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(re)Lus 2019

Classement par notes.

Photo : manuscrit original de Madame Bovary. BNF Gallica

Liste de

84 livres

créee il y a plus de 3 ans

 · 

modifiée il y a plus de 2 ans

Iliade
7.9
1.

Iliade

(traduction Mario Meunier)

Ἰλιάς

Sortie : 1943 (France). Poésie, Récit

livre de Homère

-Valmont- a mis 10/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : Le thème de l'épopée est la guerre de Troie dans laquelle s'affrontent les Achéens venus de toute la Grèce et les Troyens et leurs alliés, chaque camp étant soutenu par diverses divinités comme Athéna, Poséidon ou Apollon. Après un siège de dix ans, le sort des armes hésite encore dans de multiples combats collectifs ou individuels où s'illustrent des figures comme Ajax, Hector ou Patrocle. Finalement, les Achéens l'emportent grâce à la victoire d'Achille qui tue le chef troyen en combat singulier.

Annotation :

Notre source chaude.

Critique
https://www.senscritique.com/livre/Iliade/critique/190368889

Flaubert
8.2
2.

Flaubert

Flaubert

Sortie : mai 2013 (France). Biographie

livre de Michel Winock

-Valmont- a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Michel Winock porte un regard d'historien sur cette vie tout entière vouée à la littérature.

Annotation :

Splendide, dense et riche biographie par Michel Winock, historien et spécialiste des mouvements intellectuels et politiques. Mises en relation constantes des écrits et de la pensée de Flaubert avec le chaudron politique et social de l’hyper-bouillant 19ème siècle, accompagnées de belles études des oeuvres (notamment une exégèse de l’Education sentimentale particulèrement intéressante) d’un maître tenaillé par une mélancolie qui jamais ne le lâchera.

A déguster en fin gourmet, comme s’il s’agissait d’un met délicat, et non en goret pressé de déglutir. Pour ma part, dégusté en cinq mois, à raison d’un ou deux chapitres par semaine, pour retirer tous les sucs de ce Terroir.

Hypérion
8.4
3.

Hypérion (1797)

Hyperion oder Der Eremit in Griechenland

Sortie : 25 janvier 1973 (France). Poésie, Roman

livre de Friedrich Hölderlin

-Valmont- a mis 10/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : "Une fois encore, le sol très aimé de la patrie me donne ma pâture de joie et de douleur". La première phrase d'Hypérion d'Hölderlin – mais est-ce seulement une phrase ou un vers ? S'agit-il d'un roman lyrique ou d'un poème en prose ? – révèle entièrement le monde du poète, un monde en quête de pureté, un perpétuel élan, la recherche d'une joie métaphysique au contact de la terre et de la patrie. Un homme grec, un contemporain nommé Hypérion, conte à l'un de ses amis la façon dont sa destinée de poète s'est créée. Après une adolescence exaltée, ayant fait l'expérience de la mort et du combat, Hypérion se retire de la vie des hommes et décide de vivre en ermite une existence contemplative...

Annotation :

De la manière d’habiter le monde et de l’union tragique des contraires.
Un chef d’oeuvre hélas bien méconnu.

Les Provinciales
7.6
4.

Les Provinciales (1656)

Sortie : 1656 (France). Correspondance, Philosophie

livre de Blaise Pascal

-Valmont- a mis 10/10.

Résumé : Un ensemble de dix-huit lettres, en partie fictives, écrites par Blaise Pascal. Publiées entre janvier 1656 et mars 1657, elles ont d’abord eu pour but de défendre le théologien janséniste Antoine Arnauld, menacé d’être condamné par la Sorbonne, avant de s’orienter vers une critique de la Compagnie de Jésus, et en particulier de la casuistique laxiste défendue par ses membres.

Annotation :

Ironique et incisive intervention de Pascal dans la querelle entre Jésuites et Jansénistes en faveur de ces derniers. Texte divin, si j’ose dire, d'un style brillant. De bonnes saillies.

L'Homme en Son Temps et en Son Lieu
5.

L'Homme en Son Temps et en Son Lieu

Sortie : 23 mai 2017 (France). Essai

livre de Bernard Charbonneau

-Valmont- a mis 10/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : Rédigé en 1960, ce petit texte visionnaire, d’une grande portée spirituelle et philosophique, parle davantage encore à l’homme de 2017 qu’à celui du milieu des « Trente Glorieuses ». Bernard Charbonneau y analyse l’importance du temps et du lieu sur la possibilité laissée à l’homme – ou conquise par lui – d’être libre ; l’ubiquité, l’accélération du temps, la contraction de l’espace, la démultiplication des sollicitations extérieures, la simultanéité, la perte dangereuse d’intérêt envers l’histoire et la géographie, la fuite hors de soi, sont autant de thèmes extrêmement contemporains abordés par ce livre inspiré au souffle fort dont la lecture redonne sa valeur au mot-clé des écrits et de la vie de Bernard Charbonneau : liberté.

Annotation :

Pas d'écologie possible pour l'Homme déraciné.

Manifeste pour une écologie radicale, enracinée dans un temps et dans un lieu, anti marxiste et anthropocentrée assumée. Charbonneau avait anticipé l'écologie no border, autoritaire et déracinée, vouée à l'échec.

«Nos univers concentrationnaires éliminent la liberté en entassant les individus ; une société libre tendrait à les disperser, afin de leur permettre de se réunir librement : la maison plutôt que l’immeuble, le bourg plutôt que la ville, seraient les formes normales du groupement»

Illusions perdues
8.1
6.

Illusions perdues (1839)

Sortie : 1839 (France). Roman

livre de Honoré de Balzac

-Valmont- a mis 10/10.

Résumé : Angoulême. David Séchard, jeune poète idéaliste, embauche dans son imprimerie un ami de collège, Lucien, qui prendra bientôt le nom de sa mère.

Annotation :

Patrimonial.

Les Deux Étendards
9.1
7.

Les Deux Étendards (1951)

Sortie : 1951 (France). Roman

livre de Lucien Rebatet

-Valmont- a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : Régis, qui se destine au sacerdoce dans la Compagnie de Jésus, est très amoureux d’Anne-Marie, avec laquelle Michel, son ami de collège, développe progressivement une amitié et une certaine complicité. Néanmoins, par fidélité pour Régis, ses sentiments affectifs forts pour Anne-Marie restent secrets. Initialement, le plan de Régis et d’Anne-Marie est le suivant : Régis poursuit des études universitaires pendant qu’Anne-Marie termine sa scolarité et obtient son baccalauréat. Ensuite, dans un grand élan mystique, Régis rentre à la jésuitière de Fourvière tandis qu’Anne-Marie rentre au couvent. La congrégation qui doit accueillir la vocation d’Anne-Marie est l’objet de débats entre les deux jeunes gens. Ce qui séduit l’auteur, c’est le choix cornélien entre une vie de couple et le choix héroïque d’une vie consacrée, exigée par Dieu et implicitement considérée, et dans tous les cas, comme répondant le mieux à sa volonté.

Annotation :

Titanesque combat de l’homme catholique contre l’homme nietzschéen radical, par une femme interposée et sacrifiée, qui sera pour l’un ce qu’Héloïse fut pour Abélard, et pour l’autre ce qu’Eurydice fut pour Orphée. Rebatet a une verve extraordinaire et un scalpel de grand chirurgien qui font passer les 1300 pages comme du petit lait. « Les deux étendards » n’est pas ce nième roman à thèse qui fait bailler d’avance celui qui s’y plonge, loin de là, mais une authentique machine de guerre philosophique et esthétique.

Les Carnets du sous-sol
8.2
8.

Les Carnets du sous-sol (1864)

(traduction André Markowicz)

Zapiski iz podpol'ia

Sortie : 1992 (France). Roman

livre de Fiodor DostoĂŻevski

-Valmont- a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Réfugié dans son sous-sol, le narrateur dévide un monologue où il fait le juste procès du monde moderne et de toute son hypocrisie.

Annotation :

Un réquisitoire prémonitoire contre les délires de la Raison et du matérialisme, grandes causes d'un XXème siècle qui confiera le destin de l’homme à la Logique mortifère.

Le Rivage des Syrtes
8
9.

Le Rivage des Syrtes (1951)

Sortie : 25 septembre 1951. Roman

livre de Julien Gracq

-Valmont- a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Aldo, à la suite d’un chagrin d’amour, demande une affectation lointaine au gouvernement d’Orsenna. S’ensuit alors la marche à l’abîme des deux ennemis imaginaires et héréditaires. Les pays comme les civilisations sont mortels. C’est à ce fascinant spectacle que Julien Gracq nous convie ici. Cette insolite histoire de suicide collectif laisse une subtile et tenace impression de trouble.

Annotation :

Littérature de l’apocalypse et de l’attente dont on devine qu’elle est l’image du monde avant qu’il ne se brise. A rapprocher sans doute de « Sur les falaises de marbre » de Jünger. (à creuser)

Prose admirable que celle de Gracq, tendue jusqu’à l’exténuation, qui fait du lecteur un être magnifique. Prose aussi à la force et à la beauté évidentes, qui ne confond pas poésie réaliste et inutile bavardage, pour une grande foire aux ténèbres. Une prestidigitation du verbe et de la géographie.

La Vieille Fille
7.2
10.

La Vieille Fille (1837)

Sortie : 1837. Roman

livre de Honoré de Balzac

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : Une petite ville, un microcosme de l'ancienne France, une vieille fille, Rose-Marie-Victoire Cormon, qui hésite entre deux prétendants, le chevalier de Valois et l'ex-citoyen du Bousquier. Le chevalier est vieux, coquet, sans le sou, fidèle aux Bourbons. Du Bousquier est libéral, millionnaire et encore à peu près présentable. Grave conflit, lutte de clans. Du Bousquier l'emporte. Hélas, « le mariage sera essentiellement négatif » : du Bousquier est impuissant. Si Mlle Cormon avait suivi des cours d'anthropologie, si elle avait considéré le « nez prodigieux », le « nez magistral et superlatif » du chevalier, et le « nez aplati », « la voix de spéculateur éreinté » de du Bousquier, elle aurait « évité les effroyables malheurs de sa vie conjugale ».

Annotation :

Si dans « La duchesse de Langeais » Balzac s’en prend assez violemment à une aristocratie qui se met servilement à la remorque de la bourgeoisie contre un peu de pognon, dans « La vieille fille » il dresse un portrait sans concession (mais non sans beaucoup d’humour) de la bourgeoisie de province, républicaine et affairiste, portrait peut-être le plus fouillé et réussi de cette classe sociale dans toute la Comédie humaine. L’antirépublicanisme de Balzac transpire dans ces pages à l’acide sulfurique, et, tout en reconnaissant la « victoire de la bourgeoisie et du journalisme », il déplore que les fortunes bourgeoise soient bâties non « sur l’active rotation de l’argent » mais sur « un stérile entassement ».

L’identité de la femme et sa place dans la société d’alors est largement débattue également. La « vieille fille » a le choix du mariage entre un aristocrate issu d’une tradition mal vieillie et dormante sur les débris du XVIIIème siècle et un républicain manipulateur et impuissant au sens propre du terme.

Tout ce petit monde s’entredéchire dans des conflits personnels et politiques meurtriers, sous la plume extatique d’Honoré.

La Mélancolie de la résistance
8.2
11.

La Mélancolie de la résistance (1989)

Az ellenállás melankóliája

Sortie : 2006 (France). Roman

livre de László Krasznahorkai

-Valmont- a mis 9/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : Quel danger plane sur cette petite ville du sud-est de la Hongrie ? Quelle est la nature du malaise qui l'agite, et quelles sont les raisons de la révolte qui gronde ? Nous suivons Mme Pflaum, une des habitantes de la ville, et nous la voyons se débattre avec une menace jamais nommée. Ni son intérieur petit-bourgeois, ni les opérettes retransmises à la télévision ne peuvent la protéger du désordre ambiant. Son ennemie, Mme Eszter, l'appelle à l'aide pour mener campagne contre la destruction, mais la venue d'un cirque et l'exhibition d'une immense baleine sèment le trouble dans la communauté, puis précipitent la ville dans une explosion de violence. À partir d'un magistral chapitre d'exposition décrivant le voyage en train de Mme Pflaum, La mélancolie de la résistance avance crescendo, telle une plongée hypnotique, dans un monde fascinant et crépusculaire. Les univers de Kafka, de Beckett ou même de Thomas Bernhard ne sont pas loin dans cette oeuvre où l'auteur place au centre la question de la condition humaine dans nos sociétés post-nietzschéennes.

Annotation :

Roman fondamental de ce grand écrivain hongrois, peut-être pas assez connu en France. Grande et "magnifique" fresque de l'univers pandémoniaque dans lequel nous rampons, sans même bien le voir.

Le Hussard bleu
7.8
12.

Le Hussard bleu (1950)

Sortie : 20 octobre 1950 (France). Roman

livre de Roger Nimier

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : Le livre insolent, romantique et tendre qui rendit Nimier célèbre à vingt-cinq ans. Le roman qui fit école et donna naissance à la génération littéraire des Hussards. La chronique intime, à la fois cynique et sentimentale, d'un peloton de hussards qui pénètre en Allemagne, en 1945.

Annotation :

Nimier, l’une des dernières plumes de la littérature française avant que l’édifice ne s’effondre complètement. Mode narratif en forme de monologues intérieurs, mais ne nécessitant pas de boite de Dafalgan pour l'ingérer (Nimier n’est pas Faulkner, il est un « classique »), monologues d’officiers et de cavaliers hussards pénétrant en Allemagne en 1945.

Le coeur centrifuge du roman tourne autour de « Sanders », résistant puis milicien et finalement hussard.. Esprit romantique mais brutal, passionné par la vie mais totalement désabusé, Sanders rêve de mourir dans cette ultime campagne militaire. Saint-Anne aussi, «le Hussard bleu», un beau cavalier s’attirant toute forme d’amitiés, avec qui Sanders partage l’amour d’une femme. Sanders, l’ancien milicien, sera contraint d’admettre des valeurs simples telles l’amitié, la justice, que la violence et la guerre lui avaient fait méconnaître.

Un style clair et lumineux, une plume..

La Peau et les os
8.4
13.

La Peau et les os

Sortie : 1949 (France). RĂ©cit

livre de Georges Hyvernaud

-Valmont- a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : Ce livre est le témoignage d'un professeur français de plusieurs années passées dans les camps de travail allemand pendant la seconde guerre mondiale.

Annotation :

L'expérience de la faim, de l'humiliation et de la peur donne aux choses leurs dimensions exactes que l’auteur tente d’exprimer en s’extrayant de l’hypocrisie littéraire, avec plus ou moins de succès tant l’objectif est difficile, il le reconnait lui-même : ce qui fait de « La peau et les os » une lecture importante, une tentative de retour au réel dont on ne sait trop si elle est réussie.

H.P. Lovecraft
7.4
14.

H.P. Lovecraft (1991)

Contre le monde, contre la vie

Sortie : 1991 (France). Essai, Littérature & linguistique

livre de Michel Houellebecq

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : "Howard Phillips Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie, et éventuellement, à réussir leur oeuvre Encore que, sur ce dernier point, le résultat ne soit pas garanti." Auteur de L'appel de Cthulhu, de Dagon et des Montagnes hallucinées, H.P.. Lovecraft, maître incontesté de l'horreur et du fantastique, reste l'objet d'une fascination toute particulière chez nos contemporains, particulièrement chez Michel Houellebecq, qui le découvrit à l'âge de seize ans pour ne plus cesser de le lire. Dans ce bref essai, l'auteur retrace un itinéraire hors du commun et nous livre les prémisses de son univers désenchanté qui a fait le succès des Particules élémentaires.

Annotation :

Oeuvre de jeunesse de MH (sa première véritable ? je l’ignore). Exégèse de la littérature lovecraftienne, remarquable de concision et de justesse. Remarquable aussi en ce qu’elle décille tous les thèmes développés bien plus tard par MH, puisés non directement dans la littérature de Lovecraft mais plus sûrement dans sa personnalité d’écrivain inadapté.

Martin Eden
8.6
15.

Martin Eden (1909)

(traduction Francis Kerline)

Sortie : 2010 (France). Roman

livre de Jack London

-Valmont- a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : La vie de Martin Eden, un marin né dans les bas-fond qui décide de partir en croisade contre son ignorance après avoir sauvé un jeune bourgeois.

Annotation :

Malthus, Darwin, Spencer et Nietzsche, les ingrédients d'une potion explosive et amère.

Sur les falaises de marbre
7.9
16.

Sur les falaises de marbre (1939)

Auf den Marmorklippen

Sortie : 1942 (France).

livre de Ernst JĂĽnger

-Valmont- a mis 9/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : Après quelques années de campagnes guerrières, le narrateur, en compagnie de son frère, s'est retiré dans un ermitage, situé au bord des falaises de marbre. C'est là qu'ils méditent, songent, écrivent, prennent le temps de la contemplation, discutent, échangent leurs visions du monde. Un retrait qui sera perturbé par les meutes du grand forestier, obligeant les deux frères, pris dans la tourmente anarchique, à la fuite. À la fois épopée, poème en prose et récit utopique, Sur les falaises de marbre, publié en 1939, tout en étant imprégné d'un certain pessimisme, n'en est pas moins un texte d'espoir, d'espoir timide qui voudrait croire à un monde où la force, le courage se mêleraient à l'intelligence. À peine voilée, c'est aussi une dénonciation de la barbarie nazie.

Annotation :

Conte d’heroic fantasy avant l’heure (un des plus beaux), fable onirique, pamphlet anti-nazi pour certains, anti-communiste pour d’autres (*), ce roman est inclassable, ou plutôt il coche beaucoup de bonnes cases. La langue ciselée déroule une longue allégorie située dans un pays imaginaire où l'on jouit des bienfaits d’une riche nature et d'une vieille civilisation. Deux frères se sont retirés sur leur falaise pour mener des études botaniques, herborisant en paix et contemplant des mondes sublimes du haut des colonnes de marbre, jusqu'à la survenue de la barbarie. Faut-il résister ou faut-il fuir ?


(*) Voir par exemple Michel Vanoosthuyse :
https://agone.org/revueagone/agone34/enligne/14/index.html

L'Ĺ’uvre au noir
7.7
17.

L'Ĺ’uvre au noir

Sortie : 1968 (France). Roman

livre de Marguerite Yourcenar

-Valmont- a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIe siècle, l'auteure raconte une époque où s'affrontent le Moyen Âge et la Renaissance.

Annotation :

Splendide littérature, splendide auteur. Avec une maitrise de la langue à nulle autre pareille, qui au-delà de l’histoire rend la lecture absolument jouissive, Yourcenar nous ballade dans l’Europe du XVIe siècle et ses guerres de religions, et dans la vie d’un alchimiste, médecin et philosophe ayant reçu une base scolastique qu’il va rejeter.

« En un sens, tout est magie : magie la science des herbes et des métaux qui permettent au médecin d’influencer la maladie et le malade; magique la maladie elle-même, qui s’impose au corps comme une possession dont celui-ci parfois ne veut pas guérir; magique le pouvoir des sons aigus ou graves qui agitent l’âme ou au contraire l’apaisent; magique surtout la virulente puissance des mots presque toujours plus forts que les choses et qui explique à leur sujet les assertions du Sepher Yetsira, pour ne pas dire de l’Evangile selon saint Jean. Le prestige qui entoure les princes et se dégage des cérémonies d’église est magie, et magie les noirs échafauds et les tambours lugubres des exécutions qui fascinent et terrifient les badauds encore plus que les victimes. Magiques enfin l’amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l’image d’un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter. »

Doubrovski
7.7
18.

Doubrovski (1841)

Sortie : 1841. Roman

livre de Alexandre Pouchkine

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : " Il y a quelques années vivait sur une de ses terres un seigneur russe de vieille famille, Cyrille Petrovitch Troïekourov. Sa richesse, sa haute naissance et ses relations lui donnaient un grand poids dans les provinces où se trouvaient ses biens. Les voisins étaient heureux de contenter ses moindres fantaisies ; son seul nom faisait trembler les fonctionnaires du chef-lieu.[...] Les occupations de tous les jours de Troïekourov consistaient en tournées à travers ses vastes propriétés, en festins prolongés et en facéties chaque jour inventées à cette occasion, et dont la victime était habituellement quelque nouvelle connaissance ; encore de vieux amis même n'y échappaient-ils pas toujours, à l'exception d'un seul, Andreï Gavrilovitch Doubrovski."

Annotation :

J’admire la littérature limpide du « Frantsouz ». Doubrovski n’est pas dans l’exception. Nulle arrière-pensée, nul nihilisme ou coup tordu dans ce beau texte, encore moins de moraline : uniquement du plaisir d’écrire pour du plaisir de lire. Un tout harmonieux, qui fait que Pouchkine est grand.

Crépuscule des idoles
8
19.

Crépuscule des idoles (1888)

(traduction Jean-Claude Heméry)

Götzen-Dämmerung oder wie man mit dem Hammer philosophiert

Sortie : 1977 (France). Essai, Philosophie

livre de Friedrich Nietzsche

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : « Il y a dans le monde plus d'idoles que de réalités : c'est ce que m'apprend le "mauvais œil" que je jette sur le monde, et aussi la "méchante oreille" que je lui prête... Ce petit livre est une grande déclaration de guerre. Quant aux idoles qu'il s'agit d'ausculter, ce ne sont cette fois pas des idoles de l'époque, mais des idoles éternelles, que l'on frappe ici du marteau comme d'un diapason - il n'est pas d'idoles plus anciennes, plus sûres de leur fait, plus enflées de leur importance... Pas non plus de plus creuses... Cela ne les empêche pas d'être celles auxquelles on croit le plus. Aussi, surtout dans le cas de la plus distinguée d'entre elles, ne les appelle-t-on jamais des idoles... » Friedrich Nietzsche.

Annotation :

ou comment on philosophe avec un marteau. Manière de synthèse de la philosophie de Nietzsche, on y retrouve l’essentiel de sa pensée plus longuement développée dans les ouvrages antérieurs.

Pour paraphraser Houellebecq dans « En présence de Schopenhauer », la philosophie de Nietzsche est immorale et repoussante mais sa puissance intellectuelle m’en impose.

SĂ©rotonine
6.9
20.

SĂ©rotonine (2019)

Sortie : 4 janvier 2019. Roman

livre de Michel Houellebecq

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : "Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour" écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.

Annotation :

Que vous détestiez MH, que vous l’idolâtriez ou qu’il vous laisse indifférent, cette lecture ne devrait pas modifier vos positions d’un iota. On retrouve dans son nouveau plat tous les ingrédients qui font son succès – ou sa détestation - depuis ses débuts : l'anti-libéralisme viscéral, l'économie de marché et ses dégâts jusque dans le sexe, les ravages du temps, la social-démocratie molle source de toutes les solitudes.. Néanmoins certainement plus proche de ses premiers romans que de ses derniers, avec un style agréablement maturé, et drôle. Très intimiste.

Le Misanthrope
7.5
21.

Le Misanthrope (1666)

Sortie : 1666 (France). Théâtre

livre de Molière

-Valmont- a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Alceste hait l'humanité, l'hypocrisie, la couardise et la compromission. Mais il aime pourtant Célimène, coquette et médisante.

Annotation :

Il est des moments particuliers de la vie oĂą se replonger dans ce texte brillant apporte un Ă©clairage nouveau.

La pièce de Molière que j'estime le plus, relue régulièrement pour un plaisir sans cesse renouvelé.

Les DĂ©mons
8.7
22.

Les DĂ©mons (1871)

(traduction André Markowicz)

BĂ©sy

Sortie : 1871 (France). Roman

livre de Fiodor DostoĂŻevski

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : Des révolutionnaires veulent renverser l'ordre établi. Le chef souhaite qu'un aristocrate, fascinant tout le monde, prenne sa place à la tête du groupe.

Annotation :

Par-delà bien et mal, un génial capharnaüm dans lequel Dosto étale ses angoisses face à l’Homme nouveau, risque terminal pour la grande Russie. Un assassinat littéraire en règle des esprits du néant.

Le Jeune Homme vert
7.1
23.

Le Jeune Homme vert (1975)

Sortie : 20 février 1975. Roman

livre de Michel DĂ©on

-Valmont- a mis 9/10.

Résumé : Le jeune homme vert, enfant trouvé en 1919 à Grangeville, en Normandie, adopté par le jardinier du domaine de la famille du Courseau, grandit dans l'intimité de ses parents adoptifs et dans celle de ses nobles maîtres. Tiraillé entre l'éducation simple et honnête reçue de ses parents adoptifs, et celle reçue de la famille du Courseau dont il partage l'intimité, il quitte à la fin de son adolescence sa Normandie natale pour vivre des aventures rocambolesques à travers la France et l'Europe.

Annotation :

Une invraisemblable mélancolie me prit lorsque je lus ce roman. J’en ignore encore les raisons. Je trouverai.

La Duchesse de Langeais
7.3
24.

La Duchesse de Langeais (1833)

Sortie : 1839 (France). Roman

livre de Honoré de Balzac

-Valmont- a mis 8/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : La Restauration, son faubourg Saint-Germain, ses salons aristocratiques. Au milieu des pâles figures d'une noblesse d'un autre temps, un héros napoléonien, dont la vie a des allures de légende : le général Armand de Montriveau. La si belle duchesse de Langeais entend bien séduire et s'attacher cet étrange personnage. Mais l'amour vrai n'est pas un jeu mondain Ne touchez pas à la hache !

Annotation :

Une histoire de vengeance puis de regrets d’un amant éconduit comme prétexte pour Balzac à se livrer à une virulente et talentueuse diatribe contre la putréfaction d’une aristocratie indigne de son rang, donc coupable (selon l’auteur) de tous les maux dont la France souffre.

Mémoires intérieurs
5.9
25.

Mémoires intérieurs

Sortie : juillet 2006 (France). Roman, Essai

livre de François Mauriac

-Valmont- a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Véritable parcours introspectif, les Mémoires de François Mauriac dévoilent l'étonnante personnalité de cet auteur majeur du XXe siècle : de l'intimité d'un souvenir d'enfance aux oeuvres qui marquèrent sa formation littéraire, il couche sur le papier sa vie intérieure, son rapport à l'écriture et réaffirme sa foi dans un humanisme chrétien. Jalonnée de commentaires érudits d'auteurs classiques (Pascal, Racine) ou contemporains (Gide, Bernanos), cette autobiographie atypique raconte une vie guidée par la passion de la littérature.François Mauriac (1885-1970) est né à Bordeaux dans une famille de la haute bourgeoisie chrétienne dont il fait la description dans la plupart de ses livres. Il publie son premier ouvrage, un recueil de poème intitulé Les mains jointes, en 1909, mais c'est avec Le Baiser au lépreux (1922) et Thérèse Desqueyroux (1927) qu'il acquiert une véritable notoriété. Il est l'auteur d'une oeuvre immense, parmi laquelle on retrouve des romans comme Le Noeud de vipères, Le Sagouin, mais également des pièces de théâtre, et une biographie du Général de Gaulle.François Mauriac a été élu à l'Académie française en 1933 et a reçu le Prix Nobel de littérature en 1952.Extrait du livre :L'enfance est le tout d'une vie, puisqu'elle nous en donne la clef. Mais ce petit être que j'interroge, même à l'âge de raison, il n'est pas tout à fait né encore, il demeure comme lové dans les entrailles d'une famille adorée. Il est l'aboutissement de tous ces destins obscurs auxquels il reste mêlé et qui vont s'accomplir en lui ; chacun de ces destins, si nous entreprenions d'écrire notre vie, devrait être détaché, étudié à part, et non point du dehors comme font la plupart des mémorialistes qui décrivent les tics, esquissent des personnages pittoresques. C'est se dérober devant

Annotation :

Recueil de textes publiés dans le Figaro littéraire de 1955 à 1958.

Balzac, Flaubert, Racine, Pascal, Montaigne, Rimbaud, Renan, Bernanos, Gide, Sartre, Shakespeare .. et beaucoup d’autres : Mauriac nous découvre son parcours d’homme de Lettres, ses doutes, ses convictions (finalement assez peu nombreuses) et ses inimitiés (tout autant peu nombreuses), mais aussi ses analyses et ses passions sur les mouvements organiques de la littérature. Une lecture apaisante qui sied bien aux parfums et lumières d’automne.

Histoires extraordinaires
7.9
26.

Histoires extraordinaires (1845)

Sortie : 1856 (France). Recueil de nouvelles

livre de Edgar Allan Poe

-Valmont- a mis 8/10.

Résumé : Recueil de treize nouvelles écrites par Edgar Allan Poe entre 1833 et 1845, puis traduites et réunies par Charles Baudelaire en 1856.

Annotation :

D’aucuns estiment que les Histoires extraordinaires de Poe sont désuètes, pourtant l’alchimie Poe+Baudelaire donne à ces textes une dimension littéraire exquise, tant par leur forme impeccable que par la douce érudition qui en émane. On y pénètre comme dans un salon dont un côté serait destiné à savourer les plus suaves whiskies, vautrés dans de profonds Chesterfiels, et dont l’autre serait un capharnaüm de tubes à essai, Béchers, pipettes, agitateurs magnétiques, cristallisoirs et autre chauffe-ballon. L’impression générale est celle d’une lecture langoureuse aux parfums de cuirs et de cèdres.

"Il y a à parier, répliqua Dupin, en citant Chamfort, que toute idée publique, toute convention reçue est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre."

Contre Sainte-Beuve
7.8
27.

Contre Sainte-Beuve

Essai

livre de Marcel Proust

-Valmont- a mis 8/10.

Résumé : A la fin de l'automne 1908, Proust rentre de Cabourg épuisé. Depuis longtemps, il a renoncé à son ?uvre. Profitant d'un répit que lui laisse sa maladie, il commence un article pour Le Figaro : « Contre Sainte-Beuve ». Six mois plus tard, l'article est devenu un essai de trois cents pages. Conversant librement avec sa mère, l'auteur entrelace, autour d'une réflexion sur Sainte-Beuve les souvenirs personnels, les portraits d'amis, les impressions de lecture. Voici le château de Guermantes : voici M. de Quercy et Mme de Cardaillac, grands lecteurs de Balzac, mais qui ressemblent à s'y méprendre à Charlus et à Gilberte. Sans le savoir, Proust venait de libérer son génie.Proust ne voulait pas qu'on mît des idées dans un roman. Toutes les analyses qu'il a écartées d'ÿ la recherche du temps perdu, on les trouvera ici. Elles confirment que Proust, le plus grand romancier de son siècle, pourrait en être aussi le plus grand critique.

Annotation :

Baudelaire, Nerval, Flaubert, Balzac : Proust critique littéraire rejette la méthode beuvienne consistant à fondre l’écrivain-être-social et l’écrivain-être-créateur. Sa thèse est que le livre est le produit d’un autre moi que celui manifesté tous les jours par l’écrivain, au quotidien de ses habitudes, ses penchants naturels, ses perversions ou ses aimables qualités. Débat sans fin, toujours d’actualité.

Un roi sans divertissement
7.3
28.

Un roi sans divertissement (1947)

Sortie : 28 janvier 1948 (France). Roman

livre de Jean Giono

-Valmont- a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Qui donc a profité des neiges pour égrainer un chapelet de cadavres ? Dans ce village du Dauphiné, l'arrivée du printemps rejette ses secrets et ses morts : au bout de trois victimes, on finira par faire appel à un spécialiste, le commandant Langlois, qui découvrira bien vite la vérité. Mais pourra-t-il y survivre ? Étranges personnages que ceux de ce récit ; étrange roman, qui tient du théâtre de l'absurde, du conte séculaire et de la parabole. Parabole laïque sur un seul thème, dont la pensée de Pascal "Un roi sans divertissement est un roi plein de misère" donne la clef : l'ennui existentiel guette les hommes, s'ils ne s'inventent pas des divertissements efficaces, consistants. C'est ce qu'avait bien compris l'assassin des neiges ; c'est ce que finira par comprendre Langlois, à son corps défendant. Avec ce drame d'une vie en trois actes, Giono inaugurait une série romanesque très noire, centrée sur l'analyse du mal et de la misère humaine, bien loin du cycle provençal de Regain.

Annotation :

Roman complexe qui n’est pas sans laisser une forme de fascination tant la trame narrative est à la fois alambiquée et grave. Giono décrit un monde sans substance, bien qu’apparement anodin, qui mènera le personnage pivot au suicide, selon le fragment de Pascal qui inspira le titre : « Qu’on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l’esprit, sans compagnies, penser à lui tout à loisir, et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misères. ».

De l’ennui et de la fascination pour le Mal en guise de « divertissement ».

Le Feu follet
7.7
29.

Le Feu follet (1931)

suivi de Adieu Ă  Gonzague

Sortie : 1931 (France). Roman

livre de Pierre Drieu la Rochelle

-Valmont- a mis 8/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : Après avoir suivi une cure de désintoxication, Alain s’enferme dans une maison de repos où la solitude et l’ennui pèsent sur le moral de l’ancien débauché. En sortant, il retrouve son ami d’enfance Dubourg qui mène à présent une vie rangée, toute vouée à l’exaltation de la vie de l’esprit. Mais ce compagnon retrouvé parviendra-t-il à tenir Alain éloigné de la vie de salon qui le ronge tant...

Annotation :

Du suicide.

Un décadent certes moins flamboyant qu'un Des Esseintes, mais peut-être plus touchant.

La Chute
7.6
30.

La Chute (1956)

Sortie : 1956 (France). Roman

livre de Albert Camus

-Valmont- a mis 8/10 et a Ă©crit une critique.

Résumé : « Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. [] J'avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui s'abat sur l'eau. Je m'arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j'entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s'éteignit brusquement. »

Annotation :

Camus existentialiste. Quoi que vous fassiez, rien ne pourra vous sauver de votre mauvaise conscience.