Savoureuse désuétude

Avis sur 2001 : L'Odyssée de l'espace

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Commençons tout d’abord par recontextualiser l’ouvrage. Le livre est publié en 1968 et, à l’époque, la SF émerge. Rappelons-nous que Dune, oeuvre majeure de la science-fiction contemporaine, est publiée en 1965, et trois ans plus tôt, un certain K. Dick sort ‘Le Maître du Haut Château’. Bon, on l’a compris, on est en plein âge d’or. 68', c’est aussi mai et les revendications populaires. Comment ne pas voir dans cette soudaine frénésie sicence-fictionnelle un parallèle avec les manifestations étudiantes d’un désir de changement. Car si il fût premièrement politique, la dimension anthropologique du mouvement est indéniable. L’homme, et pas seulement les jeunes, a besoin de changement, de prouver qu’il sait se surpasser. Pour prouver cela, C. Clarke portera d’ailleurs 2001, l’Odyssée de l’Espace à l’écran grâce au génie d’un cinéaste hors pair, Kubrick.

A l’époque, l’espace proche est l’objet de tous les fantasmes. Et le récit marque d’autant plus que ses personnages partent de la Terre. Dès lors, la lecture de la prose clarkienne ne dépayse pas totalement le lecteur qui pressent la dimension réaliste du livre. On plonge dans un univers connu des hommes : la Lune, Jupiter, Mars, etc. Les moyens de transports spatiaux ne surprennent pas. Ils paraissent même étrangement réels. Encore plus à l’heure actuelle. C’est à mon sens ici qu’on s’éloigne d’un récit Space Op’ pour se rapprocher du genre du Hard Science. En effet, la science et la technique prennent une tournure étonnement vraie. Ce livre doit donc nécessairement se lire en replaçant le livre dans son contexte d’écriture. N’oublions pas non plus la collaboration entre Clarke et Kubrick pour porter le texte à l’écran : l’un et l’autre s’influencèrent indéniablement, et sans détours.

Au départ, l’ambiance intrigue. Puis, a mesure qu’on avance dans les descriptions des paysages lunaires, que les phénomènes scientifiques se multiplient et que les réacteurs propulsent les astronautes vers d’autres cieux, l’ennui commence à gagner le lecteur. C’est un des grands écueils du Hard Science : à vouloir faire trop vrai, on s’ennuie parfois tant le désir de l’auteur de faire sublimer le réel est omniprésent. Il est clair qu’à un moment, on croit perdre en scénario. Le livre est mince et l’erreur de s’arrêter au milieu en raison du descriptif à répétition peut arriver...

Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette ascension du vrai fini par faire éclater, faisant basculer l’intrigue dans une atmosphère purement inattendue. On n’en dira pas trop. Mais il vaut la peine de pousser la curiosité au-delà de passages ennuyeux tels que la banale destruction de l’élément AE 35. Banale en apparence car très vite, Carl 9000 (HAL dans le film, car trois lettres précédant celles d’IBM, clin d’oeil à la compagnie informatique très en vogue à l’époque) apparaitra comme un personnage-ordinateur étrangement présent dans les conversations ...

Cette fausse monotonie digne d’un mauvais hard science est donc annonciatrice de soubresauts inattendus : les révélations à répétition et la fin absolument géniale font contrepoids avec la longueur du début. C’est à ce moment qu’on comprend pourquoi Clarke s’est tant donné pour allonger certains passages d’entrée.

Il y aussi dans cet ouvrage une dimension métaphysique. Confirmée par la chute et amorcée à l’entame du récit, la réflexion anthropologique domine. On y retrouve un homme tantôt à ses balbutiements, tantôt dans son accomplissement absolu. Et cet homme, qu’on sent si complet en fin de trame, semble pourtant impuissant face à ses propres découvertes. Il passe de dominant, à dominé total, renversé par une puissance étrangère sans aucune manière de la renverser elle. L’homme se redécouvre ...

Finissons cette critique par un mot sur le film qui, bien qu’il s’en distingue par le média, reste intimement lié à l'ouvrage. Kubrick et Clarke semblent en effet avoir travaillé main dans la main. Et ça se sent. On est ici dans un livre-film. Certains passages sont véritablement lus comme un scénario, et c’est peut-être la principale faiblesse du livre : lorsque Clarke s’est émancipé du seul monde littéraire pour rendre son récit adaptable. Certains aimerons peut-être. Si on est parfois dans une livre-film, on n’est pas dans un film-livre. L’oeuvre cinématographique, si elle a été taillée à partir du récit, reste intègre, cohérente et splendide. A vrai dire, elle justifie à elle seul ce livre. Il sera donc difficile de comprendre l’ouvrage sans son pendant imagé. Régalez-vous devant les deux, car ils sont complémentaires. Comment mieux saisir l’angoisse des dysfonctionnements de Carl (HAL) que dans les passages de Clarke ?

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