Paul Schrader - Commentaires

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9 films

par Thaddeus

Visiblement marqué par une éducation rigoriste et fasciné par les différentes formes de péché et de rédemption, Schrader entend dénoncer le moralisme ambiant de son époque, dont il est lui-même fortement imprégné. Son style nerveux et prévis a du charme, un charme parfois un peu pervers qui peut rendre ses intentions équivoques, et son inspiration tourmentée et fiévreuse s’inscrit bien dans la mouvance d’un certain cinéma américain apparu dans les années 70.

Mon top :

1. Blue collar (1978)
2. Affliction (1997)
3. Light sleeper (1992)
4. Hardcore (1979)
5. Sur le chemin de la rédemption (2017)

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    Blue Collar (1978)

    1 h 55 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Schrader avec Richard Pryor, Harvey Keitel, Yaphet Kotto

    Detroit, la capitale automobile, l’usine made in USA et son paysage : chaîne en continue, équipes de trois huit, contremaîtres poussent à la cadence, délégués peu soucieux des ouvriers – des Polonais, des immigrants, des Noirs. Englués dans leur quotidien, trois d’entre eux décident que leur coupe est pleine, passent à l’action et s’attaquent au coffre du syndicat. Maigre butin, grosses conséquences : le début d’un engrenage terrible qui consacre la victoire du système sur les individus, irrémédiablement broyés par la confrontation de leur utopie à la réalité. Avec une lucidité critique qui n’empêche ni la vitalité ni l’humour (le fric-frac aux accoutrements ridicules : hilarant), Schrader apporte une voix très forte à la dénonciation de la corruption ordinaire et de l’aliénation des petites gens par les puissants.
    Top 10 Année 1978 : http://lc.cx/Awk
  • Hardcore (1979)

    1 h 49 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Paul Schrader avec George C. Scott, Peter Boyle, Season Hubley

    D’un côté un monde calviniste, clos, feutré, provincial ; de l’autre L.A., capitale nocturne du vice et de la violence, dont l’abjection débouche sur la mort. En racontant le périple d’un homme bigot et intransigeant au sein de cet univers urbain traversé de néons, de silhouettes, de trafics sordides, perçu par lui comme une fosse à luxure d’où s’échappe une odeur de soufre infernal, l’auteur n’échappe pas à une sorte de révulsion fascinée pour le sexe et la dépravation. Mais il fait assez brillamment le constat qu’il existe en Amérique des moralités si différentes que leur compréhension mutuelle est impossible, tout comme il donne matière à réfléchir sur les liens complexes entre la pornographie et le puritanisme, sur la théologie d’une image dominant tyranniquement les êtres qu’elle présente et anéantit.
  • Bande-annonce

    American Gigolo (1980)

    2 h. Sortie : . Drame, romance et thriller.

    Film de Paul Schrader avec Richard Gere, Lauren Hutton, Hector Elizondo

    Il est beau, intelligent, cultivé, élégant. Il parle quatre langues, séduit les dames, fréquente les meilleurs restaurants de Beverly Hills et ne roule qu’en Mercedes. Le jeune homme idéal. À un détail près : son amour est tarifé, son plaisir inexistant, ses préférences peu marquées. Et le voilà pris au piège des gangsters, des voyous, d’un meurtre qu’on lui colle sur le dos, d’une épouse de sénateur qui tombe amoureuse. La patte du scénariste tourmenté de "Taxi Driver" se sent dans ce thriller un peu chichiteux, aux questionnements marqués par un moralisme désorienté : le héros est une figure pécheresse cherchant à se racheter, à trouver l’amour et l’apaisement. Son parcours est filmé dans une forme sophistiquée, un souci de précision sociologique qui l’ancre bien dans son époque. Pas mal, sans plus.
  • Bande-annonce

    La Féline (1982)

    Cat People

    1 h 58 min. Sortie : . Drame et fantastique.

    Film de Paul Schrader avec Annette O'Toole, Ruby Dee, Ed Begley Jr.

    Du conte fantastique de Tourneur, plein d’ombre et de mystère, ce remake prend le contre-pied permanent, assénant lorsque l’original suggérait, justifiant par le menu lorsqu’il refusait l’explication logique, substituant à l’allusion une littéralité qui constitue à la fois sa limite et son charme. La femme est panthère, le sexe péché, le monde hanté par la grâce et démoli par la chair : difficile de ne pas identifier les préoccupations récurrentes d’un auteur porté sur les subtiles ramifications qui se tissent entre la vêture du frère (le clergyman, noir) et la pelure de la bête. Et si le film simplifie parfois à l’excès ses déplacements thématiques, il offre en revanche de belles réussites d’atmosphère, rend active l’allégorisation de notre nostalgie animale et exploite au maximum l’irradiation érotique de Nastassja Kinski.
  • Bande-annonce

    Mishima (1985)

    Mishima: A Life in Four Chapters

    2 h. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Schrader avec Ken Ogata, Masayuki Shionoya, Hiroshi Mikami

    Pour Schrader, il n’y a pas de doute : Mishima est une figure emblématique qui cache toute l’ambigüité du Japon, ce mini-continent Janus. Ivre de son corps savamment entretenu, idéologue d’extrême-droite, adepte d’un culte inconsidéré pour l’empereur, l’écrivain est approché par le cinéaste en un film-rituel qui frise l’abstraction de l’estampe mais qui, à force de sophistication formelle, enlève de la puissance à son hara-kiri métaphysique. Pénétrer l’intimité suicidaire de ce Narcisse emporté par la fascination de lui-même revient à restituer les morceaux épars d’une vie dont l’anéantissement aurait consigné le vertige pour l’éternité. L’expérience est belle mais assez hermétique, l’exaltation de l’acte gratuit débouchant, comme il se doit, sur le vide. Splendide musique de Philip Glass.
  • Light Sleeper (1993)

    1 h 43 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Paul Schrader avec Willem Dafoe, Susan Sarandon, Dana Delany

    Si le film ne révolutionne pas la manière américano-bressonnienne de son auteur, il la place à son niveau d’inspiration le plus immédiat, autrement dit le plus physique. C’est moins le récit conventionnellement rédempteur qui happe ici qu’un climat nocturne et légèrement somnambulique, accordé à un scénario de thriller urbain faisant trembler les frontières morales. Dans le clair-obscur ambré d’un New York d’ombres, à l’abri du soleil comme de la lune, l’errance suave du pèlerin, ange déchu sur le point de renaître, vaisseau de colère et d’amour en quête d’une expression personnelle, passe par l’hôpital, les pompes funèbres, les boîtes de nuit, la prison, dessinant un mouvement feutré vers la transformation par la grâce, la force de la douceur – que mon adorée Susan ne saurait mieux personnifier.
  • Affliction (1999)

    1 h 54 min. Sortie : . Policier.

    Film de Paul Schrader avec Nick Nolte, James Coburn, Sissy Spacek

    Dans un trou hivernal du New Hampshire anesthésié par la neige, la violence feutrée, la misère économique, le poids blanc des secrets trop lourds, un flic looser met le doigt dans un complot et, en plein effondrement affectif, s’interroge sur sa vie en lambeaux. Traumatisé par un père violent, incapable d’aimer et d’être aimé, possédé par une inextinguible soif de reconnaissance, il fait le vide autour de lui et forge son propre malheur. Le cinéaste filme le drame comme une tragédie œdipienne, montrant des personnages meurtris par des relations empoisonnées, des existences ratées, une tristesse lancinante. D’où un climat de torpeur et d’immobilisme qui semble écrasé par une chape de plomb : la parabole criminelle est lente, prenante, cafardeuse, menée par d’excellents interprètes.
  • Auto Focus (2002)

    Auto focus

    1 h 45 min. Sortie : . Biopic, policier et drame.

    Film de Paul Schrader avec Greg Kinnear, Willem Dafoe, Rita Wilson

    En France, Bob Crane est un quasi inconnu. Aux États-Unis, c’est une star du début des années 70 grâce à la série "Papa Schultz". Avec la biographie de cet Américain modèle qui alternait dîners en famille et partouzes au contact d’un VRP en vidéo, Schrader décline quelques unes de ses marottes : la transgression des interdits, le sexe, la religion, le péché, l’addiction, l’autodestruction. Un tel sujet ne manquait pas d’ouvertures prometteuses : comment par exemple, de remède à la frustration du mariage catholique, l’image lascive peut-elle se changer en expression du triomphe de la licence ? Hélas la permissivité régnante fait autorité, la mise en scène ne prend aucun parti net sur ce qu’elle cherche à dépeindre, et le peu de cas fait par le cinéaste de la spirale infernale ne débouche que sur un ennui profond.
  • Bande-annonce

    Sur le chemin de la rédemption (2018)

    First Reformed

    1 h 53 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Paul Schrader avec Ethan Hawke, Amanda Seyfried, Cedric the Entertainer

    Il est tentant de percevoir dans ce journal d’un curé des villes la maturité d’un film testamentaire, et la somme des préoccupations spirituelles, religieuses et politiques d’un artiste toujours aussi concerné par le doute existentiel, la crise de foi, le travail minant de la culpabilité. Voix off lancinante comme une prière, plans fixes rigoureusement économes, silence pesant, tout concourt à créer un climat endeuillé, embaumé de tristesse minérale, sculpté par une mise en scène dont la pureté ascétique fait appeler le sang rédempteur d’une chrétienté protestante radicalisée jusqu’au terrorisme, d’une foi solitaire versant dans le fanatisme, exaspérée par les collusions douteuses entre l’église et le capitalisme. Mais il faut attendre la conclusion pour que l’émotion transperce enfin la cuirasse de l’austérité.