Périple littéraire 2021

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14 livres

par Blackfly

Philosophie ~ Essais politiques ~ Littérature du XIXième/XXième (majoritairement)

2020 était l'année d'une certaine frénésie littéraire (merci les deux confinements...). Or, si j'ai beaucoup lu, je n'ai pas l'impression d'avoir "bien" lu ; il me semble que je n'ai pas retenu suffisamment d'éléments de mes lectures.
Par conséquent, j'ai décidé de prendre davantage de temps dans mes lectures. Cette liste contiendra sans doute moins d'ouvrages que les précédentes années.
Aussi, je travaille sur un projet de recherche sur Walter Benjamin et son opposition a une temporalité historique linéaire et progressive (pour être brève) ; je précise ceci afin que vous voyez un peu "l'orientation" de mes lectures.

Mes objectifs sont donc les suivants :
(Re)travailler certains auteurs de Philosophie (Descartes, Nietzsche, Sartre...).
Tâcher d'annoter au mieux cette liste.
Puis comme l'année dernière, je pense continuer la lecture d'ouvrages en anglais. Si vous avez des suggestions pour quelqu'un qui a un niveau "intermédiaire", je suis preneuse.
Mes listes précédentes, elles aussi annotées :
https://www.senscritique.com/liste/Apocalypse_Litteraire_2020/2576819 (2020)
https://www.senscritique.com/liste/Chaos_Litteraire_en_2019_annote/2302730 (2019)
https://www.senscritique.com/liste/Lethargie_litteraire_de_2018/1976702 (2018)

Mes autres listes en lien avec la lecture :
https://www.senscritique.com/liste/Your_emotions_are_nothing_but_politics/2272615 (Théorie Politique/Histoire)
https://www.senscritique.com/liste/Philosophie_de_l_art_Esthetique_Cinema/1949945 (Esthétique/Philosophie de l'Art/Cinéma)
https://www.senscritique.com/liste/Lectures_situationnistes/2486944 (L'Internationale Situationniste en lecture)
https://www.senscritique.com/liste/Errance_s_en_Philosophie/1394178 (Mon parcours en Philosophie)

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  • Les grandes villes et la vie de l'esprit (2007)

    Sortie : septembre 2007. Essai.

    Livre de Georg Simmel

    [Février] Il s'agit de la seconde partie de Philosophie de la modernité de Simmel. Cet écrit est vraiment remarquable ; Sartre, Benjamin ou encore Lefebvre y ont sans doute puisé leur inspiration. Venant de la campagne, cet écrit a pu me permettre de comprendre pourquoi le passage à une grande ville fut brutal...
  • Le nouveau christianisme (2006)

    Sortie : septembre 2006. Essai.

    Livre de Henri de Saint-Simon

    [Février] Encore une fois, je ne note pas ce cher Saint-Simon. Il s'agit de son dernier écrit, rédigé sur son lit de mort. Néanmoins, j'observe une certaine continuité avec son premier ouvrage (annoté ici) : le pouvoir d'une nouvelle religion. A travers un dialogue entre un conservateur et un novateur, Saint-Simon renie le catholicisme et le protestantisme car ils seraient hérétiques et n'obéiraient pas aux fondements du christianisme qui consistent à défendre les plus pauvres, à être dans la charité plutôt que dans l'égoisme. Il situe la rupture au XVième siècle, où l'Eglise s'est conforté dans l'aristocratie plutôt que d'aider le peuple. Il est au final peu question du Nouveau Christianisme en lui-même - peut-être parce que Saint-Simon n'a pas eu le temps de l'écrire ou alors que j'ai lu une version inachevée -. Ce Nouveau Christianisme est à la fois dans la continuité de l'origine christianisme et en même temps suit les progrès techniques qui sont censés aider les plus pauvres. Saint-Simon insiste sur le fait que cette religion serait profitable à tous, aux pauvres qui pourront s'en sortir, progresser, mais aussi aux riches qui le resteront ! Ce dernier point m'étonne, jamais Saint-Simon ne semble remettre en question le fait que certains soient plus riches que d'autres par naissance - et non parce qu'ils ont plus de lumières (cf son premier ouvrage) -. D'ailleurs, il est surprenant de voir que si Saint-Simon insiste sur le progrès des arts et le progrès scientifique, il remarque que nous n'avons pas progressé sur la morale depuis le XV ième siècle alors qu'il s'agit d'une des choses les plus importantes. "Surprenant" est fort, mais je pensais que Saint-Simon avait une foi si forte dans le progrès scientifique que cela pouvait lui faire oublier tous les autres enjeux. Ce n'est pas le cas. Par contre, le personnage du conservateur argumente peu et certains arguments de Saint-Simon me paraissent un peu... légers ? Par exemple quand il accuse le protestantisme de trop s'attarder sur l'étude de la Bible, et donc, d'entrer dans des considérations métaphysiques alors que Luther était contre l'enseignement de la métaphysique...
  • Les Braconniers du cosmos (1953)

    The Cosmic Poachers

    Sortie : 1953. Science-fiction et recueil de nouvelles.

    Livre de Philip K. Dick

    [Janvier] Je vais faire un petit "détour" sur chaque nouvelle. J'évite de donner trop de détails, déjà pour éviter mon annotation soit ENCORE coupée mais aussi pour trop dévoiler le contenu de ces toutes petites nouvelles.
    1) Les braconniers du cosmos : J'ai vraiment apprécié la fin qui amène, quelque part, à se questionner sur la valeur d'un objet, à quel point elle peut être culturelle.
    2) Colonie : Peut-être ma préférée. Lorsqu'un équipage patrouille sur une nouvelle colonie qui semble inoffensive, ils sont loin de se douter de l'atrocité qu'ils vont trouver ! C'est plutôt bien narré, le suspense est plutôt bien maîtrisé et l'atmosphère étouffante rappelle un peu "The thing" ou "Alien".
    3) Le souvenir : Vraiment trop brève pour qu'on puisse apprécier les enjeux. L'univers est presque bâclé mais la fin reste tout de même digne d'intérêt. On retrouve quelques réflexions sur la politique ou l'écologie (à peine esquissées) tout comme les précédentes nouvelles.
    4) L'homme doré : La plus longue nouvelle, celle qui est censée être la plus ambitieuse. Je ne vais pas m'attarder sur l'histoire en elle-même qui aurait pu être haletante ; cette histoire d'adolescent poursuivit par les labos aurait pu me fasciner comme "Charlie" de King. Sauf que le style d'écriture se révélait parfois assez déplaisant, j'ai éprouvé de l'ennui. Cela peut s'agir de mes faibles facultés de concentration, je n'exclus rien. Puis une chose m'a aussi déplu, c'est comment sont perçues les femmes dans cette nouvelle. Je suis habituée à me confronter au sexisme dans mes lectures et à tenter d'y faire abstraction - pour mes nerfs, déjà, mais aussi pour tenter de voir une oeuvre pas que de manière morale ou politique -. Sauf que là, ce problème de perception des femmes nuit au récit. Exemple probant : Un père de famille regarde ses enfants jouer. Il est fier d'eux et admire leur beauté. Bien qu'il soit nommé à la troisième personne, nous voyons les choses telles que lui les voit. Or, quand il s'attarde sur sa fille de seize ans, il décrit sa poitrine naissante, érotise ses gestes... et cela n'a pas de sens. Il est présenté comme un simple père de famille, pas un pervers. Je pense juste que l'auteur s'est laissé submerger par la description de l'adolescente - ce qui est douteux, vu qu'elle a 16 ans, mais bon, ce n'est pas le propos - et semble y insérer un peu de ses rêveries alors que cela ne correspond pas du tout avec le comportement du père.
  • Lettres d'un habitant de Genève à ses contemporains

    Essai.

    Livre de Claude-Henri De Saint-Simon

    [Janvier] Je n'ai pas noté cet ouvrage pour plusieurs raisons. Tout d'abord, je trouve en règle générale ardu de noter un essai. Lorsque je le fais, c'est pour rendre compte d'une appréciation ou non de l'ouvrage plutôt que de le "sanctionner". Enfin, je suis en proie à un dilemme : je suis en opposition avec les idées amenées par cet ouvrage. La croyance inébranlable dans le progrès scientifique, la volonté de légitimer les propriétaires et leur domination sur "la masse" parce qu'ils auraient "plus de lumières", sa lecture épouvantable de la Révolution Française ainsi que ses propos racistes et promouvant le colonialisme (et l'argument de "c'est l'époque" ne me convainc pas trop, Diderot écrivait bien avant Saint-Simon et contestait le colonialisme)... Tout ceci va à l'encontre de mes idées. Cependant, cela ne m'empêche pas de trouver le système de Saint-Simon sur certains points bien construit d'un point de vue argumentatif.
    Cet ouvrage, le premier que Saint-Simon rédige alors qu'il a plus de 40 ans, est un peu une ébauche de tout ce qui a constitué ses idées par la suite. L'essai se compose de lettres entre deux hommes. Saint-Simon vise à réformer le gouvernement en séparant la population en trois ordres : 1 - les savants et les artistes 2 - les propriétaires 3 - le reste de la population. Ainsi au sein de cette société, 3 flux circuleraient 1 - les productions savantes qui garantissent l'avancée de la société et les oeuvres d'art, la distraction 2 - l'argent 3 - la considération. Les savants et les artistes ont besoin de l'argent et de la considération pour créer. Saint-Simon perçoit la société comme un organisme où chaque organe a un rôle à jouer ; il loue donc le travail. Il justifie à plusieurs reprises la domination d'une fraction de la population sur l'autre, notamment en prenant l'exemple de la Révolution française (dont il était sympathisant au point de renoncer à ses titres) qui aurait fini en terreur parce que les artistes et les savants auraient laissés les non-possédants - en gros, pour Saint-Simon, les moins intelligents - au pouvoir. J'aimerais bien qu'il justifie cette lecture de la RF, haha ! Saint-Simon loue également ce qu'on appelle les sciences positives qui se fondent sur l'observation (y compris son horrible physiologie) ce qui explique pourquoi il met Newton au-dessus de tous. Saint-Simon est dans la poursuite des Lumières en louant le progrès et les sciences avant toute chose. JE RAGE MON ANNOTATION A ETE COUPEE
  • Enfance berlinoise vers 1900 (2014)

    Sortie : . Essai.

    Livre de Walter Benjamin

    [Janvier] Bien que inspiré par Proust lorsque qu'il décide de raconter ses souvenirs d'enfance, Benjamin a une démarche qui s'en éloigne considérablement.
    Il a écrit deux versions de "Enfance berlinoise vers 1900" ; j'ai lu la deuxième qui serait plus brève que la première. Benjamin voulait décrire son enfance à travers plusieurs images (des lieux de Berlin, des événements comme la fièvre ou encore son rêve de fantôme) de manière succincte et non chronologique pour rendre compte du pouvoir de chacune d'entre elles. Le style de Benjamin est plutôt métaphorique et lourd de symboles (parfois suscitant une forme de désorientation). Il rend compte, selon moi, de la particularité du langage de l'enfance : la découverte du monde passe par des assimilations, la découverte de ressemblances et l'invention des mots. Benjamin se fait traducteur de ce langage. Il écrit aussi les choses dont il s'est rendu compte en devenant adulte et essaye de comprendre les intentions qu'il avait enfant. C'est comme s'il tentait de trouver dans le passé des éléments susceptibles de comprendre le présent voire le futur... Démarche qu'on retrouve dans son dernier écrit, "thèses sur le concept d'histoire".
  • Cette mauvaise réputation (1993)

    Sortie : . Récit.

    Livre de Guy Debord

    [Janvier] Ce livre est à l'image de "Réfutations de tous les jugements", court métrage où Debord "attaque" ceux qui ont méprisé "La société du spectacle " tout comme ceux qui l'ont apprécié, hormis qu'il ne se focalise ici que sur ses détracteurs depuis 1988. 1988 correspond à l'année où les "Commentaires sur la société du spectacle" sortent et provoquent un nouvel intérêt pour l'ouvrage "la société du spectacle". Cet intérêt n'est pas sans mystification envers la personne de Debord et d'interprétations erronées. On peut comprendre alors, la volonté légitime de Debord de rétablir un minimum de "vérité" et de remettre à leur place des journalistes sensationnalistes. L'ouvrage a plusieurs intérêts par le mordant de la plume de Debord, pour saisir un peu la réception de son oeuvre à une période bien précise et cerner certains personnages qui ont, suite à la mort de Debord, écrit sur lui (je pense à Guégan qui est totalement démonté). Néanmoins, lire l'exercice de réfutations de divers articles est un expérience redondante, et on ne peut pas s'empêcher ici de penser qu'il s'agit là d'une entreprise totalement égocentrique. Si Debord s'en foutait des critiques comme il le prétendait, pourquoi leur avoir consacré un livre et une analyse ? Cela m'échappe un peu, même si je comprends sa volonté de disputer les mystifications autour de sa position dans l'IS.
  • La Steppe (1888)

    Степь. Исто́рия одно́й пое́здки

    Sortie : 1888. Nouvelle.

    Livre de Anton Tchékhov

    [Janvier] Pleurant son départ de la maisonnée pour aller étudier, Iégor accomplit un périple - initiatique - avec son oncle, un commerçant sec et le père Christophore qui se caractérise par sa bonhomie. Iégor parcourt donc la Steppe, qui, au fond, est presque le personnage principal du récit. Elle est omniprésente, se présentant tour à tour comme ennuyeuse puis menaçante. Iégor est un jeune garçon, il ne mesure pas sa chance de pouvoir étudier et il se désole surtout de quitter sa mère. Au final, ce voyage aussi bref que intense lui fera découvrir peut-être l'essentiel : des aubergistes qui n'ont pas la même culture que lui (juifs ; d'ailleurs, l'écriture des personnages frôle un peu l'antisémitisme, notamment quand le yiddish est réduit à des "caquètements" - après, peut-être est-ce moi qui vois le "mal" là où il y en a pas et que Tchékhov décrit ici ce qu'un enfant peut penser devant une langue étrangère) ou tout simplement la vie dans ce qu'elle a de plus rude et d'ennuyeux. Je découvre Tchékhov depuis peu, et ce qui m'a marqué dans ses écrits est sa capacité à brosser un portrait anthropologique fin de plusieurs classes sociales en Russie ; cela transparaît tout particulièrement dans "La Steppe" où il évoque brièvement les conditions de travail à l'usine à travers deux anciens ouvriers estropiés (un à une malformation au menton et l'autre a perdu sa voix), la pauvreté des paysans et des aubergistes (la scène où il décrit le salon de l'auberge où s'installe le père, l'oncle et Iégor est mémorable)... Hormis le père, tous semblent vénérer un passé plus prospère et s'ennuyer de la vie présente. On retrouve ceci aussi dans "l'Oncle Vania" ou dans une plus moindre mesure "Salle 6". Iégor, qui découvre à peine le monde est déjà pris de cette difficulté à vivre. Il finit toujours par s'ennuyer. On pourrait penser que après avoir vu la galère, la pauvreté des roturiers et même rencontré la maladie, Iégor se rend compte de la chance de son sort. Pourtant, à la fin de l'ouvrage, il est accablé par le chagrin et se demande quelle vie l'attend. Il désespère de quitter ce qui lui est familier (sa mère, puis son oncle et le père) puis ce qui a fini par lui devenir familier (ses camarades temporaires de voyage) pour trouver une vie plus bourgeoise, à l'opposé de ce qu'il a pu vivre récemment. Au fond, cet ouvrage raconte une ascension sociale promise à un jeune garçon, qui, pour l'atteindre, effectue un voyage qui l'amène à côtoyer des gens de basse condition, des ge
  • Salle 6 (1892)

    Sortie : novembre 1892. Recueil de nouvelles.

    Livre de Anton Tchékhov

    [Janvier] Une nouvelle remarquable d'un point de vue philosophique. Le docteur Raguine serait une représentation de la doctrine de Tolstoï par ses aspects les plus nocifs : ce docteur sombre dans un stoïcisme décadent, où plus rien n'a d'importance. Je me suis beaucoup retrouvée dans le personnage de Gromov : sa manière de lire de manière à la fois distraite et frénétique, son délire de persécution - bon, je ne vais pas jusque là, mais je comprends certains pans de sa pensée -... Les échanges entre ces personnages sont assez conséquents. Il est possible (et c'est une interprétation) de voir à travers cet écrit une critique des asiles psychiatriques.
  • La Dame au petit chien (1899)

    Дама с собачкой

    Sortie : 1899. Récit et recueil de nouvelles.

    Livre de Anton Tchékhov

    [Janvier] Je suis un peu sévère par ma note de cinq, mais disons que à côté de "Oncle Vania" et de "Salle 6", cet écrit me paraît bien faible. Elle présente un homme, marié mais coureur de femmes, qui prend en pitié une jeune étudiante. D'abord exaspéré par elle, il finira par s'y attacher et l'aimer. C'est un bref écrit sans prétention.
  • Oncle Vania (1897)

    Dyadya Vanya

    Sortie : 1897. Théâtre.

    Livre de Anton Tchékhov

    [Janvier] Si seulement cette pièce avait été adaptée par Bergman ! Je suis certaine que cela aurait été une réussite. C'est rare que je me dise ceci, qu'une pièce ou même tout écrit littéraire pourrait avoir une bonne adaptation d'un réalisateur précis.
    La pièce relate une famille en proie à l'oisiveté et aux tourments existentiels. Jalousie, déception amoureuse... rien n'épargne la demeure. Un magnifique huis clos.
  • Le Maître des illusions (1993)

    The Secret History

    Sortie : avril 1993. Roman.

    Livre de Donna Tartt

    [Janvier] Cet ouvrage me tentait. Il considéré comme un des piliers de ce qu'on appelle le "mouvement" ou "l'esthétique" (comme un livre peut-il faire parti d'une esthétique, c'est une bonne question) dark academia ; un peu comme le cercle des poètes disparus.
    Dès les premiers pages, j'ai été dubitative. Je n'aimais pas du tout le style d'écriture. Il faut dire qu'il s'agissait d'une traduction et que je venais d'interrompre ma lecture de "A l'ombre des jeunes filles en fleur" de Proust ; cela peut paraître un peu pédant, mais tout ou presque me paraît un peu fade après une lecture de Proust. Je trouvais les phrases trop longues et manquant de poésie. Clairement, je ne recommande pas ce livre pour sa beauté, mais son intrigue. Les personnages, en particulier le narrateur, sont remarquablement bien construits. Le mystérieux et manipulateur Henry, Bunny le provocateur, Charles l'étyllique et sa sœur énigmatique nommée Camilla et le doucereux Francis... On comprend d'emblée pourquoi Richard a été pris de curiosité par ce groupe d'hellénistes. Richard est le narrateur, il se décrit volontiers comme un caméléon qui ne parvient à se fondre totalement dans son milieu. Il parvient à s'immiscer autant parmi les étudiants débrayés que parmi le petit groupe d'étudiants en lettres classiques dont il finira par faire parti. Mais il sera toujours en décalage, en dehors, un peu écarté et manipulé. Malgré l'horreur de certaines situations, Richard se laisse emporté par son instinct grégaire. C'est fascinant. Ce livre donne envie de (re)plonger dans les lettres classiques ; même si je doute que je le fasse prochainement (j'avance comme un escargot en grec).
    Puis j'ai vraiment aimé comment le narrateur est parfois confronté à la perception que les autres ont de lui. Cela le déroute, comme s'il se rendait compte qu'il n'est pas qu'un simple "décor".
    Un roman à suspense très prenant.
  • La barrique d'Amontillado (1846)

    The Cask of Amontillado

    Sortie : novembre 1846. Nouvelle, fantastique et conte.

    Livre de Edgar Allan Poe

    [Janvier] Lu en anglais. Deux fois même, afin de bien comprendre cette petite nouvelle. Certaines expressions relèvent d'un anglais plutôt ancien, mais je pense qu'avec un dictionnaire à portée de main, cette nouvelle est abordable. En tout cas Poe semble vraiment aimer écrire des histoires où des personnes ou des animaux se font emmurer ! J'ai apprécié comment Poe dépeint l'humidité des caves, la lueur torve du regard de Fortunado due au vin...
  • Le Rêve d'un homme ridicule (1877)

    Сон смешного человека (Son smechnovo tcheloveka)

    Sortie : 1877. Recueil de nouvelles.

    Livre de Fiodor Dostoïevski

    [Janvier] Brève nouvelle de Dostoïevski rédigé à la première personne. Un homme ridicule, à qui tout est égal (nihiliste, dans un sens) fait une rencontre qui l'empêche de se suicider. Au lieu de mourir, il rêve d'un monde où le péché originel n'a pas eu lieu. Une sorte de paradis où pourtant la mortalité semble exister (ce point me chiffonne). Puis, cet homme ridicule devient le péché originel -il ne se souvient plus comment-. Les hommes font alors société, fondent des lois tout en vivant dans l'injustice. Ils n'aspirent qu'à la connaissance, qu'à la science et non à revenir à leur état de béatitude originel. Quelque part, cela me rappelle un peu l'interprétation de Benjamin de la Chute dans "Sur le langage en général..." : le serpent, en tentant de pousser la femme au péché, lui dit qu'ils seront des dieux puisqu'ils connaîtront le bien et le mal. Pour Benjamin, le serpent introduit le mot, la connaissance externe qui est faible en comparaison à la parole divine qui permet de voir ce qui est bon. Au final, la seule chose mauvaise dans le paradis est cet arbre car en mangeant un de ses fruits, l'homme et la femme connaissent des troubles existentiels qui gâchent leur quiétude originelle. Puis leur langage s'appauvrit en devenant plus complexe. Ici, l'homme ridicule est cet arbre qui complexifie leurs rapports et leur langage. Il sème la discorde, à la manière de Bougainville à Tahiti dans "Supplément au voyage de Bougainville" de Diderot . Sauf que cet homme veut incarner une forme de "tikkun", une rédemption/restauration en voulant être crucifié, être martyr. Or, cette société est tant pervertie qu'elle ne le prend au sérieux. Enfin, quand l'homme se réveille, il aime ceux qui le trouvent ridicule et veut transmettre son rêve qui révélerait qu'il y a un monde après la mort. Il trouve une raison à sa vie, celle de prêcher.
    La nouvelle de Dostoïevski montre quelque part la beauté de la foi.
    Ceci dit, j'ai eu du mal parfois avec la brièveté de la nouvelle puis le manque de caractérisation du personnage. Je crois que je ne pouvais m'empêcher de me demander en quoi cet homme était ridicule.
  • King Kong théorie (2006)

    Sortie : 2006. Essai.

    Livre de Virginie Despentes

    [Janvier] Première lecture de l'année. De Virginie Despentes, j'ai lu "Apocalypse bébé" il y a quelques années et j'ai dévoré la trilogie "Vernon Subutex". J'aime son écriture crue, brute, marginale et punk, qu'on peut comparer à celle d'Irvine Welsh.
    Il peut paraître assez étonnant que je ne lise ce livre de Despentes que maintenant, au vu de ma bonne appréciation de cette autrice et de mon intérêt pour le féminisme. En vérité, "King Kong Théorie" me faisait peur. Peur, parce que je le savais incisif et que Despentes y évoquait son viol.
    J'ai surmonté mon appréhension et cela valait le coup.
    Il s'agit d'un essai rédigé à la première personne ; rien que ceci détone. De ses expériences avec la (non) féminité, la prostitution et le milieu de la pornographie puis de ses lectures féministes et sexpositives, Despentes vise à une destruction du genre (cela n'est pas formulé ainsi).
    Pendant longtemps, elle a rejeté toute féminité. Puis, en se prostituant, elle s'est aperçue du pouvoir que la féminité pouvait lui donner sur les hommes, avant de s'apercevoir qu'il s'agissait d'une forme de soumission. La féminité rassure les hommes. La force de cet ouvrage selon moi est qu'elle parvient à critiquer la masculinité dans ce qu'elle a de plus néfaste sans pour autant incriminer tous les hommes ou les essentialiser : la masculinité et la féminité sont des constructions sociales qu'on peut remettre en cause ensemble.
    Le discours de Despentes est anticapitaliste ; son combat féministe ne peut que se penser que contre le système néolibéral. J'ai apprécié qu'elle remette un peu à leur place les personnes qui se disent anticapitalistes mais qui considèrent la lutte féministe comme une lutte bourgeoise. Par contre, quand elle avance que le viol est le squelette du capitalisme, je ne comprends pas vraiment ce qu'elle veut dire par là. Parfois, elle ne développe pas assez à mon sens.
    Son expérience plutôt positive de la prostitution peut dérouter. Je la rejoins quand elle avance que concernant la prostitution ou la pornographie, les positionnements moraux ne mènent à pas grand chose et ne permettent pas à rendre le travail du sexe moins précaire. Cependant, si l'expérience de Despentes ne semble pas si négative, il ne faut pas oublier qu'elle était française, avec des papiers et qu'il s'agissait de la prostitution occasionnelle. Son témoignage doit certes être pris en compte mais je ne pense pas qu'il reflète la réalité de la majeure partie des prostituées.