Cover Il est grand temps que je reprenne le goût de la lecture + Bilans de lectures réguliers

Il est grand temps que je reprenne le goût de la lecture + Bilans de lectures réguliers

Je lisais beaucoup étant enfant et adolescent mais depuis plusieurs années, ma culture littéraire ne s'est enrichie qu'au compte gouttes et je sens le besoin de m'abreuver à nouveau de cet art si particulier qui sous la plume des meilleurs écrivains sait emmener plus loin encore qu'un bon film ( un ...

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214 livres

créee il y a 12 mois

 · 

modifiée il y a environ 5 heures

L'Éveillé
7.8
1.

L'Éveillé

Ḥayy ibn Yaqẓān

Sortie : 1999 (France). Roman, Philosophie

livre de Ibn Tufayl

Out-cast a mis 5/10.

Annotation :

Sans doute un peu sévère sur ma note car certaines parties sont vraiment intéressantes, principalement la façon dont est décomposé tout le processus de pensée logique afin de se rendre à l'évidence de l'existence du Créateur et de son Unicité parfaite.

Mais décidément, marier la philosophie aux religions révélées est un exercice bien périlleux...

Le roman des andalous
2.

Le roman des andalous (2021)

Une autre histoire d'Al-Andalus

Sortie : mars 2021. Histoire

livre

Out-cast a mis 7/10.

Du domaine des Murmures
7.1
3.

Du domaine des Murmures

Sortie : 18 août 2011 (France). Roman

livre de Carole Martinez

Out-cast a mis 3/10.

Annotation :

Je crois que je vais me calmer avec la littérature féminine.

Trop de choses qui ne vont pas dans ce livre : le choix de la première personne pour raconter qui rend le tout très bancal puisque cette Esclarmonde commente désormais son histoire d'une façon détachée et philosophe fortement teintée de féminisme moderne.
Le résultat est que le contexte et toute la sollennité mystérieuse de la foi médiévale est dissipée de cette manière.
J'ai jamais cru dans les dialogues qui m'ont paru improbables la moitié du temps. Même le style n'arrive pas à nous embarquer et à nous jeter le charme nécessaire, Martinez essaye d'injecter de petites figures de style "médiévales" mais ca fait superficiel.
J'ai senti une volonté d'écrire par moment à la manière de Yourcenar dans "l'Oeuvre au noir" sauf que ce ton réaliste et froid ne correspond pas du tout au récit à la première personne d'une jeune exaltée.
Bref, c'est si maladroit, y a tellement d'éléments bancals que c'est insipide à lire.

La Conquête musulmane de l'Espagne
4.

La Conquête musulmane de l'Espagne (1980)

The Muslim Conquest of Spain

Sortie : janvier 2020 (France). Histoire

livre de Ibrahim Akram Agha

Out-cast a mis 6/10.

La Chute de l'empire ottoman
5.

La Chute de l'empire ottoman (2019)

La Longue Guerre (1911- 1922) et la naissance de la Turquie

The Long War

Sortie : septembre 2020 (France). Histoire

livre de Zaimeche Al-Djazairi

Out-cast a mis 7/10.

Annotation :

Les ouvrages de Zaimeche Al-Dajazairi constituent une valeur sûre tant le travail de l'auteur est étoffé et limpide. Sa position le fait se méfier des réinterprétations historiques récentes et le fait privilégier les sources contemporaines, en grande majorité européennes car comme il le souligne lui-même : jusqu'ici les turcs et autres peuples musulmans n'ont pas pris la peine de contrer le narratif mensonger sempiternel qui en fait des véritables croquemitaines.
Comme à chaque fois, le focus est définitivement sur l'aspect militaire, tout en prenant soin de souligner toutes les propagandes racistes de l'époque et en relevant au passage les inversions constantes concernant les musulmans. Comme le souligne l'auteur, avec tous les massacres de chrétiens dont on a accusé les turcs au cours du 19ème et du début du 20ème, leur population aurait du dépasser celle de la Chine actuelle. La vérité est que, alors que les musulmans étaient tués partout dans les anciennes provinces ottomanes, et ceux qui restaient expulsés, jusqu'à la campagne d'invasion grecque , les minorité chrétiennes étaient épargnées et même traitées avec un certain respect au sein même de ce qui restait de l'empire. La preuve en est que, exactement comme lors des croisades, les troupes européennes seraient partout assistées par "une cinquième colonne" constituées des minorités tellement persécutées par le "boucher turc"...
Je regrette néanmoins encore une fois et en particulier pour ce livre, le manque de recontextualisation de certains acteurs. Je pense qu'il aurait été plus judicieux d'amputer certains détails des campagnes militaires pour parler plus de l'aspect politique intérieure et de la société de l'époque. Certes, lorsqu'on voit l'acharnement dont les turcs furent victimes, on comprend que l'auteur n'ai pas forcément voulu s'étaler sur l'épisode des massifs massacres d' arméniens lors de la première guerre mondiale mais le fait qu'il les passent presque totalement sous silence, reste dommageable car il est malheureusement propre à servir de prétexte à une décrédibilisation de l'ouvrage. Une histoire d'opiniâtreté et de résilience inspirante. Je ne révèlerai pas le déroulement des évènements qui clôturent le livre, je vous laisserai seulement sur un petit teaser : comment les turcs parviendront à éviter de perdre leur indépendance alors que tous se liguaient contre eux ? A vous de le découvrir !

Contes de pluie et de lune
7.8
6.

Contes de pluie et de lune (1776)

Ugetsu Monogatari

Sortie : 22 juin 1956 (France). Recueil de contes

livre de Akinari Ueda

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Une succession de récits fantastiques écrits dans un style soigné et élégant.
Quelques unes sont fort bien amenées et contiennent même de petites pointes d'humour comme "Bupposo", "Carpes telles qu'en songe" ou rendent admirablement l'atmosphère comme "Rendez-vous aux chrysanthèmes".
Cependant, globalement, j'en garde un goût d'inachevé.
Ca reste un gros 6 ; il est à noter que l'auteur s'est très largement inspiré d'écrits chinois pour la majorité de ses nouvelles.

L'Enquête, Livres I à IV
8.5
7.

L'Enquête, Livres I à IV

Ιστορίαι

Essai, Histoire

livre de Hérodote

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Un livre absolument fascinant de bout en bout !
Vous apprendrez entre autres que les égyptiens possédaient un crâne bien plus solide que les perses parce que ceux-ci laissaient leur tête au soleil et au vent tandis que les perses, eux, l'abritaient sous leurs coiffes.
Hormis les estimations géographiques de l'auteur réalisées à partir de noms d'endroits de l'époque et d'unités de mesures qui nous sont inconnues que j'ai lu en diagonale, on ne s'ennuie pas une seconde tellement ce livre est une mine d'informations sur son temps.
A cause de la structure très bordélique de l'ouvrage qui passe souvent du coq à l'âne et de l'absence totale de style de l'écrivain, c'est comme si on parcourait les pages d'une gazette. Je note que ,d'après les annotations, les faits rapportés sont tout de même souvent proches de la vérité. Bien sûr, s'y glissent beaucoup d'inexactitudes, de mythes et de broderies fantaisistes.
Je pense qu'à l'arrivée, ca reste une fenêtre formidable sur l'essence d'une époque.
Mais Hérodote m'a cassé la tête avec certains de ses commentaires, notamment à propos des femmes.
Je note toujours les oeuvres le plus intrinsèquement que je le peux, ce qui dans ce cas, est un peu trompeur quant à l'intérêt de ce monument historique au carrefour de l'Histoire, de l'ethnologie, de la géographie et de l'anthropologie.

Les grecs furent donc les premiers touristes de l'Histoire...

Histoire des croisades
8.

Histoire des croisades (2011)

De la mort de Salâh ad-Dîn à la reconquête musulmane d'Acre ( 1193 - 1291 )

The Crusades

Sortie : décembre 2021 (France). Histoire

livre de Zaimeche Al-Djazairi

Out-cast a mis 7/10.

Annotation :

Le second volume de l'Histoire des croisades par Zaimeche Al-Djazairi est sensiblement de la même qualité que le premier. On retrouve le même soin qu'il met à déconstruire soigneusement et implacablement la vision déformée des historiens influents à l'aide de sources extrêmement nombreuses et variées qu'il laisse souvent relater les évênements.
Suivre les évolutions de ce conflit titanesque est toujours aussi haletant et devient particulièrement effrayant dans ce tome qui raconte comment l'Islam, sa civilisations et les peuples du Moyen et du Proche-Orient, et même de l'Afrique du Nord ont frôlés l'annihilation sous la menace simultanée des espagnols et des croisés de l'Europe entière alliés aux mongols. Ces mongols ont commis des dévastations et des atrocités telles qu'on en avait plus vues depuis très longtemps au pire moment pour les musulmans en les prenant dans le dos vis à vis du conflit en terre sainte. En fait les mongols exterminaient systématiquement tous les musulmans qu'ils rencontraient et de manière surprenante, mettaient un zèle appuyé pour humilier et persécuter leur religion qui leur était apparemment très contraire et haissable. Plusieurs villes très peuplées pour l'époque furent presque totalement vidées de leurs habitants. Zèle religieux étonnant de la part des mongols puisque qu'ils étaient loin d'être un peuple de fervents croyants ! Seuls leur dirigeants étaient souvent convertis ou influencés par leurs épouses qu'ils avaient prises à un peuple ayant adopté le christianisme nestorien. Il est évident que cette alliance était plus opportuniste que quoi que ce soit, toutefois, lorsque le chef des mongols va jusqu'à s'engager personnellement devant les croisés de conquérir la terre sainte pour la leur livrer ou le nombre d'émissaires que ce peuple envoya jusqu'à Rome pour reproposer des opérations conjointes supportées par tout un plan pour détruire la civilisation musulmane, on est forcé de constater un acharnement réel qui dépasse l'envie de pillage.
En ce concerne les défauts de l'ouvrage, je regrette toujours le manque de contextualisation de certains peuple ou d'acteurs du conflit ainsi qu'un focus presque uniquement sur l'aspect militaire du conflit bien qu'il dédie tout de même un passage intéressant sur certaines des techniques d'Orient que les croisés ramenèrent en Europe.
Avec une approche aussi intègre et refusant les compromis, j'aurais souhaité une conclusion de plus grande ampleur et surtout plus personnelle mais il a préfé

L'Ennemie
6.9
9.

L'Ennemie

Sortie : 1928 (France). Roman

livre de Irène Némirovsky

Out-cast a mis 4/10.

L'Œuvre au noir
7.7
10.

L'Œuvre au noir (1968)

Sortie : 1968 (France). Roman

livre de Marguerite Yourcenar

Out-cast a mis 8/10.

Annotation :

Voilà une oeuvre qui force le respect et qui reflète bien la pensée d'une vie. En effet, Marguerite Yourcenar en avait jeté les bases dans sa jeunesse, pour n'achever ce processus de transmutation de ses expériences et de ses cheminement intellectuels et spirituels que bien plus tard. Et pour cause, ce qu'on appelle en alchimie "l'oeuvre au noir" est une étape qui requiert à elle seule, non seulement du courage et de la lucidité, mais aussi beaucoup de temps. On ne descend pas impunément dans les profondeurs les plus dangereuses et inexplorées de son être... Il faut pour cela quelques notions importantes. Et ces notions, l'écrivaine semble non seulement les posséder, mais les avoir faites siennes, les avoir retournées dans tous les sens, les avoir pétries sans pitié. C'est en tout cas ce qu'on ressent en lisant ce roman complexe et qui témoigne d'une culture rare. Sa plume est d'une grande richesse et sait se faire très belle par moments, malgré le ton assez distant qui prédomine.
En tant que roman historique, je lui reprochais cette sécheresse, et surtout ce côté ultra-intellectualisant, qui a tendance à isoler le récit dans une bulle qui fait par trop ressortir le traitement moderne de l'époque concernée. J'étais parti pour lui mettre un gros 7 et puis j'ai compris : en fait, ce livre est une pure vue de l'esprit. Et en cette qualité, l'approche intellectuelle de Yourcenar a non seulement du sens, mais épouse les pérégrinations de son personnage Zénon, sorte de Léonard de Vinci au grand coeur.
C'est d'ailleurs un des points qui me semblent encore questionnables : cette nature si désintéressée et bonne de la figure de l'intellectuel sceptique alors que tout autour de lui ne se décline qu'en différents degrés de folie diverses. Surtout quand on sait à quel point l'intelligence ne fait pas la vertu... quand elle ne la corrompt pas...
C'est l'un de ces livres qui ne cessent de m'impressionner par leur compréhension aigue de l'être humain, avec cette bienveillance cependant réaliste et bien entendu cruellement désillusionnée sur bien des points. C'est donc petit à petit un tableau réaliste et assez large de la société du 16ème siècle européen qu'elle peint, chapitre après chapitre, pour aboutir à un effet Brueghel ou la toile fourmille de détails tout en restant lisible, surtout vue de loin.
"L'oeuvre au noir" contient certains passages particulièrement profonds ; ils attestent que l'on est face à un essai philosophique habilement déguisé en roman historique

Discours de la servitude volontaire
7.9
11.

Discours de la servitude volontaire (1576)

Sortie : 1576 (France). Essai, Philosophie

livre de Étienne de La Boétie

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Un bien beau sujet de thèse et un postulat de départ radical et très audacieux, peut-être encore plus aujourd'hui... 446 ans pour en arriver là... Ces points à eux seuls justifient la lecture de cet essai socio-philosophique qui sent bon l'énergie et l'entrain de la jeunesse.
Toutefois, une certaine naiveté de l'auteur empêche son propos de garder son tranchant et sa cohérence de bout en bout d'un texte qui ne dépasse pourtant guère les 50 pages.

Jusqu'à presque trahir son propos ?
Apparemment la servitude volontaire est une abomination intolérable... sauf lorsqu'il s'agit de celle envers la France et de "ses rois qui furent toujours si bons et justes en temps de paix ou de guerre". Apparemment, les propagandes du pouvoir attribuant à des rois des miracles sont ridicules sauf que l'auteur déclare n'avoir aucune raison de les rejeter quand il s'agit de ceux s'étant prétendument passé en France " puisque ses ancêtres l'ont cru".
Pour lui, les rois de ce pays décidément si formidable "n'ont pas été faits comme les autres" mais ont "plutôt été choisis par Dieu tout puissant avant leur naissance, pour le gouvernement" du royaume. Quel paradoxe fascinant de dénoncer le peuple abruti par l'habitude à servir ses maîtres tout en légitiment le pouvoir des rois par Dieu lui-même, quelques pages plus loin !
Allez, sans rancune, Etienne, si tu as vraiment écrit ça vers 18 ans, ça reste admirable mais tu ne m'en voudras pas trop je l'espère, d'avoir jugé ton manuscrit assez sévèrement et de façon intrinsèque. Si l'on prend en compte le contexte, il vaudrait peut-être un petit 8, rien que pour l'effort en faveur de la liberté.

Eugène Onéguine
8.2
12.

Eugène Onéguine

Sortie : 1832 (France). Roman

livre de Alexandre Pouchkine

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Comme j'avais été satisfait par le parti pris assez radical et intéressant de la traduction de Markowicz avec "Crime et Chatiment", j'ai décidé de lui faire confiance pour "Eugène Oneguine". Le fait qu'il ait commencé à le traduire de mémoire dans le train m'a convaincu. Il faut toujours faire confiance au travail des passionnés, de plus, conscient que j'allais pas lire un roman en vers tous les jours, j'étais curieux de voir ce que l'adaptation en français pouvait donner. Le verdict est clair : je ne regrette vraiment pas ce choix car si c'est déroutant au début, au fil du temps, on se met au diapason et l'on comprend le rythme adéquat de la lecture. Au final, on s'en retrouve récompensé et les meilleures pages défilent parfois insensiblement devant les yeux dans un mouvement aérien et charmant.
Quant à l'histoire de notre dandy désabusé Eugène Oneguine, elle m'a moins convaincu.
Bien que son portrait soit dressé de façon convaincante et qu'on se le représente aisément, elle manque d'un zeste de magie, ou d'aventure pour maintenir son intérêt tout le long.
Ce qui m'amène à ce qui m'a le plus gêné dans ce livre ; en réalité Eugène Oneguine ou la vierge Tatiana ressemblent beaucoup à des prétextes pour une ossature de récit "romantique" fort convenue et sans surprise. Alors, je le dis tout de suite, je m'attendais pas forcément à une éloge colossale du romantisme dans cette oeuvre. Heureusement d'ailleurs, parce que le style et surtout le ton se rapprochent bien plus souvent du classicisme que du romantisme. Mais en faisant sien tant de lieux communs de ce style, j'étais en droit de m'attendre à ce qu'il fasse preuve de plus de de respect pour ce mouvement qui a tout changé dans l'Art, faut il le rappeller ? Pourtant, Pouchkine m'a parfois donné l'impression d'être un petit vieux tellement ses commentaires sont tristes, timorés... Comme quand il nous demande d'excuser l'amour naissant dans le coeur de Tatiana, ou qu'il nous rappelle à l'envi la folie et l'inanité des passions de la jeunesse... Franchement c'était lourd, et ça venait toujours appesantir le récit lorsqu'il faisait mine d'enfin s'envoler. De mon côté, ce compromis ne m'a pas convaincu même s'il donne parfois lieu à de très jolis moments ou le décalage entre les évènements et l'ironie philosophe de l'auteur fonctionne parfaitement.

Histoire des croisades 1
13.

Histoire des croisades 1

De l'appel de Clermont à la mort de Salah ad-Dîn (1095-1193 )

Sortie : juillet 2021 (France). Histoire

livre de Zaimeche Al-Djazairi

Out-cast a mis 8/10.

Annotation :

Le deuxième ouvrage de Zaimeche Al-Djazairi que je lis et avec raison, car cet auteur est particulièrement rigoureux et sérieux. Et le plus important de tout : il ne s'en laisse absolument pas conter par la vision occidentalisante de l'Histoire et les discours modernes englués dans cette époque dégénérée mais ou chacun prétend à qui veut l'entendre comme tout est plus éclairé que dans les siècles passés.
Il a donc reconstitué à l'aide d'un nombre vertigineux de sources souvent de première main, à la fois musulmanes et chrétiennes, la chronologie détaillée des évènements sur une période d'environ cent ans, durant laquelle l'Occident - saisi par ses épidémies cycliques de recherche fièvreuse d'exotisme et ses pulsions d'expansions colonisatrices - a envoyé des millions d'hommes armés tuer et trouver la mort au Proche-Orient. Le tout lors d'une agression inouie, basée sur un fait qui datait déjà de plus d'une génération, que l'Eglise agita pour exciter la fureur populaire. L'on apprend ainsi que cette même Eglise, prostituée dont les puissants d'Europe buvaient la coupe de vices, entendait bien bâtir un Proche-Orient chrétien dont les frontières qui devaient en être fixées et les négociations qui eurent lieu rappellent à bien des égards les accords de Syke-Picot liés aux volontés sionistes d'Israel dans la région.
Ces croisés avaient d'ailleurs toutes les allures d'hommes avides à qui l'on avait promis les jardins débordants de miel et de lait du pays de Canaan et qui venaient reprendre "leur dû". S'il compare les différentes sources, il laisse bien entendu et de manière fort bienvenue et nécessaire la part belle aux sources musulmanes de l'époque, qui sont traitées de façon bien paradoxale par les universitaires, comme il l'explique très bien au début du livre, lesquels saluent souvent leur objectivité tout en ne prenant que ce qui les intéresse pour conforter leur vision de l'Histoire. Je pensais connaître un peu cet épisode mais en fait, j'en avais une vision tronquée, ce qui n'est pas étonnant, aujourd'hui que je me rends compte de la malhonnêteté de mes livres d'Histoire. En fait les croisades sont hallucinantes sur presque tous les points, l'auteur concluant sur le fait qu'il s'agit sans doute du plus long conflit entretenu, dont on garde trace. L'immensité des armées et des moyens déployés sont stupéfiants ! Le livre est donc indispensable pour rétablir la vérité sur la nature exacte des motivations croisées et leurs comportements cruels sur place. Je

Lais
7.4
14.

Lais (1170)

(traduction Laurence Harf-Lancner)

Sortie : 1 février 1990 (France). Récit

livre de Marie de France

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Ces lais sont globalement fort courts et ressemblent beaucoup à des contes, dont certains se déroulent dans le contexte de la Geste Arthurienne. Selon l'écrivaine, ils sont presque tous d'inspiration bretonne et contiennent donc régulièrement du fantastique.
Certains sont très plaisants et ont du corps comme "Equitan" ou le poétique "Chèvrefeuile" mais d'autres sont assez anecdotiques ou maladroits dans leur narration comme "Bisclavret". Marie de France adopte malheureusement quelques figures de style à Chrétien de Troyes, notamment pour parler d'elle à la troisième personne...
Le style de son écriture est agréable mais inégal : parfois poétique et grâcieux, parfois peu assuré et plat.
Le galvaudage de ce que représente vraiment "le fin amor" est regrettable ; elle passe ainsi plus de temps à rappeller comme tout est courtois, mais sans montrer suffisamment pourquoi. Ou, par exemple ,dans ce passage qui nomme "courtois" un seigneur qui fait torturer une femme, sur la base de rumeurs...
Reste l'élégance dénudée de cette esthétique précieuse, qui est sans doute une des premières qui consacre "l'art pour l'art" et le rappel salutaire que l'amour est au dessus de tout, que seuls peuvent le servir ceux qui voient en la femme plus qu'on objet.
Je fais une cure d'amour courtois cycliquement afin de ma réapprendre à voir le monde à travers un joli filtre qui embellit les éléments de Nature et qui tend vers un idéal : c'est en effet nécessaire, sans quoi l'on devient cynique et la Vie se ternit...

Rubai'yat
8.6
15.

Rubai'yat

Sortie : novembre 2007 (France). Poésie, Art de vivre & spiritualité

livre de Djalâl Al-Dîn Rûmi

Out-cast a mis 5/10.

Annotation :

C'est la pensée d'un soufi perse du 12ème siècle qui est exposée, sous forme de quatrains.
Ceux-ci se répètent souvent et sont parfois alambiqués ou complexes à saisir.
Ce qui est normal puisque de nombreux siècles nous séparent du texte et que en tant que secte mystique, les soufis aimaient les énigmes et l'auteur ne prend que rarement la peine de nous expliquer les concepts de base de leur théologie et de leur enseignement.
Cependant, ce dernier se découvre ou se devine au fur et à mesure, ce qui nous permet au final de nous donner une idée des mouvements religieux et spirituels de l'époque.

Il est toujours délicat de noter un ouvrage de ce genre, et en particulier sous une forme poétique traduite d'une langue très différente telle que l'arabe. Les phrase devaient couler beaucoup mieux dans l'original mais il n'empêche que je me suis franchement ennuyé et que je me suis presque forcé sur la fin.

Je n'ai trouvé aucune pensée qui m'ait vraiment impressionné et/ou surpris mais j'ai par contre été fortement lassé de ses louanges sans fin à son "bien aimé" qui était apparemment son maître soufi. J'avais l'impression qu'il parlait d'un dieu à force et ça m'a bien agacé. De plus, j'ai toujours eu un mal fou à savoir de qui il parlait : de Dieu, de son maître, en général, etc..., ce qui est fatiguant quand on doit déjà se concentrer pour essayer de retirer de ses courts poèmes tout le sens présent.

Malgré cela, on peut trouver quelques gemmes magnifiques au gré des pages, mais qui furent trop noyées dans les répétitions et diluées de quelques propos discutables que pour emporter mon adhésion.
Ce fut intéressant mais je reste sur ma faim.

Consuelo
7.7
16.

Consuelo (1843)

Sortie : 1843 (France). Roman

livre de George Sand

Out-cast a mis 3/10.

Bigfoot, Dogman
17.

Bigfoot, Dogman

entre matérialité & immatérialité

Sortie : 17 octobre 2021 (France). Essai

livre de Bragi Bellovaque

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Un ouvrage qui a le mérite d'enfin briser les barrières qui existent entre sciences et étude sérieuse des phénomènes inexpliqués. Mais cela ne mènerait guère loin si l'auteur se limitait à un résumé des observations connues ou se laissait catégoriser par son sujet dans la petite case bien délimitée qu'on lui réserve d'ordinaire.
Au contraire, il tisse des liens et essaye de rattacher le phénomène de témoignages visuels ( apparitions, empreintes, structures intelligentes dans les bois ) à un propos plus large et résolument spirituel, voire religieux.

La théorie principale du livre concerne la nature des sols sur lesquels ses "apparitions" se manifestent le plus souvent. Et bien que celle ci soit fort intéressante, je trouve que l'auteur se montre un peu trop certain de son fait, alors même que certaines interprétations des données de cartes qu'il donne me semblent trop biaisée en faveur de son hypothèse.
Le nombre de témoignages analysés m'a aussi laissé sur ma faim, c'est une partie intéressante mais qui aurait mérité une grande extension.

Le plus ennuyeux est dans ses références "occultes" comme il les appellent lui-même, desquelles il vaut mieux se méfier et auxquelles il a l'air d'accorder beaucoup de confiance.
Ce qui l'amène notamment à faire des commentaires inconséquents sur le sujet des "extraterrestres" par exemple.

Donc, au final, même si j'ai du mal à adhérer sans réserve à son explication, qui m'a l'air par trop miraculeuse, le plus important reste l'excellente démarche dont le livre fait preuve, l'ouverture d'esprit qui le caractérise, le sérieux des recherches et une jolie réflexion sur le devenir de l'humanité. Il faut aussi souligner la clarté des schémas proposés. De plus, il prend le parti risqué, mais sensé d'après nombre d'éléments de se placer entre les matérialistes hardcore qui ne veulent y voir que des cryptides, c'est à dire des créatures bien animales, élusives, qui n'ont pas encore été répertoriées par la science et les "spirituels" qui y voient un phénomène d'une autre dimension.
Avec ce genre d'approches, on peut espérer faire enfin de réels progrès sur ces questions si mystérieuses et qui sont bien plus importantes que ce que le commun des mortels ne pense, en ce qui concerne notre compréhension de la Vie et de l'Univers, et même de la place de l'homme au sein de celui-ci.

Merlin
7.6
18.

Merlin (1989)

Sortie : 1989 (France).

livre de Michel Rio

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Michel Rio a une plume de qualité : c'est indéniable. Le nombre de phrases profondes qui parsèment ce très court roman - qui est presque une nouvelle - m'a impressionné, et certaines ont même plus de profondeurs que celles qu'on peut trouver dans des essais compliqués. C'est donc Merlin qui nous raconte les plus grands épisodes de sa vie et par là même quelques uns des jalons les plus importants d'histoire d'Arthur et de la Table Ronde bien que de par l'approche résolument sérieuse et historique que l'auteur a emprunté, il a viré tout ce qui relevait des exploits des membre de l'ordre de la Table Ronde, ces épisodes n'étant plus intéressant sans leur part "surnaturelle".

Mais c'est magnifique me direz-vous ? Eh bien, je ne serais pas loin de vous donner raison si je ne connaissais pas aussi bien la légende et si je n'avais pas tenté depuis longtemps d'en comprendre et d'en retirer ce qui en fait l'essence et la particularité.
Et plusieurs choses ne vont pas du tout dans ce registre là. D'abord, je ne veux pas faire un procès d'intention à l'auteur, car de plus j'apprécie quiconque se fait le passeur de ce qui est assurément une des plus belles histoires, tous genres confondus, mais on sent tout de même très fort l'auteur qui a eu peur plus que tout que son ouvrage puisse être catalogué dans une littérature plus jeunesse ou plus "aventures" et ca se ressent désagréablement.
Déjà, le moindre personnage qui ouvre la bouche dans le livre s'exprime non seulement parfaitement mais se met en devoir de philosopher comme s'ils n'avaient jamais fait que cela toute leur vie. Cet aspect psychologique permet d'avoir des dialogues intéressants, bien sûr, mais niveau immersion et réalisme, ca fait très artificiel.
Deuxième point, c'est que le choix de ne pas écrire dans un language suranné et médiéval est un choix tout à fait valable mais cet aspect retiré en même temps que tout l'aspect magique du récit m'a empêché de ressentir un vrai souffle celtique. Ce qui est beaucoup plus fâcheux que vous ne pourriez le penser parce que l'on ne réalise pas aujourd'hui que c'est le dernier "lien vivant" que nous entretenons encore avec cette culture qui est tellement éloignée de notre civilisation actuelle.
Troisième point et qui m'a étonné, c'est que j'ai rarement ressenti cette influence si unique, souvent passive, mais si énorme et importante que les femmes possèdent dans cette légende ( je parle de celle une fois dégagée des pires remaniements catholiques , car oui, cel

Crime et Châtiment
8.5
19.

Crime et Châtiment (1867)

(traduction André Markowicz)

Pryestupleyniye i nakazaniye

Sortie : 1998 (France). Roman

livre de Fiodor Dostoïevski

Out-cast a mis 8/10.

Annotation :

Deuxième ouvrage que j'ai lu de Dostoievsky et je dois dire que c'était clairement un écrivain, comme il y en a peu. Certes, ce n'était pas un esthète, bien que sa plume exalte sa propre beauté, un peu rauque, par moments, mais quel psychologue et quel sociologue il était ! Mais heureusement, comme il savait aussi très bien fignoler une intrigue, policière dans ce cas-ci, le livre ne devient jamais trop lourd ou trop intellectuellement prétentieux.µ
Pour la première fois, je me suis demandé quelle traduction fallait il que je lise et j'ai fait mes recherches. J'ai vite cru comprendre que les traductions jusqu'ici avaient tenté de gommer le style écorché voire parfois un peu grossier de l'auteur, ce que je trouve débile et irrespectueux de l'artiste au passage. Je me suis donc tourné vers Markowicz, qui semblait avoir eu à coeur de restituer plus fidèlement l'esprit du texte.

Enfin, pour en revenir au texte, on suit la descente aux enfers mentale et émotionnelle d'un jeune étudiant fauché : Raskolnikov. Dès le début, on est plongé dans l'atmosphère crade et déprimante de Saint-Pétersbourgh, le récit nous prend à la gorge avec cette scène magistrale dans laquelle Raskolnikov écoute un fonctionnaire ivrogne qui lui conte les malheurs de sa famille. Et l'auteur prend son temps à resserrer son étreinte en s'attardant sur tous les états d'âme de son protagoniste. Il arrive vraiment à nous faire ressentir toute son angoisse, qui se transforme petit à petit en torture au gré de ses errances dans les rues poussiéreuses et puantes de la ville pour prendre un air définitif de rêve fiévreux.
J'ai adoré le premier tome, mais je reste beaucoup plus réservé sur le second. En effet, plusieurs choses m'y ont gêné : de plus en plus de recoupement narratifs et de péripéties improbables, certains commentaires pesants et pleins de jugements de l'auteur et une fin qui bien que logique dans le déroulement, qui fait sens quand on sonde un peu les intention de Dostoievsky, m'a parue maladroitement expédiée et un peu grandiloquente. J'ai eu du mal à y croire totalement. En gros, il est parti dans une surenchère alors que la première partie était très puissante parce que très concise et psychologiquement acérée avec ce personnage de criminel inexpérimenté et en panique, tellement original et déstabilisant.

Le Joueur
7.7
20.

Le Joueur (1866)

(traduction André Markowicz)

Игрок (Igrok)

Sortie : 1991 (France). Roman

livre de Fiodor Dostoïevski

Out-cast a mis 7/10.

Annotation :

En furetant chez moi, j'ai trouvé un exemplaire du joueur de Dostoievsky.
Et toujours dans ma volonté de découverte de la littérature russe, je me suis dis que ce court roman ferait une parfaite introduction à cet auteur dont on dit tant de bien, surtout avant de me lancer dans les deux tomes de son oeuvre la plus connue : "Crime et châtiment ".
Au final, ca m'a vraiment plu et j'ai comme l'impression que la littérature de la Mère Russie va vite devenir une de mes préférées. Ce que je retiens avant tout de ce curieux roman qui mêle le comique et le pathétique, voire le tragique d'une manière saisissante, c'est l'acuité psychologique de Dostoievsky, la facilité avec laquelle il croque des personnages et les replace dans le contexte de leur époque intelligemment.
Si je devais lui reprocher certaines choses, je parlerais du fait que la caractérisation m'a parfois semblé trop friser avec la caricature et qu'il prend comme dans "Crime et châtiment" ( que j'ai lu lorsque j'écris cette critique ), des "héros" avec des personnalités très spéciales. Evidemment ca lui permet de développer des thèmes qu'il affectionne et de faire dire et penser à son personnage un tas de choses mais je trouve ca malhonnête sur la longueur, au niveau de la représentation d'une société , au travers des médias artistiques.
Cependant, c'est un reproche qu'on pourrait adresser à la plupart des auteurs.

Ce qui m'a impressionné, c'est la facilité avec lequel il nous entraîne dans le cours du récit grâce à son style haché, dans lequel on sent une véritable urgence, qui éclate sporadiquement par la démesure des passions décrites.
Je dois dire qu'il a réussi deux choses remarquables : me faire terminer le livre presque d'une seule traite et me faire ressentir un dégoût immense pour la quasi totalité des protagonistes présentés !
Dans cette série d'êtres lâches, injustes, cupides, ingrats, indignes etc..., il en est un que je n'oublierai pas de sitôt et qui n'est rien de tout cela, bien qu'elle ait ses propres défauts : c'est la grand-mère. Rien que pour son arrivée ou elle remet tout le monde à sa place, je recommande la lecture de ce roman, ce passage est croustillant et désopilant à souhait.
L'aspect "document historique" m'a ici beaucoup intéressé ; en effet la haute société européenne est très bien dépeinte au vitriol. La Russie, l'Allemagne et particulièrement la France en prennent pour leurs grades. Il est toujours bon de se rappeller à quel point l'on voyageait à cette époque et comme

Hamlet
8.2
21.

Hamlet (1603)

(traduction Jean-Michel Déprats)

The Tragedy of Hamlet, Prince of Denmark

Sortie : 2002 (France). Théâtre

livre de William Shakespeare

Out-cast a mis 8/10.

Annotation :

Hamlet est une pièce de théatre remarquablement bien écrite, dans la langue de son auteur je pense que ca doit être délicieux à déclamer. Surtout que le personnage du taciturne et philosophe Hamlet nous gratifie de nombreux monologues mémorables à travers les cinq actes.
J'ai eu un peu de mal à rentrer dedans, notamment à cause de la cohérence spatio-temporelle qui laisse à désirer : on est censé être à la cour du Danemark mais j'avais plus l'impression d'être à la cour d'Italie par moments et on ne sait pas très bien si on se trouve au Moyen-Age ou à la Renaissance mais si j'en crois le nombre de références gréco-latines que les protagonistes nous servent et ce jusqu'aux plus simples comme les gardes
- tout le monde semble avoir été rudement cultivé au royaume de Danemark - l'action se déroule après 1500. L'histoire en tant que telle est pas mal et permet quelques
rebondissement intéressants et un final spectaculaire mais elle reste assez banale et m'a paru un peu hyperbolique mais en tant que tragédie, je suppose que c'est voulu.
Ce qui fait toute la valeur de cette pièce, c'est la qualité de la plume de Shakespeare, la profusion de thèmes universels qui donnent lieu à des monologues excellents d'Hamlet et l'atmosphère étrange et inconfortable qui y règne.
" Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark. "

Hamlet à propos de ses projets de vengeance :

" (...) Je ne sais pourquoi j'en suis encore à me dire : voici ce qu'il faut faire, quand tout, motifs et volonté, force et moyens me forcent à l'accomplir... Vastes comme la terre, des exemples m'exhortent. Et ainsi que cette armée si nombreuse et coûteuse, que conduit un jeune prince raffiné, dont le courage gonflé d'une ambition superbe fait la nique à l'avenir imprévisible, et qui expose à tous les coups du sort, tous les périls son être même, pourtant si précaire, pourtant mortel.
Pour la coquille d'un oeuf. La grandeur vraie n'est pas de s'émouvoir sans un grand motif, c'est d'en trouver un dans la moindre querelle quand l'honneur est en jeu.
Et moi ? Que sui-je ? Moi dont le père tué, la mère salie devraient bouleverser la raison et le sang. Et qui ne fais que dormir ? Quand à ma honte je vois la proche mort de ses vingt mille hommes qui pour quelque mirage de la gloire vont au tombeau comme s'ils iraient au lit, et combattent pour trois arpents, ou ils vont être trop nombreux pour tous en découdre, un peu de terre ou ne tiendrait pas même le sépulcre pour loger tous ces morts...
Oh,

Les Liaisons dangereuses
7.9
22.

Les Liaisons dangereuses (1782)

Sortie : 1782 (France). Roman

livre de Choderlos de Laclos

Out-cast a mis 8/10.

Annotation :

La plus grosse claque littéraire que je me suis prise depuis longtemps !
Je crois que c'est le premier roman entièrement épistolaire que je m'apprêtais à lire et j'avais un peu peur de m'ennuyer , surtout étant donné l'ancienneté du livre.
Eh bien ,force est de constater que non seulement je ne me suis jamais fait chier une seule fois mais j'ai même pris un malin plaisir à dévorer cette prose de bout en bout.
Dès les lettres initiales, c'est un torrent d'éloquence et d'esprit ponctuées par des punchlines particulièrement savoureuses : je ne saurais dire combien de fois j'ai souri ou rigolé devant cet étalage malsain mais si jubilatoire des roueries de la haute société et ce panégyrique du libertinage !
La manière dont Laclos construit infailliblement et même implacablement son récit est un exemple d'ingéniosité littéraire comme j'en ai rarement vu. Tout s'imbrique naturellement et il se permet de faire durer le suspense avec beaucoup d'astuce en jonglant avec ses différents protagonistes. Les contrastes qu'il crée sont incroyables, il faut passer d'une lettre de la jeune ingénue à une autre du vicomte de Valmont pour comprendre de quoi je parle. La façon dont il se met dans la peau des femmes et maîtrise leur psychologie participe beaucoup à la vraisemblance et à l'immersion.
Néanmoins, le point sur lequel je reste peut-être le plus admiratif, c'est à quel point il me fut aisé et plaisant de m'imaginer tous les personnage, toutes les situations et même tous les lieux ; dans un format épistolaire, il me semble que ca relève de l'exploit à ce niveau là.
Il y a cependant deux aspects qui me gênent beaucoup dans "Les liaisons dangereuses".
Tout d'abord, il y a la grande déception liée à sous-exploitation de la relation actée qui constitue tout de même l'enjeu principal pendant 300 pages... et ensuite, il y a surtout ce dénouement qui en plus de me laisser sur ma faim m'a vraiment gêné en ce qu'il ne cadre pas avec le reste du livre.
En effet, Laclos produit un tour de force pour nous plonger dans une ambiance parfaitement cynique dans laquelle l'immoralité et l'hypocrisie de la société est dépeinte et ou ce sont bien entendu les individus les plus calculateurs et faux qui triomphent pour conclure sur un ton presque moraliste avec en sus une intervention ex machina de la destinée pour venir punir un des coupables, qui ressemble méchamment à une intervention divine... Cette fin est anti-climatique et semble comme nier les efforts d'un livre complet.

Jacques le fataliste
7.2
23.

Jacques le fataliste (1778)

Sortie : 1976 (France). Roman

livre de Denis Diderot

Out-cast a mis 7/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Je ne raffole pas de l'esprit des lumières qui est toujours célébré aujourd'hui comme le terreau de la république française, et par extension, de la république universelle qu'ils souhaitent imposer avec tant de générosité au monde entier.
Je me suis par exemple plus ou moins juré de ne jamais lire Voltaire et je ne suis pas bien plus favorable à Rousseau mais ce livre de Diderot traînait chez moi et j'ai lu le début par pure curiosité.
Je ne connaissais Diderot que comme celui qui avait co-écrit une encyclopédie avec d'Alembert, autant dire que je ne m'imaginais pas nécessairement tomber nez à nez avec un grand romancier... et pourtant quelle surprise rafraîchissante s'est révélée être "Jacques le fataliste" !

VOIR CRITIQUE :
https://www.senscritique.com/livre/jacques_le_fataliste/critique/267090474

Une Saison en enfer
8.5
24.

Une Saison en enfer (1873)

Sortie : 1873 (France). Poésie

livre de Arthur Rimbaud

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Les divagations d'un homme malsain mais qui touchent au génie par moments en rappelant au passage le style hermétique et aphorique plein de vigueur d' "Ainsi parlait Zarathoustra ".

Poésies
8.8
25.

Poésies (2008)

Sortie : 2008 (France). Poésie

livre de Arthur Rimbaud

Out-cast a mis 7/10.

Annotation :

Le premier jet créatif de l'enfant terrible de la poésie française qui se distingue par certains poèmes très personnels et originaux ainsi qu'une recherche constante de le sophistication.
Cependant, cette spontanéité côtoie des textes très longs et appartenant résolument à la tradition classique, souvent lyriques et parfois étonnement misérabilistes.

La qualité est inégale mais l'imagination de Rimbaud n'a pas cessé de m'impressionner : le talent est bel et bien là. Ce qui fait aussi tout le sel de son écriture, c'est cette sorte d'irrévérence pour la beauté même , en témoigne l'aspect repoussant voire obscène qu'il injecte de manière presque menaçante ; c'est l'oeuvre d'un esprit jamais en repos. Sans doute est-ce pour cela qu'il mena une vie d'errances.
En effet, n'a t-il pas dit: " Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée. "
Il possède ce grain de folie indispensable mais une grande prétention se devine souvent derrière ses vers, qui peuvent alors prendre des tournures vaines.

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

Ma bohème

le cœur innombrable
7.1
26.

le cœur innombrable (1901)

Sortie : 1901.

livre de Anna de Noailles

Out-cast a mis 7/10.

Annotation :

Ce receuil semble être un de ses plus connus mais je vous recommande "l'ombre des jours", qui est plus accompli et varié que celui-ci. La poésie reste d'une qualité élevée et constante. Cette femme était un trésor de vie telle que rien qu'à la lire, je sens rejaillir un peu de son trop plein sur ma personne.

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

La vie profonde

Poésies
7
27.

Poésies

Sortie : 1983 (France). Poésie

livre de Marceline Desbordes-Valmore

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Une poésie à fleur de peau élégante et éminemment féminine. Ce qui compte surtout pour cette poétesse, c'est l'émotion et l'harmonie des mots plus que la profusion d'images élaborées ou l'intellectualité : parfaitement romantique donc.
Je recommande d'ailleurs d'accompagner sa lecture de quelques pièces choisies de Chopin : c'est du meilleur effet.
Elle manque malheureusement d'un tantinet d'audace et peut devenir quelque peu soporifique à l'occasion.

L’hiver est tout entier dans ma sombre retraite :
Quel temps as-tu daigné choisir ?
Que doucement par toi j’en suis distraite !
Oh ! quand il nous surprend, qu’il est beau, le plaisir !
D’un foyer presque éteint la flamme salutaire
Par intervalle encor trompe l’obscurité :
Si tu veux écouter ma plainte solitaire,
Nous causerons à sa clarté.

Écoute, Muse, autrefois vive et tendre,
Dont j’ai perdu la trace au temps de mes malheurs,
As-tu quelque secret pour charmer les douleurs ?
Viens, nul autre que toi n’a daigné me l’apprendre.
Écoute ! nous voilà seules dans l’univers.
Naïvement je vais tout dire :
J’ai rencontré l’Amour, il a brisé ma lyre ;
Jaloux d’un peu de bruit, il a brûlé mes vers.

La nuit d'hiver

L'Ombre des jours
28.

L'Ombre des jours (1902)

Sortie : 1902. Poésie

livre de Anna de Noailles

Out-cast a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

L'expression chatoyante d'une de ces âmes plus sensibles et exubérantes que les autres qui, seules, savent rendre la Vie elle même plus attrayante.
Une écriture très impressionniste, classique par moments, tour à tour lyrique et intimiste mais toujours éminement personnelle.

"Moi, je ne verrai plus, je serai morte, moi,
Je ne saurai plus rien de la douceur de vivre…
Mais ceux-là qui liront les pages de mon livre,
Sachant ce que mon âme et mes yeux ont été,
Vers mon ombre riante et pleine de clarté
Viendront, le cœur blessé de langueur et d’envie,
Car ma cendre sera plus chaude que leur vie…"

Les regrets

La Princesse de Clèves
6.4
29.

La Princesse de Clèves (1678)

Sortie : 16 mai 1678. Roman

livre de Madame de La Fayette

Out-cast a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Je me réjouissais assez fortement de pouvoir lire un roman aussi vieux et qui m'apparassait comme une petite gemme joliment sertie ou une friandise à la pâte feuilletée...
Je m'étais bien trompé, du moins sur la partie gastronomique parce que je fus vite saisi d'une indigestion manifeste à la lecture des premières pages.
En effet, je me suis retrouvé immédiatement noyé dans le flot continu de noms et de titres pompeux que madame de Lafayette crut bon de déverser dès l'entame. Sérieusement, j'ai navigué dans ce charabia comme une âme en peine et le pire c'est que cela s'est à peine arrangé plus tard ; ce roman décroche haut la main la palme du livre le moins aisé à suivre et peut être encore davantage à se représenter car l'écrivaine a joint la malice à la lourdeur puisqu'elle n'a point daigné offrir la description la plu succincte du moindre protagoniste !

Le livre se sauve en partie par le charme suranné des pavillons entourés de jardins odorants et par une élégance indéniable dans l'expression des sentiments. Par moment, le style fait preuve d'une certaine maîtrise courtoise qui m'a plu et ne fut pas sans me rappeler la geste arthurienne : les similarités entre ce genre de cours sont plus nombreuses que ce qu'on pourrait croire, dans les deux cas on se trouve ne présence d'une haute noblesse ( d'ascendance celte ) qui se veut chevaleresque et qui gravite autour d'un souverain puissant et "rayonnant", tout en n'oubliant pas de cultiver une forme de sentimentalisme aux codes nombreux et raffinés.

Quant à l'intrigue en tant que telle, elle est fort simple et se voit menée assez péniblement pour déboucher sur une fin prévisible et assez plate. Pouvoir écrire un livre sur une histoire amoureuse comme celle ci nécessite de conserver un équilibre délicat et madame de Lafayette a définitivement ajouté quelques cueillerées de mièvrerie en trop dans sa recette.
C'est certainement la seule fois ou je serai d'accord avec Sarkozy mais il avait raison sur "la princesse de Clèves" : faire lire ce livre à l'école est un acte d'hostilité manifeste à l'égard de l'éveil littéraire de la jeunesse.

Nouvelles histoires extraordinaires
8
30.

Nouvelles histoires extraordinaires (1857)

Sortie : 1857 (France). Recueil de nouvelles

livre de Edgar Allan Poe

Out-cast a mis 6/10.

Annotation :

Relativement déçu par ce recueil de nouvelles d'un auteur que j'affectionne ,notamment pour avoir aiguisé mon goût pour le fantastique, les églises gothiques décrêpies et les cryptes poussiéreuses.
En fait, très peu des nouvelles dedans sont vraiment mauvaises mais fort peu sont aussi celles qui sortent clairement du lot. C'est sans doute parce que Edgar Allan Poe n'était à l'évidence pas un scénariste exceptionnel mais plutôt un évocateur et un touche à tout de talent, ce qui est confirmé par ce livre dans lequel on pourra trouver les histoires fantastiques effrayantes pour lesquelles il est le plus connu ( Le chat noir, le coeur révélateur, ... ) mais aussi des histoires humoristiques ou satyriques ( le roi peste, lionnerie,...), des dialogues philosophiques ( puissance de la parole, conversation entre Monos et Una,...) et enfin des nouvelles à part qui augurent de genres à venir et qui reflètent chacunes une facette du 19ème. Il n'y a pas en douter, bien qu'un poète maudit, il n'en restait pas moins un homme de son siècle.

Son talent d'écriture demeure et brille ,par exemple, lorsqu'il nous fait vivre l'agonie d'un condamné de l'inquisition comme si nous y étions et ses touches d'humour m'ont fait sourire plus d'une fois, comme dans "lionnerie" ou "le roi peste" quand il s'aventure dans l'absurde surréaliste et dans des descriptions satyriques savoureuses de personnages ridicules. Il m'a encore plus étonné quand il fait montre d'une lucidité presque prophétique dans une de ses nouvelles philosophiques ou il décrit l'état d'esprit qui a mené une société à la catastrophe et qui fait fortement penser à la nôtre...
Néanmoins, les histoires en tant que telles reposent souvent sur des effets qui devaient être novateurs et excitants à l'époque mais qui paraissent bien pauvres aujourd'hui et qui prêtent même parfois à rire. Les motifs gothiques, macabres ou enchanteurs dont il jalonnait si admirablement ses poésies et les figures évanescentes qu'il y faisait apparaitre semblent ici privés d'une bonne part de leur pouvoir, contenues dans des récits qui ne parviennent pas souvent à les magnifier. Il en ressort que la livre achevé, je n'ai pas l'impression d'en avoir grand chose de solide à en retirer et j'en aurai sans doute oublié la grande majorité d'ici peu mais la lecture n'en fut pas moins agréable.