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72 livres

par Baragne

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  • Qui se souvient des hommes... (1986)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jean Raspail

    Ce sont ces voix que Lafko entend, la voix des sondeurs, des vigiles, avant même d'apercevoir les bateaux. Il a reconnu la voix de l'homme, alors qu'il se croyait seul sur la terre, puisque, depuis des milliers d'années, nul autre ne s'y était aventuré. Il lui faut un effort prodigieux pour l'admettre après tant de siècles de solitude. Son cerveau lui fait si mal qu'il doit lâcher la rame un instant pour serrer ses tempes entre ses mains. L'inconcevable s'y fraye un chemin lobe par lobe en produisant d'irrémédiables dégâts. Et cela ne fait que commencer. Car ces hommes encore invisibles, qui parlent un langage inconnu, au moins les imagine-t-il à son image, montés sur un canot semblable, au ras de l'eau, ramant le long du rivage. Il ne connait pas d'autre sorte d'homme. Sa mémoire est muette sur ce point. Même les lointains Chonos, au nord du golf de Penãs, qui furent ses derniers ennemis à la fin de la longue marche, ressemblaient trait pour trait aux Kaweskars et construisaient les mêmes canots. Or qui voit-il, Lafko, au débouché du petit cap qui lui dissimulait le détroit ?
    Un canot, certes, mais monstrueux ! Planté de trois arbres aussi hauts qu'une falaise aux branches desquels sont accrochés des hommes plus nombreux que ceux de tous les clans. On ne voit pas leur peau. Ils ont des cheveux au menton. Mille découvertes assaillent Lafko en même temps, plus douloureuses l'une que l'autre, le détruisant.
  • Moravagine (1926)

    Sortie : 1926. Roman.

    Livre de Blaise Cendrars

    L'amour est masochiste. Ces cris, ces plaintes, ces douces alarmes, cet état d'angoisse des amants, cet état d'attente, cette souffrance latente, sous-entendue, à peine exprimée, ces mille inquiétudes au sujet de l'absence de l'être aimé, cette fuite du temps, ces susceptibilités, ces sautes d'humeur, ces rêvasseries, ces enfantillages, cette torture morale où la vanité et l'amour-propre sont en jeu, l'honneur, l'éducation, la pudeur, ces hauts et ces bas du tonus nerveux, ces écarts de l'imagination, ce fétichisme, cette précision cruelle des sens qui fouaillent et qui fouillent, cette chute, cette prostration, cette abdication, cet avilissement, cette perte et cette reprise perpétuelle de la personnalité, ces bégaiements, ces mots, ces phrases, cet emploi du diminutif, cette familiarité, ces hésitations dans les attouchements, ce tremblement épileptique, ces rechutes successives et multipliées, cette passion de plus en plus troublée, orageuse et dont les ravages vont progressant, jusqu'à la complète inhibition, la complète annihilation de l'âme, jusqu'à l'atonie des sens, jusqu'à l'épuisement de la moelle, au vide du cerveau, jusqu'à la sécheresse du cœur, ce besoin d'anéantissement, de destruction, de mutilation, ce besoin d'effusion, d'adoration, de mysticisme, cet inassouvissement qui a recours à l'hyperirritabilité des muqueuses, aux errances du goût, aux désordres vaso-moteurs ou périphériques et qui fait appel à la jalousie et à la vengeance, aux crimes, aux mensonges, aux trahisons, cette idolâtrie, cette mélancolie incurable, cette apathie, cette profonde misère morale, ce doute définitif et navrant, ce désespoir, tous ces stigmates ne sont-ils point les symptômes mêmes de l'amour d'après lesquels on peut diagnostiquer, puis tracer d'une main sûre le tableau clinique du masochisme ?
  • Mea culpa, suivi de La vie et l'oeuvre de Semmelweis (1936)

    Sortie : 1936. Essai.

    Livre de Louis-Ferdinand Céline

    Popu gaffe-toi bien ! T'es suprême ! T'es affranchi comme personne ! T'es
    bien plus libre, compare toi-même, que les serfs d'en face ! Dans l'autre
    prison ! Regarde-toi dans la glace encore ! Un petit godet pour les idées !
    Vote pour mézigues ! Popu t'es victime du système ! Je vais te réformer
    l'Univers ! T'occupe pas de ta nature ! T'es tout en or ! qu'on te répète ! Te
    reproche rien ! Va pas réfléchir ! coûte-moi ! Je veux ton bonheur véritable !
    Je vais te nommer Empereur ? Veux-tu ? Je vais te nommer Pape et Bon
    Dieu ! Tout ça ensemble ! Boum ! Ça y est ! Photographie !
  • De la nature humaine, justice contre pouvoir (2007)

    Sortie : février 2007. Essai.

    Livre de Michel Foucault et Noam Chomsky

    Un système fédéré, décentralisé de libres associations, incorporant des institutions économiques et sociales, constituerait ce que j'appelle l'anarcho-syndicalisme ; il me semble que c'est la forme appropriée d'organisation sociale pour une société technologiquement avancée, dans laquelle les êtres humains ne sont pas transformés en instruments, en rouages du mécanisme. Aucune nécessité sociale n'exige plus que les êtres humains soient traités comme des maillons de la chaîne de production ; nous devons vaincre cela par une société de liberté et de libre association, où la pulsion créatrice inhérente à la nature humaine pourra se réaliser pleinement de la façon qu'elle décidera.
  • Nuit (1964)

    Nacht

    Sortie : 1964. Roman.

    Livre de Edgar Hilsenrath

    "Je vous ai souvent observés tous les deux" dit-elle lentement à Deborah. "Surtout les derniers jours à l'asile de nuit. Le soir vous étiez toujours assis près du feu... et parfois... quand il se faisait tard... vous vous endormiez dans ses bras." La vieille sourit, vaquant à ses pensées. "Ranek n'osait pas se lever. Je me souviens. Il restait assis, immobile, seules ses mains bougeaient doucement. Elles vous caressaient les cheveux, Deborah. Toujours et encore, elles vous caressaient les cheveux. Je n'aurais jamais cru ce salopard capable de tant de tendresse. Et je me disais : Deborah a de la chance. J'étais passablement étonnée, vous savez. Et puis finalement je me suis dit : Même chez nous, le bonheur existe. Le bonheur de celui qui grelotte et trouve une couverture. Le bonheur de celui qui a faim et trouve un peu de pain. Et le bonheur de celui qui est seul et trouve un peu d'amour."
  • De l'inconvénient d'être né (1973)

    Sortie : 1973. Aphorismes & pensées et philosophie.

    Livre de Emil-Michel Cioran

    "Un peu de patience, et le moment viendra où plus rien ne sera encore possible, où l'humanité, acculée à elle-même, ne pourra dans aucune direction exécuter un seul pas de plus.
    Si on parvient à se représenter en gros ce spectacle sans précédent, on voudrait quand même des détails...
    Et on a peur malgré tout de manquer la fête, de n'être plus assez jeune pour avoir la chance d'y assister."

    "Si le dégoût du monde conférait à lui seul la sainteté, je ne vois pas comment je pourrais éviter la canonisation."
  • D'un château l'autre (1957)

    Sortie : 1957. Roman et récit.

    Livre de Louis-Ferdinand Céline

    "Mais j'ai peut-être tort de me plaindre... la preuve, je vis encore... et je perds des ennemis tous les jours!... de cancer, d'apoplexie, de goinfrerie... c'est un plaisir ce qu'il en défile !"


    "le fameux mystère féminin est pas de la cuisse... les cliniques Baudelocque, Tarnier, toutes les maternités du monde regorgent de mystères féminins... qui pondent, saignent, avouent, hurlent ! pas mystères du tout ! c'est une autre onde beaucoup plus subtile que "braquemeard, amur et ton coeur"... mystère féminin... c'est une sorte de musique de fond... oh! pas captable comme ci!... comme ça!..."
  • Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines (1969)

    The days run away like wild horses over the hills

    Sortie : 1969. Poésie.

    Livre de Charles Bukowski

    Restes

    tout va bien puisque je ne suis pas encore mort
    et les rats s'activent entre les canettes de bière ,
    les sacs en papier s’emmêlent comme des petits chiens ,
    et ses photographies sont collées sur une peinture
    à coté d'un Allemand mort et elle aussi est morte
    et il m'a fallu 14 ans pour la connaitre
    et s'ils me donnent 14 années de plus
    je la connaîtrai encore mieux...
    ses photos collées sur le verre
    ne bougent ni ne parlent ,
    mais j'ai quand même un enregistrement de sa voix ,
    et elle parle certains soirs ,
    de nouveau elle-même
    si réelle qu'elle rit
    qu'elle dit les milliers de choses ,
    la seule chose que j'ai toujours ignorée ,
    qui ne me quittera plus :
    j'ai eu l'amour
    et l'amour est mort ;
    une photo et un morceau de scotch
    ne sont pas grand-chose , ai-je appris sur le tard ,
    mais donnez-moi 14 jours ou 14 années ,
    je tuerai tout homme
    qui osera toucher ou prendre
    ce qui reste .
  • Hollywood (1989)

    Sortie : 1989. Roman.

    Livre de Charles Bukowski

    Le secret, c'est toujours la simplicité, tant en ce qui concerne la vérité profonde que la réalisation d'objectifs, l'écriture et la peinture. La vie est profonde dans sa simplicité. Je crois que les courses m'aident à en demeurer conscient.
    Mais par ailleurs, c'est une forme de maladie, un bouche-trou, un dérivatif, un substitut à quelque chose que l'on doit affronter. Et pourtant, on a tous besoin de s'échapper. Les heures sont longues et il faut bien les remplir d'une façon ou d'une autre jusqu'à notre mort. Il n'y a pas assez de belles choses et d'émotions pour nous occuper. Tout devient vite morne et assommant. On se réveille le matin, on balance ses pieds hors du lit, on les pose par terre et on se dit : et merde, et maintenant ?
  • La Pesanteur et la Grâce (1947)

    Sortie : 1947. Journal & carnet.

    Livre de Simone Weil

    Cas de contradictoires vrais. Dieu existe, Dieu n'existe pas. Où est le problème ? Je suis tout à fait sûre qu'il y a un Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que mon amour n'est pas illusoire. Je suis tout à fait sûre qu'il n'y a pas de Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que rien de réel ne ressemble à ce que je peux concevoir quand je prononce ce nom. Mais cela que je ne puis concevoir n'est pas une illusion.
  • Le livre vert (2007)

    Sortie : décembre 2007. Essai.

    Livre de Moammar El Kadhafi

    La terre n'est la propriété de personne. Chacun a le droit de l'exploiter par son
    travail d'agriculteur ou d'éleveur dans les limites de ses possibilités et de ses
    besoins durant toute sa vie, ainsi que celle de ses héritiers. Il ne peut cependant
    utiliser lui-même une autre personne salariée ou non pour travailler cette terre.
    La terre est immuable, tandis que ceux qui l'exploitent passent avec le temps. Ils
    peuvent changer de métier et de capacité. C'est pourquoi la terre sur laquelle se
    succèdent les générations ne peut faire l'objet d'une appropriation.
    Le but de la nouvelle société socialiste est d'édifier une collectivité heureuse
    parce que libre. Ceci ne peut se réaliser que par la satisfaction des besoins
    matériels et moraux de l'homme, en libérant ces besoins de la domination
    d'autrui.
    La satisfaction des besoins devra se faire sans l'exploitation ni l'asservissement
    d'autrui sinon, cela serait en contradiction avec la finalité de la nouvelle société
    socialiste.
    Dans cette nouvelle collectivité, l'homme aura le choix de travailler, soit à son
    compte pour assurer la satisfaction de ses besoins matériels, soit participer à une
    entreprise socialiste où il partagera le produit réalisé, ou encore effectuer un
    service public pour la collectivité qui lui garantira, en retour, ses moyens
    d'existence.
    L'activité économique dans la société socialiste nouvelle sera productive, visant
    la satisfaction des besoins de l'homme. Elle ne sera ni improductive, ni orientée
    vers le profit en vue d'une thésaurisation stérile excédant la satisfaction des
    besoins. Une telle orientation n'aura plus cours dans une société régie par les
    nouvelles règles socialistes.
    Le but légitime de l'activité économique des individus devient la seule
    satisfaction des besoins de l'homme.
  • La Route de Los Angeles (1933)

    The Road to Los Angeles

    Sortie : 1933. Roman.

    Livre de John Fante

    Dehors c'était le soir, le soleil jetait de l'or sur le sol. Ses jambes blanches silencieuses comme des fantômes ont traversé la bibliothèque vers les fenêtres, et elle relevé les stores. Dans sa main droite se balançait ce livre qui frottait contre sa robe tandis qu'elle marchait, il touchait ses mains, les immortelles mains blanches de Miss Hopkins, pressé contre la chaude douceur de ses doigts serrés.
    Quel livre! Je devais avoir ce livre! Seigneur, je le désirais pour le tenir, l'embrasser, l'écraser contre ma poitrine, ce livre tout droit sorti de ses mains, et qui portait peut-être encore la marque même de ses doigts chauds. Qui sait? Peut-être transpire-t-elle des doigts en lisant? Magnifique!
    Alors sa marque est sur le papier. Je dois l'avoir. J'attendrai ce qu'il faudra. Moyennant quoi j'ai attendu jusqu'à sept heures en observant comment elle tenait son livre, l'exacte position de ses merveilleux doigts si minces et blancs, légèrement à l'écart de la reliure du dos, à deux centimètres du bas, son parfum pénétrant sans doute ces pages et les parfumant à mon intention.
  • Les Décombres (1942)

    Sortie : 1942. Essai et roman.

    Livre de Lucien Rebatet

    J'ai du moins découvert, chemin faisant, l'admirable vallée de la Drôme, que je rougis d'avoir ignorée jusqu’ici. A huit heures du matin, elle a toute la lumière, les valeurs ocrées, bleutées et argentées des Corots d'Italie ; leur dessin aussi, vieilles citadelles méridionales, petits villages en colimaçons, premiers cyprès de pleine terre, châtaigniers et chênes verts agrippés aux collines sobres.
    Bientôt, les lignes, toujours aussi pures et nettes, se font plus tourmentées. Le coteau devient montagne, la Drôme bleue et rapide devient torrent et parle des neiges qui barrent l'horizon. La nature est en veine d'imagination et prodigue toutes ses fantaisies. Eboulis colossaux et harmonieux, ravins, falaises, gorges, cimes, chaque tournant du chemin est une surprise nouvelle. Le ciel latin est de tous côtés escaladé par des rochers étranges et élégants. C'est le paysage qui comble toutes mes prédilections, le Midi et l'Alpe, la noblesse d'une terre déjà provençale, mais soulevée d'un lyrisme qui fouette incomparablement l'esprit.
  • Le Spleen de Paris (1869)

    Sortie : 1869. Poésie.

    Livre de Charles Baudelaire

    Enfin! Seul ! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

    Enfin! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.
  • Histoire des îles (2007)

    Sortie : mai 2007. Roman.

    Livre de Jack London

    Ce fut pour moi un salutaire enseignement. Certes, je suis moderne. Je ne crois pas aux mystères, ni aux sorciers. Et pourtant, j'ai vu dans cette crypte des choses dont je n'ose même pas vous parler et que, depuis la mort d'Ahuna, je reste le seul à connaître. Je n'ai pas d'enfants. Avec moi s'éteindra ma longue lignée. Nous sommes au XXème siècle, qui empeste l'essence. Néanmoins, ces secrets innombrables disparaîtront avec moi. Je ne retournerai jamais à la crypte funéraire. Et jamais dans les temps à venir le regard d'un vivant ne la contemplera, à moins que les convulsions de la terre ne séparent les montagnes et ne leur fassent vomir les mystères enfermés dans leurs entrailles.
  • Sociologie du dragueur (2000)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Alain Soral

    Nous avons vu au précédent chapitre que l'extension du secteur tertiaire avait entraîné, ces trente dernières années, une certaine féminisation physique du monde économico-social. Les métiers de services (essentiellement travail de bureau) ne nécessitant plus cette force musculaire qui limitait l'accès des femmes à la plupart des métiers traditionnels.
    Féminisation physique évidente (il suffit de comparer l'allure d'un agriculteur ou d'un mineur de l'entre-deux guerre à celle d'un employé de bureau aujourd'hui) à laquelle est venue s'ajouter une féminisation mentale beaucoup plus perverse :
    - L’extrême parcellisation du travail ayant produit une réduction considérable du champ d'activité et de responsabilité du travailleur qui, n'accomplissant plus à longueur de journée qu'une tâche répétitive, ne parvient plus à en saisir le lien avec le reste de l'activité collective;
    - d'où une réduction de son champ de conscience sociale ne lui permettant plus de se situer dans le monde et de se faire une idée de son fonctionnement, ni d'avoir la moindre incidence sur son évolution.
  • Journal d'un mythomane, Volume 1 (2011)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Nicolas Bedos

    et Dieu sait que c'est meilleur dit par moi que par ta petite voix intérieure de lecteur dépourvu d'instinct comique, jeux de regards, effets dramatiques et autres gadgets merveilleux qui transforment un torchon d'ironies en cachemire drolatique.
  • Psychologie des foules (1895)

    Sortie : 1895. Essai.

    Livre de Gustave Le Bon

    En étudiant l'imagination des foules, nous avons vu qu'elle est impressionnée surtout par des images. Ces images, on n'en dispose pas toujours, mais il est possible de les évoquer par l'emploi judicieux des mots et des formules. Maniés avec art, ils possèdent vraiment la puissance mystérieuse que leur attribuaient jadis les adeptes de la magie. Ils font naître dans l'âme des foules les plus formidables tempêtes, et savent aussi les calmer. On élèverait une pyramide beaucoup plus haute que celle du vieux Khéops avec les seuls ossements des hommes victimes de la puissance des mots et des formules.
    La puissance des mots est liée aux images qu'ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ce sont parfois ceux dont le sens est le plus mal défini qui possèdent le plus d'action. Tels, par exemple, les termes : démocratie, socialisme, égalité, liberté, etc., dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent pas à le préciser. Et pourtant il est certain qu'une puissance vraiment magique s'attache à leurs brèves syllabes, comme si elles contenaient la solution de tous les problèmes. Ils synthétisent les aspirations inconscientes les plus diverses et l'espoir de leur réalisation.
  • Sur les cimes du désespoir (1934)

    Pe culmile Disperari

    Sortie : 1934. Essai.

    Livre de Emil-Michel Cioran

    Face au silence

    En arriver à ne plus apprécier que le silence, c'est réaliser l'expression essentielle du fait de vivre en marge de la vie. Chez les grands solitaires et les fondateurs de religions, l'éloge du silence a des racines plus profondes qu'on ne l'imagine. Il faut pour cela que la présence des hommes vous ait exaspéré, que la complexité des problèmes vous ait dégoûté au point que vous ne vous intéressiez plus qu'au silence et à ses cris.

    La lassitude porte à un amour illimité du silence, car elle prive les mots de leur signification pour en faire des sonorités vides; les concepts se diluent, la puissance des expressions s'atténue, toute parole dite ou entendue repousse, stérile. Tout ce qui part vers l'extérieur, ou qui en vient, reste un murmure monocorde et lointain, incapable d'éveiller l'intérêt ou la curiosité. Il vous semble alors inutile de donner votre avis, de prendre position ou d'impressionner quiconque; les bruits auxquels vous avez renoncé s'ajoutent au tourment de votre âme. Au moment de la solution suprême, après avoir déployé une énergie folle à résoudre tous les problèmes, et affronté le vertige des cimes, vous trouvez dans le silence la seule réalité, l'unique forme d'expression.
  • Interrogation (1917)

    Sortie : 1917. Poésie.

    Livre de Pierre Drieu La Rochelle

    O mort tu es le secret de la vie.
    Ta pulpe vivante enveloppe ton sec noyau.
    Je te sens dans tout le mystère de mon être d'où
    jaillissent mes gestes incompréhensibles.
    Toi qui prends mes nuits prends aussi mes jours.
    Il n'est que la mort.
    Signe obscur.
    Je l'accepterai et me gouvernerai selon sa fatalité.
    Je lui ferai don de chacune de mes minutes.
    Je vivrai dans son attente.
  • Le Fils du loup (2007)

    Sortie : février 2007. Recueil de nouvelles.

    Livre de Jack London

    J'entrai dans la ville et regardai le visage de chaque homme ; il y en avait ! il y en avait !... C'était comme la morue quand elle arrive en bandes nombreuses sur le rivage : je ne pouvais pas les compter. Le bruit me rendait sourd ; le mouvement me donnait des vertiges. J'allai de la sorte à travers les pays égayés par le chaud soleil, où les plaines sont couvertes de riches récoltes, où les grandes villes sont peuplées d'hommes repus qui vivent comme des femmes, n'ont que le mensonge à la bouche, et dont le coeur est plein d'amour de l'or. Et, pendant ce temps, mon peuple d'Akatan continuait à pêcher, à chasser et à vivre heureux, avec la pensée que le monde est tout petit !
  • L'Art d'avoir toujours raison (1830)

    Eristische Dialektik

    Sortie : 1830. Essai et philosophie.

    Livre de Arthur Schopenhauer

    La vanité innée, particulièrement susceptible en tout ce qui concerne les facultés intellectuelles, ne veut pas admettre que notre affirmation originelle est fausse, ni que celle de l'adversaire apparaisse juste. Par conséquent, chacun, sans doute, ne devrait rien chercher d'autre que de formuler des jugements justes : pour en arriver-là, il devrait commencer par réfléchir, et ensuite ouvrir la bouche. Mais, chez la plupart des hommes, la vanité innée est accompagnée d'incontinence de langage et d'une malhonnêteté native.
  • Mettre au banc les partis politiques (2007)

    Sortie : . Essai.

    Livre de André Breton

    L'absurdité, le gribouillisme qui résultent, va comme je te pousse, de l'enrôlement dans les partis, sont incomparablement plus manifestes aujourd'hui que jamais. Il suffit, d'ailleurs, que l'un d'eux se soit fait une spécialité des tournants en épingle à cheveux pour mettre en détestable condition tous les autres. N'y aurait-il pas, dans la structure de tout parti politique, une anomalie rédhibitoire, un vice totalement préjudiciable à l'homme ? [...] On conçoit, en effet, que plus la discipline est forte à l'intérieur d'un parti, plus les idées qui le mènent tendent à se stéréotyper, à se scléroser.
  • L'Appel de la forêt (1903)

    The Call of the Wild

    Sortie : 1903. Roman.

    Livre de Jack London

    Chaque nuit, à neuf heures, à minuit, à trois heures du matin, ils faisaient entendre un chant nocturne, étrange et fantastique, auquel Buck était heureux de se joindre. Quand l'aurore boréale brillait froide et calme au firmament, que les étoiles scintillaient avec la gelée, et que la terre demeurait engourdie et glacée sous son linceul de neige, ce chant morne, lugubre et modulé sur le ton mineur, avait quelque chose de puissamment suggestif, évocateur d'images et de rumeurs antiques. C'était la plainte immémoriale de la vie même, avec ses terreurs et ses mystères, son éternel labeur d'enfantement et sa perpétuelle angoisse de mort; lamentation vieille comme le monde, gémissant de la terre à son berceau; et Buck, en s'associant à cette plainte, en mêlant fraternellement sa voix aux sanglots de ces demi-fauves, Buck franchissait d'un bond le gouffre des siècles, revenait à ses aïeux, touchait à l'origine même des choses.
  • La controverse de Sion (2011)

    Sortie : 2011. Essai, culture & société et histoire.

    Livre de Douglas Reed

    En choisissant le jour juif du Jugement pour la pendaison des dirigeants nazis et des hauts gradés allemands, les responsables occidentaux donnèrent à la conclusion de la Seconde Guerre mondiale l'aspect d'un vengeance invoquée spécifiquement au nom "des juifs". La tournure que prit le procès démontra l'objectif de la vaste propagande falsificatrice menée au cours de la guerre, que j'ai décrite précédemment. "Les crimes contre les juifs" furent isolés comme pour une enquête séparée, comme si les juifs étaient différents des autres êtres humains (et lorsque le verdict fut prononcé, des centaines de millions d'êtres humains en Europe de l'Est furent abandonnés à une persécution générale concernant tous les hommes, proportionnellement à ce que les juifs subirent en Allemagne). Cette accusation spécifique retenue contre les inculpés devint "le coeur du dossier" et était basée sur l'assertion que "six millions de juifs" avaient été tués (au fil du temps, le terme "tués" remplaça le terme "périrent"). Un tribunal impartial aurait au départ exclu tout acte d'accusation basé sur cette donnée totalement invérifiable. A Nuremberg, les avocats, qui dans un procès privé auraient demandé l'acquittement en raison d'une déclaration non-prouvée à une décimale ou à un chiffre près, utilisèrent ce chiffre fantastique comme fondement de leur acte d'accusation.
  • Les Belles Endormies (1961)

    Nemureru Bijo

    Sortie : 1961. Roman.

    Livre de Yasunari Kawabata

    " La forme du sein lui avait semblé belle. Cependant le vieillard se demandait distraitement comment il avait pu se faire que le sein de la femelle humaine, seule parmi tous les animaux, avait au terme d'une longue évolution, pris une forme si belle. La beauté atteinte par les seins de la femme n'était-elle point la gloire la plus resplendissante de l'évolution humaine ? "

    " Le vieil Eguchi en était venu, dans cette maison, à penser que rien n'était plus beau que le visage insensible d'une jeune femme endormie. N'était-ce pas la suprême consolation que ce monde pouvait offrir ? "
  • Kaputt (1944)

    Sortie : 1944. Roman.

    Livre de Curzio Malaparte

    Tous fuyaient la guerre, la faim, les pestilences, les ruines, la terreur, la mort : tous couraient vers la guerre, la faim, les pestilences, les ruines, la terreur, la mort. Tous fuyaient la guerre, les Allemands, les bombardements, la misère, la peur : tous couraient à Naples vers la guerre, les Allemands, les bombardements, la misère, la peur, vers les refuges pleins d'immondices, d'excréments, de gens affamés, épuisés, abrutis. Tous fuyaient le désespoir, le misérable et merveilleux désespoir de la guerre perdue; tous couraient au devant d'un espoir de faim finie, de peur finie, de guerre finie, au devant du misérable et merveilleux espoir de la guerre perdue. Tous fuyaient l'Italie - allaient au devant de l'Italie.
  • Choses et autres

    Poésie.

    Livre de Jacques Prévert

    FUTURALISME

    Dans les corridors suburbains de la Supercité, les agents de l'Intelligence publique demanderont aux passants, s'il en reste, leurs "idées", leur permis d'idéologie surveillée et, dans la plupart des cas, leur "uit" (unique idée tolérée).
    Ceux qui ne seront pas en règle seront appréhendés et dirigés vers le bloc opératoire culturel et universel.
    L'élucubrator les conduira au greffe de la culpabilité collective et de la responsabilité dirigée.
    Là, les grands manipulateurs leurs perforeront le ticket socio-cérébral et ils seront remis en liberté maniable, manœuvrable et manutentionnée.
  • Nouvelles de l'est

    Recueil de nouvelles.

    Livre de Sylvain Tesson

    Je me souviens que, avant de partir, j'ai vu cette publicité : "Vue imprenable sur les cimes dressées vers le ciel."
    Dressées vers le ciel ?
    Foutaises !
    Les sommets s'écroulent. La montagne est une vieillarde en décomposition. Elle regarde le chemin parcouru. Elle aspire au repos. Elle veut retrouver la vallée et les fondations quittées depuis si longtemps. Il n'y a que les poètes et les fous pour croire que dans l'élan de ses lignes il y a l'attraction des cieux !
  • Une vie à coucher dehors (2009)

    Sortie : . Nouvelle et roman.

    Livre de Sylvain Tesson

    Piotr avait un chien pour n’être pas seul, un fusil pour n’avoir pas faim, une hache pour n’avoir pas froid. Ce jour-là, il caressa le premier, graissa le second, aiguisa la troisième. La vie n’est pas compliquée quand on a tiré le rideau de la forêt sur toute ambition.