Chronique de la haine ordinaire

Avis sur American Psycho

Avatar MarlBourreau
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Roman ayant défrayé la chronique lors de sa sortie US au début des années 90, American Psycho jouit toujours aujourd'hui d'une solide réputation d'oeuvre dure, noire et extrêmement violente. Et force est d'admettre que cette aura n'est pas enjolivée; American Psycho est un roman noir, dur et effectivement très violent. Lorsqu'on se lance dans ce pavé de 800 pages, on a alors une seule envie; abandonner. Pas parce que notre lecture est insoutenable, mais parce qu'au début on s'y ennuie ferme.

Amercian Psycho c'est l'histoire de Patrick Bateman, un golden boy new-yorkais séduisant, riche et talentueux. Biberonné au luxe et à l'opulence, il mène la grande vie avec ses amis de la haute société, enchaînant les restaurants gastronomiques, les soirées branchées et la consommation excessive de drogue. Bienvenue dans le quotidien d'un enfant gâté des plus détestables puisque notre narrateur est une ordure de la pire espèce; pédant, prétentieux, raciste, égoïste, misogyne, cruel, peu de qualités lui sont épargnées...

Patrick Bateman - au-delà de sa personnalité méprisable - représente un être auquel il est difficile de s'identifier tant il n'appartient pas au même monde que le commun des lecteurs. Et s'il nous fait partager son quotidien avec force détails, force est de constater qu'il n'a rien de palpitant. Les dialogues entre Patrick et ses amis renvoient directement à ceux qu'on peut trouver dans un film de Tarantino; des tranches de vie banales qui ancrent certes le récit dans la réalité contemporaine - ici du milieu des années 80, et plus particulièrement du monde de la finance - mais qui n'apportent rien à l'intrigue ou au développement des personnages.

Ainsi, le charmant groupe de Patrick nous explique ce qu'il pense de la Guerre au Vietnam, s'interroge sur cette étrange maladie appelée Sida, disserte sur la qualité des eaux pétillantes ou commente les derniers soubresauts de la mode. Et tout cela étalé sur une dizaine de pages à chaque fois, à tel point qu'on en vient à se demander si tout le tapage qui entoure le livre n'est pas qu'une vaste blague. Mais on poursuit, voire on subit même parfois la lecture, jusqu'à ce que notre oeil soit attiré par une phrase que Patrick pense très fort durant une conversation passionnante sur la pertinence de porter une cravate rayée avec un costume 3 pièces.

Hier j'ai violé une femme avec une bombe de laque.

En toute honnêteté je suis revenu en arrière tant cette phrase totalement hors contexte sortait de nulle part. Et c'est là que le roman commence vraiment; après 200 pages à nous dépeindre en long et en large un homme aussi méprisant que méprisable, Bret Easton Ellis vient nous cueillir avec une nouvelle facette du protagoniste : son coté serial killer. Patrick Bateman est un dangereux sociopathe qui ne vit que pour violer, mutiler et torturer hommes, femmes, et enfants...

C'est d'ailleurs pour ces scènes décrites avec autant de passion et de détails que les interminables descriptions vestimentaires des personnages que le roman a fait scandale. Crues, viscérales, glauques et extrêmement violentes, elles n'épargnent rien au lecteur qu'on pourrait qualifier de spectateur puisqu'il voit et ressent tout à travers les yeux du golden boy meurtrier. C'est à partir de là qu'on réalise qu'on tient entre les mains une oeuvre pas comme les autres et désormais, toutes les paroles et pensées de Patrick vont prendre un autre sens.

Non pas qu'avant elles n'en avaient pas véritablement un, mais cette macabre révélation jette le discrédit sur tout ce que l'on a pu penser de Patrick jusqu'à présent. D'autant plus que rapidement le doute s'installe sur l'état mental du personnage car même lui en vient à douter des atrocités qu'il aurait commises. Après tout, il les aurait peut-être fantasmées ? Quoi qu'il en soit, au fur et à mesure que l'on tourne les pages, Patrick s'enfonce dans sa psychose, et s’abîme dans une escalade de violence. Il perd totalement le contrôle et nous, lecteurs/spectateurs, perdons avec lui le sens des réalités.

Reste qu'en parlant de réalité, je me dois de mettre en avant le coté brûlot du livre qui charge violemment le capitalisme et qui aura certainement inspiré Chuck Palahniuk pour son célèbre Fight Club . Au-delà des conversations stériles et vides de sens qui jalonnent le livre, l'auteur nous fait toucher du doigt le quotidien d'une génération de jeunes adultes désabusés par l'argent; déconnectées des problèmes de société et en totale roue libre dans leur quête d'amusement perpétuel. A travers leurs pupilles dilatées et leur méchanceté crasse, Bret Easton Ellis commente la situation des plus démunis, des homosexuels ou encore du marché du travail en pleine expansion.

Ces digressions sociétales font donc office de moment d'accalmie entre deux mises à mort toujours plus violentes et explicites. J'ai beau avoir un solide estomac et une excellente résistance au gore et autres scènes violentes, là je dois reconnaître que certains passages, lus à jeun le matin en me rendant au boulot, m'ont pas mal retourné. Ainsi je comprends pourquoi ce roman a fait scandale lors de sa sortie et pourquoi on considère toujours qu'il n'est pas à mettre en toutes les mains.

C'est pourquoi ce n'est pas un livre que je peux recommander. Décemment je ne le peux pas, quand bien même ce livre m'a marqué. En me faisant ressentir des choses à travers la violence et la cruauté de certains passages, il m'a procuré des émotions et c'est quelque chose d'assez rare pour que je le souligne. De ce fait, si ces quelques lignes ont titillé votre curiosité et que vous pensez y trouver votre compte, alors vous pouvez tenter l'expérience.

Car oui on peut bel et bien parler d'expérience tant la plongée dans la psychée chaotique de Patrick Bateman est quelque chose d'unique et de peu courant. Et puis ce n'est pas tous les jours qu'on peut s'imprégner des états d'âme d'un tueur en série - au point de nous le rendre sympathique - et rien que pour ça, je pense qu'American Psycho vaut le coup.

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