Le haut du panier

Avis sur 1984

Avatar VernonMxCrew
Critique publiée par le

« J'ai réalisé un rêve de gosse et ça s'arrête. Voilà… Si demain il faut devenir maçon ou vendre des pizzas, je le ferai ! » L'homme en face de nous, en tee-shirt et doudoune sans manches, est affable, souriant, volubile. Malgré une seconde mise en examen (1) et une deuxième audition au Sénat, Alexandre Benalla donne l'impression que tout glisse sur lui. C'est en tout cas ce qu'il veut laisser paraître. C'est aussi pour cela qu'il agace. Son mantra : « Dans la vie, il n'y a rien de grave. »

Le génie moderne, prêt à toutes les diversions. Ce dans la vie, il n'y a rien de grave serait un gimmick parfait pour le roman de George Orwell.

Dans 1984, le héros constate "le crime n'est pas la conséquence de la pensée. Le crime, c'est la pensée. [...] L'ignorance, c'est la force". La question n'est pas de savoir ce que pense l'institution, mais de comment l'individu pense l'institution, c'est-à-dire surtout de comment il ne la pense pas.

Le citoyen modèle dans 1984 tient sur sa capacité à la pensée hybride, à la fois patriote et ignorant. Il doit amettre le fonctionnement contradictoire des institutions, embrasser la contradiction, la pratiquer, tout en admirant et vantant en façade la beauté de sa nation chérie qu'il aime.

Tous les matins, l'exercice du citoyen d'Océania est de se plier jusqu'à ses orteils sans plier les genoux, symbole des contorsions mentales qu'il s'impose tout seul.

Le tu seras chômeur si tu te penses chômeur s'étend au domaine de la justice (tu seras coupable si tu te penses coupable).
Il ne faut pas se penser soi dans un monde qui a une logique que l'on pourrait améliorer pour l'occasion, mais juste se penser soi, dans un monde qu'il nous arrange bien qu'il soit fou
(LE SENAT: monsieur Benalla, ce point n'est pas clair. Pouvez-vous nous dire blablabla?
BENALLA : Non.
LE SENAT : Pourquoi?
BENALLA : Parce que je suis innocent et que les autres c'est que des menteurs. Les médias tout ça...),
un monde devenu fou dont on vise le haut du panier quand même,
un panier qu'on vient occasionnellement dunker à grosses taloches, pour la patrie... et pour le sport !

Et personne ne peut le forcer à répondre, les institutions sont bien faites.
Le Sénat se fiche de Benalla pourtant. C'est le fonctionnement de l'Elysée qui est mis en cause dans ces audiences. Ce sont les failles du système qui sont sous la lorgnette.
Seulement les institutions sont bien faites. Une procédure judiciaire a été mise en place pour Benalla en un temps record, ce qui l'autorise à se taire vis-à-vis du Sénat sur à peu près tout ce qui le concerne personnellement, et à bloquer toute piste d'amélioration des institutions (et cela bien sûr préserve les membres en cause de l'Elysée).

À la fois sous l'oeil qui le scrute et créateur d'une pensée individualiste qui nourrit l'oeil qui scrute tout... Big Brother n'existe pas, pas sous la forme fantasmée du cyclope en tout cas. Big Brother n'est qu'un groupe de gens gourmands qui, quand ils se regardent dans le miroir, se disent qu'ils ont bien raison d'avoir peur des autres.

L'homme qui veut vivre, par exemple,
(Benalla: « C'est une bonne expérience […]. À 26 ans, si tu veux, y a pas grand monde qui vit… qui provoque deux commissions d'enquête parlementaires, qui bloque le fonctionnement du parlement…»)
fragmente délibérément la pensée collective à l'échelle de son individualité, au plus haut niveau des institutions,
et la masse des hommes, ce faisant, toujours un peu plus stupéfaite, regarde s'échapper ce fiasco qu'est l'état en roue libre, dont s'occupera un jour en roue libre un monstre imaginaire aujourd'hui seulement en gestation,
que la masse, au moins en pensée, nomme déjà Grannd Frère. De ce genre de grand frère qui nous tyrannise mais que l'on accepte, parce que ce qui est généalogique nous semble logique.
Le tyran c'est l'autre.
La guerre c'est la paix.
L'esclavage c'est la liberté.
L'ignorance c'est le force.

Et le président s'en réjouit. Pauvre composant plein d'huile.

Alexandre Benalla aurait assuré à Vincent Crase avoir reçu un SMS de soutien de la part d'Emmanuel Macron. «Le patron, hier soir, il m'envoie un message, il me dit: “Tu vas les bouffer, t'es plus fort qu'eux, c'est pour ça que je t'avais auprès de moi. Je suis avec Isma (Ismaël Emelien, conseiller spécial du président, ndlr), on attend Le Monde, etc”», rapporte l'ancien collaborateur de l'Élysée, en allusion à l'entretien fleuve qu'il avait accordé à l'époque au quotidien du soir. «Donc le patron (Emmanuel Macron, ndlr) nous soutient?», interroge alors un homme, présenté comme Vincent Crase, l'ancien responsable de la sécurité de La République en marche, également mis en cause dans les violences du 1er Mai. «Ah ben il fait plus que nous soutenir», réplique Alexandre Benalla du tac au tac. «Il est comme un fou. (…) C'est énorme quand même», conclut-il ensuite, hilare. Contacté par Mediapart, l'Élysée aurait démenti l'existence de ce SMS entre Alexandre Benalla et Emmanuel Macron.
https://www.google.com/amp/s/amp.lefigaro.fr/politique/le-scan/2019/01/31/25001-20190131ARTFIG00182-tu-vas-les-bouffer-dans-un-enregistrement-datant-de-juillet-benalla-se-targue-du-soutien-de-macron.php

Dire qu'il n'y a en vérité rien d'essentiellement machiavélique dans toute cette histoire. Non, le machiavélisme c'est une véritable pensée. Ici ce sont des affaires de bac à sable qui paralysent tout le monde.

RTL a affirmé mercredi que Vincent Crase avait révélé que les deux hommes avaient été «victimes d'un règlement de compte entre policiers et gendarmes qui étaient d'une jalousie inouïe à l’encontre d'Alexandre Benalla. Ils ne supportaient pas qu'un gamin de 26 ans puisse diriger le service de sécurité de l'Élysée ».
https://www.google.com/amp/s/fr.sputniknews.com/amp/france/201901311039850689-mediapart-benalla-crase-enregistrement/

Un gamin capable de foutre des grosses taloches de 1er mai quand même...

Ce qu'est Big Brother : l'avenir d'une nation trop puissante qui laisse un groupe de gosses aux commandes. Quand le peuple grondera contre ce fiasco, il faudra augmenter le nombre de taloches, jusqu'à quel taux? Vivement 2084 pour le savoir !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 319 fois
11 apprécient

Autres actions de VernonMxCrew 1984