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Zweig, le Japon et les autres : ce que j'ai lu de janvier à décembre 2016... Et ça continue en 2017et 2018

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130 livres

par Aurea

Petite liste mémo de mes lectures, juste pour faire le point sur ces ouvrages choisis ou conseillés que j'ai aimés, un peu, beaucoup, passionnément, un univers dont je me suis reprise à goûter les plaisirs divers et variés et qui fait de nouveau partie de mon quotidien.

Liste qui s'étoffe au fur et à mesure de mes nouvelles lectures.
Nouvelle liste de lectures 2019 : En tournant les pages https://www.senscritique.com/liste/2019_En_tournant_les_pages/2316136

La vie de Marianne en couverture

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  • Germinie Lacerteux

    Sortie : 1865. Roman.

    Livre de Edmond et Jules de Goncourt

    Reco de Marine DoDouce

    Beaucoup aimé cette figure de femme passionnée et déchue si bien décrite par Les frères Goncourt, véritables modèles pour Zola.
    Un roman qui ne fait pas de cadeau aux classes populaires ni à la société en général : une oeuvre dure et puissante.

    Extrait de la préface de la première édition, écrite par les Goncourt eux-même :

    "Le public aime les romans faux : ce roman est un roman vrai.
    Il aime les livres qui font semblant d'aller dans le monde : ce livre vient de la rue.
    Il aime les petites oeuvres polissonnes, les mémoires de filles, les confessions d'alcôves, les saletés érotiques, le scandale qui se retrousse dans une image aux devantures des libraires ; ce qu'il va lire est sévère et pur. Qu'il ne s'attende point à la photographie décolletée du plaisir : l'étude qui suit est la clinique de l'amour."
  • Le Monde d'hier (1942)

    Die Welt von Gestern. Erinnerungen eines Europäers

    Sortie : 1942. Autobiographie & mémoires.

    Livre de Stefan Zweig

    Reco de BibliOrnitho : chef d'oeuvre !

    "Cri désespéré d'un homme des plus choyés, naufragé au sein d'un monde en perdition.
    On découvre sa vision de l'histoire des quarante premières années du XXème siècle, ensuite, il choisira de ne plus voir."
  • Marie-Antoinette

    Sortie : 1933. Biographie et histoire.

    Livre de Stefan Zweig

    "Stefan Zweig écrit des livres d’histoire en romancier : sous sa plume légère, profonde et spirituelle tout semble évident et tout paraît clair."

    Eblouissant
  • Marie Stuart

    Sortie : 1935. Biographie.

    Livre de Stefan Zweig

    "Si les portraits sont passionnants par leur justesse psychologique, ils prennent un relief supplémentaire dans la confrontation organisée par Zweig entre les deux reines, Marie Stuart, la fantasque flamboyante, et Elisabeth, la politicienne besogneuse et retorse.
    Selon lui, Elisabeth a gagné la bataille de leur vivant à toutes deux, mais Marie Stuart a pris sa revanche avec la postérité... "

    Romanesque par le souffle mais rigoureux par la pensée.
  • Le Voyage dans le passé

    Widerstand der Wirklichkeit

    Sortie : 1929. Recueil de nouvelles.

    Livre de Stefan Zweig

    "Dans ce texte bouleversant, jamais traduit en français jusqu'à ce jour, on retrouve le savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrières-pensées. les abîmes de l'inconscient."

    Une nouvelle qui plonge une fois de plus dans les tréfonds de l'âme et du coeur.
  • L'Amour d'Erika Ewald / Die Liebe der Erika Ewald

    Sortie : . Nouvelle.

    Livre de Stefan Zweig

    "L'amour d'Erika Ewald expose la passion d'une jeune professeur naïve et chaste pour un musicien qui ne saurait sacrifier son art à aucun amour. On y parle d'abnégation, de tension entre des sentiments purs, entiers et romantiques et le gouffre du désir qui ne souffre pas de refus."

    Beau et cruel
  • Printemps au Prater

    Praterfrühling

    Sortie : 1900. Recueil de nouvelles.

    Livre de Stefan Zweig

    Courte nouvelle, oeuvre de jeunesse : Zweig avait 19 ans lorsqu'il l'a écrite, sorte "d'aquarelle littéraire", légère et presqu'adolescente qui annonce déjà ses futurs chefs-d'oeuvre.

    Ce recueil comprend aussi une autre nouvelle, La scarlatine, bien plus fouillée que la précédente : un art du portrait qui exprime on ne peut mieux le talent de l'écrivain et à laquelle j'aurais mis 9 si j'avais pu la noter.

    Merci Piou-piou
  • Les Herbes du chemin (1915)

    Michikusa

    Sortie : 1915. Roman.

    Livre de Natsume Sōseki

    "Rien, pour ainsi dire, ne se règle dans le monde. Ce qui est arrivé une fois nous poursuit sans fin."

    Ce n'est pas Clair-obscur mais c'est la vie de Sôseki
  • Le Japon moderne et l'éthique samouraï (1967)

    Hagakure Nyumon

    Sortie : 1967. Essai.

    Livre de Yukio Mishima

    Reco de Dogle que je remercie : très éclairant quant à la connaissance de l'auteur.

    "Mishima, dans cet ouvrage, suit surtout le Hagakure, livre d’éthique samouraï écrit au XVIIIe siècle en 11 tomes par l’élève de Jocho Yamamoto, vrai samouraï devenu prêtre sur la fin de sa vie. Il n’en existe que des extraits traduits en français.

    Pour Mishima, « le Hagakure s’efforce de soigner le caractère pacifique de la société moderne en lui appliquant ce puissant remède qu’est la mort » p.31.
    Marguerite Yourcenar aimait ce livre parce qu’il chantait aussi la ‘voie des éphèbes’, l’homosexualité guerrière au Japon. Mais il a, au fond, cette exigence stoïcienne de perfection que l’homme doit approcher sans l’atteindre jamais."

  • L'École de la chair (1964)

    Nikutai no gakko

    Sortie : 1964. Roman.

    Livre de Yukio Mishima

    "Pour un homme comme pour une femme, "être aimé" est tout à fait différent d' "aimer". Taeko commençait à en prendre conscience depuis sa liaison avec Senkichi. Ces deux sentiments faisaient partie de deux univers totalement étrangers l'un à l'autre. Taeko était mise pour la première fois devant cette vérité effrayante de la vie humaine. "

    Tellement vrai, tellement juste : une analyse subtile et intemporelle du sentiment amoureux chez la femme.
  • Jeou-P'ou-T'ouan ou la chair comme tapis de prière (1693)

    肉蒲團

    Sortie : 1693. Roman.

    Livre de Li Yu (1)

    "Rien n'est moins occidental, rien n'est moins chrétien que cette littérature hors du péché, déliée de toute pudibonderie, candide dans sa crudité. La recherche de la volupté, minutieusement détaillée, ne s'y accompagne d'aucune perversion morbide. Le tendre souci du plaisir de l'autre y est toujours présent."

    On prend goût à ces voluptés épistolaires qui ne prônent que le plaisir
  • La Vie de Marianne

    Sortie : 1731. Roman.

    Livre de Marivaux

    Reco de Mirbeau : j'ai adoré !

    "Le coeur et le naturel caractérisent Marianne. Elle est la spontanéïté incarnée, incapable de ruser, de feindre, de se contenir, et pleure toutes les deux pages. C'est ce caractère qui séduit les personnages qu'elle rencontre, en plus de sa grâce naturelle évoquant ses (probables) origines aristocratiques. Mais l'incertitude de sa naissance reste un obstacle. Elle a certes l'amour de Miran et de Valville, mais la société condamnerait ce dernier s'il épousait quelqu'un qui, tout compte fait, pourrait venir du peuple."
  • Sucre d'orge (1954)

    Hard Candy

    Sortie : 1954. Recueil de nouvelles.

    Livre de Tennessee Williams

    "On retrouve les thèmes de prédilection de l'auteur dans ce recueil. Sans jamais tomber dans la facilité et le vulgaire, Tennessee Williams brosse des portraits d'hommes et de femmes désabusés et tendres, conscients de la vacuité de leur existence.
    A force d'alcool, d'aventures sans lendemain et de fuites en avant, ils tentent de remplir ce que la vie n'a pu leur apporter et ce qu'ils n'ont pas été capables de prendre. de tristes leurres pour oublier qu'ils ont oublié de vivre.
    Une quête d'amour, de reconnaissance ou de jeunesse aussi vaine qu'insensée. de la touffeur d'une journée d'été au silence enveloppant d'une salle obscure, Tennessee Williams peint le
    désir et la débauche de façon unique."

    Une nouvelle, sorte de mise en bouche de l'auteur.
  • Monsieur ou le Prince des ténèbres (1974)

    Monsieur, or The Prince of Darkness

    Sortie : 1974.

    Livre de Lawrence Durrell

    "Durrell explore les méandres de la création littéraire et s'interroge sur le métier d'écrivain.
    Exercice brillant mais une intrigue souvent interrompue par la mise en abyme, une sombre histoire de ménage à trois avec inceste entre frère et soeur,
    Des écarts liés aux divagations philosophiques d'une secte. Durrel s'intéresse, en effet, au Gnosticisme qui pense que le Mal a triomphé sur Terre et a remplacé le Bien, théorie qui ne peut mener qu'au suicide librement consenti.

    Bref, Durrell avait décidé d'écrire un livre qui ne serait pas comme les autres et il y est parvenu mais ....il faut s'accrocher."
  • Tout disparaîtra

    Sortie : . Récit.

    Livre de André Pieyre de Mandiargues

    "Décors fascinants jusqu'à l'obsession, l'univers de Mandiargues se retrouve tout entier dans ce texte où l'érotisme côtoie le fantastique. On y retrouve des tonalités surréalistes, ce qui n'est pas étonnant puisque l'auteur a fréquenté l'écrivain André Breton et le peintre Léonor Fini."

    Astrid Schilling

    Inattendu et franchement étonnant : je me suis laissé prendre
  • La Verge d'Aaron (1922)

    Aaron's Rod

    Sortie : 1922. Roman.

    Livre de D. H. Lawrence

    "Dans ce roman on retrouve les grands thèmes chers à D. H. Lawrence, l'exposition des problèmes qui le tourmentaient : l'art, l'amour, la fausseté de la guerre, la vanité du monde, la misère sociale. Mais on y découvre surtout le malaise d'un homme, celui de l'homme du XXe siècle. "

    Une oeuvre dont j'ai aimé le caractère introspectif et la sincérité.
  • Le premier siècle après Béatrice

    Sortie : 1992. Roman.

    Livre de Amin Maalouf

    "La sagesse est la vertu oubliée de notre temps. Un savant qui n'est pas aussi un sage est, soit dangereux, soit, dans le meilleur des cas, inutile."

    Je ne connaissais pas Maalouf : ce petit ouvrage original teinté de poésie m'a donné envie de découvrir Samarcande et Léon l'Africain.
  • Soie (1996)

    Seta

    Sortie : 1996. Roman.

    Livre de Alessandro Baricco

    Reco de No-Hell

    L'un des plus beaux passages, à la fois charnel et poétique :

    «On posa sur ces yeux un linge mouillé ….
    Hervé Joncour sentit l'eau couler sur son corps … de l'eau comme de l'huile. Et un étrange silence, tout autour. Il sentit la légèreté d'un voile de soie venir se poser sur lui. Et les mains d'une femme – d'une femme – qui l'essuyaient en caressant sa peau, partout ces mains, et cette étoffe tissée de rien. Pas un instant il ne bougea, pas même quand il sentit les mains remonter de ses épaules à son cou, et les doigts – la soie, les doigts – monter jusqu'à ses lèvres, les effleurer, une fois, lentement, puis disparaître. »
  • Amitié profane

    Sortie : .

    Livre de Harold Brodkey

    "Le narrateur, Niles O'Hara, revient à Venise où il vécut plusieurs années, enfant et adolescent, avec l'intention d'y écrire un roman d'amour. Mais qu'est-ce que l'amour et comment le représenter? Telle est la question qui hante l'écrivain qu'il est devenu et à laquelle il veut que son livre réponde."

    Venise, l'amour et ses jeux de cache-cache : Thomas Mann n'est pas loin.
  • Passion et repentir (1870)

    The New Magdalen

    Sortie : 1870. Roman.

    Livre de Wilkie Collins

    "Avec une psychologie fine et nuancée, W. Collins dissèque,à la manière de Jane Austen, les mouvements du coeur et atermoiements des différents personnages et met en lumière avec brio et humour l'hypocrisie de la haute société victorienne et ses difficultés à admettre dans la bonne société une femme qui a "péché".

    De belles fulgurances féministes émaillent ce roman que j'ai lu avec un grand plaisir
  • La Part des flammes

    Sortie : . Roman.

    Livre de Gaëlle Nohant

    "Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre."

    Le charme d'un ouvrage follement romanesque
  • Mrs Craddock

    Sortie : 1902. Roman.

    Livre de W. Somerset Maugham

    "C'est la passion qui pousse la jeune et belle Bertha Ley, issue de l'aristocratie, à épouser son métayer, Edouard Craddock, bravant les conventions et la désapprobation générale, et dont l'image forte et virile ne cesse de la hanter.
    Il n'est pas de son niveau social, et elle le sait, et ni de son niveau intellectuel, et cela, elle le découvrira à ses dépens. Contrairement à ce qu'elle redoutait, Edouard devient la coqueluche du voisinage, sa bonhommie joviale et son heureux caractère lui valant l'amitié de tous, tandis que sa jeune épouse est jugée hautaine et orgueilleuse.
    Hélas, Edouard Craddock s'inquiète plus du confort de ses vaches laitières que de sa ravissante épouse, préfère les opérettes à Mozart, ne lit que le journal local alors que Bertha est férue de littérature, et surtout, oppose son pragmatisme et son bon sens terrien au caractère fantasque et romantique de la jeune femme. Il faudra plusieurs années, et quelques drames, pour que Bertha réalise toute l'étendue de son erreur..."


    Belle reco de RatdeBibli : le romanesque et la fantaisie rebelle de l'héroïne m'ont totalement séduite.
  • La Foire aux vanités

    Vanity Fair

    Sortie : 1846. Roman.

    Livre de William Makepeace Thackeray

    "Adieu, adieu, mes enfants, refermons la boîte et rangeons nos marionnettes, car le spectacle est terminé."

    Becky, une "héroïne", belle, intelligente, habile, dotée de tous les talents, mais "pourrie" jusqu'à la moelle.
    Et pourtant, Thackeray n'a t-il pas déclaré un jour : "J'aime Becky dans ce livre, j'ai parfois l'impression de partager ses goûts."

    Et cette ambivalence nous la partageons aussi.
    Une satire sociale intemporelle, un grand roman.
  • Le Visage émerveillé (1904)

    Sortie : 1904. Roman.

    Livre de Anna de Noailles

    Paru en 1904

    Une religieuse, mon ami, cela se
    prend dans une cellule, une nuit
    de mai, au pied d’un crucifix...

    A. de Noailles

    Beau lyrisme dans ce roman plein de fraîcheur et de grâce à peine sulfureuse, et que je remercie Tsu Mego de m'avoir fait connaître.
  • Isabelle (1911)

    Sortie : 1911. Roman.

    Livre de André Gide

    "Un roman d'amour au charme désuet, construit sur une imagination débridée, une sensibilité exacerbée, une jeunesse encore folle pour qui tout est possible. Un court voyage dans le temps où les belles lettres sont de mise, où les mots ont tout leur sens, où les métaphores font rêver... Ou encore, une prose emplie de poésie."

    Découvert par hasard chez cet écrivain un peu oublié, plein d'une élégance surannée aux senteurs du passé, et que j'ai lu d'une traite, avec un grand plaisir.
  • La Prisonnière (1923)

    Sortie : 1923. Roman.

    Livre de Marcel Proust

    "De retour de son second séjour estival à Balbec, le narrateur a emporté dans ses malles l'une des jeunes filles en fleurs, Albertine, qu'il tient presque cloîtrée, profitant de l'absence de sa mère retenue pour un long temps à Combray, dans son appartement parisien.

    Fou de jalousie, il veut à tout prix empêcher toute rencontre possible d'Albertine avec d'improbables prétendants. Même si ses sentiments pour elle ne sont déjà plus ceux qu'ils étaient quand Albertine restait encore une inconnue aperçue sur les plages de Balbec et qu'elle nourrissait les fantasmes d'un narrateur qui n'en manque pas, il exige, rien de moins, qu'elle ne vive et respire que pour lui.

    Mais la prisonnière n'est peut-être pas celle que l'on croit. L'amour, nous le savons bien - c'est l'un des grands thèmes de la littérature - s'apparente à un enchaînement, à un servage volontaire. le narrateur s'enferme dans ses craintes et ses névroses, tel Othello devant Desdémone, devenant ainsi prisonnier de ses propres tourments. Celui qui narra auparavant (voir Un amour de Swann) les désillusions de Swann avec Odette de Crécy, rejoue la partition, mais en tant qu'auteur-compositeur.
    Ce roman est aussi une sorte d'essai sur le mensonge, qu'il soit amoureux, amical ou mondain ; on n'en a jamais aussi bien parlé."

    Et la magie est toujours là
  • Albertine disparue (1925)

    Sortie : 1925. Roman.

    Livre de Marcel Proust

    "Mademoiselle Albertine est partie ! Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m’analyser, j’avais cru que cette séparation sans s’être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu’elle me privait de réaliser, je m’étais trouvé subtil, j’avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l’aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je ne pourrais pas y résister plus longtemps.

    Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore ! Il fallait faire cesser immédiatement ma souffrance. Tendre pour moi-même comme ma mère pour ma grand’mère mourante, je me disais, avec cette même bonne volonté qu’on a de ne pas laisser souffrir ce qu’on aime : « Aie une seconde de patience, on va te trouver un remède, sois tranquille, on ne va pas te laisser souffrir comme cela. »

    Ce fut dans cet ordre d’idées que mon instinct de conservation chercha pour les mettre sur ma blessure ouverte les premiers calmants : « Tout cela n’a aucune importance parce que je vais la faire revenir tout de suite. Je vais examiner les moyens, mais de toute façon elle sera ici ce soir. Par conséquent inutile de me tracasser. » « Tout cela n’a aucune importance », je ne m’étais pas contenté de me le dire, j’avais tâché d’en donner l’impression à Françoise en ne laissant pas paraître devant elle ma souffrance, parce que, même au moment où je l’éprouvais avec une telle violence, mon amour n’oubliait pas qu’il lui importait de sembler un amour heureux, un amour partagé, surtout aux yeux de Françoise qui, n’aimant pas Albertine, avait toujours douté de sa sincérité."

    Un peu moins aimé ce tome, sans doute parce-qu'il fourmille de précisions un peu superflues et lassantes sur tel ou telle, mais défaut néanmoins mineur au regard de l'oeuvre.
  • Le Temps retrouvé (1927)

    Sortie : 1927. Roman.

    Livre de Marcel Proust

    Relu : note inchangée

    "Le Temps retrouvé est un roman nocturne et noctambule, en regard des aurores et des belles après-midi printanières et estivales de l’enfance et de l’adolescence, ou des crépuscules parisiens et vénitiens de La Prisonnière et de La Fugitive. L’essentiel de sa première partie se déroule durant une soirée et une nuit de l’hiver 1916, et c’est en toute fin d’après-midi que le protagoniste se rend à la matinée Guermantes, dans la seconde et dernière partie : un rayon crépusculaire illumine un instant la bibliothèque du prince."

    Le temps permettra-t-il à l'auteur de terminer son oeuvre ?
    C'est toute cette urgence qui imprègne ce dernier tome, somptueux et tragique.

  • À rebours (1884)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Joris-Karl Huysmans

    "Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d’un vert accentué et précis; de chrysobéryls vert asperge; de péridots vert poireau; d’olivines vert olive; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d’un rouge violacé, jetant des paillettes d’un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l’intérieur des futailles.

    Pour les fleurs, isolées de la tige, éloignées du pied de la gerbe, il usa de la cendre bleue; mais il repoussa formellement cette turquoise orientale qui se met en broches et en bagues et qui fait, avec la banale perle et l’odieux corail, les délices du menu peuple; il choisit exclusivement des turquoises de l’Occident, des pierres qui ne sont, à proprement parler, qu’un ivoire fossile imprégné de substances cuivreuses et dont le bleu céladon est engorgé, opaque, sulfureux, comme jauni de bile."

    Eblouie par la richesse d'un vocabulaire exceptionnellement rare, qui fait de cet ouvrage une oeuvre unique
  • Journal amoureux

    Sortie : . Correspondance.

    Livre de Dominique Rolin

    "Celui que je nommerai beaucoup plus tard Jim (à cause de Joyce) m'a écrit : notre rencontre l'a rendu heureux, il souhaite me revoir, il précise qu'il n'aime pas les choses inabouties. Je lui plais. Il me plaît. Après tout, pourquoi pas ? Plaire est le tout premier mot codé d'une certaine clé d'ouverture : rien n'est possible sans elle."

    Ecrivain belge que je ne connaissais pas : belle écriture poétique dans ce "Journal amoureux" dont je ne suis pourtant pas sortie enchantée, sans doute parce-que tout tourne autour de ce "Jim" qu'elle encense sans lui donner de réalité charnelle.