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Avis sur 22/11/63

Avatar BenjaminGuyot
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J’aurai tardé presque 4 ans à lire 22/11/63. Chef-d'œuvre roupillant tranquillement dans ma bibliothèque, attendant son heure, à peine entamé il y a deux ans de cela, alors que la première année de médecine empêchant ses fervents participants de lire un roman aussi volumineux (quoi que... J’ai bien réussi à avaler Une place à prendre, cette année-là). J’avais alors lu le début du roman, le trouvant sans doute génial (je ne m’en souviens plus bien), et m’étais contraint de le reposer pour lire soit des livres plus faciles (comprenez par là « plus familiers », comme par exemple HP et l’Ordre du Phénix), soit des livres qui m’avaient alors semblé vraiment incontournables (et c’est le cas d’Une Place à prendre, qui est franchement incontournable dans le genre (lol)).
Alors bien sûr, le temps passant et la ferveur d’acheter de nouveaux livres ne diminuant pas, ce bon vieux 22/11/63 a été relégué toujours plus loin dans ma PàL, jusqu’à même passer derrière bien d’autres bouquins de Stephen King (en gros, m’étant inscrit sur le site en 2012 et ayant acheté le bouquin la même année, toutes les critiques que j’ai écrites depuis sont « passées devant » 22/11/63). Et puis récemment, comme bien trop souvent ces derniers temps à mon goût, je me suis mis à m’inquiéter pour mes chers livres. Car oui, ces derniers temps, je ne lisais plus... Enfin, ce n’était pas tout à fait vrai, j’en ai commencé plusieurs, dont certains sûrement très bons, mais mon assiduité étant très défectueuse, j’en arrêtais toujours la lecture. Quelle tristesse ! Pas un seul livre de terminé depuis quelques mois !

Dans tous ces moments où la lecture est un peu difficile, mais toujours attirante, il y a un Stephen King qui attend doucement de se manifester.

Et que dire de 22/11/63 ? Si vous suivez un peu mes critiques, et que vous êtes donc familiers de ma passion pour les écrits de Stephen King, vous comprendrez alors la puissance de cette phrase : 22/11/63 est un des meilleurs romans que Stephen King ait écrits. Rien de moins.
Nous sommes définitivement dans le pan de carrière le plus intéressant et abouti de Stephen King. Désolé pour ceux que j’ai déjà bassiné avec ça dans les critiques précédentes, mais je me sens obligé de me répéter : Stephen King a affiné son écriture pour la rendre plus humaine, plus belle et jamais cela n’a autant marché. 22/11/63, au même titre que Duma Key, Joyland ou encore Histoire de Lisey (même si pour ce dernier, S. King avait quand même gardé sous le pied ses ressorts d’horreur les plus efficaces), donne lieu à une écriture du King plus déliée que jamais. Et le résultat est sans appel : jamais Stephen King n’a été aussi bon conteur que dans ce (ces) bouquin(s). Jamais Stephen King n’a mieux écrit. C’est assuré : le tout est parfaitement dosé, c’est criant de réalité, c’est émouvant, prenant, à la fois dynamique et posé...
Et il faut dire que King a à coup sûr attaqué un sujet qui lui tenait à cœur. En bon américain, il est évident que le sang de Kennedy l’a tâché comme nombreux de ses compatriotes. Mais en allant au-delà de cela, il faut aussi ajouter le fait qu’instaurer son histoire dans les années où le rock sonnait encore bien, où les bières de racinette existaient et vous coutaient 10 cents, a dû être sacrément jouissif pour notre conteur du Maine, tant il aime s’y plonger. Et ça, on aurait pu le deviner bien avant : l’écriture de Stephen King a toujours été comme ça, ancrée dans une action très présente mais lorgnant toujours d’un œil amoureux vers un passé presque immanquablement chaleureux, et dans tous les cas, fondateurs de toutes les thématiques chères à l’écrivain.
Et là, ça tient du génie. Je ne suis pas né dans les années 40, et n’ai donc pas eu le plaisir de boire des bières à la racinette, n’ai pas grandi à Jodie, Texas et n’ai pas non plus connu l’inquiétude brûlante d’une guerre pourtant éternellement « froide ». Je n’ai pas de point de comparaison, mais arrêtons donc ce raisonnement scientifique une seconde : on s’y croirait. Stephen King dépeint cette époque, ces lieux, avec un talent juste hallucinant. Et par hallucinant, je pèse mes mots : on y croit plus que ce n’est possible. Si Stephen King avouait que Jake Epping a bel et bien existé, et que ce manuscrit est bien réel, je ne serais nullement surpris. C’est trop bien pondéré.
C’est une des caractéristiques les plus hallucinantes des auteurs de génie, quand il s’attaque à une période donnée... Ellroy m’avait déjà laissé sans voix et roué de coup avec son Los Angeles de la fin des années 40, eh bien maintenant c’est le tour de Stephen King et son Dallas des années 60.

Et c’est loin d’être la seule qualité du roman. Il y en a au moins encore une dizaine. A commencer par Jake Epping, notre voyageur temporel, qui devient très vite un de nos personnages préférés de roman. D’une construction extrêmement fine et si touchante de réalité, Jake et sa lourde mission deviennent très vite les acteurs de notre quotidien. Lâcher le bouquin, ça revient à lâcher Jake, et ça ce n’est pas tolérable.
Il y a aussi toute cette partie du bouquin sur Jodie, où la mission de Jake s’efface un peu pour nous faire vivre la magie d’une époque où la confiance et l’amour étaient de mise, et d’ailleurs en parlant d’amour, Jake n’en sera pas indemne. Ce qui m’amène d’ailleurs au fait que King n’avait auparavant que peu développé une histoire d’amour comme celle-ci, et que loin d’être un manche, il s’y prend très, très bien pour nous toucher.

Est-il utile de vous dire que les villes dépeintes par King sont des trésors de littérature ? La palme d’or revient évidemment à Derry. Oui, cher lecteur, tu m’as bien entendu : DERRY. La ville de Ça. Et c’est plein de sous-entendu, plein de clins d’œil, et je t’encourage vivement, toi fan du King, à venir t’y plonger... Car c’est vraiment extrêmement bien écrit.

J’aimerais vous parler de pleins d’autres choses, mais honnêtement, je me rends bien compte que c’est peine perdue. Stephen King ne mérite pas que je tente de disséquer son livre comme ceci. C’est un trésor d’équilibre, vous trouverez dans ce livre tout ce dont vous avez besoin. Alors vous pouvez toujours laisser ce « chef-d’œuvre roupiller tranquillement » sur l’étagère d’une librairie ou dans votre pile à lire, mais il n’y a absolument aucun doute sur le fait qu’un jour ou l’autre, vous devrez vous y plonger à force d’en entendre des compliments.

Ah, et j’ai oublié : c’est un bouquin sur un gars qui parvient à remonter le temps et qui essaie d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Vous le saviez, j’espère ?

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