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American Psycho par E. Capocci

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Que dire? Je crois bien-que American Psycho restera l'un des livres qui avec maestria m'a provoqué des ulcères, des aigreurs de haine, d'antipathies profondes.
Nous sommes fin des années 80, la crise financière n'a pas encore lieu. Mais ce que décrit Ellis, vingt ans, auparavant est une anticipation sur ce qu'il s'est produit en 2008. A quoi ai-je pensé? A deux images qui m'avait fortement secoué. Je vous resitue le charivari: nous sommes en septembre 2008: crime des subprimes. Lehman Brothers, banque légendaire devant l'éternel est en faillite, Wall Street, la City, Tokyo, Paris ferment au plus mal, mal, mal. Catastrophe mondiale mais bon DIEU y-a t-il "un gouvernement" pour sauver la finance? On les voyait ces traders, rolex au poignet pleuraient sur leurs futurs bonus qui s'envolaient. Et puis, le superhéros est arrivé: Voici la BANQUE MONDIALE, et vlam plusieurs milliards de dollar sont injecté.
Puis vient le temps de comprendre! Alors on demande aux principaux intéressés: les banques et les traders. L'image d'un banquier, au pied de son building à qui un journaliste cette phrase ô combien spirituelle " L'État n'a pas à nous demander des comptes! Nous sommes les Maîtres du Monde!"
Bref, American Psycho est la représentation de ces personnes pour qui la vie n'est qu'un jeu. A grand renfort d'argent, tout se règle. le respect s'acquiert par les créateurs que tu portes, la valeur des biens que tu as chez toi, tes activités extra-professionnelles: manucure, gymnastique et autres shopping, les dîners somptueux que tu organises. Mais surtout le degré de respect que tu inspires se mesure à la capacité que tu as à pouvoir réserver un table dans les lieux les plus tendances de la ville. Se droguer , boire à l'excès c'est dans tes mœurs. La fidélité? Tu te dois d'être performant, tu es jeune, beau, les filles te veulent, ta façon de penser, ta culture ce sont le Times, Men's wear, Patty Winter Show. Tu portes une haine aux pauvres. Peur de la contagion? Mais tes amies participent à des œuvres de charité: parce-que ça fait trop classe de s'occuper des pauvres.
Patrick Bateman, golden-boy 25 ans au début du roman fait parti de cette jeunesse. Il est beau, porte une obsession à son physique. Il est drôle de voir d'ailleurs que la seule chose qui le fasse stresser: être mal coiffé. Il s'intéresse à la musique , fréquente assidument les salles de musculation, mange sain, se drogue. Il a pour héros, Donald Trump.
On comprend vite que dans ce petit monde: il n'y-a pas de place pour l'amitié. On se fréquente car on appartient au même petit monde. On est tourné sur soi et on vit pour soi. Les apparences doivent être sauves. On pense connaitre chacun. C'est assez drôle d'assister à ces scènes où chacun pense reconnaitre untel mais qu'il s'agit en vérité d'un autre. En somme, ils pensent connaitre quelqu'un mais personne ne se "reconnait". On lie donc des relations par intérêts, par habitudes. Les héros sont profondément seuls malgré leurs nombres. Un des personnages disparait sans que quiconque ne sache ce qu'il en est advenu.
Bref, Ellis nous présente une société antipathique, imbue d'elle-même. Une société où le masque est de mise.
Nous suivons Patrick Bateman, comme je l'écris plus haut. le récit est écrit à la première personne, excepté pour un épisode très particulier à la fin du roman où il semble poussé au paroxysme de la dépersonnalisation. Patrick est un être plus qu'antipathique, sociopathe. Il ne trouve son compte qu'en réalisant ses fantasmes. Les femmes ne sont pour lui que des objets lui permettant d'atteindre la jouissance. Jouissance aussi bien physique que spirituelle. Il ne montre à aucuns moments, une quelconque culpabilité ou fait acte de rédemption. Il est ce que cette société lui a permet d'être, il en connait parfaitement les codes et use avec panache de l'art de la dissimulation.
Il porte une haine viscérale aux femmes, aux homosexuels, aux étrangers, aux pauvres et enfin les animaux.
La femme comme je le dis plus haut est un simple objet, un simple ustensile. Bien qu'officiellement en couple avec Evelyn, son leit'motiv est de trouver une mignonne capable de le divertir. Il dresse deux catégories: celles qui peuvent être dans son lit/sous sa lame et les autres. Les femmes dans le roman ne sont pas montrées sous leurs meilleurs jours. Ou bien elles subissent de par leurs conditions sociales (les prostituées et Jean) ou par leurs naïvetés et leur orgueils (Evelyn, Courtney) qui pensent pouvoir être l'élue. Je n'ai pas ressenti de sentiments nobles de la part de ces deux là, malgré une scène que le lecteur se souviendra, à l'issue du roman.
Les étrangers qu'ils soient Européens, Asiatiques, Indiens animent la haine de Patrick. de même, les SDF alimentent des jeux qui ne font rires que cette jeunesse dorée. A l'époque où se tient le livre, la Comédie Musicale "Les Misérables" se joue. Tout au long du roman, nous avons des rappels à celle-ci: affiche sur le sol pleine d'urine, tapissée sur un bus, un saxophoniste qui joue une des chansons, en musique de fond. Souvent annonciatrice d'une drame à venir. Pas de Jean Valjean pour ces malheureux, cependant "Les Misérables" de mon point de vue, ne désigne pas les SDF mais Patrick et son milieu lui-même.
Les homosexuels attisent également la haine du personnage. Cependant, il est intéressant de noter que c'est un des personnage lui-même homosexuel qui sera le seul à parvenir à arrêter la machine à tuer.
Des personnages antipathiques, détachés qui n'inspirent aucune sympathie. Et heureusement d'ailleurs! Un univers miteux malgré le faste. Un monde de désœuvrés et vide de sens. Seul Tim peut trouver grâce à mes yeux. Car c'est le seul qui décide de partir sans qu'on sache les raisons de son départ. Veut-il sortir de sa condition?
Bref un roman trash, acerbe, suintant la décadence. Il m'a rappelé dans le même genre d'une jeunesse perdue "Last Exit to Broklyn" de Shelby.
A mettre dans la bibliothèque, à côté de Fight Club.

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