Mes sorties ciné 2019

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63 films

par Scaar_Alexander

Suite de la liste de 2018 : https://www.senscritique.com/liste/Mes_sorties_cine_2018/1959384

Sorties prévues (incluant les productions Netflix, qui ne requièrent pas de sortie, je sais) :
Déjà sortis : We shall not grow old / Acusada / Face à la nuit / Wild Rose*
24/07 : Crawl* / The Operative / Wonderland
31/07 : Midsommar* / Ricordi?
07/08 : Fast and Furious Hobbs and Shaw* / Never Grow Old
14/08 : Once upon a time in Hollywood* / Le Mystère des Pingouins* / Le Gangster, le Flic, et l'Assassin

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    Undercover - Une histoire vraie (2019)

    White Boy Rick

    1 h 51 min. Sortie : . Drame et policier.

    Film de Yann Demange avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley

    Ce film a trois raisons de tenter : a) Matthew McConaughey (même si la "McConaissance" a pris du plomb dans l'aile puisqu'il enchaîne les mauvais films depuis trois ans), b) Yann Demange (dont le premier long, '71, en avait quand même pas mal dans le futal), et c) son histoire d'adolescent informateur, dealer de drogue, et grand gagnant de la loterie judiciaire de 1987 avec sa prison à vie pour huit kilos de came. La star hollywoodienne, le réalisateur prometteur, et le pitch, ça fait pas mal, non ? Ça ne devait pas être dur de ne pas TROP se planter... si ? Parce que bon, c'est un peu le cas. Pas que McCo soit mauvais : même si son personnage de hillbilly écorché vif commence à se répéter un peu, il continue d'assurer. Pas que Demange soit devenu un manche derrière la caméra : sa mise en scène témoigne de la même maîtrise technique que celle de '71. Et pas que le sujet ne soit soudain magiquement plus intéressant. Non, c'est juste qu'on n'en a rien à foutre. Pas vraiment la faute du Richie Meritt non plus : on a connu bieeen plus charismatique comme jeune acteur, mais il s'en sort bien, et a la gueule de l'emploi. Non, c'est le propos. Ou plutôt, l'absence de. White Boy Rick ne dit rien. Il brasse les sujets comme s'il montait une fresque urbaine à charge contre les ratés d'une époque (histoire de gangsters et de drogue, portrait du prolétariat blanc, propos sur la discrimination dans la justice américaine, etc.) sans poser sur aucun d'eux de regard personnel, original, ou innovant. On a déjà vu ça 10 000 fois... et l'extrême nonchalance narrative du film, qui enchaîne scolairement et sans passion les péripéties, n'arrange rien (rien ne sonne authentique, en fait, y compris l'intégration du héros à la communauté black). Demange sait filmer, mais raconter une histoire ? Peut-être est-ce principalement la faute de ses scénaristes, je ne sais pas. Si le vrai Rick Wershe était aussi idiot, fade et vaguement antipathique que le leur, ils partaient en réalité avec un certain désavantage. Mais ce n'est en rien une excuse : transformer l'eau en vin est du ressort du créateur. Et avec White Boy Rick, on a, au mieux, de la piquette de luxe. Un film dont la platitude rappelle un peu Blow, dans le même genre...
    Note : "Undercover - Une histoire vraie" ? Sérieusement, les gars ? Je sais que "Rick le p'tit Blanc" ne serait pas vraiment passé, mais ce n'est pas comme si c'était votre seule putain d'alternative.
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    Asako I&II (2019)

    Netemosametemo

    1 h 59 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Ryusuke Hamaguchi avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Rio Yamashita

    Séances de cinéma (2 salles)
    Le problème principal du film de Hamaguchi Ryûsuke est exprimé de façon (plus ou moins) intéressante par l'inadéquation de son titre français : le prénom du personnage féminin principal, et l’ajout des mystérieux « I & II », laissent attendre un portrait de femme complexe et l’exploration des diverses facettes de sa personnalité, mais ce n'est pas vraiment ce que l’on a, au bout du compte… alors que ça aurait dû l’être. Une intrigue comme la sienne avait essentiellement quatre choses à offrir, ou disons plutôt trois et demi : d’abord, le tiraillement d’Asako entre son exemplaire futur mari Ryôhei et son sauvageon de premier amour Baku, une fois ce dernier de retour ; ensuite, la souffrance de Ryôhei face à ce tiraillement, qui remet en question les fondements mêmes de son couple, puisque les sentiments qu’Asako a pour lui ; troisièmement, la résolution inévitablement tourmentée de ce dilemme (quoiqu’Asako fasse, elle et Ryôhei « sentiront passer » le retour de Baku ; et enfin, la bluette initiale entre Asako et Baku (plus) jeunes – cette dernière n’étant qu’un demi-point car on s’attend à quelque chose d’assez bateau, ce qui est normal, car ainsi sont la plupart des premiers amours. Or, l’intérêt de ces quatre éléments dépendait énormément du personnage d’Asako, de sa caractérisation, en d’autres termes, de la qualité d’écriture dont elle allait bénéficier : le spectateur devait ressentir l’infinité et la beauté primale de son amour pour Baku, comprendre son terrible dilemme (donc comprendre pourquoi elle en est toujours raide dingue), mais aussi comprendre son choix, quel qu’il soit. Or Asako est, du début à la fin de ce putain de film, aussi fade qu’un mauvais sushi à la crevette. Interprété par la jolie mais peu charismatique Karata Erika (hamster nippon standard de séries télé nipponnes standard, quoi), le personnage d’Asako peut se réduire à deux émotions : l’adulation béate, quand elle est face à Baku, et un vague et poli contentement, le reste du temps, un peu comme une groupie de boys band intellectuellement limitée. On ne la voit rien faire d’intéressant de ses journées, mis à part un bref coup de bénévolat. Elle ne fait preuve d’aucune répartie, ni d’un quelconque sens de l’humour. Elle se contente d’être mignonne et respectueuse des conventions, allant même demander à Ryôhei la permission de travailler, comme si c’était le genre à qui demander, et exprime le plus souvent de la confusion de biche face à des feux de voiture. (...)
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    Bienvenue à Marwen (2019)

    Welcome to Marwen

    1 h 56 min. Sortie : . Biopic, drame et fantastique.

    Film de Robert Zemeckis avec Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger

    Quoi que Zemeckis ait tenté avec ce film, ça n'a pas marché, ou tout au plus qu'à moitié. Le viandage monumental au box-office n'était sans doute pas entièrement mérité, mais on ne peut nier le beau gaspillage d'artisanat, car techniquement, son film est remarquable (comme tous ses films, en même temps...) : le crash de l'"avion" vu du cockpit a une sacrée gueule, par exemple, la motion capture est d'une maîtrise bluffante, et l'incrustation, idem. L'histoire avait beaucoup d'arguments pour plaire à un réalisateur fantaisiste comme Z. puisque son personnage est une sorte de metteur en scène. Ça avait de quoi fonctionner. Las !, la substance est bien faible. Les poupées et les maquettes sont absolument charmantes (la tea house !), rien à redire concernant la direction artistique... mais justement : toute la partie imaginaire aurait dû être plus développée, car ce qui se passe dans le monde réel est assez inepte. Le sujet, le destin de ce pauvre homme, ont un intérêt, mais mieux vaut voir le docu. Zemeckis n'a pas ce qu'il faut pour conter une telle violence. C'est sans souffle, le climax laisse froid, que ce soit au tribunal (zéro tension) ou chez les poupées (la baston super-random avec les nazis ennuie plus qu'autre chose)... Et catastrophe : l'articulation du monde réel avec l'imaginaire, qui épatait dans un premier temps, finit par devenir redondante et par lasser. Et au final, le réel comme l'imaginaire sont bâclés : seul le personnage de Nicol est un peu développé, et il est inintéressant au possible, alors qu'on aurait aimé voir plus des inglorious bastardettes ! En plus, il y a les griefs idéologiques : Marwen, en plus d'être une réjouissance "queer", est un rêve de féministe adepte du "gender" : ça trinque aux femmes en leur présence (paie ton ego) ; ça suggère qu'elles n'ont aucun problème à sortir avec un mec qui porte des chaussures de femmes (Nicol s'avère avoir un frère fan de stilettos, comme si la chose était super répandue), et suggère même que s'habiller en gonzesse connecte à l'essence féminine (aux chiottes l'élémentaire dichotomie H/F) ; ça fait de Kurt le harceleur un flic et d'un acteur porno bien macho un SS en puissance (clichés de gauche) ; ça déshumanise les méchants (classique)... et surtout, la figure du héros américain sauvé par une troupe de nanas "bad-ass" a quand même tout d'un fantasme d'amibe émasculée, soit l'homme rêvé par ces la féministe 3.0 ! Regardable, mais raté...
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    L'Heure de la sortie (2019)

    1 h 43 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Sébastien Marnier avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory

    Après l'hypnotique Irréprochable, Sébastien Marnier confirme à la fois le potentiel de son cinéma de formaliste, avec un vrai don pour la tension nourrie de petits riens et une belle utilisation de la musique, et de son "univers mental", singulier, insaisissable, anxiogène, dans des univers péri-urbain étouffants. L'Heure de la sortie est nettement plus ambitieux qu'Irréprochable, et un chouïa casse-gueule ; il manque d'ailleurs à plusieurs reprises de tomber dans l'écueil des deuxième films, TROP ambitieux pour leur bien, brassant trop de thèmes (la crise de l'autorité, l'endogamie sociale, le besoin de morale dans l'élite, les dommages que fait l'omniprésence des médias sur les jeunes esprits avec leur saturation d'images de fin du monde, et surtout, et la méconnue génération Z... mais des thèmes passionnants, du coup !), jouant avec trop de genres (on se croit dans un Esprit Rebelles à l'envers, puis dans une réactualisation française du Village des damnés, puis de Body Snatchers, ça saute de la chronique scolaire à teinte sociopolitique au thriller paranoïaque, du réalisme au fantastique...), abusant des faux-semblants et des fausses pistes. Si l'on s'arrête sur la cohérence de l'intrigue, deux-trois enchaînements font tiquer et tout n'est pas justifié : on a par exemple du mal à voir ce qu'apporte l'homosexualité du héros (Lafitte parfait au demeurant), et à comprendre pourquoi tout le personnel de cette école est plus ou moins taré. La fin est à la fois très séduisante dans la forme et assez déconcertante dans le fond : est-ce un cauchemar du héros, une hallucination, ou bien la réalité ? Et si c'est la réalité, lesdits gamins sont-ils derrière cette mini-fin du monde (ce qui serait surréaliste), ou bien n'ont-ils fait que prévoir l'apocalypse ? À quel point est-ce métaphorique ? Par ailleurs, à quel servait leur "entrainement" si c'était pour se suicider ? Ce dénouement rappelle celui de Take Shelter... en moins évident et organique. Mais dans tous les cas, côté ambiance, c'est très réussi (cf. le cauchemar flippant et le climax nocturne), ça a du caractère, ça surprend tout en faisant plutôt sens, même dans le vague, notamment grâce aux gamins, super bien choisis, à commencer par la chipie brune. On se demande si les digressions sociopolitiques étaient nécessaires, avec ces piques évidentes contre une France blanche, vaguement raciste et obsédée par le sécuritaire. Mais au-delà de cet aspect, le pessimisme des gamins est, hélas, plein d'arguments.
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    Creed II (2019)

    2 h 10 min. Sortie : . Drame et sport.

    Film de Steven Caple Jr. avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson

    Quand 95% de l'intrigue d'un film est prévisible tant ce dernier respecte la "formule" avec une paresse barbante, devenant un festival de poncifs pour quiconque a vu les précédents Rocky, ledit film a plutôt intéresser à assurer dans les autres catégories. Avec Creed II, c'est plutôt réussi, sans quoi le truc n'atteindrait même pas la moyenne, grâce aux performances surprenantes des acteurs (Michael B. Jordan continue de confirmer ses épaules de lead, Stallone est toujours autant Rocky, le nouveau venu Florian Munteanu surprend par sa capacité à jouer un personnage tragique sous ses dehors de monolithe, et vieux Dolph est bien plus charismatique que jeune Dolph !), et... aux combats. Qui déchirent leur maman, que ce soit le premier Creed-Drago, bien douloureux, ou le second, peut-être un des meilleurs du cinéma tant il est à la fois filmé avec un sacré punch (c'est pourquoi je ne partage pas les critiques contre la réalisation, certes moins inspirée que celle de Coogler, mais forte aux bons endroits), et bien plus "pensé" que la moyenne (il y a une stratégie, des rebondissements, une progression dramatique, et ce n'est pas TROP surréaliste). J'ai sorti de mon chapeau le chiffre de 95% : les 5% d'originalité du scénario sont justement attribuables au duo père/fils que composent ces derniers. Il méritait un bieeeen meilleur traitement (quitte à sucrer tout le soap opera qui se passe avec cette tête de nœud de Tessa Thompson - mon dieu, l'intrigue du bébé !), et ne méritait PAS le personnage catastrophiquement nul de la mère (qui fait passer Cruella pour un modèle de nuance)... mais assure suffisamment pour contribuer à ce que ces combats soient chargés d'un minimum d'enjeux dramatiques. Du coup, Creed II est un film assez frustrant, donnant l'impression tantôt de voir un nanar avec de bons acteurs égarés, tantôt d'assister à la digne suite, en forme de consécration musculo-existentielle, d'un excellent premier spin-off. Mais bon... allez, même s'il n'a pas le quart de la beauté poignante et de la simplicité irrésistible du film original (pas aidé par la BO inepte, même quand elle recycle les thèmes-chefs-d'oeuvres de Bill Conti entre deux morceaux de rap bidons...), Creed II reste un divertissement fort regardable. De l'Hollywood standard : sans imagination, mais efficace, et aidé par la plus-value qu'est la mythologie de la saga. Raison pour laquelle on aurait aimé bieeen plus d'échanges entre Rocky et Drago...
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    Doubles vies (2019)

    1 h 47 min. Sortie : . Comédie romantique.

    Film de Olivier Assayas avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne

    Assayas est un cinéaste insaisissable. C'est une des raisons pour lesquelles je ne manque aucun de ses films, tout en sachant que j'y verrai peut-être le meilleur (Irma Vep, Clean, Personal Shopper...) comme le pire (Demonlover, Boarding Gate...). Force est de reconnaître qu'près deux excellents films tournés avec K-Stew (Sils Maria et Personal Shopper), le gars s'est laissé aller à une récréation bourgeoise archi-mineure, pertinent sous certains aspects, mais dans l'ensemble assez vaine (le propos sur le destin du livre dans la révolution numérique ne mène nulle part, le vaudeville est un peu inepte) et ennuyeuse, plombée par des bavardages incessants de bourgeois blasés ("Ça n'existe plus vraiment, l'information') que ne parvient à sauver une interprétation d'excellente qualité car Assayas est un excellent directeur d'acteurs (les personnages sont assez antipathiques même si ça change dans certains cas, comme celui de Valérie...). Il sait rendre intéressant des marivaudages d'intérieurs, en témoigne un film comme Fin août, début septembre... mais ce film était justement bien plus spontané. Là, la dramaturgie passe tellement par les dialogues que ça en devient un exercice de style, et un raté car Assayas n'est pas Woody Allen. C'est un formaliste avant tout, et ce film devrait être un cauchemar pour tout formaliste tellement il est avare en occasions de cinéma. C'est frustrant, parce qu'en plusieurs endroits (mais trop rares), on ressent cette espèce de chaos contrôlé qui caractérise son cinéma, et bien que sa réflexion n'aboutisse à rien de génial, son film a au moins le mérite de rappeler bien des problématiques que l'on a trop souvent tendance à négliger (c'est en fait un film qui peut inspirer toute une soirée de discussions). Mais quand on va voir un film, on veut sentir une affirmation. Une proposition, aussi franche que personnelle. Et Doubles vies est bien trop faux-jeton et cérébral (mauvais mélange) pour s'aventurer où que ce soit. En gros : Assayas, continue d'explorer le domaine de l'étrange, ça te va infiniment mieux. Enfin, tu mérites quand même une petite moyenne, pour tes acteurs, et des répliques mémorables comme "Quand on te propose Phèdre, c'est le début de la fin", dont l'humour n'est pas ruiné par le sérieux poseur de l'ensemble...
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    The Front Runner (2019)

    1 h 54 min. Sortie : . Biopic et drame.

    Film de Jason Reitman avec Hugh Jackman, Vera Farmiga, Molly Ephraim

    Reitman a clairement cherché à insuffler à son film une énergie sorkinienne : les échanges électriques fusent, les bonnes répliques claquent, l'influence d'Aaron Sorkin se faisant bien sentir, le tout sur le genre de musique entraînante, jazzy, où ça claque des doigts. Cette énergie dure un temps. Sur le plan intellectuel, TFR a quelque chose de stimulant : à défaut d'oser prendre vraiment parti, il sait aborder le sujet de façon frontale en posant les bonnes questions, de façon didactique, et en adoptant une variété de points de vue. Il a l'avantage de susciter bien des débats post-séance tout en instruisant de façon didactique. Gary Hart (par-fait Jackman) fait un protagoniste très intéressant, homme d'un autre temps, déjà largué par les années 80, dont on n'ose imaginer ce qu'il pense de notre ère des réseaux sociaux où le droit international est obligé d'instaurer un "droit à l'oubli" (le protagoniste se lamente même que l'on puisse déterrer des vieux propos tenu il y a quinze ans...). Sa position est compréhensible. Hart est un homme faillible, mais pas mauvais. Juste inadapté. Et pourtant, c’est hélas sur le plan humain que le film pêche. TFR est une jolie reconstitution sans faute de goût, mais bien trop en surface. L’épouse n’apparaît clairement pas assez, d’autant que Vera Farmiga, la classe internationale dans sa robe rouge, faisait un beau couple avec Jackman ; la fille ado passe à la trappe après une première scène qui promettait des liens père-fille intéressants ; l’équipe de campagne la joue Sorkin mais aucun ne ressort du lot, faute d’une caractérisation réussie (même le personnage de J.K. Simmons peine à exister) ; le lien entre l’employée de Hart et la pauvre Donna a quelque chose, mais n’aboutit à rien. En fait, le film est assez timoré, à l’image de son perso. Il ne prend pas parti, et c’est bien dans un sens, mais la contrepartie est un manque de personnalité. Sa pudeur, qui permet un dernier acte joliment tempéré là où l’on s’attendait à quelque chose d’hollywoodien, ne s’accompagne hélas pas d’un portrait généreux. Le film est élégant, à l’image de son dernier plan plein de pudeur, mais n’émeut pas, alors que toute cette débâcle était AU MOINS autant un drame humain qu’un trésor thématique... Un film à voir pour qui s'intéresse à l'articulation éthique/politique, mais au final un Reitman mineur (loin de ce qu'il sait le mieux filmer, du type Juno, Young Adult et Tully...).
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    Glass (2019)

    2 h 09 min. Sortie : . Thriller et fantastique.

    Film de M. Night Shyamalan avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson

    Nécessite décantage, mais ce que je peux affirmer en attendant, c'est que ce film est une monumentale déception. Le pire, c'est que ça n'aurait PAS dû être une déception, considérant la fréquence à laquelle M. Night se plante depuis vingt ans. Mais le con a joué la carte Incassable. Incassable, son meilleur film, son chef-d'oeuvre méta avant le méta ! Split était une bonne petite surprise, dans sa filmographie, on le retrouvait en forme, mais c'était tout, et il a fallu qu'il en fasse trop nous pondant cette foutue dernière scène ! Résultat : Glass n'est PAS la suite d'Incassable. Il n'est même pas la convergence harmonieuse des deux univers et des trois icônes. C'est Split 2 jouant avec celles d'Incassable, puis les foutant en l'air comme de vulgaires jouets. Un quasi-viol qui quasi-mériterait un épisode de South Park. Si le film a la moyenne de justesse, c'est uniquement parce qu'en tant que suite de Split, il se défend, fort de la performance encore PLUS brillante et divertissante de McAvoy, de la présence de la charismatique Anya Taylor-Joy (quoiqu'on a du mal à trouver vraiment crédible l'attachement de son personnage pour Kevin)... ça ne vole pas non plus TRÈS haut, puisqu'aucune des questions que suscitait Split ne trouve de réponse, mais bon, c'est divertissant ! En revanche, si vous cherchez Incassable 2 : fuyez, les gars. Un des signes les plus parlants, c'est le traitement dont y fait l'objet le génial thème musical du film de 2000 : inexistant. Samuel L. Jackson fait passer ses dialogues consistant souvent à des expositions superflues et des mises en abyme à la ramasse de quinze ans et Bruce Willis, lui, coule comme son personnage, pathétiquement. Autant le premier acte était plutôt prometteur (beau premier combat entre Dunn et la Bête), autant le troisième, flanqué d'un climax catastrophique (dans la réa, le montage, et l'idée-même) et d'un twist grotesque (la société secrète), est un sacrilège. Il n'est pas d'une profonde ironie existentielle, ni d'une somptueuse amertume comme se l'imagine clairement M. Night : juste un plantage. Et le second acte, alors, où McAvoy brille ? Ça marchotte, si l'on ignore les incohérences (le comportement du "personnel" de l'asile est surréaliste) et Sarah Paulson, son personnage insipide (qui aurait gagné à révéler plus tôt ses intentions) et ses monologues psychanalysant bidons. Mais dans l'ensemble, Glass est comme le caméo forcé de M. Night : il ne marche juste pas.
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    La Mule (2019)

    The Mule

    1 h 56 min. Sortie : . Drame, gangster et thriller.

    Film de Clint Eastwood avec Clint Eastwood, Bradley Cooper, Laurence Fishburne

    Séances de cinéma (2 salles)
    Ok, La Mule n'est pas le chef-d'oeuvre crépusculaire que certains cinéphiles espéraient, estimant à raison que papy Eastwood ne POUVAIT PAS finir sa carrière sur Le 15h17 pour Paris (sic). Mais... il y a Clint. Pas Eastwood : Clint. On s'attendait à voir l'acteur pour la première fois grabataire, déchu (parce que dans Gran Torino, il continuait d'en imposer, même physiquement), à la Kirk Douglas... c'est encore encore raté. Si le début fait peur, avec le plans de fleurs du générique (?) montés sur la petite musique insignifiante d'Artur Sandoval, et l'acteur en horticulteur plan-plan, Clint is back dès sa première confrontation avec les Chicanos patibulaires. Il est certes difficile de dissocier un film AVEC lui de l'attachement quasi-ilial qu'il nous inspire, considérant surtout la rareté de ses apparitions, un peu comme si son propre grand-père jouait dans un film, mais ça aussi, on peut l'affirmer sans craindre de se gourer : La Mule dispose d'un Clint en pleine possession ET de son charisme légendaire ET de son talent d'acteur, livrant une performance très émouvante qui garantirait au film la moyenne même s'il était pourri. Et il ne l'est pas. C'est même le premier film réussi du cinéaste depuis American Sniper (qui était lui-même son premier réussi depuis Gran Torino...). Parce qu'il a fait de l'histoire de La Mule quelque chose de très personnel. En elle-même, cette dernière fleure la série B : la partie cartel est un peu torchée, la partie flic tout autant, et les scènes avec la famille sont inégales (la fille Eastwood ne sait toujours pas jouer), car le film entier est dédié au protagoniste, mais ce dernier tire justement vers le haut chacun des éléments susmentionnés : l'intrigue policière est bateau mais les scènes avec le génial Bradley Cooper sont mémorables, les Chicanos patibulaires sont caricaturaux mais leurs interactions avec le vieux Earl sont hilarantes, et les dernières scènes au chevet de l'ex-épouse sont très fortes, ne serait-ce que parce qu'Eastwood y exprime tous ses regrets d'hommes dans un élan puissamment authentique. Donc : d'une, le film est très divertissant car très drôle ; et de deux, l'émotion point au final malgré l'écriture inégale (voir le procès torché n'importe comment à la fin), parce qu'un objet très personnel bénéficiant du savoir-faire technique d'un maître (on est loin de l'énergie créatrice d'avant, mais à 90 ans, c'est normal). Alors La Mule est un Eastwood mineur, peut-être, mais aussi terriblement attachant.
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    Green Book : Sur les routes du sud (2019)

    Green Book

    2 h 10 min. Sortie : . Drame, biopic et road movie.

    Film de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini

    Séances de cinéma (13 salles)
    Qui l'aurait cru ? Je sais, le film est nominé de partout, il est interprété par Viggo Mortensen (le nouveau Daniel Day-Lewis, parce qu'il faut au moins ça pour faire un Italo-Américain crédible quand on s'appelle Mortensen) et le nouveau chouchou des critiques Mahershala Ali, il est "inspiré d'une histoire vraie", et a pour thème les démons de l'Amérique, le racisme, et la fraternité, en d'autres termes, il avait TOUT du film conçu pour les Oscars... DONC certains l'ont sans doute cru. Mais réalisé par Peter fucking Farrelly ? Quelque chose d'aussi... subtil ? Le co-scénariste de Dumb & Dumber, nous pondant un des plus beaux et pertinents films américains sur le sujet susmentionné (oui, parce que c'est autre chose que BlackKklansman...) ? Parvenant à conquérir le cœur d'un cinéphile par nature réfractaire aux tarteries bobo-indé de festivals, politiquement correctes la plupart du temps, et neuf fois sur dix quand elles parlent du racisme ? Ainsi, oui, on savait que les performances seraient remarquables et que les sentiments allaient être bôs... mais c'est bien tout. Pas forcément que l'alchimie entre les deux acteurs sauterait tant aux yeux. Et surtout pas que la plume serait si fine. La balance entre drame et comédie si bien dosée. La balance entre tout, en fait. Évitant tous les pièges attendus, aucune blague ne traitant en longueur ni ne venant parasiter un moment dramatique, aucun moment dramatique ne virant au pathos (la scène sous la pluie est un peu grandiloquente, mais c'est la seule et ça passe), aucune figure connue ne devenant un cliché, chaque moment politiquement correct (sales racistes de Blancs) étant tôt ou tard contrebalancée (cf. la scène géniale où Tony dit à Don qu'il est plus noir que lui). Avec des protagonistes aussi hauts en couleur que ça ! Avec un cahier de route à Oscars pareil (parce que oui,ça raconte quand même la rencontre de deux hommes super-différents qui apprennent des choses l'un de l'autre et sortent grandis de l'expérience, tu parles de tarte...) ! Deux exploits rappelant pour le premier que l'humanisme, pour valoir quelque chose, doit être en phase avec l'agaçante complexité d'âme humaine ; et pour le second que des dialogues de grande qualité peuvent sauver un récit consensuel. Le tout un peu aidé par la véracité générale de l'histoire, parce qu'il y a des moments où l'on se dit que cette histoire d'amitié est trop "belle"... ! Que voulez-vous ? Les bons sentiments, ça peut être aussi horripilant que... bon.
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    A cause des filles… ? (2019)

    1 h 40 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Pascal Thomas avec José Garcia, Marie-Josée Croze, Audrey Fleurot

    PAS un Pascal Thomas majeur, même pour les amateurs de son cinéma, MAIS un petit film chorale dans l'ensemble charmant. Charmant, mais tout à fait oubliable. On peut cependant aussi voir le verre à moitié plein, et dire : tout à fait oubliable, mais également charmant. En partie à l'image de sa chanson-titre... et de sa chanteuse : d'un charme gracieux et frivole. À l'image de son casting féminin, en fait (à l'exception de ce grand mystère qu'est la présence de l'affreuse Rossy de Palma dans un rôle de fantasme féminin ?!)... objet d'affection et de passion de la part d'un cinéaste qui profite du crépuscule de sa vie pour rappeler tout ça, et faire son Fellini en bon amateur de "femmes nues" : on pense notamment à la trop rare Barbara Schultz, à Irène Jacob, dont l'éclat de jeunesse subsiste sous les traits de l'âge, et à la plus jeune Victoria Olloqui, vision absolue que je qualifierai de Jennifer Connelly française (cette scène finale en haut du phare !). Des actrices qui donnent un peu à regretter l'agaçante inégalité du film, propre il faut dire au genre du film à sketches (en fut-il un faux) : autant on va se réjouir, par exemple, du génial segment avec la toujours canonissime Marie Josée-Croze en prof "moderne" qui n'assume pas son auto-sexualisation, autant on s'emmerde un peu beaucoup face au segment avec Morel, s'interroge quand Bernard Menez apparaît travesti en vieille bigote, et déplore le gaspillage de rousse dans au segment avec Christian Morin, où le côté "petite récréation entre amis" agresse un peu l'oeil, autant de moments aussi poussifs que ringards. C'est par moment torché car clairement, Thomas voulait juste raconter ses petites historiettes sans se prendre la tête à faire tenir ça dans une intrigue digne de ce nom... il y a donc à boire et à manger. Simplement, quand ça n'est pas ringard et poussif, c'est d'une belle vivacité, d'esprit et de corps, frais comme la brise océanique, et pétulant comme la gamine dans le charmant flashback conté par Pierre Richard, en gros, un film bobo nettement moins antipathique que le récent Assayas. Parce que oui, c'est bobo : ça parle de la transparence, "maladie de notre époque", ça lit Baudelaire, ça s'inquiète de l'état de l'"art contemporien", ça mentionne Orphée, ça chante les Passantes de Brassens, etc. Mais... c'est frivole ! Partant de là, c'est mineur, et bancal, mais ça tient miraculeusement la route, et peut être apprécié tel quel par les amateurs de virées printanières un peu bavardes.
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    Un grand voyage vers la nuit (2019)

    Di qiu zui hou de ye wan

    2 h 18 min. Sortie : . Drame.

    Film de Bi Gan avec Tang Wei, Sylvia Chang, Huang Jue

    Voyage au bout de l'ennui. L'accueil critique globalement élogieux dont bénéficie ce film me rappelle celui, encore plus ubuesque, dont a bénéficié le The Assassin de HHH , il y a trois ans : un beau cas de masturbation collective sur l'autel du contemplatif et de l'exotisme. Le film de Bi Gan est assez beau il est vrai (sans l'être autant qu'on le prétend, ceci dit...), mais c'est tout ce qu'il a pour lui : ni ses acteurs, aux performances somnambuliques, ni son histoire, dont la narration éclatée ne sait masquer le rachitisme, ni même son ambiance, car une ambiance n'est pas qu'une affaire de décors et de photographie, non, il faut qu'un esprit habite tout ça. Et qu'est-ce qu'on ressent, dans Un grand voyage ? On parle de film lynchien. Oui, en confondant le vrai et le faux, le passé et le présent, et en se créant un monde à soi dans sa seconde moitié, le film de Bi Gan s'affirme clairement comme un film lynchien. Mais ça ne veut pas dire qu'il est bon. Chez Lynch, il y a un esprit. Ça va quelque part. Bi Gan, lui, brasse de l'air avec des plans interminables et des dialogues dont la prétention ne donne pas envie d'excuser la platitude ("Il ne nous reste plus qu'à vivre caché dans l'espace"...). Oui, ça fait très WKW, aussi, jusqu'à la façon fétichiste dont le cinéaste film la toujours exquise Tang Wei (on pense notamment à ce long plan de ses pieds...), mais même les personnages de l'inégal 2046 étaient incarnés, on en avait quelque chose à foutre. Le film a fait l'objet d'un soin technique et artisanal (somptueux "underworld" de la seconde partie) qui n'a, au final, servi aucune vision, aucun propos, ni aucune dramaturgie digne de ce nom (à la fin, ils s'embrassent, et on s'en contrefout). Les plans-séquences, on adore, et celui de Bi Gan est impressionnant, mais... où est-ce que ça va, déjà ? Nulle part. Du coup, ça a beau être impressionnant, au bout d'un heure de marche, ça saoule un peu. À un moment, le protagoniste dit : "Ma mère me disait que quand on est malheureux, on mange une pomme en entier, jusqu'au trognon". La suite ? Un plan interminable de lui, jeune, bouffant une pomme "jusqu'au trognon". Intérêt ? Zéro. Oh, si : la pause, dans toute sa gloire bidon. Alors, j'entends déjà les défenseurs du film me snober. Attention, le film n'est pas sans qualités, hein. Les acteurs sont sous-exploités mais justes, et on croise ça et là des fulgurances, dans l'atmosphère, les répliques. D'où le 4/10. Mais au final, aucun argument ne bat... l'ennui.
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    My Beautiful Boy (2019)

    Beautiful Boy

    2 h 01 min. Sortie : . Drame.

    Film de Felix van Groeningen avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Maura Tierney

    Alors, oui, mais vite fait, c'est-à-dire surtout pour les amateurs de mélodrames familiaux formellement confortables, c'est-à-dire sans prise de risque aucune. Steve Carell prouve pour la énième fois que les meilleurs comédiens font souvent les meilleurs acteurs, Timothée Chalamet mériterait effectivement un Oscar du meilleur espoir si ce dernier existait, et tout cela est très beau sur le papier, conscientisation pleine de nobles intentions d'un fléau dont l'horreur est encore trop méconnue... mais justement : cette horreur mérite mieux. BB est un joli film, agréable à regarder, même, mais c'est justement sa limite : il est propre. Trop propre. Enfermé dans un esthétisme rasoir qui, s'il séduit au tout début, finit vite par ennuyer, surtout quand il s'accompagne d'une bande originale ultra-tarte (entre des tubes de hard-rock des 90's utilisés n'importe comment et une symphonie de Henry Górecki toujours aussi somptueuse mais qui détonne pas mal). En fait, Felix van Groeningen n'aura pas été un choix très inspiré. Sa narration éparpillée (surtout dans la première moitié du film) n'apporte strictement rien sinon deux-trois beaux moments de poésie qui ne la justifient pas, et malgré ça, il parvient à faire tourner son film en rond assez rapidement. On sait, le cycle infernal de désintoxications et de rechutes est tout ce qu'il y a de plus réaliste, mais ça ne le rend pas automatiquement captivant. Pour cela, il aurait fallu que la mise en scène ait plus de couilles. L'addiction à la drogue, ça mérite un Requiem for a Dream, pas des jolis plans de paysage. Et qui serait restée bien davantage en compagnie de David. Parce que c'est peu dire qu'il était riche, sur le plan dramaturgique, ce personnage de père évidemment imparfait mais parfaitement aimant pris dans le pire piège possible, incapable même de se dédier entièrement à son fils, c'est-à-dire jusqu'aux portes de sa propre destruction, car père de deux autres enfants - situation hélas simplement survolée dans le dernier acte. Carell nous le fait aimer, évidemment, et il a quelques très belles scènes, comme celle du coup de fil où David refuse d'héberger un Nic implorant (vraiment, les performances sont impeccables, dont celle de la trop rare Maura Tierney). Mais ce sont des éclairs de caractère dans un océan de déjà vu à l'air formaté pour les Oscars, avec l'inévitable carton de fin insistant sur le fait que tout cela est tragique. My Beautiful Boy, ou le cas d'école du film sauvé par ses acteurs ?
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    La Favorite (2019)

    The Favourite

    1 h 59 min. Sortie : . Historique, drame, comédie, biopic et thriller.

    Film de Yórgos Lánthimos avec Olivia Colman, Emma Stone, Rachel Weisz

    Retournement de cerveau. La Favorite est une réussite éclatante, sur à peu près tous les putains de plans. Je n'aurais jamais cru écrire ça un jour, vu l'antipathie que m'inspirait Lanthimos depuis son insupportable Homard. Je me doutais bien que l'interprétation allait être cinq étoiles (quoique même là, les trois nanas ont réussi à me surprendre, à commencer pa Rachel Weisz, bulldozer de scène qui gagne en charisme avec l'âge), mais je craignais que le narcissisme grotesque du cinéaste ne tue toute chance, pour le film,de fonctionner sur le plan dramaturgique. Or, il n'en a rien été. Pourquoi ? Simple : ce n'est pas lui qui a écrit le scénario, cette fois-ci. Le problème du Homard, et, j'imagine, du Cerf sacré (que j'ai soigneusement évité à sa sortie, et à raison, vus les retours qu'on m'en a fait...), n'était pas tant sa forme (il était esthétiquement remarquable, bien que trop souvent poseur) que le n'importe quoi qui lui faisait office d'écriture. C'était juste le pire du film d'auteur-petit mariole. Le scénario de La Favorite, lui, est juste brillant, c'est-à-dire qu'il a beau être cynique, grinçant, fantasque, désopilant, il n'en reste pas moins carré du début à la fin, sans masturbation "philosopheuse" ni pirouettes narratives ; il a un propos, un propos accessible, même, et il le tient, avec à la fois didactisme et une grande nuance... et Lanthimos, plutôt que de lui mettre des bâtons dans les roues, met au contraire toute son esthétique, son espace cinématographique, à sa disposition. Face au Homard, j'avais l'impression que sa mise en scène ne servait qu'elle-même ; ici, elle sert son trio de personnages formidables, et, évidemment, l'action. Et ça donne le meilleur film de l'année pour l'instant, intellectuellement nourrissant, visuellement somptueux (quelle photographie...), aussi drôle qu'incroyablement tendu car derrière son côté parfois un peu cartoonesque, ce qu'il dit est terriblement réaliste, terriblement humain (le personnage de la reine Anne est poignant). Vraiment, à l'exception peut-être de la scène du canard à la fin, peut-être un peu exagérée (mais qui conduit à une dernière minute sensationnelle), c'est du sans faute. En conclusion : Yorgos, sois sympa, contente-toi de réaliser, tu fais ça très bien.
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    Dragons 3 : Le Monde caché (2019)

    How to Train Your Dragon: The Hidden World

    1 h 44 min. Sortie : . Animation, action, aventure, fantasy et jeunesse.

    Long-métrage d'animation de Dean Deblois avec Jay Baruchel, America Ferrera, Gerard Butler

    Séances de cinéma (2 salles)
    Combien de trilogies réussies le cinéma hollywoodien nous a proposé ? De VRAIMENT réussies ? Comptons large en incluant carrément les sagas qui ont atteint les trois films réussis d'affilée. Cherchez bien : tout au plus, une poignée. Le reste aura toujours au moins UN truc qui ne va pas. Quand Dragons est sorti, personne n'y croyait, et cette petite prod' Dreamworks s'est avérée être un des meilleurs films de 2010. Quand Dragons 2 est sorti, les gars ont réussi à remettre le couvert avec une suite à peine moins inspirée, moins irrésistiblement drôle, attachante, enthousiasmante et techniquement impressionnante. Du coup, quand Dragons 3 a été annoncé, on s'est demandé si Dean Deblois allait faire entrer ses films dans le club susmentionné. C'est qu'on aimait tellement nos personnages ! Où est-ce que ça pouvait merder ? Ça pouvait merder... partout. Et nulle part à la fois. C'est une question d'esprit. C'est dans l'air. Dragons 3 est visuellement superbe, on retrouve lesdits personnages avec plaisir, c'est toujours aussi bien emballé... mais ce qu'il montre, et dit, n'est pas bien captivant. Où voit où il veut en venir, avec son histoire de passage à l'âge adulte et de respect mutuel entre les espèces, et son dénouement fait parfaitement sens, mais la façon dont il y parvient est... faiblarde. Les choix stratégiques du héros ne convainquent pas (quitter leur village... pour rien, au final ?). Dragons 2 avait pour seul défaut son antagoniste, mais Dragons 3 nous en sort un copier-coller en PIRE (malgré F. Murray Abraham). L'action est là, mais une fois passée l'intro, ça manque d'énergie, d'enjeux, et parfois même de lisibilité. Et surtout, ça semble être passé de l'objectif de faire rire petits et grands à celui de faire rire les 5-6 ans, tout au plus : ça joue pas mal au guignol sans jamais faire mouche, ou si peu, peinant même à faire rire avec le pourtant génial Gobber (joué par le toujours génial Craig Ferguson). Car en fait, cet opus est plus tarte que fun, en atteste ce qu'ils ont fait de Toothless : sa bluette avec une dragonne blanche sans aucun intérêt ni personnalit donne lieu à des scènes de roucoulements interminables où l'overdose de kawaii guette à tout moment. Dragons, à la base, c'est une formidable histoire d'amitié sur l'importance du lien de confiance entre l'homme et l'animal. Malgré les violons et le blabla, on a l'impression que ce final n'a pas su vraiment quoi en faire. En gros : un opus pas franchement désagréable mais... en trop.
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    Vice (2019)

    2 h 12 min. Sortie : . Biopic, comédie et drame.

    Film de Adam McKay avec Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell

    Séances de cinéma (1 salle)
    Le miracle de The Big Short ne s'est pas reproduit. Vice est une reconstitution foisonnante, remarquablement interprétée (à commencer par Amy Adams, parfaite en Lady McBeth du midwest, et le toujours génial Sam Rockwell en W.), éminemment instructive, pas trop plombée (de prime abord ?) par son parti-pris de gauche (même si McKay ne se prive jamais de saillies anti-Trump durant les interviews), et dans l'ensemble très divertissante. Le film est bien moins humoristique que TBS, mais on y retrouve son cynisme un brin loufoque, et ces moments où l'on hésite entre rire de ce qu'on voit et s'en accabler. Seulement... ça ne marche pas aussi bien. La faute, entre autre, à un scénario un peu mal fichu, et surtout, une mise en scène et un montage trop "joueurs" pour leur bien, accumulant les artifices superflus (la voix-off du type dont le coeur sauvera Cheney, le faux générique de fin en plein milieu du film, et ces plans de pêche à la truite pour illustrer le hameçonnage d'un personage, qui rappellent Lucy...) dans un esprit qui rappelle tantôt le mauvais Oliver Stone (post-1995, à la U-Turn), tantôt Michael Moore pour la subtilité (sic). Ce qui marche, en matière de traitement, pour le récit chorale d'une débâcle généralisée (la crise des subprimes, dans TBS), ne marche pas forcément pour un "biopic" : ça doit être un peu plus concentré, moins rouleur de mécaniques. Or, Vice sent trop la mécanique, et pas assez l'expérience sensible. Donc, à recommander ? Assurément, parce qu'il raconte quand même une histoire bien trop hallucinante ET essentielle à la compréhension de notre monde pour être négligé. Ce qui veut dire qu'il s'y prend suffisamment bien. Mais le bien qu'on en dira se confondra souvent avec celui qu'on pense des THÈMES traités et des questions soulevées. Oui, Vice peut alimenter un débat post-toile de trois heures, mais ça n'en fait pas un chef-d'oeuvre. Par exemple, pour appuyer son propos, il n'avait pas besoin de cette scène inter-générique débile, affligeante de lourdeur, qui se moque des électeurs de Trump. Le parti pris "liberal", tout assumé qu'il soit, sera par moment un peu trop gros (cf. les digressions féministes), à tel point que McKay, qui flingue sans surprise Fox News, donnera par moment l'impression d'en avoir tourné une version libérale, c'est-à-dire semblable au reste des médias mainstream US : on aura vu mieux, au rayon contestataire et subversif.
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    Alita : Battle Angel (2019)

    2 h 02 min. Sortie : . Action et science-fiction.

    Film de Robert Rodriguez avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly

    J'attendais ce film depuis un an, essentiellement parce que j'étais tombé amoureux de son héroïne, et que chaque nouvelle vidéo promotionnelle confortait mes attentes la concernant (j'ai bien dit la concernant). On m'a dit de ne pas TROP en attendre, Robert Rodriguez n'étant pas vraiment un génie de la mise en scène, Cameron pas une garantie de qualité, et le PG-13 un signe que le film allait édulcorer l'action du manga (que j'avais lu, mais dans mon adolescence, donc difficile de me souvenir de quoi que ce soit). Résultat : oui aux critiques, mêmes les cyniques qui taillent l'écriture faiblarde, les personnages secondaires négligés, l'antagoniste insignifiant, les dialogues au mieux décents, la romance neuneu, et la sous-exploitation de Mahershala Ali et J-Conn. Oui : je ne dis même pas non. Alita est, de toute évidence, un film frappé de plusieurs défauts qui pourront rebuter certains. Mais justement, c'est ça, le truc : certains. Tout dépend de l'importance que l'on accorde à ces défauts, en fait, en comparaison de celle que l'on accorde à ses qualités. Parce qu'Alita en a aussi, des putains de qualités, à commencer par... la topissime Alita, régal de tous les instants, une des plus épatantes héroïnes d'action du cinéma, fruit passionnel du travail collectif de l'adorable Rosa Salazar et d'artisans sans aucun doute géniaux ; puis, en deuxième position, la forme, l'univers aussi cohérent qu'esthétiquement superbe, et chaque PUTAIN DE SCÈNE d'action, autant d'occasions pour Rodriguez, dont c'est le meilleur film, de montrer qu'il est finalement un virtuose du genre, pour peu qu'on lui en donne les moyens (oui, sa mise en scène n'est pas la plus caractérielle, mais il a su s'adapter aux canons du blockbuster hollywoodien dans ce qu'il a de plus respectueux et divertissant). Alita n'est pas un film cérébral, mais cela n'en fait pas un film idiot, loin de là, et il faut cent fois un four comme le GITS avec ScarJo, qui, lui, blablatait pas mal. Alita, c'est de l'entertainment pur, dont le régal fait oublier les ratés. En fait, il me fait le même effet que Tron Legacy, il y a sept ans : descendez-le si vous voulez, les gars. Rien à cirer. J'ai pris mon pied, et attends avec impatience la suite, qui devrait bel et bien se produire puisque le film semble cartonner ! Si l'on m'avait dit que le réalisateur du fauché El Mariachi réaliserait un jour le film le plus avancé technologiquement de son époque...
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    Happy Birthdead 2 You (2019)

    Happy Death Day 2U

    1 h 40 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, thriller, comédie et drame.

    Film de Christopher Landon avec Jessica Rothe, Israel Broussard, Suraj Sharma

    Mélange improbable de surprise (dans le sens positif) et de déception. (...) *HBD2YOU* est le modèle du film qu’on aimerait aimer, mais ne peut pas vraiment, à moins de faire un gros effort de suspension de sa réflexion pour apprécier ce qu’il a de positif à offrir – et qui n’est pas négligeable, c’est ce qui rend la chose encore plus fâcheuse. De toute évidence, l’auteur de ces lignes est prêt à le faire, compte tenu de sa note, qui a tangué pendant plusieurs heures dans sa tête entre cinq et six. Jessica Rothe, délicieuse, épatante en Tree, fait partie de ces plus-values susceptibles de rendre TRÈS magnanime. Et une certaine magnanimité permettra d’apprécier ce chaleureux et rafraichissant imbroglio de quiproquos identitaires et spatiotemporels sans veiller à sa logique interne. Faisant du film ce qu’on appelle un "plaisir coupable" ? Genre, "je sais, que ce n’est pas terrible, mais je m’en fous" ? Nah, c’est déprimant comme façon de penser. Et en même temps… Landon nous laisse-t-il le choix ? Ce qui est sûr, c’est qu’une condition fondamentale à l’appréciation du film est de ne pas avoir aimé *HBD* avant tout pour son côté *slasher*. Aller voir cette suite en attendant quelque chose de similaire au premier volet est la recette du parfait désastre. C’est peut-être pour ça que le film n’a pas cartonné au box-office comme on l’attendait, souffrant d’un mauvais bouche-à-oreille de la part de fans du premier, qui se sont demandés ce que le réalisateur avait fumé. *HBD2YOU* est un peu victime de son ambition de devenir sa PROPRE référence, après un premier opus qui fonctionnait comme un mix de films existants. Seuls des maîtres du marketing pouvaient le promouvoir avec succès : le tout-venant ne pouvait QUE le vendre comme un nouveau *slasher* fantastique, comme il l'avait fait avec le premier, ignorant que cette fois-ci, ça causerait un bug, la main forcée par son titre débile, plaçant le tueur du film au centre de l’affiche alors qu’il n’est au mieux qu’une note de bas de page, sans oublier le foutu cupcake, alors qu’il ne joue plus aucun rôle. C’était vraiment un pari risqué. Notre premier réflexe est d’apprécier cette prise de risque. Christopher Landon a fait ce que très peu de responsables de suites (censément) commerciales ont fait : avoir les *cojones* de ne pas donner à son public ce qu’il attendait (...).
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    Destroyer (2019)

    2 h 02 min. Sortie : . Policier, thriller et drame.

    Film de Karyn Kusama avec Sebastian Stan, Nicole Kidman, Bradley Whitford

    Pétard mouillé sauvé par une atmosphère "L.A. noir" assez envoûtante à défaut d'être originale, et surtout par la performance de la grande Nicole qui, si elle frôle par moment l'excès de zèle (le personnage la poussant à en faire trop), a quand même de la gueule. Les blems sont nombreux. Le film, qui aurait pu s'appeler "Broken Bad Lieutenant", manque de personnalité. On se réjouit de sa dimension féministe, mais quelle est la valeur ajoutée d'un Max Payne version féminine ? Ça nous fait une belle jambe, si c'est pour enfiler les clichés. Attention, Erin Bell/Kidman fait une anti-héroïne convaincante, avec son visage spectral et son air de flotter dans son blouson de cuir trop vieux... il faut juste que l'écriture suive. Et justement, son intrigue se tient, mais ne captive pas, alourdie par des sauts temporels qui n'aident en rien la dramaturgie (ne parlons pas du twist final, lui aussi inutile). Karyn Kusama (qui est devenue un grand nom à quel moment, déjà... ?) est incapable de faire passer une réelle émotion avec son scénario d'épisode de série (les scènes avec la fille de l'héroïne laisse un peu froid, faute de caractère et d'originalité), peut-être trop occupée à chiader son atmosphère. Sûr, le film envoie la grosse artillerie, au rayon brut de décoffrage : les cuivres oppressent, le soleil tape (le côté ambiance pourrie sous le ciel bleu fait très Ellroy), le métal hurle, les visages marqués par le temps grimacent. Kusama s'en sort, à la caméra. Ses choix de mise en scène sont parfois intéressants (cf. son rapport à la voiture de l'héroïne comme espace psycho-symbolique), et elle nous trousse au moins UNE scène d'action spectaculaire, la fusillade viscérale dans la banque, où l'intérêt du spectateur monte soudain en flèche. Avant de retomber. Dans l'ensemble, c'est mou, et pas assez substantiel (le propos sur la répétition du passé) pour compenser. Une fois l'antagoniste (pas très charismatique) cerné, on n'attend plus trop de la révélation, et quand cette dernière arrive, elle fait un peu plouf, faute de crescendo dramatique... et d'idées. Et une fois passée la bonne impression des débuts, côté ambiance, ça devient beaucoup de noirceur POUR LA NOIRCEUR (l'héroïne qui doit branler un mec pour une info, pffff...). Pas un mauvais film, mais une occasion ratée, que l'on n'aurait peut-être même pas remarquée sans la présence de la star, qui n'a rien perdu de son intensité et de son charisme.
    Notes : c'est quoi, ce dernier plan à la con ?
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    Le Chant du loup (2019)

    1 h 55 min. Sortie : . Action et drame.

    Film de Abel Lanzac (Antonin Baudry) avec François Civil, Omar Sy, Mathieu Kassovitz

    Séances de cinéma (6 salles)
    Claque totale. Okay, pas TOTALE parce que tout ne fonctionne pas dans le film, à commencer par ses dialogues très inégaux, ses tentatives d'humour elles aussi pas TOUJOURS convaincantes, et un Omar Sy toujours aussi invertébré ("mon garçon !"), mais franchement, LcDL est un thriller TRÈS bien ficelé (son intrigue rappelle parfois furieusement celle d'USS Alabama, mais il s'en écarte violemment vers la fin...), fort d'un sujet méconnu (le job pourtant crucial des "oreilles d'or"), au suspense saisissant, aux personnages solidement caractérisés (compensant un certain manque d'originalité), didactique sans être bavard, globalement cohérent (il faut que je médite davantage sur les ficelles du dernier acte pour en être sûr), au prologue sensationnel (parmi les vingt premières minutes les plus stimulantes de mémoire récente), et au climax d'une mélancolie impressionnante qu'on n'aurait pas osé espérer face à un film hollywoodien. L'hommage au sacrifice de nos hommes est là, vibrant, poignant, et que les anti-patriotes aillent se faire pendre ! Mais surtout... quelle gueule. Quel spectacle, jusque dans les oppressantes boites à sardines. Quel spectacle sonore, aussi, du mixage son (on ne fait pas le malin quand on entend le "chant du loup" pour la première fois) à la bande originale pleine de lyrisme. Dans cet écrin cinq étoiles, le jeune François Civil crève l'écran, et les vétérans Kasso et Kateb, sans être césarisables, font très bien le job. Et on finit par pardonner Omar. Tout est bien trop efficace. En allant voir le film, je m'attendais à voir une version française du film de sous-marin, c'est-à-dire cheap, cérébrale, un peu ringarde, et théâtrale dans son jeu. Deux heures plus tard, je me faisais presque dessus au moment où jouait le sublime morceau Honoring the dead, aux cuivres limites zimmeriens, sur ce dernier plan à la fois simplissime et intimidant de l'océan dévoreur d'hommes. LcDL est un film très romantique, c'est d'ailleurs pourquoi la mini-romance, pourtant peu travaillée, fonctionne en tant qu'expression des tourments du héros. Ceci dit, en valeur ajoutée, on a AUSSI un travail de reconstitution qui donne parfois l'impression de voir la version sous-marinière du Bureau des légendes, c'est-à-dire : publics du monde entier, si vous voulez du réalisme, c'est désormais plutôt de notre côté qu'il va falloir chercher (et rien à voir avec Kasso, hein...) ! Bref : le panard. Alors, meilleur film de sous-marin depuis l'indétrônable Octobre Rouge ?
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    Les Éternels (2019)

    Jiang Hu Er Nu

    2 h 15 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Jia Zhang-ke avec Zhao Tao, Liao Fan, Xu Zheng

    Séances de cinéma (1 salle)
    Quelque chose ne va pas, dans ce film pourtant séduisant. Je ne suis pas un grand connaisseur de Jia (après n'avoir été impressionné ni par The World, ni par le sanctifié Still Life, pourquoi continuer ?), mais même, ça ne change rien. Le film a des arguments, à commencer par la photo magnifique d'Eric Gautier (qui m'avait déjà impressionné avec son travail sur On the Road), cette façon qu'a le cinéaste de capturer l'immensité de son pays (qu'elle soit bâtie par l'homme ou naturelle), et un premier acte (en 2001) aussi intrigant qu'électrique, fort d'une éruption de violence mémorable (la scène de l'attaque de la voiture... j'avais oublié que c'est à cause des lois super strictes sur les armes que les Chinois ont cette "culture" des bastons à coups de sabres et de pieds de biches !). Mais justement : ça cafouille/botte en touche un poil dans les deux actes suivants. L'héroïne, figure de femme forte mais pas trèèèès intéressante ni sympathique que le charisme limité de Zhao Tao peine à rendre convaincant (elle ne m'avait déjà pas emballé, il y a quinze ans...), traverse l'action, et les bouleversements sociétaux de la Chine de l'avant- et de l'après-JO (en cela, le premier acte a de la gueule... le pays était vraiment le "far-east", à l'époque), et ça vaut quelques beaux moments, mais au bout du compte, ce portrait d'une nana dingue d'un connard qui ne le mérite pas manque d'émotion, d'autant plus que lui, est loin d'être suffisamment développé (le très viril Liao Fan s'en tire assez remarquablement avec un personnage pareil), et à la fin, on ne sait pas vraiment ce qu'il a raconté. C'est un peu convenu dans ses rebondissements et ses ressorts dramatiques, et ça manque même d'inspiration pour porter autant que ça aurait dû. Pour mériter qu'on dise de lui qu'il "raconte le grand roman de la Chine" (on s'calme, Transfuge). On le recommandera cependant pour son atmosphère et sa mélancolie à ceux qui pourront lui pardonner sa durée déraisonnable.
    Notes :
    - Merci à Jia de nous avoir permis d'entendre en salle la cultissime chanson que Sally Yeh chante dans The Killer (淺醉一生)... même si l'on se demande un peu d'où ?
    - Un titre français à côté de la plaque PLUS le titre international anglais, COMBINÉS, ou comment faire sa petite bite (par ailleurs, "la cendre est plus pure quand elle est blanche", est-ce que ça fait seulement sens ? L'héroïne ne dit même pas ça...).
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    Apprentis parents (2019)

    Instant Family

    1 h 59 min. Sortie : . Comédie et drame.

    Film de Sean Anders avec Mark Wahlberg, Rose Byrne, Isabela Moner

    Ce film ressemblant à n'importe laquelle de ces comédies familiales ineptes que tourne Mark Wahlberg (du genre de Very Bad Dads), je ne l'avais même pas mis dans mes intentions de visionnages, jusqu'à ce que j'apprenne l'extrême positivité des critiques presse à son égard. Une comédie familiale américaine réussie ? Ça m'a fait penser à Family Man, bien qu'il ne soit pas nécessaire de remonter si loin. Sauf que Family Man s'était fait allumer par la critique, lui ! Alors, quoi ? Alors, une explication, face à cette comédie dramatique moins drôle qu'archi-consensuelle et moralisatrice : la propagande idéologique. Parce que nous ne sommes plus en 2000. Aujourd'hui, il faut cocher toutes les cases du progressisme dorloteur, multiculturaliste, et LGBT-friendly (ça démarre très fort avec le couple homo bieeeen mis en avant comme si c'était archi-normal, le couple mixte, la mère célibataire, et les "gentilles" moqueries à l'encontre du couple de Chrétiens pratiquants). Si elles sont cochées, le film peut être mal écrit, ça ne fait rien : les bons sentiments "font" le film. Parce que ça l'est. Le sujet est aussi crucial que passionnant, et le film en tire malgré tout quelques moments intéressants, surtout quand la mère biologique arrive, mais c'est terriblement vain, notamment à cause d'une vision des choses atrocement simpliste (être parent y est quand même assez galvaudé) et d'une mentalité pathétique (la notion d'autorité parentale y est royalement ignorée)... mais aussi de personnages antipathiques (notamment Lizzie, petite connasse ingrate) : même si le propos n'est pas non plus révoltant d'un point de vue conservateur, il est donc desservi par l'écriture. Rayon comédie, il n'est pas sans quelques moments très ("you guys are overthinking this !", ou encore la parodie de Carrie...), et Rose Byrne rappelle qu'elle sait faire rire... quand elle n'est pas poussée à en faire des tonnes (son personnage est assez insupportable), mais c'est bien maigre, pour une comédie ; ça n'en a ni la folie, ni l'énergie (l'idée de créer du lien père/fille via la... destruction est à cet égard une fausse bonne idée, car c'est psychologiquement bidon), et ça a même parfois des airs de mauvaise sitcom (l'entrée en scène de Margot Martindale, qui cachetonne). Et la guimauve de mauvaise qualité coule à flots, vers la fin. Les critiques élogieuses sur IMDb donnent l'impression de vivre dans une autre dimension.
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    Sibel (2019)

    1 h 35 min. Sortie : . Drame.

    Film de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti avec Damla Sönmez, Emin Gursoy, Erkan Kolcak Kostendil

    Difficile de ne pas penser à Mustang quand on voit Sibel. Tous deux sont turcs à l'image mais imprégnés de culture française, tous deux traitent de l'émancipation de la femme dans une société aux traditions rigoureuses encore vigoureuses via un récit de rébellion en milieu rural. Le film de Giovanetti et Zencirci n'étant pas aussi maîtrisé cinématographiquement et narrativement que celui d'Ergüven, ces similitudes desservent le premier aux yeux de certains. Mais si le couple de documentaristes n'a pas su faire passer son propos avec le même brio, il évite d'abord la redondance grâce à son atout-maître, son personnage-titre, variante asociale de la J-Law de Winter's Bone : cinéphiles de ce début mars 2019, oubliez la bobo sermonneuse de Captain Marvel, Sibel est l'héroïne "féministe" qu'il vous faut, portée par la beauté magnétique de la sauvageonne Damla Sönmez, avec ses grands yeux verts et l'impertinence gracieuse de ses sifflements : elle, courant à travers les bois, son ample chevelure brune au vent, dans un pays de femmes voilées, est une image autrement plus forte. Ensuite, l'identité. L'écriture du film cafouille parfois, les personnages secondaires, comme la petite soeur, la vieille tortue, et même le fugitif Ali, manquent de consistance (celui assez beau du père rattrapant un peu), et les chemins empruntés par l'histoire sont assez convenus, donc prévisibles... mais l'intérêt de Sibel est ailleurs : c'est avant tout une ode aux marginaux fonctionnant comme un conte sensoriel. Et sur ce plan, autant dire qu'il est suffisamment porté par son héroïne, incroyablement attachante (même quand elle fait sa super caricature d'ado rebelle !), par l'animalité de ses interactions avec Ali, et par la forêt, entité quasi-mystique avec laquelle elle ne semble faire qu'une à un moment - mention à l'excellent travail de montage, qui laisse tout ça respirer. Quand les corps s'enlacent et s'entrechoquent, là, Sibel fonctionne - nous faisant regretter du coup l'ellipse pudique des ébats entre Sibel et Ali, mais bon. L'absence totale de musique en déroutera du coup certains, mais elle se défend : rien n'interfère avec cette fascinante "langue sifflée", élément-clef d'une culture locale que le film explore de façon quasi-ethnologique (voir le Mythe du rocher) ; et puis, elle participe au WTF total de la chanson de rap du générique de fin, en fait un prolongement musical de la rebellion, déconcertant au départ, puis assez séduisant... comme le film et son actrice.
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    Captive State (2019)

    1 h 49 min. Sortie : . Science-fiction et thriller.

    Film de Rupert Wyatt avec John Goodman, Ashton Sanders, Jonathan Majors

    À voir sa BA, Captive State avait l'air fauché comme une série b des années 90 et cliché comme un épisode du reboot de V, mais il avait des chances de se rattraper dans d'autres domaines : d'abord, la mise en scène de Wyatt, qui avait fait un boulot correct à défaut d'être original sur le premier Planet of the Apes ; ensuite, le scénario, car autant le pitch sentait le déjà vu mille fois, autant il était possible d'en faire quelque chose de divertissant avec des personnages solides et une intrigue solide. Problème : CS a un début plutôt prometteur à notre grande surprise, avec sa première scène tendue et son efficace générique explicatif... il a un twist de fin pas trop mal, même si nombreux sont ceux qui le verront venir... et au milieu, bah, pas grand-chose. Quatre-vingt-dix minutes d'échec à susciter l'intérêt du spectateur, la faute à un "héros" antipathique joué par un jeune acteur à tête de nœud complète (Ashton Sanders, déjà maillon faible de Moonlight), au fait qu'un autre personnage semble par moment être le héros (le flic) sans jamais être suffisamment développé lui non plus, à une galerie de personnages secondaires sans caractère (degré de caractérisation zéro), à un univers sans valeur ajoutée (B.A.-ba de l'occupation extraterrestre à peine moins bidon que la saison 5 de Fringe), à dramaturgie inefficace (le réveil des cellules dormantes de la résistance est pas mal... puis après, rien, tout juste du "mystère" sans rien derrière), à une action inexistante pas vraiment aidée par des effets spéciaux catastrophiques (que ce soit les vaisseaux ou les aliens) (mention au "scouiiiiiic" de celui qui crève), et à un tempo inexistant malgré le boost artificiel de la solide BO techno de Rob Simonsen. Ce qui fait beaucoup dans le dossier à charge. Non, le manque de moyen n'était pas une fatalité : il "suffisait" d'un metteur en scène capable de créer l'illusion sur cette base, si fragile fût-elle (soit... son boulot, non ?). À la place, on a des scènes d'action cheap qui tendent le bâton et un montage qui ne laisse rien respirer (même pas les décors). Et au moment où l'HUMAIN aurait dû compenser (avec le perso joué par Farmiga, par exemple !), on se rend compte qu'on se fout complètement des personnages, pièces d'un puzzle mal foutu, jusqu'au personnage joué par Goodman, que le twist ne sauve pas - de la même manière qu'il ne sauve rien de ce qui a précédé. Juste non.
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    Triple frontière (2019)

    Triple Frontier

    2 h 05 min. Sortie : . Action, aventure, policier, drame et thriller.

    Film de J.C. Chandor avec Ben Affleck, Oscar Isaac, Charlie Hunnam

    [Netflix]
    Que fout Netflix ? Avec un casting pareil et J.C. Chandor à la caméra (ah, A Most Violent Year !), il avait l'occasion de placer UN bon thriller dans son CV calamiteux. TF est regardable. Divertissant, même, un samedi soir. Mais au-delà de ça ? Passé un premier acte déjà vu mais efficace, le film connait ses premiers couacs dès le début de son deuxième acte, avec sa fameuse "opération", qui manque sérieusement de gueule. Tout est bien trop facile, et SURTOUT, on comprend que Chandor a torché le job avec cette scène grotesque où les protagonistes s'affairent à voler les narcodollars sans qu'aucun d'eux ne couvre leurs arrières. D'autres problèmes de réalisme se poseront par la suite, notamment entourant la traversée à pied, canon à voir, mais pas très crédible. Côté substance, le portrait de l'avarice ressemble à une fausse bonne idée. C'est pertinent même si ça manque de nuance (plus ils avancent, plus ils ont à "porter"), ça fait même mouche à quelques reprises, comme le passage de l'hélicoptère, aussi pathétique que tendu, ça rappelle Une Balle dans la Tête, de Woo... mais ça prive le film de toute chance de suspense : on voit le "tout ça pour ça" arriver à 100 km. Le dernier acte, censé être la partie tendue du film, fait du coup un peu plouf malgré son twist létal, et ce jusqu'à son ANTI-climax sur la côte, que Chandor semble avoir monté sous Lexomil. On lui aurait pardonné sa prévisibilité si son ACTION avait été captivante... mais c'est là que se paie le manque de profondeur des personnages (aucun n'a d'arc), dont les relations sont elles aussi négligées (pourquoi tant de respect pour Redfly, par ex. ?), pas aidés par des dialogues assez médiocres : difficile de se sentir impliqué émotionnellement, malgré tout le charisme du toujours génial Oscar Isaac, qui porte le film (contrairement au gros Affleck, de passage). Certes, pas besoin d'antagoniste s'ils sont leurs propres ennemis, mais ça reste, du coup, bien léger. Et en matière d'action, passé un prologue explosif à la Sicario, le film traîne la patte là où l'on méritait du Lone Survivor, sur une BO sans caractère (on aurait préféré une musique originale à du Metallica, dont le choix illustre le manque de caractère du film). Et tout ça pour quoi, donc ? À la fin, difficile aussi d'être touché par le virage humaniste : TF se voulant à la fois un hommage aux braves ET un récit sur l'avarice, il est moralement assez inconsistant. Et au final, peu convaincant. Netflix, quoi.
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    Grâce à Dieu (2019)

    2 h 17 min. Sortie : . Drame.

    Film de François Ozon avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud

    Séances de cinéma (2 salles)
    En bon conservateur, je craignais un énième pudding anticlérical, du type Spotlight, avec cette dénonciation de prêtre pédophilie. J'ai fini par constater mon tort en allant voir ce Ozon après trois semaines d'hésitation : Grâce à Dieu (excellent titre, au passage) est un BON film. Pas le chef-d'oeuvre annoncé par une presse partisane, essentiellement parce que sa mise en scène manque de prises de risques et plus simplement de caractère (cf. tout le début, à base de voix-off lisant des échanges d'e-mails...) (Ozon n'a jamais été une star du rock, mais on l'a déjà vu moins frileux), et parce que le principal choix narratif ne convainc pas entièrement (scindant l'histoire en trois parties plutôt que d'entremêler les intrigues de chaque personnage, qui aurait peut-être aidé la dramaturgie). Mais en tant que film-dossier, c'est aussi efficace qu'admirable : les performances sensationnelles des acteurs, à commencer par Denis Ménochet et Swann Arlaud, et les dialogues d'une grande subtilité que leur a écrit le cinéaste (le moment où le père Preynat tutoie Thomassin), s'assurent d'en faire PLUS qu'une simple reconstitution didactique. C'est peut-être tarte, mais on peut l'humanisme du film, la complexité du regard qu'il pose sur les hommes qui se relèvent (via les façons très différentes dont chacun gère le même type de traumatisme). Les scènes fortes ne manquent pas, de l'entrevue dans le café qui tourne mal à la violente dispute entre Thomassin et sa compagne tourmentée, en passant par celle du repas de Noël, et tous ces moments presque exaltants où se nouent les liens libérateurs (cf. Debord et le chirurgien) ; par ailleurs, le film propose de TRÈS beaux personnages de femmes, qu'elles soient mères ou épouses (même Balasko joue bien !), dans une histoire avant tout masculine. La minute politiquement incorrecte : je n'ai pas été AUSSI bouleversé que j'aurais dû car je n'ai pas pu m'empêcher de penser, à plusieurs reprises, que bon, il n'y a pas eu viol non plus (ni même pénétration)... mais mettons ça sur le compte de mon insensibilité. Enfin. On regrettera d'autant plus, hélas, la toute fin, complètement à côté de la plaque, où un des fils du personnage joué par Poupaud lui demande s'il croit toujours en Dieu, et ou ce dernier ne sait quoi répondre : Grâce à Dieu ne traitant pas tant de la foi que de la libération de la parole et des dysfonctionnements de la justice, il tombe avec cette fin dans un piège qu'il avait jusqu'ici soigneusement évité... Enfin.
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    Sang froid (2019)

    Cold Pursuit

    1 h 59 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Hans Petter Moland avec Liam Neeson, Tom Bateman, Tom Jackson

    Warning : comme la plupart des gens, je n'ai PAS vu le film original de 2014, donc c'est avec ce remake amerloque que j'ai découvert cette histoire de vengeance venue du froid, donc rien à foutre de ce qui a précédé. D'autant plus rien à foutre que rien, dans Cold Pursuit, ne donne envie d'en apprendre plus sur l'entreprise. Nous avons donc Liam Neeson pétant des crânes de brigands qui ont osé foutre en l'air son brunch : un air de déjà vu ? Un peu. Fallait donc une plus-value. Et où qu'elle est, la plus-value, alors ? Dans le décor enneigé ? Pas vraiment : Fargo et le souvenir d'Un Plan Simple trustent un peu tout dans ce domaine. L'intrigue ? Pas plus bateau. Donc... le CARACTÈRE ? Ça doit être ça ! Seul "ça" peut expliquer la clémence d'une certaine partie de la critique ! Le côté décalé, les portraits de molosses, l'humour noir ! Sauf que non. C'est du sous-sous-Tarantino, comme il en pullulait il y a vingt ans, doublé d'un désir de s'étoffer d'une VRAIE substance avec un pseudo-travail de personnages secondaires qui se retourne contre le film, faute de talent : non, les dialogues ne font pas mouche (à part une poignée de répliques bien senties), non, aucun personnage ne restera en mémoire (surtout pas le méchant, alors que Moland lui consacre un certain temps), non, rien d'original ne ressort (surtout pas cette idée ridicule de panneaux funéraires). Rien qui ne justifie la durée et le rythme pourri. Et le film ne fonctionne même pas sur le plan dramatique, là où il aurait pu se rattraper : le ton est sens-dessus-dessous, aucune relation ne sonne authentique (surtout pas celles du héros)... et top du top, la fliquette, jouée par la pauvre Emmy, ne sert strictement à RIEN (signe que quelque chose a merdé à l'écriture). Quand il se passe quelque chose d'un peu poétique, d'un peu humain, vers la fin entre Neeson et l'Indien, Moland fout tout en l'air en faisant le malin. Tout ça pour quoi ? Pour pas grand-chose. Le gamin, peut-être. La personnalité du film, peut-être. Si peu.
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    Ma vie avec John F. Donovan (2019)

    The Death and Life of John F. Donovan

    2 h 03 min. Sortie : . Drame.

    Film de Xavier Dolan avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon

    Idée d'histoire sans intérêt (je sais, on dit qu'il n'y a pas de mauvais sujets, que des mauvais développements, ben preuve que si) (Dolan fait dire au personnage de Rupert adulte qu'une histoire n'a pas à se situer dans un Liberia en guerre pour mériter d'être contée... et tout en ayant raison, il met le doigt sur le bug du film) ; monument de narcissisme qui semble s'ignorer de façon assez sidérante et n'a aucun argument pour se "justifier" autre que des chouineries de minet ; incarnation cinématographique de l'absence de nuance (en dehors d'un personnage-titre hélas pas très passionnant, aucun personnage ne sonne vrai, par exemple) qui, en même temps, se donne des airs de grand récit existentiel ; gâchis d'acteurs dans une galerie de rôles antipathiques (le jeune Tremblay assure mais son personnage est insupportable), et surtout d'actrices (Portman est un miscast complet, Sarandon et Newton sont ridicules) ; bande originale ressemblant à une compilation CD d'époque de tubes pop des années 90 ; mélo permanent qui crée artificiellement de la tension pour palier à son manque de substance, conduisant généralement à un festival de beaufitude, notamment quand vient nous violer les tympans cette cover bidon de Stand By Me montée sur une des nombreux scènes atrocement clichées du film (quand elles ne sont pas complètement WTF, cf. celle du karaoké dans la salle de bain)... Ai-je parlé de narcissisme, aussi ? Parce qu'il faut avoir la tête profondément enfoncée dans le cul pour croire fasciner avec un ego-trip pareil. Franchement, un film qui se choisit, pour dernier plan, celui de Thandie Newton, interprète d'un rôle de journaliste archi-caricaturale dont on se fout royalement, souriant comme une demeurée à la leçon de vie censément formidable à laquelle on vient d'assister, ne peut qu'être à côté de ses pompes. Je n'avais vu qu'un seul film de Dolan jusque là, Juste la Fin du Monde, qui ne m'avait pas plus convaincu que ça (la propension à l'hystérie et le recours perpétuel à des tubes pop m'avaient déjà agacé), mais ne m'avait pas non plus passé l'envie de mater un autre Dolan. Je crois à présent que Gaspard Ulliel est ce qui rendait ce Dolan-là regardable. Et autant dire que Kit Harington n'est pas Gaspard Ulliel.
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    Captain Marvel (2019)

    2 h 04 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Anna Boden et Ryan Fleck avec Brie Larson, Samuel L. Jackson, Jude Law

    - Faits #1 et #2 : si CM n'est pas le festival de chouineries progressistes craint, il n'en est pas moins qualifiable de Captain Feminist tant les répliques "girl power" à la con ne manquent pas, et Brie Larson est une merde. On a beau devoir distinguer la valeur d'un film du comportement de ses acteurs, Larson n'a probablement pas sorti de nulle part ses délires intersectionnels.
    - #3 : CM n'est cependant PAS le désastre qu'espéraient les épuisés de la propagande progressiste hollywoodienne.
    - #4 : CM n'est inversement PAS non plus une claque dans la gueule des "haters" : sans être aussi mauvais qu'un Thor 2 ou un Ant-Man 2, ce qui est déjà un exploit, il propose un spectacle dans l'ensemble très générique qui le situe plus près du bas du panier que du haut.
    - #5a : Carol Danvers est une protagoniste sans saveur, dont l'antipathie qu'elle inspire dans la première partie du film ("je suis la meilleure, fermez vos gueules") n'est pas excusée par le dernier acte, qui fait d'elle une euh surfemme. Ses relations à sa BFF sont le seul élément qui fonctionne vaguement d'un point de vue dramatique, mais c'est bien maigre.
    - #5b : même si on la trouve potable, Captain Marvel n'a PAS les épaules pour diriger les Avengers. Elle sort de nulle part. Si c'est elle qui bat Thanos, Endgame en sortira diminué.
    - #6 : Brie Larson n'est pas une mauvaise actrice, elle l'a démontré dans Room, et le fait ici à l'occasion d'UNE scène (après le crash), mais elle ne fait SURTOUT PAS une super-héroïne crédible. Elle n'a ni le physique, ni le charisme d'une Gal Gadot qui, elle, rendait son personnage immédiatement sympathique, en plus d'avoir les fesses appropriées.
    - #7 : nous avons donc affaire à un film très moyen, c'est-à-dire plein de défauts (le buddy movie avec SLJ ne fait pas d'étincelles, comme l'humour, qui repose bien trop sur la ringardise des 90's... et la fin boum-boum est nulle, comme d'hab), mais aussi fait de quelques qualités : la révélation que les Skrulls ne sont pas les méchants est la SEULE chose qui sauve le scénario (même si leur maquillage est archi-cliché), Jude Law fait un antagoniste assez divertissant, le chat, bonne idée (même s'il fait plus gadget qu'autre chose).
    En somme : difficile d'aborder le cas CM lorsqu'on a un minimum de conscience politique, a fortiori en ces temps mouvementés. Pour cette raison, je donne quatre étoiles à ce film très moyen mais qui, justement, sans la propagande politique, mériterait peut-être une TRÈS petite moyenne.
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    Us (2019)

    1 h 56 min. Sortie : . Thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Jordan Peele avec Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss

    Séances de cinéma (1 salle)
    Déception. Indépendamment de la valeur de Get Out, que j'ai plutôt apprécié, la bande-annonce de Us m'avait fait espérer quelque chose de BIEN supérieur au produit final : une oeuvre autrement plus cérébrale, privilégiant l'allégorique entre deux coups de ciseaux bien concrets, réservant de grands moments d'épouvante psychologique, doublés d'un spectacle cynique de la violence à la Funny Games. Cinq fois hélas : Us, c'est 80% de matière grasse. Sa parabole marxiste sur le capitalisme et l'envers de la réussite sociale est d'une platitude surprenante (on pense à Land of the Dead, aux Morlocks et aux Eloïs...), et il privilégie une approche lourdement explicative au mystère à la It Follows (on le sent mal dès le texte d'intro sur les tunnels) : le monologue final de Red, interminable, est un exemple d'écriture paresseuse, en plus de casser la mystique d'une "méchante" qui trouvait son charisme dans son économie de mots. Et si l'hémoglobine ne manque pas, la peur, elle, est aux abonnés absents. Us a au moins une chose pour lui : il est TRÈS ludique, car le cinéaste n'est clairement pas un manche avec une caméra. Ses antagonistes, les "tethered", ont de la gueule. En fait, l'absence d'un propos fort aurait été pardonnée si Us avait fonctionné sur le plan dramatique, c'est-à-dire proposé des personnages bien caractérisés pour créer une VRAIE tension. Or, là, c'est mimolette, notamment parce que le ton du film est sens dessous-dessous. Il y a des moments où l'on ne sait pas si l'on doit être hilare à 100%, ou à moitié (cf. la réaction super légère des héros à la mort de la famille d'amis). Le personnage du père est un loupé, boulet comique donnant au film un air féministe en trop. Au moins, ça laisse à la formidable Lupita le champ libre pour s'imposer, par sa beauté, son charisme, et sa performance physique, comme une pointure hollywoodienne en puissance. Sa double-performance est ce qui rend Us recommandable, en plus de l'efficacité de ce petit thriller horrifique qui n'aurait JAMAIS dû se rêver davantage, et le paie en se surchargeant de sous-textes et de symboles dont les significations (de Jérémie 11:11, Pluton, etc.) sont des sucreries pour fans qui ne peuvent sauver un film À LA BASE peu inspiré. En gros : il faut être assez ignorant politiquement pour être "retourné" par le fond d'Us. Peut-être a-t-on sanctifié Jordan Peele trop vite...
    PS : le twist, qui n'en serai pas un, ne devrait donc pas être critiqué sous prétexte qu'on l'a vu venir. Okay. Et ?