
    Ainsi que sur mainte autre affaire,
    Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
    Mais ce serment s'évanouit
    Avec les ombres de la nuit.
    L'épouse, indiscrète et peu fine,
    Sort du lit quand le jour fut à peine levé;
    Et de courir chez sa voisine.
    «Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé;
    N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre:
    Mon mari vient de pondre un œuf comme quatre.
    Au nom de Dieu, gardez-vous bien
    D'aller publier ce mystère.
    -Vous moquez-vous? dit l'autre. Ah! vous ne savez guère
    Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.»
    La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
    L'autre grille déjà de conter la nouvelle;
    Elle va la répandre en plus de dix endroits;
    Au lieu d'un œuf, elle en dit trois.
    Ce n'est pas encor tout, car une autre commère
    En dit quatre et raconte à l'oreille le fait,
    Précaution peu nécessaire,
    Car ce n'était plus un secret.
    Comme le nombre d’œufs, grâce à la renommée,
    De bouche en bouche allait croissant,
    Avant la fin de la journée
    Ils se montaient à plus d'un cent."
  • Haiku

    Poésie.

    Livre de Kobayashi Issa

    15 Juin 1763 - 5 Janvier 1828 / Japon

    "Ah ! le rossignol
    même en présence d’un prince
    son chant est le même"

    "Ah ! jour de brouillard -
    pour les esprits célestes
    c'est l'ennui sans doute"
  • Hypérion (1797)

    Hyperion oder Der Eremit in Griechenland

    Sortie : 1797. Roman et poésie.

    Livre de Friedrich Hölderlin

    20 Mars 1770 - 6 Juin 1843 / Allemagne
  • Seul dans la splendeur (2009)

    Sortie : février 2009. Poésie.

    Livre de John Keats

    31 Octobre 1795 - 24 Février 1821 / Angleterre
  • Gaspard de la nuit (1842)

    Sortie : 1842. Poésie.

    Livre de Aloysius Bertrand

    20 Avril 1807 - 29 Avril 1841 / France
  • Les filles du feu (1854)

    Sortie : 1854. Roman et nouvelle.

    Livre de Gérard de Nerval

    22 Mai 1808 - 26 Janvier 1855 / France
  • Feuilles d'herbe (1855)

    Leaves of Grass

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Walt Whitman

    31 Mai 1819 - 26 Mars 1892 / États-Unis
  • Les Fleurs du mal (1857)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Charles Baudelaire

    9 avril 1821 - 31 août 1867 / France

    La musique

    "La musique souvent me prend comme une mer !
    Vers ma pâle étoile,
    Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
    Je mets à la voile ;

    La poitrine en avant et les poumons gonflés
    Comme de la toile
    J’escalade le dos des flots amoncelés
    Que la nuit me voile ;

    Je sens vibrer en moi toutes les passions
    D’un vaisseau qui souffre ;
    Le bon vent, la tempête et ses convulsions

    Sur l’immense gouffre
    Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
    De mon désespoir !"
  • Poésies complètes de Emily Dickinson (2009)

    Poésies complètes

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Emily Dickinson

    10 Décembre 1830 - 15 Mai 1886 / États-Unis
  • Poésies (1899)

    Sortie : 1899. Poésie.

    Livre de Stéphane Mallarmé

    18 Mars 1842 - 9 Septembre 1898 / France

    Don du poème

    "Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idumée !
    Noire, à l'aile saignante et pâle, déplumée,
    Par le verre brûlé d'aromates et d'or,
    Par les carreaux glacés, hélas ! mornes encor
    L'aurore se jeta sur la lampe angélique,
    Palmes ! et quand elle a montré cette relique
    A ce père essayant un sourire ennemi,
    La solitude bleue et stérile a frémi.

    Ô la berceuse, avec ta fille et l'innocence
    De vos pieds froids, accueille une horrible naissance
    Et ta voix rappelant viole et clavecin,
    Avec le doigt fané presseras-tu le sein
    Par qui coule en blancheur sibylline la femme
    Pour des lèvres que l'air du vierge azur affame ?"
  • Poèmes saturniens (1866)

    Sortie : 1866. Poésie.

    Livre de Paul Verlaine

    30 Mars 1844 - 8 Janvier 1896 / France

    Soleils couchants

    "Une aube affaiblie
    Verse par les champs
    La mélancolie
    Des soleils couchants.
    La mélancolie
    Berce de doux chants
    Mon cœur qui s'oublie
    Aux soleils couchants.
    Et d'étranges rêves
    Comme des soleils
    Couchants sur les grèves,
    Fantômes vermeils,
    Défilent sans trêves,
    Défilent, pareils
    À des grands soleils
    Couchants sur les grèves."
  • Les Chants de Maldoror (1869)

    Sortie : 1869. Poésie.

    Livre de Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse)

    4 Avril 1846 - 24 Novembre 1870 / France

    Chant premier

    "Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre.
    Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.
    Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière et non en avant, comme les yeux d'un fils qui se détourne respectueusement de la contemplation auguste de la face maternelle; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l'hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues, vers un point déterminé de l'horizon, d'où tout à coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.
    La grue la plus vieille et qui forme à elle seule l'avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu'elle fait claquer, et n'est pas contente (moi, non plus, je ne le
    serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de plumes et contemporain de trois générations de grues, se remue en ondulations irritées qui présagent l'orage qui s'approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui renferment l'expérience, prudemment, la première (car, c'est elle qui a le privilège de montrer les plumes de sa queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser l'ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de
    la figure géométrique (c'est peut-être un triangle, mais on ne voit pas le troisième côté que forment dans l'espace ces curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord, comme un habile capitaine; et, manœuvrant avec des ailes qui ne paraissent pas plus grandes que celles d'un moineau, parce qu'elle n'est pas bête, elle prend ainsi un autre chemin philosophique et plus sûr."
  • Trente poèmes

    Poésie.

    Livre de M. Eminescu

    15 Janvier 1850 - 15 Juin 1889 / Roumanie

    De tant de mâts

    "De tant de mâts, dont le chemin
    Si loin des rades se déroule,
    Combien seront brisés demain
    Ou par le vent, ou par la houle ?

    De ces longs vols d'oiseaux sauvages,
    Si loin des terres dérivant,
    Combien feront bientôt naufrage
    Et sous la houle, et sous le vent ?

    Que tu pourchasses le bonheur
    Ou l'idéal, loin de la foule,
    Ils te suivront, ô voyageur,
    Aussi le vent, aussi la houle.

    L'âme secrète et incomprise
    De tes poèmes, s'élevant,
    Vole à jamais, toujours reprise
    Et par la houle, et par le vent."
  • Poésies complètes (1895)

    Sortie : 1895. Poésie.

    Livre de Arthur Rimbaud

    20 Octobre 1854 - 10 Novembre 1891 / France

    Les assis

    "Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
    Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
    Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
    Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

    Ils ont greffé dans des amours épileptiques
    Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
    De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
    S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

    Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
    Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
    Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
    Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

    Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
    De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
    L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée
    Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

    Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
    Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
    S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
    Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

    - Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
    Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
    Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
    Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

    Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
    Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
    Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
    Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

    Puis ils ont une main invisible qui tue :
    Au retour, leur regard filtre ce venin noir
    Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
    Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

    Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
    Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
    Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
    Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

    Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
    Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
    De vrais petits amours de chaises en lisière
    Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

    Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
    Les bercent, le long des calices accroupis
    Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
    - Et leur membre s'agace à des barbes d'épis."
  • La rose et autres poèmes (2008)

    Sortie : octobre 2008. Poésie.

    Livre de William Butler Yeats

    13 Juin 1865 - 28 Janvier 1939 / Irlande
  • Poésies (1929)

    Sortie : 1929. Poésie.

    Livre de Paul Valéry

    30 Octobre 1871 - 20 Juillet 1945 / France

    Hélène

    "Azur! c’est moi… Je viens des grottes de la mort
    Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores,
    Et je revois les galères dans les aurores
    Ressusciter de l’ombre au fil des rames d’or.

    Mes solitaires mains appellent les monarques
    Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs;
    Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs
    Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.

    J’entends les conques profondes et les clairons
    Militaires rythmer le vol des avirons;
    Le chant clair des rameurs enchaînes le tumulte,

    Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés
    Dans leur sourire antique et que l´écume insulte,
    Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés."
  • Lettre de Lord Chandos (1902)

    Ein Brief (Brief des Lord Chandos an Francis Bacon)

    Sortie : 1902. Poésie.

    Livre de Hugo von Hofmannsthal

    1 Février 1874 - 15 Juillet 1929 / Autriche
  • Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)

    Sortie : 1910. Roman.

    Livre de Rainer Maria Rilke

    4 Décembre 1875 - 30 Décembre 1926 / République tchèque
  • Plomb (1998)

    Plumb

    Sortie : février 1998. Poésie.

    Livre de George Bacovia

    17 Septembre 1881 - 22 Mai 1957 / Roumanie

    Décembre

    "Regarde comme neige décembre...
    Mon amour, dehors, tourne les yeux -
    Fais amener le brasier tout près
    Que j’entende crépiter le feu.

    Pousse le fauteuil jusqu'au foyer,
    Que j'écoute souffler l'ouragan,
    - Est-ce le tumulte de ma vie -
    Je voudrais ouïr ses instruments.

    Fais amener jusqu'à nous le thé,
    Approche donc plus près toi aussi -
    Et lis-moi une histoire polaire,
    Qu'il neige... soyons ensevelis.

    Quelle chaleur il y a chez toi,
    Et tout ici à mes yeux est pur -
    Regarde la neige de décembre...
    Ne ris pas... et poursuis ta lecture.

    C'est le jour, pourtant, quelle ténèbres...
    Fais amener la lampe plus près -
    Vois, la neige monte une clôture,
    Et le givre a saisi la poignée.

    Aujourd'hui je reste encore ici...
    Nous sommes cernés par la nature,
    Regarde comme neige décembre...
    Ne ris pas... et poursuis ta lecture."
  • The Cantos

    Poésie.

    Livre de Ezra Pound

    30 Octobre 1885 - 1 Novembre 1972 / États-Unis
  • Le Gardeur de troupeaux, Poésies d'Alvaro de Campos (1987)

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Fernando Pessoa

    13 Juin 1888 - 30 Novembre 1935 / Portugal

    "Je suis un gardeur de troupeaux.
    Le troupeau ce sont mes pensées
    et mes pensées sont toutes des sensations.
    Je pense avec les yeux et avec les oreilles
    et avec les mains et avec les pieds
    et avec le nez et avec la bouche.

    Penser une fleur c'est la voir et la respirer
    et manger un fruit c'est en savoir le sens.

    C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
    je me sens triste d'en jouir à ce point,
    et couche de tout mon long dans l'herbe,
    et ferme mes yeux brûlants,
    je sens tout mon corps couché dans la réalité,
    je sais la vérité et je suis heureux."
  • À pleine voix (2005)

    Sortie : novembre 2005. Poésie.

    Livre de Vladimir Maiakovski

    7 Juillet 1893 - 14 Avril 1930 / Russie
  • Voyage au bout de la nuit (1932)

    Sortie : 1932. Roman.

    Livre de Louis-Ferdinand Céline

    27 Mai 1894 - 1 Juillet 1961 / France

    "Pour une surprise, c'en fut une. À travers la brume, c’était tellement étonnant ce qu'on découvrait soudain que nous nous refusâmes d'abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu'on était on s'est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous...

    Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

    On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n'en pouvait rigoler nous du spectacle qu'à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose. et rapide et piquante à l’assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, où les nuages s'engouffraient aussi à la charge du vent. Notre galère tenait son mince sillon juste au ras des jetées, là où venait finir une eau caca, toute barbotante d'une kyrielle de petits bachots et remorqueurs avides et cornards.

    Pour un miteux, il n'est jamais bien commode de débarquer de nulle part mais pour un galérien c’est encore bien pire, surtout que les gens d’Amérique n’aiment pas du tout les galériens qui viennent d’Europe. C’est tous des anarchistes » qu’ils disent. Ils ne veulent recevoir chez eux en somme que les curieux qui leur apportent du pognon, parce que tous les argents d’Europe, c’est des fils à Dollar.

    J’aurais peut-être pu essayer, comme d'autres l’avait déjà réussi, de traverser le port à la nage et de me mettre à crier : « Vive Dollar ! Vive Dollar ! » C'est un truc. Y a bien des gens qui sont débarqués de cette façon-là et qui après ça on fait des fortunes. C'est pas sûr, ça se raconte seulement. Il en arrive dans les rêves des biens pires encore. Moi j'avais une autre combinaison en tête, en même temps que la fièvre."
  • Capitale de la douleur (1926)

    Sortie : 1926. Poésie.

    Livre de Paul Eluard

    14 Décembre 1895 - 18 Novembre 1952 / France
  • Pour en finir avec le jugement de dieu (1948)

    Sortie : 1948. Poésie.

    Livre de Antonin Artaud

    4 Septembre 1896 - 4 Mars 1948 / France

    "J’ai appris hier
    (il faut croire que je retarde, ou peut-être n’est-ce qu’un faux bruit, l’un de ces sales ragots comme il s’en colporte entre évier et latrines à l’heure de la mise aux baquets des repas une fois de plus ingurgités),
    J’ai appris hier
    l’une des pratiques officielles les plus sensationnelles des écoles publiques américaines
    et qui font sans doute que ce pays se croit à la tête du progrès.
    Il paraît que parmi les examens ou épreuves que l’on fait subir à un enfant qui entre pour la première fois dans une école publique, aurait lieu l’épreuve dite de la liqueur séminale ou du sperme,
    et qui consisterait à demander à cet enfant nouvel entrant un peu de son sperme afin de l’insérer dans un bocal
    et de le tenir ainsi prêt à toutes les tentatives de fécondation artificielle qui pourraient ensuite avoir lieu.
    Car de plus en plus les américains trouvent qu’ils manquent de bras et d’enfants,
    c’est à dire non pas d’ouvriers
    mais de soldats,
    et ils veulent à toute force et par tous les moyens possible faire et fabriquer des soldats
    en vue de toutes les guerres planétaires qui pourraient ensuite avoir lieu,
    et qui seraient destinées à démontrer par les vertus écrasantes de la force
    la sur-excellence des produits américains,
    et des fruits de la sueur américaine sur tous les champs de l’activité et du dynamisme possible de la force.
    Parce qu’il faut produire,
    il faut par tous les moyens de l’activité possibles remplacer la nature partout où elle peut-être remplacée,
    il faut trouver à l’inertie humaine un champ majeur,
    il faut que l’ouvrier est de quoi s’employer,
    il faut que des champs d’activité nouvelle soient crées,
    où ce sera le règne enfin de tous les faux produits fabriqués,
    de tous les ignobles ersatz synthétiques
    où la belle nature vraie n’a que faire,
    et doit céder une fois pour toutes et honteusement la place à tous les triomphaux produits de remplacement
    où le sperme de toutes les usines de fécondation artificielle
    fera merveille
    pour produire des armées et des cuirassés."
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