Yasuzō Masumura : le géant et ses jouets

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42 films

par homdepaille

Assistant réalisateur à la Daei de 1949 à 1957 et notamment pour Mizoguchi et Ichikawa après une interruption pour des études de cinéma en Italie, Masumura passe à la réalisation grâce à la réorientation des studios vers les films pour la jeunesse moins coûteux et mettant en avant de nouveaux noms.
« Ni l’individu ni la liberté n’existent [au Japon]»* avec cet aphorisme Masumura était l'homme de la situation pour s'adresser aux adolescents.
Le parcours de ses personnages est souvent celui d'individus tellement écrasés dans la société qu'ils ne peuvent s'imposer que dans le sang. Et comme un échec, leur affirmation moderne s'accompagne par une posture, anachronique dans ce contexte, de tragédien à la passion destructrice.

Si l'esprit est aliéné, le corps aussi joue un rôle important dans les préoccupations de Masumura. Normalement la plus élémentaire des individualités, il risque de d'être arraché à l'Homme. Le corps est réquisitionné par l'état qui en dispose à la guerre où il peut mourir (Seisaku, Soldat yakuza) ou au moins être amputé et dissimulé à vie (L'Ange rouge). S'il n'est pas dégradé, le corps est traité comme une marchandise. Échangé entre hommes dans Seisaku et Tatouage. Ou temporairement vendu par les nombreux personnages de mannequin/modèle de sa filmographie (Les Baisers, La Jeune fille, Les Géants, Passion, La Chatte japonaise, Méduse paralysée et La Bête aveugle). Il peut tout simplement être contrôlé par la drogue par une amante vaniteuse (Passion). Et l'état comme l'Entreprise demandent souvent une soumission de ses "sujets", les deux utilisant des méthodes similaires comme l'espionnage (Géants et les jouets, L'École militaire, Le Faux étudiant et La Voiture noire).
Et à l'évidence le corps comme élément érotique. La belle gueule renfrognée et le torse juvénile de Hiroshi Kawaguchi, celui musculeux de Mishima, la fraîcheur de Hitomi Nozoe, le visage ténébreux de Michiyo Ōkusu et surtout les lignes d'Ayako Wakao : délicates et fines en innocente (Jeune fille sous ciel bleu, L'Ange rouge...) ou épaisses en ogresse (Tatouage). Les scènes évocatrices sont montées de manière parcellaire à coups d'inserts rapides de parties du corps comme un abandon de soi dans l'acte sexuel. La Bête aveugle est le summum du travail de Masumura de morcellement et de perte de soi jusqu'à le rendre concret en réutilisant l'amputation, cette fois-ci volontaire dans la passion (allant jusqu'à un décor fragmenté comme les scènes de sexe).

Les habits, extension du corps, font le moine et racontent beaucoup : uniforme de lycéenne changé pour une robe offerte ou possession propre (J.F ciel bleu, Ode au Yakuza), tenue de bonne, robe traditionnelle ou non, volée dans Passion, jusqu'à la tenue d'officier que l'infirmière courage revêt dans l'Ange rouge et ceux associés à des genres différents qu'endosse selon ses besoins l'hermaphrodite de Sex check.

* "De la vitesse de la pellicule." Article expliquant la lenteur que ressentent les occidentaux devant des films au découpage pourtant rapide par la mentalité des personnages typiques du Japon.
Interview dans les Cahiers du cinéma n°224 donnée en 1969.
https://www.senscritique.com/livre/Masumura_Yasuzo_no_sekai/44607158 compilation d'articles (théorie du cinéma, critiques de films, justifications sur ses propres films etc) en japonais.

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  • Les Géants et les Jouets (1958)

    Kyojin to gangu

    1 h 36 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Tatsuo Hanabu

    Il y a quelque chose de pourri au royaume du caramel (en plus des dents).

    C'est annoncé dès la première scène qui superpose le son et l'image d'un briquet ne s'allumant pas à des images de la chaîne de production et distribution de caramels. L'apparente perfection de la mécanique productiviste est grippée.
    Dans les années 50, le monde du travail moderne mêlant production de masse, artistique et publicité servait de base à des comédies romantiques sucrées souvent musicales comme celles de Tashlin. Masumura noirci ces satires inoffensives. Le générique s'ouvre sur une chanson enjouée vantant le meurtre en contraste avec l'image d'une jeune fille reproduite mécaniquement à l'infini. Hitomi Nozoe devient un objet pop-art désincarné bien avant la Marylin de Warhol. Prémices du passage où la machinerie commerciale s'emballera, sa tête partout : en affiches, dans les magazines de la couverture aux pages centrales, dans des évènements publics et des mises-en-scène de sa vie privée. Les cols blancs écrasés par leur entreprise crachent du sang, se gavent d'excitants et de tranquillisants, se prostituent... Infantilisés, ils tiennent leurs réunions jouets à la main. Cela pourrait faire l'objet d'un gag, c'est une normalité dérangeante de voir ces messieurs importants se comporter comme un enfant avec son tricycle flambant neuf. Et la pauvreté est réelle. Dans les Géants et les jouets, la jeune fille pouilleuse, aux dents de piano, vit dans un taudis et fracasse la tête de ses petits frères turbulents. Rien à voir avec son inspiration détournée, Audrey Hepburn mannequin malgré elle dans Drôle de frimousse, ou les "miséreux" New-yorkais de Tashlin et leur problème de loyer d'un 150m². L'excès ressenti à la vision du film ne vient pas d'une réalisation tape à l'œil. Ce sont les paroles dures au flot rapide, plus crues et moins écrites pour le bon mot que dans les comédies US, qui donnent cette impression.

    De la production de masse et de marketing dans l'industrie du caramel au cinéma alors en crise de productivité avec le récent système de doubles programmes et jouant lui aussi des nouveaux visages médiatisés, le parallèle est aisé.
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    La Femme de Seisaku (1965)

    Seisaku no tsuma

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Takahiro Tamura, Nobuo Chiba

    L'épouse, ici sans nom, est ostracisée pour avoir été vendue à un vieil homme. Son second mari réquisitionné perd aussi le contrôle de sa vie.

    Ayako Wakao tient là son rôle le plus iconique pour moi. Une sorte de personnage de Tanizaki (chose qu'elle interprète fréquemment pour Masumura) à la sexualité affirmée mais qui échouerai à atteindre son indépendance. Elle joue une femme trop moderne pour son époque et qui mise à l'écart de la société s'enferme dans la passion, fatalité de la tragédienne à l'opposé de sa nature première libre.
    Rejetée, son geste de théâtre grec a un triple effet : conserver à tout prix son acquis, priver le village méprisant de sa fierté, tout en "ouvrant les yeux" de son mari sur sa condition d'objet.
    La fin diffère de la nouvelle qui se terminait sur le suicide des protagonistes chacun dans son coin. Wakao bêche le terrain, son mari aveugle assis sur le côté l'observant. "Qu'importe le regard des autres, ils sont aveugles" semble vouloir dire cette nouvelle fin.

    "Je ne fais aucun gros plan" assurait Masumura aux Cahiers du cinéma en 1969 (n°224).
    Mensonge forcément ! ai-je pensé. Eh bien non, le visage de l'actrice imprime la pellicule et la rétine sans artifice forcé. Dans le plan le parfait ovale blanc de son visage aspire le regard où qu'il soit.
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    Tatouage (1966)

    Irezumi

    1 h 26 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto

    Tout en adaptant scrupuleusement (sauf la fin) l'intrigue de 2 œuvres de Tanizaki (Le Tatouage et La Mort d'Otsuya), le trio magique Shindō au scénario, Masumura à la réal et Wakao 1er rôle réussit à adapter 2 récits contre-initiatiques de "femme-enfant" "avilie" en actualisant le personnage au désir assumé. En déplaçant une séquence de milieu de film en introduction, la voix assurée d'Otsuya et le tatouage douloureux sur son dos qui lui arrache des cris de jouissance rendent impossible de la voir comme "femme-enfant" quand la narration reprend chronologiquement.
    Dur de la croire quand elle accuse d'un ton assuré le falot apprenti de son père de l'avoir séduite. On n'assiste pas à une fugue romantique mais à une fuite du foyer bourgeois vers la luxure. En une très courte ellipse nous ne sommes pas surpris de voir qu'elle abandonne son kimono sombre et serré pour de riches vêtements qui semblent entassés sur elle et sa coiffure impeccable devenue négligée. Nouvelle confirmation de son caractère, la voilà réplique de la prostituée fatale Okita à la fin de Cinq femmes autour d'Utamaro. L'interprétation détachée d'Ayako Wakao, tout d'un bloc en ogresse masochiste se complaisant dans sa condition de femme vendue, fascine.
    Elle est d'ailleurs le cœur de l'image inspirée par la peinture japonaise.
    Après Passion Masumura (à l'aide du chef op Miyagawa) radicalise sa manière d'adapter Tanizaki, transformant le peu de description de l'environnement en des décors sombres, flous ou immatériels (à part la tanière d'Otsuya) sortis des lignes esquissées pour représenter les contours indéterminés du paysage dans la peinture traditionnelle. À l'opposé la lumière concentrée sur Wakao, en faisant la force vitale de l'image, semble plus inspirée des portraits du 20ème que d'Utamaro. Elle dégage un érotisme fou qui repose entièrement sur son interprétation (et un peu son physique, peau blanche, lèvres roses et yeux noyés dans des cils noirs énormes) sans dénuder plus que l'affiche ne vend, son dos, alors qu'une doublure à l'air de traîner dans le coin.

    Les propos amers de Masumura à l'égard de l'actrice suggèrent un parallèle avec ce tatoueur obsédé par sa création qu'il juge maléfique et vampirique (alors qu'il s'en nourrit).

    Une chanson idiote à la gloire de l'actrice (sur les images du film dont LA FIN) https://youtu.be/BIwWZaSHs60 ♫Wakao Ayako-o♪♫
    Musique du film https://youtu.be/NwGsIe3BQ4A
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    Confessions d'une épouse (1961)

    Tsuma wa kokuhaku suru

    1 h 31 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Hiroshi Kawaguchi, Eitarô Ozawa

    Ayako Wakao est accusée du meurtre de son mari dans un geste de survie durant une sortie en alpinisme. Le procès soulève des questions comme sa légitimité à s'affranchir de lui dans la mort et si elle était coupable d'aimer un autre homme.
    C'est encore une histoire de femme qui tente de s'émanciper pour finalement se raccrocher à l'amour comme une possédée. L'image du premier flash-back dit tout : Ayako, pendue dans le vide, encordée entre son mari et l'homme qu'elle aime, coupe le lien avec le premier pour se réfugier dans les bras du second.
    À travers ce procès et les personnes du quotidien se pose la question de comment est perçue l'individualité par la société. Ayako se rebelle difficilement et assume son geste sans regrets mais son jeune amant sous la pression fait marche arrière. Et la puissante dernière scène marque son échec en quelques plans et gestes.
    Comme un fantôme de femme noyée du cinéma japonais, Ayako apparaît trempée et blanche dans le bureau de l'homme qu'elle aime.
    https://youtu.be/tZOYJajuw0A
    Une apparition marquante et pourtant elle est recroquevillée et timidement cachée derrière son sac à main. Comme au début du film. Sa contestation de l'ordre établi n'a aboutit à rien. Un geste subtil le confirme. Un panoramique, comme le regard des employés sur elle, descendant le long de son corps se termine sur un léger mouvement de recul de son pied pour tenter cacher ses chaussettes boueuses. Après avoir bravé les conventions, elle a toujours peur du regard des autres.
  • L'Ange rouge (1966)

    Akai tenshi

    1 h 35 min. Sortie : . Drame et guerre.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Shinsuke Ashida, Yûsuke Kawazu

    Pendant la guerre de Chine, une jeune infirmière travaille au front.

    J'ai l'impression que c'est le film le plus Masumura. La jeune fille est maladivement soucieuse de l'opinion des autres, même celle de son violeur. Lorsque celui-ci est blessé elle va jusqu'à se vendre pour tenter de le soigner, en dépit du bon sens, par peur qu'il ne pense qu'elle se venge en le laissant mourir.

    Son refuge dans des passions, rébellion contre une hiérarchie insensible et acte déraisonnable car l'amenant directement sur le champ de bataille, la fait finir comme d'autres de ses rôles. Déchirée entre la femme libre et moderne et la tragédienne des drames anciens.

    Et bien sûr les corps, n'appartenant même plus aux humains. Wakao se vend pour de l'aide. L'état arrache des hommes à leur famille, ampute les survivants à la chaîne puis les dissimule. Les femmes sont achetées et offertes en réconfort aux soldats. Comme dit avant, même l'acte libérateur d'amour échoue et détruit le corps. Les scènes évocatrices sont montées par fragments avec des inserts rapides bras, jambes et torse.
    Très belle désintoxication suggestive, étrangement suivie d'un véritable acte sexuel un peu redondant. En tout cas une fois consommé la moustiquaire/voile est tombée et, pour un joyeux et court instant avant l'explosion et le retour à la solitude, le rapport de force s'est inversé. La jeune fille s'est imposée et porte l'uniforme de gradé.

    Cahiers du cinéma n°212
  • Bande-annonce

    Passion (1964)

    Manji

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Kyôko Kishida, Eiji Funakoshi

    Dans la lignée des tentatives d'indépendance qui s'écrasent dans la passion. Sonoko, femme au foyer, s'accroche comme une démente au corps parfait de sa nouvelle amie en voulant sortir de son train-train bourgeois. Le point de bascule se fait en frotti-frotta entre les deux dans un montage très Masumura : des plans rapprochés très courts de bouts de corps, éclatant ainsi leur individualité.
    Wakao (l'amie, Mitsuko) développe un jeu très affecté car elle interprète une manipulatrice qui use de sourires appuyés, battements de cils, moues, crises de larmes d'enfant gâté etc pour déclencher une passion dévorante chez tous ceux qu'elle croise, homme comme femme. Devenant presque gourou d'une secte vouée à la vénération de son corps en forçant ses victimes à se soumettre par la drogue et à s'entredévorer dans une passion vampirique. Autre élément répété de Masumura dont les relations excessives se marquent de dévoration par des morsures érotiques. Dans Passion, même un pacte d'amour fraternel très formel se scelle en buvant le sang de l'autre.
    Bien que dans ses thématiques, le réalisateur chamboule tout de même son style et ne balaie pas l'intégralité de l'environnement par des plans d'ensemble et des raccords à 180°. Il ne filme qu'en plans rapprochés, la caméra fixée aux personnages pour effacer leur environnement et appuyer leur dépossession morale et physique sous l'influence de Wakao. Tout se ressemble et la maison bourgeoise n'est pas un foyer beaucoup plus concret que les minables chambres d'auberge vides. De plus, couleurs des décors aux vêtements sont ternes et seule ressort la peau de Mitsuko divinité toc mais étincelante.
    Dans toute cette morgue, Masumura ne se place pas du côté des faibles. Une ironie immorale nous donne plaisir à suivre le gourou démoniaque et hédoniste.
  • Bande-annonce

    Courant chaud (1957)

    Danryu

    1 h 34 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzō Masumura avec Jun Negami, Sachiko Hidari, Hitomi Nozoe

    Bien content, et un peu surpris, au 23ème film de tomber encore sur un bon film. De quoi m'impatienter encore plus alors que je ne trouve pas les sous-titres pour plusieurs.
    Extrêmement foisonnant sur son heure 30, Courant Chaud balance les habitudes de Masumura argent, morale et individualité. Tous les personnages impressionnent de vitalité (même les salauds) et réservent même quelques surprises dans les nombreux changements de points de vue portés sur eux :
    La fille de bourgeois quitte l'oisiveté, l'insupportable glousseuse et amoureuse manipulatrice gagne son combat face à l'oie blanche et les portes de prisons se referment sur le monde du travail corrompu.
    Les communistes prennent une balle perdue au détour d'un complot, gratuit mais cohérent avec Le Faux étudiant.

    Seul reproche le liant, une gestion d'hôpital par un comptable extérieur à la famille propriétaire, n'est pas la base d'intrigue la plus passionnante et ne sert que de microcosme.
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    La Chatte japonaise (1967)

    Chijin no ai

    1 h 32 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Michiyo Ôkusu, Shôichi Ozawa, Masakazu Tamura

    Titre génial, il me semble qu'il a eu un petit succès dans les salles de quartier françaises. Pas étonnant, de la nudité assez franche (pour du film de gros studio japonais en 1967) et un rapport de domination joyeusement traité entre un esclave du capitalisme impuissant et sa jeune chatte pleine de vitalité. L'actrice, Michiyo Ōkusu, est top, et si les journées duraient 48h je me ferai bien sa filmographie.
    Adapté de Un amour insensé, roman de Tanizaki décidément apprécié de Masumura.

    Cahiers du cinéma n°206 et 224
  • Bande-annonce

    The Sex Check (1968)

    Daini no sei

    1 h 29 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Michiyo Ôkusu, Ken Ogata, Mayumi Ogawa

    Malheureusement après les très beaux Tatouage et L'Ange rouge, Masumura semble se désintéresser de l'aspect visuel de l'image. Le cadrage et montage sont toujours très étudiés mais plus question de clair-obscur ou de composition complexe. Sans ça, cette histoire tordue d'entraîneur sportif, au viol facile, qui prend sous son aile Ōkusu (la Chatte japonaise qui, ici, doit devenir loup), aurait été un de mes favoris. En plus, mes sous-titres fait main laissent trop de trous pour pleinement apprécier une histoire centrée sur les relations.

    On est pleinement dans l'accomplissement d'un trait directeur de L'Ange rouge, où une infirmière revêtait l'uniforme de gradé, puis de La Chatte japonaise, où madame porte la culotte et la moustache en se passant une mèche sur les lèvres dans un plan marquant. The Sex check pousse encore plus loin l'idée de femmes adoptant des traits masculins pour s'imposer. Cette ouvrière, aspirante sprinteuse olympique, est poussée par son coach à développer son côté masculin (en se rasant le visage par ex) pour dépasser les records féminins. Mais tout en continuant à la frictionner/masser personnellement, comme tout bon coach (encore maintenant). Sauf que...
    ... la jeune fille est hermaphrodite et il va désormais falloir pousser sa féminité pour passer l'examen médical. Ça pourrait être une mauvaise comédie, c'est un drame. Le corps c'est sérieux pour Masumura. Il réutilise son montage de morcellement du corps pour une illustration parfaite de cette adolescente doutant encore plus que d'autres de sa personnalité.
  • Le Faux étudiant (1960)

    Nise daigakusei

    1 h 34 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Jerry Fujio, Jun Fujimaki

    Plus de 10 ans avant les trucs mollassons de Wakamatsu comme l'Extase des anges (ou pire United Red Army), le désenchantement des mouvements révolutionnaires. Simplicité et efficacité du scénario sur la morale enrichie par la vue de Masumura sur l'aliénation de l'individu au groupe.
    Vu dans une qualité déplorable sur une cassette très fatiguée d'enregistrement de diffusion TV. On distingue vaguement Ayako Wakao qu'on devine formidable.
  • Le Mari était là (1964)

    Otto ga mita 'Onna no kobako' yori

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Jirô Tamiya, Keizō Kawasaki

    Conjonction des deux obsessions du début des années 60 du cinéma de Masumura. D'une part l'homme qui s'écrase face à la grandeur de "l'entreprise". De l'autre l'épouse qui tente de s'affirmer tant bien que mal.

    Deux femmes ici. Wakao, l'épouse malmenée par un mari dévoué à son entreprise et prêt à la vendre pour garder son poste, cherche (en vain) son bonheur dans l'émancipation. À l'opposé, une prostituée, vendue depuis des années par son compagnon, s'attache tragiquement à celui-ci. Les deux sont impeccables, avec beaucoup de belles scènes dont une d'amour pour Wakao très sensuelle. Elles "gagneront", les deux hommes finiront à leurs pieds par l'humiliation et le sang.
    Ce qui rend formidable d'autres films de Masumura c'est d'assembler ces deux caractères (qui fonctionnent très bien indépendamment comme ici) pour en faire une seule personne complexe et passionnante à regarder.

    C'est le premier à autant pousser le côté sensuel. Il n'en reste que quelques succincts plans de nus, Masumura se plaint dans un article de 1965 que le studio lui a imposé de nombreuses coupes à ce niveau. Étonnant de voir que les doublures corps utilisées ne sont pas des mannequins au corps élancé mais ont du ventre et la chair flasque.
  • Jeune fille sous le ciel bleu (1957)

    Aozora musume

    1 h 29 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Kenji Sugawara, Keizô Kawasaki

    Le scénario cendrillonesque ajoute des couches de dramatique sirupeux jusqu'à l'absurde pour finir par un sermon à effet magique. Annulant la déjà timide critique de la famille bourgeoise car menée par une fille éduquée qui n'essuiera pas la vaisselle très longtemps et insensible aux travailleurs (la bonne, le livreur... servent uniquement un rôle comique). "Je ne suis pas communiste mais j'aime la paix" résume le difficile équilibre du film.
    Il a l'originalité de s'éloigner du mélo sacrificiel japonais où une femme se tue à la tâche pour un fils, un père ou un mari. Ici, l'héroïne jette à la gueule du paternel toutes ses responsabilités ce qui en fait une rupture avec le classicisme.
    Prudent après l'échec de son 1er film pour lequel il a coupé dans le gras du scénario le ramenant à un inhabituel 1h12, Masumura, à la tête d'une plus grosse production et supervisé de près par la tête du studio, ne se permet pas la même épuration des excès sentimentaux et humoristiques lourdingues.
    "La seule chose que j'ai trouvée intéressante, c'est la personnalité enfantine et sauvage de la jeune protagoniste. J'ai pensé qu'il suffirait de faire ce portrait, alors je me suis concentré dessus." dit Masumura.
    Wakao déclare que sa consigne de jeu était de réciter ses dialogues "toujours plus vite" et qu'elle a trouvé compliqué de transmettre des émotions en s'y soumettant. On retrouve un élément essentiel des Géants et des jouets où la vitesse ne doit pas venir de la caméra mais des personnages.
    Cela dit la réalisation crée aussi une dynamique particulière. La caméra s'applique à dynamiser cette matière sucrée au maximum : toujours en mouvement, surveillant l'arrière-plan comme l'avant ou évoluent sans arrêt les acteurs. Les coupes sont franches. Les raccords à 180° ne sont pas encore ceux de grande maîtrise frontale de sa future filmo mais sont déjà saisissants. Et l'enchaînement de scènes est rapide et incroyablement fluide. Au milieu d'un dialogue matinal un raccord se fait sur une bagarre en soirée. Les scènes s'ouvrent par des mouvements impétueux (une joueuse de tennis courre et s'agrippe à un grillage, la caméra recule pour inclure les protagonistes déjà en pleine conversation). Le caractère sauvage et fougueux de Yuko est impeccablement retranscrit. Les couleurs sont belles et fraîches comme l'actrice, et sa garde robe en changement perpétuel est intelligemment significative : de la marinière à la robe rouge et chemisier blanc en coton épais (qui rappelle une Miko)
  • Débordements (1959)

    Hanran

    1 h 37 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Shin Saburi, Ayako Wakao, Keizô Kawasaki

    La violence des relations dans ce film... Tout se rémunère. Un homme donne de l'argent à son amante pour les soins de son fils, un jeune loup extorque des billets au père de la fille avec laquelle il sort pour en couvrir les frais, une femme au foyer rémunère son jeune amant qu'elle pensait sincère et un cadre (apparemment) en difficulté pour réunir des fonds dans sa division donne lui même de sa poche aux employés. Tout ça sans compter les cadeaux distribués.
    Encore un film sur le monde du travail (et sentimental) bien violent. Vu sans sous-titre sinon je pousserai bien à 8. Le sens global des scènes se comprend facilement mais les subtilités de dialogues manquent.
  • One Day at Summer's End (1968)

    Nureta futari

    1 h 22 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Kinya Kitaôji, Etsushi Takahashi

    Une femme délaissée par son mari se jette dans les bras d'un jeune enragé. Un rôle dans lequel Wakao (35 ans) se fond avec aisance. En tout cas plus que dans ses derniers rôles de jeune fille ou de bourgeoise corsetée. Ce pourrait être l'évolution des jeunes femmes aux mœurs plus libres que Wakao interprétait à la fin des années 50.
    Ses habits font le moine. Elle change ses robes légères pour mettre un kimono et se coiffe avec le chignon traditionnel quand elle veut résister à la tentation, et se parfume et s'habille (pour les retirer assez vite) à l'occidentale pour séduire.

    Ici encore, la pression de l'opinion extérieure combat ce désir d'émancipation. Étonnamment ce n'est pas elle, trentenaire assurée, qui vacille mais le jeune homme finalement pas si rebelle et enragé. La pression se fait si forte que même l'ancienne servante et hôtesse de la bourgeoise lui fait la leçon, se permettant d'inverser le rapport de classe, persuadée de son bon droit moral.
    Beaucoup de belles scènes. La symbolique limitée de l'enfermement par le surcadrage est ici très dynamique et se multiplie/modifie au fur et à mesure de l'évolution d'une scène. Masumura oblige, l'alternance de plans entre l'actrice et sa doublure nue est astucieuse se servant de cheveux mouillés à essorer pour masquer le visage, de positionnement de vêtement... Et une parade nuptiale marquante où le motard fait des cercles en faisant vrombir son moteur autour de la femme prête à repartir avec son mari.
  • Bande-annonce

    Jeux dangereux (1971)

    Asobi

    1 h 30 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzō Masumura avec Keiko Takahashi, Masaaki Daimon, Keizô Kanie

    Très jolie scène de première fois, climax du film.
    J'avoue ne savoir quoi dire de plus sur ce film qui m'a plu. La justesse de leur relation fait pour beaucoup. La jeune fille est top, pas plus âgée que le rôle ni rendu trop jolie au maquillage. Le garçon en fait beaucoup, vraiment beaucoup.
  • Démangeaisons (1962)

    Tadare

    1 h 28 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Jirô Tamiya, Yaeko Mizutani (2)

    Une fille pauvre (ancienne geisha ?) met le grappin sur un homme à bonne situation qui divorce pour elle. Seulement, elle devra se battre pour le conserver quand sa jeune cousine (nièce ? beaucoup de points d'interrogations car pas de sous-titres) frustrée se réfugie chez elle.

    Les combats pour la possession d'un mâle entre trois femmes qui sont toutes d'un autre temps correspondent bien à Masumura et ses personnages de tragédiennes en décalage, c'est surtout un écrin pour Wakao. L'actrice joue de la façon la plus classique que j'ai pu voir. Servie par des premiers plans où elle regarde au loin, vers un paradis qu'elle n'atteint pas, elle exprime longuement et ouvertement des sentiments et une palette de jeu (comme dit vulgairement) qu'habituellement elle intériorise. Forcément moins original mais adapté à un rôle plus franc.
  • Bande-annonce

    Hanzo the Razor 2 : L'Enfer des supplices (1973)

    Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zeme

    1 h 29 min. Sortie : . Action et drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Shintarô Katsu, Keiko Aikawa, Kazuko Inano

    Pour rester dans une posture auteuriste on pourrait définir le rasoir du titre comme une force ne se pliant pas aux règles de la religion et de l'argent.
    Bon c'est surtout de l'exploitation bien rythmée. Je suis pas fan des combats, le poignard vs parapluie dans Tatouage est bien meilleur, mais ils sont sanglants comme il faut et les cadavres s'entassent vite. Et puis y'a de l'érotisme, des corps féminins nus et surtout beaucoup de gros plans sur les fesses potelées du rondouillard sabreur.
  • Bande-annonce

    Beauté coupable (1959)

    Bibô ni tsumi ari

    1 h 27 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzō Masumura avec Ayako Wakao, Fujiko Yamamoto, Hiroshi Kawaguchi

    Une autre facette de l'exode rural fin années 50 que Masumura traita dans jeune fille sous un ciel bleu. Une horticultrice endettée est poussée par son entourage à vendre sa terre pour un projet immobilier.
    De là se joue une opposition sur plusieurs niveau des traditions et de la modernité (danse traditionnelle et contemporaine se suivent, abandon de la maison familiale, libération sexuelle etc). Le tout semble se creuser de plusieurs nuances, il est question de surproduction, de mondialisation et de surpopulation, qui m'ont pour beaucoup échappé à cause de sous-titres fait maison et du nombre important de personnages. Wakao est charmante dans le seul rôle purement moderne. Partie travailler comme hôtesse de l'air à Tokyo et sexuellement libérée, elle laisse derrière le jeune horticulteur à qui elle demandait beaucoup d'attention (tout en restant charmante et naturelle, le tournant femme-fatale vient plus tard).
    Très beau numéro de danse, suivi d'une vue d'avion du Japon en conclusion.
  • Le Gars des vents froids (1960)

    Karakkaze yarô

    1 h 36 min. Sortie : . Drame et action.

    Film de Yasuzō Masumura avec Yukio Mishima, Ayako Wakao, Keizô Kawasaki

    Un yakuza tente d'échapper à la mort.
    L’histoire aboutissant au film telle que racontée par le réalisateur : l’écrivain Mishima approche le président de Daiei avec le désir d’un premier rôle en demandant spécifiquement Masumura jeune réalisateur célèbre pour son travail mais aussi ses articles véhéments dans les revues, et Wakao en joli cœur pour l’accompagner (ou plutôt le suivre).
    La Daiei refusa un premier traitement sur le féodalisme à l'œuvre dans les courses de chevaux et Masumura dû se contenter d'une histoire de yakuza faussement à la gloire de son étrange premier rôle narcissique et fier d'exhiber son corps étrange au torse qui commence à montrer les effets du body building mais aux jambes de poulet. Il a même droit à une pseudo scène de western avortée. Le réalisateur dû le bousculer pour en tirer quelque chose et l'acteur n'est pas si catastrophique que cela a pu être dit. Forcément, il est un peu rigide et s'agite trop mais cela fonctionne à peu près dans son personnage de minable têtu qui tente de s’imposer sans arriver à battre qui que ce soit à part sa femme. Ce que son jeu gâche vraiment c'est sa relation avec Wakao dont le rôle a l'air d'être écrit pour qu’elle aussi prenne l'ascendant sur lui en toute discrétion. Ce qui se ressent assez mal au final.


    Des envies de script intelligent, il ne reste qu’une opposition entre les travailleurs dont certains se battent pour changer le monde et les yakuzas. Là aussi une idée minimisant Mishima yakuza.
    En plus de leur bagarre directe, des travailleurs apparaissent régulièrement, (parfois complètement gratuitement comme le livreur de plats à emporter) juste en rappel par contraste. Il y a souvent quelqu'un qui travaille à l'arrière-plan, ironique pour le premier plan de truands n'ayant jamais exercé de métier. Ces présences innocentes sont pourtant inquiétantes du fait de la menace qui pèse sur le blouson noir.
    Bon final. La tension pointe en quelques plans anodins. Et superbe idée résumant la personnalité grotesque de Mishima, mourant à contresens dans l'escalator.

    À noter que ce film noyé de vert morne sort quelques mois avant que ce petit malin de Nagisa Oshima déclare un truc du genre “j’ai banni le vert de mon film, c’est une couleur de bourgeois”
  • Bande-annonce

    Le Soldat yakuza (1965)

    Heitai yakuza

    1 h 43 min. Sortie : . Action, drame et guerre.

    Film de Yasuzō Masumura avec Shintarô Katsu, Takahiro Tamura, Eiko Taki

    Un film sur les sévices dans l'armée japonaise qui malgré son traitement léger avec la résistance bouffonne de deux soldats (Shintarō Katsu oblige, remplissant le film de beaux combats exubérants) réussi à instaurer une ambiance glaçante par moment. Comme le note Jonathan Rosenbaum, les seules violences de ce film de guerre ont lieu entre japonais.
    On aperçoit une prostituée mordre son amant soldat, geste de Wakao dans Testaments de femmes qui reviendra dans l'ange rouge.
  • La Musique (1972)

    Ongaku

    1 h 44 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Noriko Kurosawa, Toshiyuki Hosokawa, Chôei Takahashi

    Petite curiosité. Masumura, porté sur la psychanalyse comme beaucoup d'intellectuels de l'époque je suppose, signe l'adaptation du roman de Mishima (son camarade de classe récemment mort dans un coup d'éclat).
    Le beau générique avec des ciseaux superposés au corps de l'actrice nue, sorte de réminiscence de la technique de morceler les corps du réalisateur, m'est apparue comme une provocation envers les coupes des censeurs : la nudité est assez franche pour 1972 alors que des procès viennent de s'ouvrir contre la Nikkatsu et des indépendants.

    Une sorte d'enquête policière dans l'univers de la psychanalyse. Forcément, retrouver l'origine d'un traumatisme comporte moins d'enjeu que de démasquer un tueur mais l'originalité du concept maintient l'intérêt éveillé. L'intrigue, si elle évite le rapport aux parents tarte à la crème, fait tout de même un peu inventaire de la psychanalyse. Le personnage de mythomane maintient la tension.
  • Bande-annonce

    La Méduse électrique (1970)

    Denki kurage

    1 h 32 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzō Masumura avec Mari Atsumi, Yûsuke Kawazu, Akemi Negishi

    Étonné de voir un Masumura s'ancrer dans des conditions sociales spécifiques (la vie d'hôtesse de bar, la prostitution...) sans une puissance supérieure fautive (l'état, l'entreprise, la bourgeoisie féodale, une communauté...), juste l'argent. Même dans un simple mélodrame, son personnage principal a encore une fois une volonté propre qui dépasse la morale policée de cinéma de studio. Dommage que l'actrice n'ai pas les épaules suffisante.

    Copie malheureusement très sombre, on se croirait dans les pompes funèbres même pendant des effets voulu flashy.
  • Bande-annonce

    La Méduse paralysée (1970)

    Shibirekurage

    1 h 30 min. Sortie : . Drame.

    Film de Yasuzô Masumura avec Mari Atsumi, Ryo Tamura, Yûsuke Kawazu

    Une top modèle sera confrontée à la prostitution pour le bénéfice de grandes industries et aux yakuzas maîtres chanteurs de son père alcoolique. Elle parvient à détourner les armes de cette économie moderne contre eux et à s'en laver. Mélodrame mineur, l'actrice est un peu morne comparée à d'autres (Wakao, Nozoe, Ōkusu...) fidèles de Masumura.
    Pas que ça transcende cette histoire, mais c'est la première fois que je m'aperçois du génie des raccords de Masumura, complètement invisibles qu'ils soient dans l'axe ou à 180°.
  • Les Baisers (1957)

    Kuchizuke

    1 h 14 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzō Masumura avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Aiko Mimasu

    Rien à dire, l'écriture est plus tenue que dans La Jeune fille sous le ciel mais moins de scènes m'ont marqué. Masumura déclare avoir coupé dans le scénario les excès de sentimentalisme, ce qui explique son efficacité et sa durée exceptionnellement courte. Roucoulades en maillot de bain, lien avec la mère à recréer et dramatisation autour de la prostitution.
    D'après Masumura à la projection du film le dirigeant de Daiei, Nagata, déclara "C'est différent. Ce n'est pas bon pour les affaires." Le film fut un échec et Masumura failli retourner assistant réalisateur sans le soutient de son mentor Ichikawa.
  • Bande-annonce

    La Bête aveugle (1969)

    Môjû

    1 h 24 min. Sortie : . Érotique, drame et Épouvante-horreur.

    Film de Yasuzō Masumura avec Eiji Funakoshi, Mako Midori et Noriko Sengoku

    Un modèle (métier récurrent chez Masumura) avide de regards est capturée par un sculpteur aveugle.
    En grande partie pénible dans la psychologie des personnages, le film décolle quand la victime n'agit plus de façon "rationnelle" et s'abandonne devenant fragmentée, figurativement (par le montage) et littéralement, comme les sculptures. Le phénoménal décor d'abord illustratif prend une plus grande importance à ce tournant.
    Adapté des 55 premières pages, ce qui explique l'étirement à mon sens inutile et trop psychologique du film, de La Bête aveugle roman d'Edogawa Rampo.
  • Bande-annonce

    La Voiture d'essai noire (1962)

    Kuro no tesuto kaa

    1 h 35 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Yasuzō Masumura avec Jirô Tamiya, Junko Kanô, Eiji Funakoshi

    Masumura se réveille dans 2-3 scènes qui l'intéressent car questionnant la morale de ces espions industriels prêts à vendre leur femme ou pousser au suicide pour leur carrière en entreprise. Il essaie bien de rendre sensible une association soldats et employés de grandes entreprises et de poser une ambiance mais le scénario n'a pas la force des rapports homme/femme de ses meilleurs films et l'intrigue d'espionnage m'indiffère poliment.
  • Nuée d'oiseaux blancs (1969)

    Senba zuru

    1 h 36 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzô Masumura avec Ayako Wakao, Machiko Kyô, Mikijiro Hira

    C'est toujours frustrant de voir un livre apprécié énormément simplifié à son passage à l'écran. La fin brutale d'origine s'étire ici sur 10 minutes. Le personnage venimeux qui avance quelques pions puis regarde faire la nature humaine est constamment présent dans le film, criant vengeance dès l'introduction. La simplification touche les lieux de rencontre (probablement question de budget) mais une personne qui fait ses approches par lettre et téléphone n'a pas le même caractère lorsqu'elle se présente directement face à l'autre. Et plein d'autres choses, surtout dans la présentation des céramiques.
    Cela dit le film n'est pas mauvais et fait ce qu'il peut avec son très petit budget. La mise en scène du peu de lieux par la lumière, des bourgeons ou des fleurs placées dans le cadre etc s'avère efficace. Le scénario tente aussi d'appuyer la délicate position des enfants écrasés par l'histoire de la génération précédente, d'actualité en 1969.
    La langue empesée pose parfois problème avec les adaptations. Si le langage frontal dans Tatouage où Wakao, fille de nouveaux riches s'exprime comme une charretière, se suit agréablement, dans un environnement bourgeois bien installé les dialogues littéraires tirent en longueur verbeuse déplaisante à écouter comme dans Passion et ici. Peut-être est-ce du aux actrices trop sages. Celles-ci collent pourtant parfaitement aux descriptions du roman : le physique particulier de Machiko Kyō vieillissante pour une asexuée antipathique et Ayako Wakao en veuve tourmentée par sa sexualité libre dont la description est troublante de ressemblance du "cou souple et délicat, la nuque longue" au "nez menu et la bouche petite en comparaison avec les yeux" jusqu'à la troublante "lèvre inférieure légèrement débordante, qui esquisse comme une moue quand elle parle". L'acteur est beaucoup trop âgé pour le rôle.
  • Testaments de femmes (1960)

    Jokyo

    1 h 40 min. Sortie : . Drame, romance et sketches.

    Film de Yasuzō Masumura, Kon Ichikawa et Kōzaburō Yoshimura avec Ayako Wakao, Chieko Murata (1), Hiroshi Kawaguchi

    Sans grand intérêt, trois petite histoires morales sur des femmes vénales au grand cœur. Celle de Masumura se reconnaît à son fétichisme pour les morsures (et accessoirement à ses acteurs).
    Ma préférée : la deuxième d'Ichikawa. Je ne suis pas certain d'avoir tout compris, mais au moins le réal s'amuse avec les signatures de son cinéma comme le jeu affecté des acteurs et les décors épurés.
  • Bande-annonce

    L'Homme qui ne vécut que pour aimer (1961)

    Koshoku ichidai otoko

    1 h 32 min. Sortie : . Historique et comédie dramatique.

    Film de Yasuzō Masumura avec Raizô Ichikawa, Ayako Wakao, Tamao Nakamura

    Une comédie, jamais très drôle, sur un fils prodigue coureur de kimonos. L'Homme qui ne vécut enchaîne en 10ans de vagabondage les vignettes avec des femmes qu'il aime sincèrement.
    Bien qu'étant un projet que l'on sent moins travaillé, le film reste une œuvre de studio soignée dans laquelle on reconnait des thématiques chères à Masumura.
    Le protagoniste tente de vivre en désobéissant à son père riche commerçant radin et s'oppose surtout à l'autorité des samouraïs (pas franchement présentés sous leur meilleur jour).
    Ouvertement féministe, le mot de marchandise est clairement posé, les rencontres à travers le Japon seront autant de portraits enjoués et tristes de femmes. Le meilleur gag : la mort subite de la mère à la suite de son mari malade et le commentaire d'un observateur admiratif "Quel parfait exemple de la femme japonaise." Quelques mois plus tard sort Confessions d'une épouse.
  • Double suicide à Sonezaki (1978)

    Sonezaki shinju

    1 h 52 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Yasuzô Masumura avec Meiko Kaji, Ryûdô Uzaki, Hisashi Igawa

    Excellente mise-en-scène de Masumura qui tient les 2h de films uniquement en plans rapprochés, format 1.37 et longue focale. Alors bon, ça cache surtout la misère de la production (les perruques sont un ratage monumental) mais réussir à insuffler de la vie à une image si restreinte est un exploit. Dès le début on est entraîné : une course main dans la main d'amants au milieu de statue bouddhistes la nuit sur fond de guitare. Le lyrisme s'affiche.
    Problème, l'adaptation très fidèle d'une pièce de théâtre rend le film insupportablement verbeux, en plus pour une histoire qui ne passionne pas d'escroquerie et de dette. De nombreuses bonnes scènes silencieuses surnagent aisément : la fuite la nuit, la communication visage/pied, l'extinction de la lampe, la fin etc Meiko Kaji m'a agréablement surpris en actrice dramatique éloignée des rôles mutique que je lui connaissais.
    La fin m'a semblé un pied de nez à leur croyance de vie éternelle et à la religion (peut-être que j'y colle trop mes convictions). Le bain de sang de leur suicide qu'on ne peut pas décrire beau jure avec l'or du bouddhisme.
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