René Clair - Commentaires

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8 films

par Thaddeus

Ennemi de toute velléité à reconstituer le réel, auteur d’une monde de fantaisie, de rythme et d’allégresse qui transpose les primitifs de la scène et du music-hall dans la modernité d’un art nouveau, René Clair m’apparaît à travers ces quelques films comme une sorte de pionnier du cinéma de divertissement. D’une certaine façon, c’est le Rappeneau de son époque.

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1. Le million (1931)
2. Sous les toits de Paris (1930)
3. Quatorze juillet (1933)
4. Les grandes manoeuvres (1955)
5. Paris qui dort (1924)

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    Entr'acte (1924)

    21 min. Sortie : . Muet et expérimental.

    Court-métrage de René Clair avec Jean Borlin, Inge Frïss, Francis Picabia

    Conçu pour "sortir le public de la salle" lors du ballet "Relâche", le moyen-métrage de René Clair procède, par ses recherches d’écriture et sa sensibilité proche du dadaïsme, d’une avant-garde mise à la portée de tous. La poésie cesse en effet d’appartenir à l’élite, elle est populaire sans déchoir, et le film détourne l’image de son devoir de signifier pour la faire naître, selon les mots de l’auteur, à une existence concrète. Reste désormais de cet étrange canular anti-bourgeois un échantillon d’images surréalistes portées par la vitesse et l’emballement, déjà habitées par les personnages fétiches du cinéaste (poupées de kermesse, barbichus, mémères et foule en folie), et dont l’attrait est surtout aujourd’hui de donner à voir d’illustres figures de l’époque (Erik Satie, Man Ray, Marcel Duchamp…).
  • Paris qui dort (1924)

    1 h. Sortie : . Muet et science-fiction.

    Film de René Clair avec Henri Rollan, Charles Martinelli, Louis Pré Fils

    On croirait l’argument sorti d’un roman d’H.G. Wells qui serait passé à la moulinette boulevardière : un beau matin, le gardien de la tour Eiffel s’aperçoit que la population parisienne est victime d’un rayon paralysant et, accompagné d’une poignée d’autres survivants, entame une joyeuse tournée des grands ducs. L’œuvre tire son charme de ce que le cinéaste, emporté par l’enthousiasme de ses découvertes, ose aller au bout de celles-ci et épouser pleinement son imaginaire. Fantaisie poético-fantastique donc, sans souci de vraisemblance, influencé par la mécanique d’un Mack Sennett, et dont l’action échevelée transite par des idées de montage et de mise en scène (images gelées, accélérés, manipulations temporelles) qui relèvent plus du surréalisme que celles de maints films portant le label de l’école.
  • Un chapeau de paille d'Italie (1928)

    1 h 50 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de René Clair avec Albert Préjean, Olga Tchekova, Marise Maia

    Ou comment une journée de mariage se voit compromise par une cascade d’invectives, de quiproquos, de contretemps, de chassés-croisés et de poursuites échevelées. Le récit de la comédie de Labiche, qu’adapte ici René Clair, est certes brillamment enlevé mais il manque d’arrière plan. Ce qui donne une persistante impression de vacuité, le sentiment de voir s’enchaîner les mécanismes bien huilés d’un vaudeville second Empire prisonnier des contraintes de la scène filmée. Et s’il se rit des convenances, joue sur les clichés vestimentaires, égratigne les rites sociaux de la faune aristocrate qui s’agite devant sa caméra, le cinéaste ne dépasse jamais vraiment les attributs d’une sorte d’archaïque théâtre en liberté, avec son inspiration 1900 désuète, son rythme et ses images plaisamment surannées.
  • Bande-annonce

    Sous les toits de Paris (1930)

    1 h 36 min. Sortie : . Comédie musicale et romance.

    Film de René Clair avec Albert Préjean, Pola Illery, Gaston Modot

    Le cinéma muet vient de céder la place au parlant mais pour son premier film sonore René Clair, en réduisant au minimum la fonction dramatique des dialogues, prolonge les conventions d’un art où les sentiments s’expriment par gestes, mimiques et chansonnettes. Rien de réactionnaire pourtant dans son approche, sans doute l’un des plus modernes et inventives de son temps. Si la charmante comédie populaire enchante nostalgiquement la midinette qui sommeille en chacun de nous, elle propose surtout de rendre leur noblesse humaine aux bonheurs les plus simples, et se tient au confluent d’une certaine mythologie parisienne surannée et de tout un champ de trouvailles fantaisistes, guillerettes, légères, dominées par le mouvement, le sens du rythme et le goût de l’inexploré.
  • Le Million (1931)

    1 h 19 min. Sortie : . Comédie musicale.

    Film de René Clair avec Annabella, René Lefèvre, Jean-Louis Allibert

    Sous les toits de Paris, une joyeuse farandole. Un billet de loterie gagnant vole de main et main, jusqu’à ce que son propriétaire le récupère après moult rebondissements et quiproquos. Et bien sûr tout cela finira par des chansons… Un peu à la manière de Lubitsch, mais en substituant un vague réalisme satirique au faste viennois, Clair invente une comédie-poursuite sautillante au sein d’un monde dominé par l’unanimisme hédoniste et l’optimisme conquis sur la lucidité. Il exalte l’ingénu sans tomber dans la mièvrerie, emprunte aux grands Américains (Griffith, Chaplin, Keaton) leurs leçons d’humour sentimental, et associe les rythmes et images du film-opérette à une forme de chasse au trésor qui, si elle a bien évidemment vieilli, continue d’emballer par son élégance et son dynamisme, l’effet rétro aidant.
  • À nous la liberté ! (1931)

    1 h 23 min. Sortie : . Comédie musicale.

    Film de René Clair avec Henri Marchand, Raymond Cordy, Rolla France

    Dans une immense usine à l’organisation concentrationnaire, les ouvriers s’emploient en cadence, asservis au rythme de la chaîne, aux contraintes du rendement, aux ordres de la hiérarchie. Ce n’est pas "Les Temps Modernes" mais ça en a un petit avant-goût : Clair anticipe la satire du machinisme dans un film joyeusement anarchisant qui reprend les codes du burlesque muet (humour tarte-à-la-crème à base de courses poursuites et de quiproquos plus ou moins subtils) en les intégrant aux principes d’un cinéma sonore balbutiant. En résulte un plaidoyer narquois pour le simple bonheur de vivre sans contraintes, dont les idées socio-philosophiques sont formulées avec un certain dynamisme visuel, mais qui tient désormais surtout de la curiosité archéologique. Une sympathique vieillerie, en quelque sorte.
  • Quatorze Juillet (1933)

    1 h 30 min. Sortie : . Comédie et romance.

    Film de René Clair avec Annabella, George Rigaud, Raymond Cordy

    Pour ce film, Marcel Carné qualifia René Clair de "poète délicat de la rue parisienne". Il est vrai que la capitale en est une nouvelle fois la véritable vedette avec ses rues, son atmosphère, le petit monde disparu des quartiers populaires où se mêlaient types pittoresques et fripouilles, artisans et bourgeois. Les pavés crépitent sous les godillots des marmots, culottes râpées, épis chahuteurs. Les escaliers serpentent entre les petits meublés, les bignoles à chignon cancanent, un courant d’air emporte un lampion en papier. Et la caméra s’adonne à quelques savants mouvements géométriques. Pour l’auteur, rien ne paraît sans doute plus beau que cette ville de musette et de causette, peuplée de mauvaises graines et de tendres moineaux. La minceur du sujet n’empêche pas un certain charme d’opérer.
  • Bande-annonce

    Les Grandes Manœuvres (1955)

    1 h 46 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de René Clair avec Michèle Morgan, Gérard Philipe, Jean Desailly

    Couronné par le Prix Louis-Delluc et par un grand succès public, ce film tiré du mythe de Don Juan est comme une horlogerie savante que pénètre un classicisme littéraire et théâtral légèrement compassé (l’Académie française cooptera d’ailleurs le cinéaste quelques années plus tard). Tous les atouts sont là, de l’emploi des vedettes (Philippe, Morgan) à celui des seconds rôles (Yves Robert, Brigitte Bardot) et de la couleur, travaillée en continuité au lieu d’être abandonnée aux aléas du montage. On valse, on dit des jolis mots, on égratigne le cœur, mais la douce-amertume qui émane de ces jeux de l’amour, si elle rejoint celle d’une époque à laquelle l’horizon des Emma Bovary était souvent la silhouette d’un fringant militaire, est lestée de cette perfection un peu lourde que l’on nomme "qualité France".