Ma première rencontre avec Jean-Christophe Rufin s’est déroulée, il y a quelques années, avec la lecture de Le grand cœur, roman que j’avais énormément aimé. Une intrigue passionnante et trépidante avec un style léger et fluide. Ne comptant pas m’arrêter en si bon chemin, je me suis plongée ce mois-ci dans Asmara et les causes perdues. Ne souhaitant pas en dévoiler trop sur ce roman très court, cet avis sera très certainement bien plus succinct que ce que je produis habituellement.


Asmara et les causes perdues est un roman qui traite de l’action humanitaire en Érythrée. Une chose est sûre, l’auteur connaît bien le sujet puisqu’il tire ce récit de sa propre expérience personnelle. Médecin humanitaire, sa première mission le porte en 1976 dans ce pays où il y rencontrera d’ailleurs sa seconde femme. On sent à travers ces descriptions claires et passionnées, l’attachement émotionnelle de l’auteur pour cette région du globe.


Plus qu’un roman d’action, Asmara et les causes perdues est avant tout un roman d’ambiance où l’auteur à travers les yeux de ses personnages tentent de dénoncer les travers de l’action humanitaire et les manipulations politiques qui s’y attachent mais aussi les ravages de cette guerre d’indépendance.


J’ai particulièrement aimé les descriptions de ces paysages désertiques, des vieilles villes à l’abandon où l’on sent encore à travers l’architecture et sa population notamment, le colonialisme italien passé. C’est un peu comme si de vieux fantômes hantés ces lieux. Il y a comme un doux parfum d’exotisme et une beauté pure qui se dégage de tout cela.


Asmara et les causes perdues est aussi l’histoire d’un vieil arménien qui m’a fait l’effet d’être le gardien de ces lieux et des événements qui s’y sont déroulés. C’est l’Ancêtre avec un grand A, celui qui connaît, que l’on doit écouter, que l’on doit respecter. Au fil du temps, entre les lignes de son journal intime (le roman est uniquement composé de morceaux de ce journal), on sent que c’est un homme qui souffre de la solitude et c’est pourquoi il s’attache tant aux acteurs de cette action humanitaire en Érythrée: enfin il peut se rendre utile et être l’objet d’attention. C’est le personnage qui m’a vraiment le plus touché. J’aurais aimé rester plus longtemps avec lui.


J’en ai également appris beaucoup sur l’histoire de l’Érythrée que je connaissais très peu au final. Ce roman est, selon moi, une excellente porte d’accès pour ceux qui souhaitent en apprendre davantage sur ce pays sans passer par d’ennuyeux ouvrages universitaires illisibles… D’ailleurs l’auteur cite à la fin du livre, quelques ouvrages sur les sujets qui y sont abordés, cela mérite un petit coup d’œil.


Asmara et les causes perdues est un petit bijou qui mérite d’être découvert. Dans un décor dépaysant qui vous fera véritablement voyagé, l’auteur dresse une fine dénonciation des dessous de l’action humanitaire et des manipulations politiques qui en découlent. Sous la plume du personnage principal, le vieil arménien Hilarion, le lecteur découvre l’histoire de ce pays qui a gardé les traces passées du colonialisme italien et qui est menacé par ces luttes intestines. Belle et sincère déclaration d’amour de l’auteur pour cette région d’Afrique qui a souffert de la guerre et qui subit encore de nos jours de nombreuses répressions gouvernementales… Si vous vous intéressez à l’action humanitaire et à l’Érythrée, ce roman est parfait pour vous.

JessicaDubreucq
7
Écrit par

Le 30 avril 2019

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