A crever de rire

Avis sur American Psycho

Avatar Amrit
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Au début, on ne le voit pas. Le bonhomme est entièrement transparent. Lorsque son ami, Tim Price, lui sert un long monologue de haine existentielle au début du roman, on ne sait même pas si c'est lui ou le chauffeur de taxi qui répond à Price.

On le découvre tout d'abord à travers son entourage. Une bande de jeunes friqués si superficiels et condescendants que l'on a aucune envie de s'attacher à eux. Et puis Patrick Bateman commence à exister, un peu. Il apparait comme un idéaliste, un type timide et gentil qui se fait bouffer par ses amis. On peut facilement ressentir un début d'empathie pour lui, se dire qu'il s'agit de la seule personne un peu digne d'intérêt dans la bande.

Mauvaise pioche. Le jeune homme apparait bientôt aussi toqué, aussi vide et orgueilleux que tous les autres. Il s'agit sans conteste de la partie chiante du bouquin, celle ou Ellis perd le plus de lecteurs. Et ça ne dure pas 50 pages...

Au bout d'un long moment cependant, on se rend compte qu'une transformation s'est opérée. Si progressive qu'il est possible de ne se rendre compte de rien, au début. Bateman est le pire en fait. Le plus égoiste, le plus raciste, le plus manipulateur... Mais il est toujours possible de le croire normal. Puis, des allusions bizarres nous préparent lentement, une fois de plus. Et l'orgie apocalyptique peut commencer.

Car c'est bien à la destruction totale de l'humanité à laquelle on assiste. Du point de vue de la société, avec tous ces traders méprisables, mais aussi de celui d'un homme en particulier qui ne se dévoile qu'au compte-gouttes mais qui va toujours plus loin vers le néant et l'abomination.

Je ne suis pas fan du gore gratuit. Ca ne m'intéresse tout simplement pas. Mais celui présent dans ce livre a bien un sens. C'est le revers infernal de la civilisation, son négatif. Son double opposé qui palpite plus ou moins loin sous la surface de notre être, au royaume de nos pulsions les plus morbides. Bateman est un égrégore, une apparition née des miasmes de notre condition la plus secrète.

Ce livre m'a ébranlé, et c'est suffisamment rare pour que j'en parle. C'est à la fois le roman le plus drôle et le plus malsain que j'ai lu jusqu'ici. Ellis manie les paradoxes jusqu'au bout en nous faisant nous poiler juste avant l'éviscération d'une prostituée. Les dialogues absurdes, tarantinesques, sont aussi ciselés que les instruments de torture dont le psychopathe se sert (pas moi, l'autre). Tout devient sujet à plaisanterie, à cruelle moquerie. La vie et la mort n'ont plus aucun sens et la réalité elle-même finit par se disloquer quand les morts et les bancs des parcs publics semblent marcher de concert.

N'attendez pas une conclusion pleine de sens, ou une quelconque morale. Il n'y en aura aucune. Ou du moins, pas servie sur un plateau. Malgré les éclats crus et choquants dont le livre nous abreuve régulièrement, il y a des subtilités, des indices qui approfondissent considérablement l'expérience pour le lecteur qui voudra bien les débusquer.

Car c'est bien au lecteur, tel un rêveur lucide, de tirer de ce cauchemar l'enseignement qui fera sens pour lui.

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