👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
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Lu en 2018

1. João Guimarães Rosa, Diadorim
2. Robert Musil, L'Homme sans qualités, t. 2
3. Günter Grass, Le Tambour
4. Thomas Bernhard, Extinction
5. Virginia Woolf, The Waves

Liste de

118 livres

créee il y a plus de 4 ans

 · 

modifiée il y a plus de 2 ans

Le Middle Ground
8.5

Le Middle Ground

Indiens, Empires et Républiques dans la région des Grands Lacs, 1650-1815

Sortie : 2009 (France). Essai

livre de Richard White (II)

Venantius a mis 9/10 et a écrit une critique.

Résumé : Immense fresque narrative, ce chef-d’œuvre de la littérature historique raconte comment, près de deux siècles durant, les Blancs et les Indiens de la région des Grands Lacs ont tâché de construire ensemble, malgré des logiques conflictuelles et divergentes, un monde mutuellement compréhensible. De cette rencontre est né le " Middle Ground ", un " terrain d'entente ", une société singulière fondée sur des pratiques, des codes, des usages et des mœurs partagés, sans cesse malmenés et remis en question mais toujours renaissants. Jusqu'au rejet définitif de la recherche de cet accommodement au début du XIXe siècle. Autrement dit, jusqu'à la ruine du monde commun, le refoulement des Indiens dans une altérité immuable, et l'oubli même de l'existence du Middle Ground. Comme un continent englouti surgissant des flots, Richard White révèle les couleurs et la vie de cet univers prétendument " périphérique ", très nettement ignoré par l'historiographie traditionnelle. Ce faisant, il oblige à repenser les mécanismes coloniaux dans leur ensemble, aussi bien que les moments fondateurs de la naissance des États-Unis d'Amérique. Avec l'élaboration de sa fertile métaphore du Middle Ground, White pose ici une pierre angulaire épistémologique comparable à la " Méditerranée " de Fernand Braudel.

Annotation :

« All the Indian nations are very Jealous of the English, they see you have a great many forts in this Country, and you are not so kind to them as they expected. The French were very Generous to the Indians and always gave them Cloathing, and Powder and Lead In Plenty, but you don't do that Brothers, and that is what makes the Indians so uneasey in their minds. » (rapporté par Croghan à Bouquet)

Ma France

Ma France

Sortie : 10 avril 2015 (France). Essai

livre de Peter Sloterdijk

Venantius a mis 6/10.

Annotation :

Les “feux de l’envie” […], la société de consommation les a mis à son service et les a connectés pour en faire des cercles d’énergie analogues à ceux d’une centrale électrique. De ce point de vue, les sociétés modernes constituent des réacteurs de jalousie intégrés ou des centrales d’envies intégrées au marché, qui doivent constamment venir à bout de la mission consistant à juguler le potentiel d’humiliation et de haine qu’elles attisent par la publicité sans précédent qu’elles donnent à l’ambition et à l’appétence. […]
Dans la perspective macrohistorique, le monde moderne offre le spectacle singulier d’une culture qui repose sur le couplage entre la jalousie déchaînée des masses et une production sans limites de biens de consommation.

Le Cavalier suédois
7.8

Le Cavalier suédois (1936)

(traduction Martine Keyzer)

Der schwedische Reiter

Sortie : 1987 (France). Roman

livre de Leo Perutz

Venantius a mis 6/10 et a écrit une critique.

Résumé : Au début du XVIIIe siècle, en Silésie, près de la frontière polonaise, un jeune officier déserteur d'origine suédoise, Christian von Tornefeld, et un voleur sans nom promis au gibet échangent leurs identités. C'est le début d'une nouvelle vie pour le vagabond devenu le Cavalier suédois, mais pourra-t-il échapper à son destin ?

Annotation :

Mais parfois, lorsque le Cavalier suédois chevauchait à travers champs et mesurant du regard l’étendue de ses terres, une ombre passait sur son âme, tel le vent froid de la nuit : il avait le sentiment que ce qu’il nommait son bien, les champs, les pâtures, les prairies où les bouleaux jetaient leur note claire, les blés qui levaient, la rivière serpentant à travers les herbages et, là-bas, la maison, le domaine, la femme qu’il aimait et l’enfant pour lequel il tremblait, tout cela ne lui appartenait pas en propre : on le lui avait confié pour un temps… et il devrait le rendre.

Des souris et des hommes
8

Des souris et des hommes (1937)

Of Mice and Men

Sortie : 1939 (France). Roman

livre de John Steinbeck

Venantius a mis 8/10.

Résumé : George et Lennie ont le même rêve : posséder une exploitation. Pour l'instant, ils travaillent tous les deux dans un ranch. Mais tout va mal tourner.

Annotation :

“Guys like us, that work on ranches, are the loneliest guys in the world. They got no family. They don't belong no place. They come to a ranch an’ work up a stake and then they go inta town and blow their stake, and the first thing you know they’re poundin’ their tail on some other ranch. They ain’t got nothing to look ahead to. […] With us it ain't like that. We got a future. We got somebody to talk to that gives a damn about us. We don't have to sit in no bar room blowin' in our jack jus' because we got no place else to go. If them other guys gets in jail they can rot for all anybody gives a damn. But not us.”

Les Choses de la vie
7.9

Les Choses de la vie (1967)

Sortie : 1967 (France). Roman

livre de Paul Guimard

Venantius a mis 6/10 et a écrit une critique.

Résumé : Pierre vit le parfait amour avec Hélène, sa maîtresse. Cette dernière ne supporte pas qu'il la délaisse pour se rapprocher de son fils : c'est alors la rupture. Victime d'un accident de la route, Pierre va revivre les événements qui ont marqué son existence, retrouvant la douceur des 'choses de la vie'.

Annotation :

C'est Bob qui m'avait appris à capturer les animaux à fourrure. La meilleure époque se situait à la saison des premières neiges. Nous chassions côte à côte. Bob connaissait mieux que personne les mœurs des petits félins et la façon de les prendre.
Je ne retrouverai jamais le goût de ces matinées glorieuses. Bob savait choisir la bonne place pour l’affût, près du fleuve, là où les grands arbres abritent le chasseur et sont assez clairsemés pour laisser voir le gibier de loin. Nous procédions avec nonchalance. On laissait passer un ou deux lapins blancs indignes de figurer au tableau. On attendait de relever la piste d'une loutre de l'Hudson ou d'un renard gris. Bob m’avait enseigné que les bêtes à fourrure ont, à des nuances près, des comportements semblables mais toutes des dents aiguës et des griffes rapides. Pourtant nous refusions la vulgarité des armes et des pièges. C’était une chasse royale, à main nue. Le gibier reconnu, il s'agissait de l’encercler sans hâte pour ne pas l'effrayer, de le diriger en douceur, par des manœuvres souples vers une zone découverte où il ne trouverait pas de quoi se terrer. La suite était affaire de patience. Le danger, nous n’y songions pas, trop attentifs au plaisir de la traque. Cela devait fatalement mal finir. Cela finit mal ce jour-là de l'hiver 1939 où la saison de chasse avait été somptueuse. Nous avions pris l'affût à notre place favorite, derrière le Palais de Glace. Un soleil givré se dégageait péniblement des vapeurs du matin.

La Mélancolie de la résistance
8.2

La Mélancolie de la résistance (1989)

Az ellenállás melankóliája

Sortie : 2006 (France). Roman

livre de László Krasznahorkai

Venantius a mis 8/10 et a écrit une critique.

Résumé : Quel danger plane sur cette petite ville du sud-est de la Hongrie ? Quelle est la nature du malaise qui l'agite, et quelles sont les raisons de la révolte qui gronde ? Nous suivons Mme Pflaum, une des habitantes de la ville, et nous la voyons se débattre avec une menace jamais nommée. Ni son intérieur petit-bourgeois, ni les opérettes retransmises à la télévision ne peuvent la protéger du désordre ambiant. Son ennemie, Mme Eszter, l'appelle à l'aide pour mener campagne contre la destruction, mais la venue d'un cirque et l'exhibition d'une immense baleine sèment le trouble dans la communauté, puis précipitent la ville dans une explosion de violence. À partir d'un magistral chapitre d'exposition décrivant le voyage en train de Mme Pflaum, La mélancolie de la résistance avance crescendo, telle une plongée hypnotique, dans un monde fascinant et crépusculaire. Les univers de Kafka, de Beckett ou même de Thomas Bernhard ne sont pas loin dans cette oeuvre où l'auteur place au centre la question de la condition humaine dans nos sociétés post-nietzschéennes.

Annotation :

À l’arrière-plan de cette offensive générale coordonnée, simultanément à l’attaque portée contre les muscles et le sang, les ennemis internes du royaume, autrefois admirable mais désormais sans défense, de l'organisme se révoltèrent à l’instant même du décès et en anéantissant tous les obstacles qui se trouvaient sur leur passage, ces “révolutionnaires de palais” se mutinèrent contre l'ordre établi, jadis si merveilleusement bien rodé, des hydrates de carbone, graisses, s'acharnant particulièrement contre les protéines. Les troupes étaient composées de ferments tissulaires, l’action quant à elle portait le nom d’autodigestion post mortem, mais il va de soi que derrière cette désignation scientifique se cachait une horrible réalité, car il eût été plus juste de parler ici de “rébellion du personnel domestique”. De perfides domestiques, qu’il fallait déjà auparavant, lorsque la vie battait son plein dans la citadelle, brider par un vaste système d’inhibiteurs, car si leur rôle se limitait à décomposer et à préparer les éléments nutritifs entreposés dans les greniers de l’empire, il fallait une surveillance stricte et permanente pour les empêcher d’attaquer le régime qu’ils étaient censés servir.

Mensonge romantique et vérité romanesque
8.5

Mensonge romantique et vérité romanesque

Sortie : 1961 (France). Essai, Littérature & linguistique

livre de René Girard

Venantius a mis 7/10 et a écrit une critique.

Résumé : Nous nous croyons libres, autonomes dans nos choix, que ce soit celui d'une personne ou d'un objet. Illusion romantique ! En réalité nous ne choisissons que des objets désirés par l'autre, mus le plus souvent par ce que Stendhal appelle les sentiments modernes, fruits de l'universelle vanité : "L'envie, la jalousie et la haine impuissante." Partant d'une analyse entièrement renouvelée des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature, René Girard retrouve partout ce phénomène du désir triangulaire : dans la coquetterie, l'hypocrisie, la rivalité des sexes et des partis politiques... Ce grand livre écrit avec une rare subtilité, contribue à élucider un des problèmes majeurs de la conscience humaine : la liberté de choisir.

Annotation :

Dans le monde de demain, affirment les faux prophètes, les hommes seront des dieux les uns pour les autres. Ce sont toujours les plus aveugles, parmi les personnages dostoïevskiens, qui nous apportent ce message ambigu. Les malheureux s’exaltent à la pensée d'une immense fraternité. Ils ne saisissent pas l'ironie de leur propre formule. Ils croient annoncer le paradis mais c’est de l’enfer qu’ils parlent, l’enfer dans lequel ils sont eux-mêmes en train de s’enfoncer.

Les Vagues
8.2

Les Vagues (1931)

(traduction Marguerite Yourcenar)

The Waves

Sortie : 1937 (France). Roman

livre de Virginia Woolf

Venantius a mis 9/10 et a écrit une critique.

Résumé : Publié en 1931, Les Vagues se compose d'une succession de monologues intérieurs entrecroisés de brèves descriptions de la nature. Chaque personnage donne sa voix et se retire dans un mouvement rythmé qui évoque le flux et le reflux des marées. « J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine... Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. »

Annotation :

Now I will walk, as if I had an end in view, across the room, to the balcony under the awning. I see the sky, softly feathered with its sudden effulgence of moon. I also see the railings of the square, and two people without faces, leaning like statues against the sky. There is, then, a world immune from change. When I have passed through this drawing-room flickering with tongues that cut me like knives, making me stammer, making me lie, I find faces rid of features, robed in beauty. The lovers crouch under the plane tree. The policeman stands sentinel at the corner. A man passes. There is, then, a world immune from change. But I am not composed enough, standing on tiptoe on the verge of fire, still scorched by the hot breath, afraid of the door opening and the leap of the tiger, to make even one sentence. What I say is perpetually contradicted. Each time the door opens I am interrupted. I am not yet twenty-one. I am to be broken. I am to be derided all my life. I am to be cast up and down among these men and women, with their twitching faces, with their lying tongues, like a cork on a rough sea. Like a ribbon of weed I am flung far every time the door opens. I am the foam that sweeps and fills the uttermost rims of the rocks with whiteness; I am also a girl, here in this room.

1715
8.5

1715

Sortie : 20 novembre 2014 (France).

livre de Thierry Sarmant

Venantius a mis 8/10.

Annotation :

« Mais supposé qu’il y eût quelque difficulté là-dedans et qu’il en dût coûter beaucoup plus qu’on ne peut prévoir ici, y a-t-il quelque chose dans le monde de plus utile, de plus glorieux et de plus digne d’un grand Roi que de donner commencement à de grandes monarchies, et les mettre en état de s’accroître et de s’agrandir en fort peu de temps de leur propre cru, jusqu’au point d’égaler, voire de surpasser un jour le vieux Royaume […] il se pourrait très bien sans miracle que 240 ans après, c’est-à-dire vers l’an 1970, il s’y trouverait plus de monde en Canada qu’il n’y a jamais eu dans toutes les Gaules, qui étaient d’une bien plus grande étendue que la France ne l’est aujourd’hui » (Vauban, in Mémoire concernant la course)

Les Boutiques de cannelle
8

Les Boutiques de cannelle (1933)

Sklepy Cynamonowe

Sortie : 1992 (France). Recueil de nouvelles

livre de Bruno Schulz

Venantius a mis 8/10 et a écrit une critique.

Résumé : Drohobycz, tranquille bourgade provinciale où Bruno Schulz vécut et enseigna le dessin, devient le lieu de toutes les terreurs et de toutes les merveilles : ses places, ses rues, la boutique familiale de draps et de tissus se métamorphosent. Dans une ambiance de sourde étrangeté, hantée par la figure emblématique du père, se déploient le thème obsessionnel des mannequins et le contraste, si spécifique à Bruno Schulz, entre beauté et pacotille.

Annotation :

De la pénombre du corridor on pénétrait de plain-pied dans le bain du soleil du grand jour. Les passants barbotant dans l’or fermaient à demi leurs paupières qui semblaient engluées de miel, et leur babine supérieure retroussée découvrait les dents et les gencives. Ils avaient tous cette grimace de chaleur au visage, comme si le soleil leur avait imposé un masque de fraternité solaire, et tous ceux qui se croisaient dans les rues, jeunes et vieux, femmes et enfants, se saluaient au passage de ce masque barbare, insigne d’un culte bachique peinturluré à grands traits d’or sur leurs visages.

Diadorim
9

Diadorim (1956)

(traduction Maryvonne Lapouge-Pettorelli)

Grande Sertão: Veredas

Sortie : 1991 (France). Roman

livre de João Guimarães Rosa

Venantius a mis 10/10 et a écrit une critique.

Résumé : A travers amours et guerres, envoûté par l'énigmatique Diadorim, évoquant toutes les aventures qui firent de lui un preux jagunço, un gardien de troupeaux, Riobaldo raconte les journées encore brûlantes passées de bataille en bataille, les longues chevauchées à méditer sur la vie et la mort, dans le décor aride du sertào, lieu de l'épreuve, de la révélation et de la confrontation à l'infini. Unique roman et chef-d'oeuvre du plus grand écrivain brésilien du XXe siècle, Diadorim apparaît d'ores et déjà, au même titre que Don Quichotte, La Chanson de Roland ou Faust pour la tradition européenne, comme une oeuvre mythique de dimension universelle.

Annotation :

Nous montâmes droit en direction de la Fontaine-aux-Femmes, et nous tombâmes sur la première vereda — séparant les plateaux — : le /fou-ou-ou/ du vent accroché dans les buritis, pris en écharpe avec la claire-voie des plus hautes palmes ; et les frondaisons de sassafras — avec un parfum comme celle de la lavande, qui rafraîchit ; et des eaux qui baignent sans cesse. Un vent qui souffle de toute part. Cet air qui me fouettait le corps me parla avec des cris de liberté. Mais la liberté — je parie — n’est encore que la joie d’un pauvre petit chemin, frayant entre les grilles des énormes prisons. Il y a une vérité qu’il faudrait apprendre, gardée secrète, et que jamais personne n’enseigne : la venelle pour que la liberté advienne. Je suis un homme ignorant. Mais, dites-moi : la vie n’est-ce pas une chose terrible ?

Les Chutes de Slunj

Les Chutes de Slunj (1963)

Die Wasserfälle von Slunj

Sortie : 1963. Roman

livre de Heimito von Doderer

Venantius a mis 7/10.

Annotation :

Nous imaginons que la partie ne sera sérieuse qu’une fois que nous serons adultes, et que les points obtenus avant ne seront pour ainsi dire par pris en compte. Mais qui donc est adulte ? Celui qui ne se laisse pas abuser par lui-même, pourrait-on répondre. Interrogées avec précision sur le sujet, même des personnes d’un certain âge seraient obligées de constater que leur âge adulte date d’avant-hier. Le compte des points n’attend pas jusque-là. Au contraire, on dirait que jusqu’à la dix-septième ou dix-huitième année celui-ci se fait avec une grande précision et qu’ensuite on est plus négligent ou libéral pour compter. Jusqu’à quinze ans rien ne se perd et tout est resservi plus tard au point près. Ainsi à cette époque c’était déjà la vraie vie, tracée pour ainsi dire à grands traits. Plus tard, tout n’est que barbouillage et gribouillage. On pourrait joliment vexer ceux qui croient de façon effrénée à la seule validité de leur vie “adulte” et leur donner l’occasion d’élever de violentes et franches protestations si on leur disait qu’à quinze ans tout est déjà décidé et que ce qui suit n’est que l’exécution désordonnée, sinon la répétition douteuse et confuse, d’un projet primitivement net et précis.

Fragments d'un discours amoureux
8.2

Fragments d'un discours amoureux (1977)

Sortie : 1977 (France). Essai

livre de Roland Barthes

Venantius a mis 7/10.

Résumé : Le désir de connaître mais aussi la troublante expérience de l'embarras et du tâtonnement confèrent à la réflexion philosophique sa dimension érotique. Pour les mêmes raisons, l'amour est philosophie : l'amoureux s'arrache à son propre point de vue pour porter sur lui-même et le monde le regard d'autrui, subit l'épreuve du doute après l'enthousiasme et nourrit sa réflexion d'incertitudes. Il ne sait plus ce qu'il sait, cherche ses mots, ne sait comment définir l'être aimé et craint d'être sot. Cette hésitation essentielle l'affranchit de la présomption et de l'idiotie. L'idiot, en effet, ne connaît pas l'amour et ses dérèglements : il est partout chez lui, jamais troublé ni dérangé par personne.

Annotation :

Werther veut se caser […]. Il veut entrer en système (“casé”, en italien, se dit sistemato). Car le système est un ensemble où tout le monde a sa place (même si elle n’est pas bonne) : les époux, les trios, les marginaux eux-mêmes (drogue, drague), bien logés dans leur marginalité : tout le monde sauf moi. (Jeu : il y avait autant de chaises que d’enfants, moins une ; pendant que les enfants tournaient, une dame tapait sur un piano ; quand elle s’arrêtait, chacun se précipitait sur une chaise et s’asseyait, sauf le moins habile, le moins brutal ou le moins chanceux, qui restait debout, bête, de trop : l’amoureux.)

Les Cercueils de zinc
8.4

Les Cercueils de zinc (1990)

Cinkovye mal′čik

Sortie : juin 2006 (France). Roman, Document

livre de Svetlana Alexievitch

Venantius a mis 7/10.

Résumé : Pour la première fois, à travers des témoignages de sang et de larmes recueillis auprès de simples soldats, d'officiers, de mères et de veuves de combattants soviétiques morts en Afghanistan, une jeune journaliste d'URSS prenait le risque de briser la loi du silence et de dénoncer la trahison, le mensonge d'une propagande dont a été victime toute une génération aujourd'hui rejetée par la société...

Annotation :

La vérité, seul un désespéré vous la racontera tout entière. Un désespéré absolu vous racontera tout. La vérité est trop effrayante, on ne la saura jamais. Personne ne voudra parler le premier, personne ne prendra ce risque. Qui racontera la drogue qu’on transportait dans les cercueils ? Les pelisses… À la place des morts… Qui vous montrera les chapelets d’oreilles humaines séchées ? Des trophées de guerre… On les gardait dans des boîtes d’allumettes vides… Elles s’enroulaient comme de petites feuilles… Impossible ? Ça choque d’apprendre ça au sujet de braves gars soviétiques ? Si, c’est possible, puisque c’est vrai. C’est une vérité qu’on ne peut pas contourner, qu’on ne peut pas déguiser en la recouvrant de dorure de trois sous. Vous vous imaginez, peut-être, qu’il suffit de poser des monuments pour que le tour soit joué ? Je suis sûr que vous ne voudrez pas que ça figure dans votre livre, vous allez rayer tout ça. Personne ne dira plus la vérité sur ceux qui reposent en terre. Les vivants ont droit aux décorations, les morts aux légendes, et tout le monde est content.
Cette guerre, c’est comme notre vie en URSS : elle n'a rien à voir avec ce qui est écrit dans les livres. Heureusement que j’ai mon univers à moi, celui des livres et de la musique, qui m'a sauvé parce qu'il a caché l'autre.

Le Tambour
7.5

Le Tambour (1959)

Die Blechtrommel

Sortie : 1961 (France). Roman

livre de Günter Grass

Venantius a mis 9/10 et a écrit une critique.

Résumé : L'époque: 1900-1954; la nation: l'Allemagne des bords de la Baltique; le héros: un nain, qui sous les apparences de l'enfance a la maturité d'un adulte. En tapant sur son tambour, Oscar Matzerath bat le rappel de ses souvenirs, ceux de sa famille et de son pays. Ainsi voit-on grouiller un univers grotesque et mystérieux dont la logique n'est pas de ce monde, mais qui éclaire le monde et les hommes mieux que le cerveau humain...

Annotation :

On peut commencer une histoire par le milieu puis, d'une démarche hardie, embrouiller le début et la fin. On peut adopter le genre moderne, effacer les époques et les distances et proclamer ensuite, ou laisser proclamer qu'on a résolu enfin le problème espace-temps. On peut aussi déclarer d’emblée que de nos jours il est impossible d’écrire un roman puis, à son propre insu si j’ose dire, en pondre un bien épais afin de se donner l’air d’être le dernier des romanciers possibles. Je me suis également laissé dire qu’il est bon et décent de postuler d’abord : il n’y a plus de héros de roman parce qu’il n’y a plus d’individualistes, parce que l’individualité se perd, parce que l’homme est seul, que tout homme est pareillement seul, privé de la solitude individuelle et forme une masse solitaire anonyme.

Alexis Zorba
7.8

Alexis Zorba

Βίος και Πολιτεία του Αλέξη Ζορμπά

Sortie : 1946 (France). Roman

livre de Níkos Kazantzákis

Venantius a mis 7/10.

Résumé : Avant de rencontrer Zorba le Grec, l'homme aux yeux tristes, moqueurs et pleins de flamme, l'ingénieur civilisé ignorait à quelles profondeurs frémissait la vie, jaillissait la source de toute générosité et de toute connaissance. Leur amitié, leur voyage, l'échec de leur entreprise crétoise sont devenus légende et parabole universelle. Avec sa sagesse brutale et limpide, sa pensée labyrinthique et rigoureuse, son bon sens oraculaire, Zorba, ce Zarathoustra cousu dans la peau de Sindbad le Marin, représente de triomphe des forces brutes de l'instinct sur l'intelligence pervertie par les morales et les idéologies.

Annotation :

— Tu ne veux pas d’embêtements ? fit Zorba stupéfait, et qu’est-ce que tu veux alors ?
Je ne répondis pas.
— La vie, c’est un embêtement, poursuivit Zorba ; la mort, non. Vivre, sais-tu ce que ça veut dire ? Défaire sa ceinture et chercher la bagarre.

Île de Pâques : le grand tabou

Île de Pâques : le grand tabou

Sortie : septembre 2011 (France). Histoire

livre de Nicolas Cauwe

Venantius a mis 8/10.

Silbermann
6.6

Silbermann (1922)

Sortie : 1922 (France). Roman

livre de Jacques de Lacretelle

Venantius a mis 5/10.

Résumé : "Je suis content, bien content, que nous nous soyons rencontrés... Je ne pensais pas que nous pourrions être camarades. - Et pourquoi ?" demandai-je avec une sincère surprise... Sa main qui continuait d'étreindre la mienne, comme s'il eût voulu s'attacher à moi, trembla un peu. Ce ton et ce frémissement me bouleversèrent. J'entrevis chez cet être si différent des autres une détresse intime, persistante, inguérissable, analogue à celle d'un orphelin ou d'un infirme. Je balbutiai avec un sourire, affectant de n'avoir pas compris : "Mais c'est absurde... pour quelle raison supposais-tu... - Parce que je suis juif", interrompit-il nettement et avec un accent si particulier que je ne pus distinguer si l'aveu lui coûtait ou s'il en était fier.

Annotation :

En raison de mon caractère volontiers secret ou d’une éducation un peu puritaine, j’avais toujours considéré la libre expansion de la joie comme une manifestation choquante et niaise. Et cependant, il y avait tant d’ingénuité et de gentillesse dans les mouvements et les mines de ces garçons, ils me parurent avec une telle évidence plus heureux que je ne l’étais, que l’envie me vint de me mêler à eux et de recevoir le même baptême délicieux…

La Storia
8

La Storia (1974)

Sortie : février 1989 (France). Roman

livre de Elsa Morante

Venantius a mis 6/10.

Résumé : « Un jour de janvier de l'an 1941 un soldat allemand marchait dans le quartier de San Lorenzo à Rome. Il savait en tout 4 mots d'italien et du monde ne savait que peu de chose ou rien. Son prénom était Gunther. Son nom de famille demeure inconnu. »

Annotation :

De cette corbeille sortait une plante verte qui, en un instant, se ramifiait dans la pièce et à l’extérieur du logement sur tous les murs de la cour. Et elle montait, devenant une forêt de plantations fabuleuses, feuillages, bougainvilliers, campanules gigantesques aux coloris orientaux et tropicaux, raisins et oranges aussi grands que des melons. Au milieu de tout ça jouaient des petits animaux sauvages, semblables à des écureuils, qui avaient tous des petits yeux bleus, et qui se penchaient pour épier gaiement et, de temps en temps, bondissaient en l’air comme s’ils avaient des ailes. Cependant, une foule de gens s’étaient mis à regarder par toutes les fenêtres, alors qu’elle-même, en revanche, était absente, se trouvant Dieu sait où ; mais on savait que c’était elle l’accusée.

Le Cousin Bazilio

Le Cousin Bazilio (1878)

O primo Basílio

Sortie : 20 novembre 2001 (France). Roman

livre de Eça de Queirós

Venantius a mis 5/10.

Résumé : Un des chefs-d'oeuvre du maître du réalisme portugais ! Bazilio Brito, dandy cynique et libertin, de retour du Brésil où il s'est enrichi, entraîne dans l'adultère sa cousine Luiza, bourgeoise de Lisbonne qu'il avait autrefois courtisée. Le secret de leur liaison est surpris par la servante, Juliana, qui les soumet à un odieux chantage. Abandonnée par son amant, torturée par sa servante, découverte par son mari qui intercepte un billet envoyé de Paris par Bazilio, Luiza, désespérée, meurt. Ce roman, d'une cruauté et d'une drôlerie irrésistibles, dépeint la société de Lisbonne, à la fin du XIXe. Tous les personnages sont passés par le crible de l'ironie et de la dérision. Dans la capitale, accablée de chaleur, aux allures de ville provinciale, on s'épie d'une fenêtre à l'autre, on cancane, on trompe son ennui en organisant des thés et des soupers. Comme l'a écrit Claude Michel Cluny, « le génie d'Eça de Queiroz, c'est que sa cruauté fait rire. Le monde qu'il peint, douillet pour les uns, de privations, de gêne, et du commerce des punaises, pour les autres, est terrible de par son irrécusable banalité ».

Annotation :

Où était le défaut ? Dans l’amour même peut-être ! Car, finalement, elle et Bazilio étaient dans des conditions optimales pour vivre une félicité exceptionnelle : ils étaient jeunes, entourés de mystère, stimulés par les obstacles… Pourquoi bâillaient-ils donc d’ennui ? Parce que l’amour est, par essence, périssable, et à l’heure où il naît il commence à mourir. Seuls les débuts sont divins. C’est le délire, l’enthousiasme, le coin de Ciel. Mais après !… Il faudrait donc toujours commencer, pour pouvoir toujours sentir ?

L'Attrape-cœurs
7.3

L'Attrape-cœurs (1951)

(traduction Annie Saumont)

The Catcher in the Rye

Sortie : 1986 (France). Roman

livre de J. D. Salinger

Venantius a mis 6/10.

Résumé : C'est l'histoire d'un garçon perdu et à la dérive, qui cherche des raisons pour continuer à vivre dans un monde devenu hostile et corrompu.

Annotation :

‘[…] This fall I think you are riding for — it’s a special kind of fall, a horrible kind. The man falling isn’t permitted to feel or hear himself hit bottom. He just keeps falling and falling. The whole arrangement’s designed for men who, at some time or other in their lives, were looking for something their own environment couldn’t supply them with. Or they thought their own environment couldn’t supply them with. So they gave up looking. They gave it up before they ever really stated. You follow me?’

Coping With the Gods

Coping With the Gods (2011)

Sortie : 31 mai 2011. Histoire

livre

Venantius a mis 8/10.

Résumé : « Inspired by a critical reconsideration of current monolithic approaches to the study of Greek religion, this book argues that ancient Greeks displayed a disquieting capacity to validate two (or more) dissonant, if not contradictory, representations of the divine world in a complementary rather than mutually exclusive manner. » (quatrième de couverture)

Extinction
8.4

Extinction

Sortie : 1986 (France). Roman

livre de Thomas Bernhard

Venantius a mis 9/10 et a écrit une critique.

Résumé : Huit jours après avoir assisté au mariage de sa sœur dans le château familial de Wolfsegg, en Autriche, Murau, le narrateur, rentré à Rome, doit repartir. Cette fois, pour participer aux funérailles de ses parents et de son frère, morts dans un accident de voiture.Brebis galeuse d'une famille attachée à ses traditions, héritier d'un domaine dont il n'a que faire, Murau retourne dans ce lieu grandiose, avec ses rites respectés et bafoués à la fois par son père, ancien membre du parti nazi, par sa mère, maîtresse de l'archevêque Spadolini, haut dignitaire du Vatican. Il lui faudra raconter tout cela pour «éteindre» définitivement tout ce qui le rattachait encore à son enfance et à sa jeunesse.De toutes les œuvres de Bernhard, celle-ci est la plus romanesque : un décor fabuleux, un personnage fascinant (l'archevêque) donnent une dimension impressionnante à l'histoire qui finit, dans la description des funérailles, par une sorte de crépuscule des dieux, devenus des marionnettes sinistres sur la scène du monde actuel, où tout s'effondre.

Annotation :

Qu’est-ce qui donne toujours l’idée aux gens qui se font photographier de vouloir paraître heureux sur les photographies qui les représentent, en tout cas pas aussi malheureux qu’ils le sont ? me dis-je. Chacun veut être représenté comme quelqu’un d’heureux, jamais comme quelqu’un de malheureux, toujours comme quelqu’un de totalement falsifié, jamais comme celui qu’il est en réalité, c’est-à-dire toujours le plus malheureux de tous. Ils veulent tous constamment être représentés beaux et heureux, alors qu’ils sont tout de même tous laids et malheureux. Ils se réfugient dans la photographie, se racornissent volontairement sur la photographie qui, dans une falsification totale, les montre heureux et beaux, ou, tout au moins, moins laids et moins malheureux qu’ils ne le sont. Ils exigent de la photographie leur image rêvée, idéale, et tous les moyens leur sont bons, serait-ce la plus effroyable grimace, pour réaliser sur une photo cette image rêvée et cette image idéale. Ils ne voient même pas de quelle manière terrible, épouvantable, ils se compromettent chaque fois. Celui qui est beau sur la photographie est chaque fois le plus laid, le plus heureux chaque fois le plus malheureux.

La Plage de Scheveningen
8

La Plage de Scheveningen (1952)

Sortie : 1952. Roman

livre de Paul Gadenne

Venantius a mis 7/10.

Résumé : Le héros de La Plage de Scheveningen, Guillaume Arnoult, retrouve, en 1944, Irène, qu'il a connue autrefois. Mais, à ce moment, il apprend la condamnation à mort d'un journaliste dont il a été proche, pendant ses années de jeunesse, et cette nouvelle l'obsède...

Annotation :

— Vous pensez trop à vous, Guillaume… Il y a des choses auxquelles il faut savoir renoncer… qu’il faut laisser recouvrir par l’oubli.
— Je crois au contraire qu’il n’y a en nous rien à oublier, dit-il. Il faut comprendre. Il faut pouvoir supporter la clarté entière…

The Origins of Sex: A History of the First Sexual Revolution

The Origins of Sex: A History of the First Sexual Revolution (2012)

Sortie : 1 mai 2012. Histoire

livre

Venantius a mis 7/10.

Résumé : « In The Origins of Sex, Faramerz Dabhoiwala provides a landmark history, one that will revolutionize our understanding of the origins of sexuality in modern Western culture. For millennia, sex had been strictly regulated by the Church, the state, and society, who vigorously and brutally attempted to punish any sex outside of marriage. But by 1800, everything had changed. Drawing on vast research--from canon law to court cases, from novels to pornography, not to mention the diaries and letters of people great and ordinary--Dabhoiwala shows how this dramatic change came about, tracing the interplay of intellectual trends, religious and cultural shifts, and politics and demographics. The Enlightenment led to the presumption that sex was a private matter; that morality could not be imposed; that men, not women, were the more lustful gender. Moreover, the rise of cities eroded community-based moral policing, and religious divisions undermined both church authority and fear of divine punishment. Sex became a central topic in poetry, drama, and fiction; diarists such as Samuel Pepys obsessed over it. In the 1700s, it became possible for a Church of Scotland leader to commend complete sexual liberty for both men and women. Arguing that the sexual revolution that really counted occurred long before the cultural movement of the 1960s, Dabhoiwala offers readers an engaging and wholly original look at the Western world's relationship to sex. » (quatrième de couverture)

One Vast Winter Count: The Native American West before Lewis and Clark

One Vast Winter Count: The Native American West before Lewis and Clark (2006)

Sortie : 1 septembre 2006. Histoire

livre de Colin G. Calloway

Venantius a mis 7/10.

Résumé : « This magnificent, sweeping work traces the histories of the Native peoples of the American West from their arrival thousands of years ago to the early years of the nineteenth century. Emphasizing conflict and change, One Vast Winter Count offers a new look at the early history of the region by blending ethnohistory, colonial history, and frontier history. Drawing on a wide range of oral and archival sources from across the West, Colin G. Calloway offers an unparalleled glimpse at the lives of generations of Native peoples in a western land soon to be overrun. » (quatrième de couverture)

Annotation :

Charting the creation and subsequent decline of both Cheyenne and settler society in nineteenth-century Colorado, Elliott West says simply: “Everything passes,... no one escapes.” It’s a simple reminder of the human condition and a simple lesson from history. But it’s a lesson lost in American history if we look on Jamestown, Santa Fe, the American Revolution, and the Lewis and Clark expedition as opening chapters in a story of nation building and progress, a story that, because it is our story, we assume will be different from everybody else’s. It won’t.

Paludes
7.1

Paludes (1895)

Sortie : 1895. Récit

livre de André Gide

Venantius a mis 8/10.

Résumé : Paludes, ou la semaine au jour le jour d'un littérateur en mal de voyage. Dans le microcosme étrangement fidèle que nous restitue le récit d'André Gide, domine la figure de Tityre, berger de tous les temps, habitant des marécages où fourmille une vie insolite. Mais quel est au juste ce Tityre, qui se nourrit de vers de vase, faute de pêches plus consistantes ? Richard, peut-être, l'orphelin besogneux par nécessité et pauvre par vertu, dévoué jusqu'à épouser une femme par dignité, sans amour N. Ou bien Hubert, le rationnel, dont la spécialité est de chasser la panthère à l'escarpolette. Ou, plus simplement, le narrateur cet amoureux - fou du changement qui, le cœur en fête, part en voyage avec Angèle mais ne va pas plus loin que Montmorency. Puisque, quelle que soit la direction choisie, l'individu revient toujours sur soi-même. Recommencer ma vie ? s'interrogeait Gide dans son journal. Je tâcherais tout de même d'y mettre un peu plus d'aventure.

Annotation :

— Attentes mornes du poisson ; insuffisance des amorces, multiplication des lignes (symbole) — par nécessité il ne peut rien prendre.
— Pourquoi ça ?
— Pour la vérité du symbole.
— Mais enfin s’il prenait quelque chose ?
— Alors ce serait un autre symbole et une autre vérité.
— Il n’y a plus de vérité du tout puisque vous arrangez les faits comme ils vous plaisent.

Berlin Alexanderplatz
7.8

Berlin Alexanderplatz (1929)

(traduction Olivier Le Lay)

Sortie : 2009 (France). Roman

livre de Alfred Döblin

Venantius a mis 6/10.

Résumé : Franz Biberkopf sort de prison, décidé à suivre le droit chemin. Mais le Berlin des années 1925-30 est une sorte de jungle où les tentations abondent.

Annotation :

Ce sont des hommes, des femmes, des enfants ; ces derniers, pour la plupart accompagnés de mains de femmes. Il serait difficile de les énumérer tous et de raconter leur destin, ce ne serait loisible que pour quelques-uns. Le vent les saupoudre indifféremment de sciure. L’aspect des pèlerins vers l’est ne se distingue en rien de celui des pèlerins vers l'ouest, vers le sud et vers le nord. Du reste, les rôles sont interchangeables, on le verra une heure plus tard. Il y en a même qui bifurquent, qui vont du sud à l’est, du nord à l’est, du nord à l’ouest, du sud à l’ouest. Ils sont aussi réguliers que ceux qui meublent l’intérieur des tramways et autobus. Ceux-ci sont assis en poses diverses et augmentent ainsi le poids inscrit au-dehors des voitures. Ce qui se passe dans leur âme, qui l’éluciderait ? Un chapitre énorme. Et puis, si on le faisait, à qui cela profiterait-il ? De nouveaux livres ? Les anciens déjà ne marchent pas et en 27 la vente des livres a baissé de tant pour cent sur la vente de 26.

Le Jeu des perles de verre
7.9

Le Jeu des perles de verre (1943)

Das Glasperlenspiel

Sortie : 1943 (France). Roman

livre de Hermann Hesse

Venantius a mis 8/10 et a écrit une critique.

Résumé : " Qu'adviendrait-il si, un jour, la science, le sens du beau et celui du bien se fondaient en un concert harmonieux ? Qu'arriverait-il si cette synthèse devenant un merveilleux instrument de travail, une nouvelle algèbre, une chimie spirituelle qui permettrait de combiner, par exemple, des lois astronomiques avec une phrase de Bach et un verset de la Bible, pour en déduire de nouvelles notions qui serviraient à leur tour de tremplin à d'autres opérations de l'esprit ? " Cette extraordinaire mathématique, c'est celle du jeu des perles de verre, que manie parfaitement Joseph Valet, héros fascinant et ludi magister jonglant avec tous les éléments de la culture humaine . Récit d'anticipation, roman d'éducation intellectuelle et religieuse, utopie pessimiste, Le Jeu des perles de verre est une des plus amples et savantes constructions littéraires d'Hermann Hesse.

Annotation :

Nous avons la chance de vivre à l’abri, dans un petit univers propre et serein, et la grande majorité d’entre nous, si singulier que cela puisse paraître, vit dans la fiction que cet univers a toujours existé et qu’on nous y a mis au monde. Moi-même, j’ai passé mes jeunes années dans cette illusion fort agréable, alors que la réalité m’était cependant parfaitement connue, […] que Castalie, l’Ordre, le Directoire, les établissements d’enseignement, les archives et le Jeu des Perles de Verre n’avaient pas été là de tout temps et n’étaient pas l’œuvre de la nature, mais une création tardive et noble de la volonté humaine, périssable comme toute chose créée.

Ailleurs
8

Ailleurs (1948)

Sortie : 1948 (France). Poésie

livre de Henri Michaux

Venantius a mis 8/10.

Résumé : Ailleurs est un recueil poétique d'Henri Michaux, publié en 1948. Il réunit trois recueils déjà publiés précédemment : Voyage en Grande Garabagne (1936) ; Au pays de la Magie (1941) ; Ici, Poddema (1946). Ces œuvres présentent toutes la particularité d'être des carnets de voyages fictifs — qui décrivent des peuples, animaux ou flores oniriques. La grande sobriété de l'écriture contraste avec l'imagination et l'invention débridée de l'auteur ; il en résulte une impression d'étrangeté, qui n'exclut pas un certain humour froid.

Annotation :

Lents de nature et par calcul, d’une lenteur cérémonieuse et à la vaseline, au pas sûr, médité, retenu, conscient, se retournant malaisément comme s’ils étaient la proue d’un navire qu’ils traîneraient derrière eux, milieu et poupe ; s’il faut absolument se retourner, pivotant prudemment, ou plus volontiers parcourant un spacieux arc de cercle ; aux idées longues à mûrir, et la nuit de préférence (leur faire prendre soudain une décision, c’est les obliger à trancher dans la chair vive. Ils ne vous le pardonneront jamais) ; petits mangeurs, mais grands mâcheurs, interminables à des repas de rien, végétariens, sauf à prendre avec leur manioc, leurs patates et leur pâte de banane, une langue ou une cuillerée de cervelle.