Poèmes.

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10 livres

par B-Lyndon

Dix poèmes qui m'aident à vivre...

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  • 1

    Ma vie sans moi

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Armand Robin

    LE PROGRAMME EN QUELQUES SIÈCLES


    On supprimera la Foi
    Au nom de la Lumière,
    Puis on supprimera la lumière.

    On supprimera l’Âme
    Au nom de la Raison,
    Puis on supprimera la raison.

    On supprimera la Charité
    Au nom de la Justice,
    Puis on supprimera la justice.

    On supprimera l‘Amour
    Au nom de la Fraternité,
    Puis on supprimera la fraternité.

    On supprimera l’Esprit de Vérité
    Au nom de l’Esprit critique,
    Puis on supprimera l’esprit critique.

    On supprimera le Sens du Mot
    Au nom du Sens des mots,
    Puis on supprimera le sens des mots.

    On supprimera le Sublime
    Au nom de l’Art,
    Puis on supprimera l’art.

    On supprimera les Écrits,
    Au nom des Commentaires,
    Puis on supprimera les commentaires.

    On supprimera le Saint
    Au nom du Génie,
    Puis on supprimera le génie.

    On supprimera le Prophète
    Au nom du Poète,
    Puis on supprimera le poète.

    On supprimera l’Esprit
    Au nom de la Matière,
    Puis on supprimera la matière.

    AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L’HOMME.
    ON SUPPRIMERA LE NOM DE L’HOMME :
    IL N’Y AURA PLUS DE NOM

    NOUS Y SOMMES.
  • 2

    Corps et biens

    Sortie : 1930. Poésie.

    Livre de Robert Desnos

    SI TU SAVAIS

    Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires
    de la mythologie poétique,
    Loin de moi et cependant présente à ton insu,
    Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
    Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
    Si tu savais.
    Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’ignorer encore.
    Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même,
    que j’en doute.
    Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.
    Loin de moi parce que tu es cruelle.
    Si tu savais.
    Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière
    au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir
    dans les champignonnières.
    Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore
    comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
    Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante
    se replie sur les oreillers blancs.
    Si tu savais.
    [...]
    Loin de moi une maison achève d’être construite.
    Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste
    et, soudain, dans le récipient empli de mortier apparaît le futur de la maison :
    les baisers des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres
    des belles inconnues et leurs rêves même à minuit, et les secrets voluptueux
    surpris par les lames de parquet.
    Loin de moi,
    Si tu savais.
    Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas, comme je suis joyeux,
    comme je suis robuste et fier de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
    Comme je suis joyeux à en mourir.
    Si tu savais comme le monde m’est soumis.
    Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
    Ô toi, loin-de-moi, à qui je suis soumis.
    Si tu savais.
  • 3

    La Mort dans l'avion et autres poèmes (2005)

    Sortie : 2005. Poésie.

    Livre de Carlos Drummond de Andrade

    POÈME A SEPT FACES


    Quand je suis né, un ange tors
    un de ceux qui vivent dans l’ombre,
    a dit : Tu vas, Carlos! être gauche dans la vie.

    Les maisons épient les hommes
    qui courent après les femmes.
    L'après-midi serait peut-être bleu
    s’il n'y avait tant de désirs.

    Le tramway passe bondé de jambes :
    jambes blanches noires jaunes.
    Pour quoi tant de jambes, mon Dieu, demande mon cœur.
    Pourtant mes yeux ne demandent rien.

    L’homme derrière sa moustache
    est sérieux, simple et fort.
    Il ne parle presque pas.
    Il a quelques rares amis
    l’homme derrière ses lunettes et sa moustache.

    Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné
    si tu savais que je n’étais pas Dieu,
    si tu savais que j’étais faible.

    Monde, monde vaste monde,
    si je m’appelais Raymonde
    ce serait une rime, pas une solution.
    Monde, monde vaste monde,
    plus vaste est mon cœur.

    Je devrais pas te le dire,
    mais cette lune,
    mais ce cognac,
    nous bouleversent en diable.
  • 4

    Travailler fatigue - La Mort viendra et elle aura tes yeux - Poésies variées (1950)

    Sortie : 1950. Poésie.

    Livre de Cesare Pavese

    LES MERS DU SUD

    [...]
    Nous marchons depuis bientôt une heure. Le sommet est tout près ;
    Autour de nous, toujours plus fort, le vent siffle et murmure.
    Mon cousin s’arrête tout à coup et se tourne : « Cette année,
    je mettrai sur l’affiche : Santo Stefano
    a toujours triomphé dans les fêtes
    de la vallée du Belbo — que ceux de Canelli
    se le tiennent pour dit. » Puis, il reprend sa marche.
    Un parfum de terre et de vent nous enveloppe dans le noir,
    au loin, quelques lumières : des fermes, des autos
    que l’on entend à peine ; et je pense à la force
    qui m’a rendu cet homme, l’arrachant à la mer
    et aux terres lointaines, au silence qui dure.
    Mon cousin ne parle pas des voyages qu’il a faits.
    Il dit, tout juste, qu’il a été dans tel ou tel endroit
    et pense à ses moteurs.

    Seul un rêve
    lui est resté dans le sang : une fois, comme chauffeur
    il a croisé sur un bateau hollandais, le Cétacé,
    et il a vu les lourds harpons voler dans le soleil,
    les baleines s’enfuir au milieu d’une écume de sang,
    il a vu la poursuite, les queues se dresser, la lutte en baleinière.
    Quelques fois, il m’en parle.

    Mais lorsque je lui dis
    qu’il est de ces heureux qui ont vu l’aurore
    sur les plus belles îles de la terre,
    au souvenir il sourit et répond que le soleil
    se levait sur un jour qui était vieux pour eux.
  • 5

    Paroles (1946)

    Sortie : 1946. Poésie.

    Livre de Jacques Prévert

    CET AMOUR


    Cet amour
    Si violent
    Si fragile
    Si tendre
    Si désespéré
    Cet amour
    Beau comme le jour
    Et mauvais comme le temps
    Quand le temps est mauvais
    Cet amour si vrai
    Cet amour si beau
    Si heureux
    Si joyeux
    Et si dérisoire
    Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
    Et si sûr de lui
    Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
    Cet amour qui faisait peur aux autres
    Qui les faisait parler
    Qui les faisait blêmir
    Cet amour guetté
    Parce que nous le guettions
    Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
    Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
    Cet amour tout entier
    Si vivant encore
    Et tout ensoleillé
    C’est le tien
    C’est le mien
    Celui qui a été
    Cette chose toujours nouvelle
    Et qui n’a pas changé
    Aussi vrai qu’une plante
    Aussi tremblante qu’un oiseau
    Aussi chaude aussi vivante que l’été
    Nous pouvons tous les deux
    Aller et revenir
    Nous pouvons oublier
    Et puis nous rendormir
    Nous réveiller souffrir vieillir
    Nous endormir encore
    Rêver à la mort,
    Nous éveiller sourire et rire
    Et rajeunir
    Notre amour reste là
    Têtu comme une bourrique
    Vivant comme le désir
    Cruel comme la mémoire
    Bête comme les regrets
    Tendre comme le souvenir
    Froid comme le marbre
    Beau comme le jour
    Fragile comme un enfant
    Il nous regarde en souriant
    Et il nous parle sans rien dire
    Et moi je l’écoute en tremblant
    Et je crie
    Je crie pour toi
    Je crie pour moi
    Je te supplie
    Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
    Et qui se sont aimés
    Oui je lui crie
    Pour toi pour moi et pour tous les autres
    Que je ne connais pas
    Reste là
    Là où tu es
    Là où tu étais autrefois
    Reste là
    Ne bouge pas
    Ne t’en va pas
    Nous qui nous sommes aimés
    Nous t’avons oublié
    Toi ne nous oublie pas
    Nous n’avions que toi sur la terre
    Ne nous laisse pas devenir froids
    Beaucoup plus loin toujours
    Et n’importe où
    Donne-nous signe de vie
    Beaucoup plus tard au coin d’un bois
    Dans la forêt de la mémoire
    Surgis soudain
    Tends-nous la main
    Et sauve-nous.
  • 6

    Poésies (2008)

    Sortie : 2008. Poésie.

    Livre de Arthur Rimbaud

    LES POÈTES DE SEPT ANS


    Et la Mère, fermant le livre du devoir,
    S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,
    Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences
    L'âme de son enfant livrée aux répugnances.

    Tout le jour il suait d'obéissance ; très
    Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
    Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
    Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
    En passant il tirait la langue, les deux poings
    À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
    Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe
    On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
    Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été
    Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
    À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
    Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

    Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
    Derrière la maison, en hiver, s'illunait,
    Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne
    Et pour des visions écrasant son œil darne,
    Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
    Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
    Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
    Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
    Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
    Conversaient avec la douceur des idiots !
    Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,
    Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes,
    De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.
    C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment !

    À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
    Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
    Forêts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait
    De journaux illustrés où, rouge, il regardait
    Des Espagnoles rire et des Italiennes.
    Quand venait, l'œil brun, folle, en robes d'indiennes,
    À Huit ans, - la fille des ouvriers d'à côté,
    La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
    Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
    Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
    Car elle ne portait jamais de pantalons ;
    - Et, par elle meurtri des poings et des talons,
    Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

    [...]
  • 7

    Plume (1938)

    Sortie : 1938. Poésie.

    Livre de Henri Michaux

    L'ARRACHAGE DE TÊTE


    [...]

    Ils ne savent plus que faire, ils reviennent, ils retournent, ils reviennent, ils
    repartent, ils repartent, suivis du regard qui attend, un regard fixe.
    Enfin ils se perdent dans la nuit, et ça leur est d’un grand soulagement ; pour
    eux, pour leur conscience. Demain, ils repartiront au hasard, dans une direction qu’ils suivront tant qu’ils pourront. Ils essaieront de se faire une vie. C’est bien difficile. On essaiera. On essaiera de ne plus songer à rien de tout ça, à vivre comme avant, comme tout le monde…
  • 8

    OEuvres

    Sortie : . Poésie.

    Livre de Robert Desnos

    DEMAIN

    Âgé de cent mille ans, j'aurais encore la force
    De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
    Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
    Peut gémir : neuf est le matin, neuf est le soir.

    Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
    Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
    Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
    À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

    Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
    De la splendeur du jour et de tous ses présents.
    Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
    Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
  • 9

    Les Chants de Maldoror (1869)

    Sortie : 1869. Poésie.

    Livre de Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse)

    JE TE SALUE, VIEIL OCÉAN
    (Extrait du Chant Premier)


    [...]

    Vieil océan, ô grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t’enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m’empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les mols effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t’a gratifié, tu déroules, au milieu d’un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le sentiment calme de ta puissance éternelle. Elles se suivent parallèlement, séparées par de courts intervalles. À peine l’une diminue, qu’une autre va à sa rencontre en grandissant, accompagnées du bruit mélancolique de l’écume qui se fond, pour nous avertir que tout est écume. (Ainsi, les êtres humains, ces vagues vivantes, meurent l’un après l’autre, d’une manière monotone ; mais, sans laisser de bruit écumeux). L’oiseau de passage se repose sur elles avec confiance, et se laisse abandonner à leurs mouvements, pleins d’une grâce fière, jusqu’à ce que les os de ses ailes aient recouvré leur vigueur accoutumée pour continuer le pèlerinage aérien. Je voudrais que la majesté humaine ne fût que l’incarnation du reflet de la tienne. Je demande beaucoup, et ce souhait sincère est glorieux pour toi. Ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit. Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère ?

    [...]
  • 10

    Clair de terre (1923)

    Sortie : 1923. Poésie.

    Livre de André Breton

    PLUTOT LA VIE

    Plutôt la vie
    Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures
    Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides
    Que ces pierres blettes
    Plutôt ce cœur à cran d’arrêt
    Que cette mare aux murmures
    Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l’air et dans la terre
    Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale

    Plutôt la vie
    Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
    Ses cicatrices d’évasions
    Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
    La vie de la présence rien que de la présence
    Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
    Je n’y suis guère hélas
    Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
    Plutôt la vie

    Plutôt la vie plutôt la vie
    Enfance vénérable
    Le ruban qui part d’un fakir
    Ressemble à la glissière du monde
    Le soleil a beau n’être qu’une épave
    Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
    Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
    Ou seulement en fermant les yeux sur l’orage adorable qui a nom ta main
    Plutôt la vie

    Plutôt la vie avec ses salons d’attente
    Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit
    Plutôt la vie que ces établissements thermaux
    Où le service est fait par des colliers
    Plutôt la vie défavorable et longue
    Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
    Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
    Plutôt la vie

    Plutôt la vie comme fond de dédain
    A cette tête suffisamment belle
    Comme l’antidote de cette perfection qu’elle appelle et qu’elle craint
    La vie le fard de Dieu
    La vie comme un passeport vierge
    Une petite ville comme Pont-à-Mousson
    Et comme tout s’est déjà dit
    Plutôt la vie