L'orgueil insatiable

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Avatar Etienne Bernard
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Georges Duroy, fils de paysans normands, monté récemment sur Paris, erre dans la ville, enrage de ne pas pouvoir se payer un simple verre en terrasse. Le hasard lui fait rencontrer en pleine rue Charles Forestier, un ancien camarade militaire, qui le prend rapidement sous son aile, autant par amusement que par pitié, lui fait découvrir la sphère journalistique dans laquelle il entre avec précipitations et a même l'honneur de fréquenter la haute hiérarchie du journalisme lors d'un diner mondain. Il déchante assez vite quelques semaines après et s'aperçoit qu'il fait surtout office de subalterne dans le journal et que sa progression sera trop lente, voire nulle. Il se souvient qu'il avait fait bonne impressions lors du diner auprès d'une certaine Madame de Marelle, femme mariée mais qui s'ennuie, qui était disposée à le recevoir chez elle quand il voulait pour causer. Georges Duroy lui rend alors visite, et parvint à établir une relation amicale dans un premier temps, ce qui lui valut le privilège d'être invité une seconde fois à un diner chic avec une partie de la fine équipe du journal. L'occasion étant belle, il force le destin en fin de soirée et provoque quelques baisers avec Madame de Marelle tout en lui demandant de revenir la voir. Sur le plan professionnel, il eu un premier succès sur un article co-écrit avec Madame Forestier qu'il vient voir sur le conseil de son ami Monsieur Forestier, son épouse étant divinement douée dans la rédaction d'articles, elle insuffle à son époux les bons mots piquants comme on l'attend dans le journalisme. Il vient la revoir en cachette après la petite rupture avec Madame de Marelle, Il tente de la séduire mais en vain car Madame Forestier est une femme supérieure et subtile qui rejette avec froideur mais de façon bienveillante notre Georges Duroy. Sur son conseil, Georges Duroy rend visite à Madame Walter, l'épouse du directeur du journal, toujours en pleine journée quand les époux sont occupés, comme une simple entrevue sans but précis, ce que Madame Walter a la grâce d'accepté, en présence d'autres femmes mondaines du tout Paris. Georges Duroy, a tout juste eu la présence d'esprit de placer une remarque au fil d'une discussion qui fit forte impression, à la fois surprenante et drôle. Quelques semaines après, Georges Duroy était promu à un poste plus important dans le journal, Madame Walter, l'épouse du directeur, avait sans doute poussé son époux en ce sens. Dorénavant il avait une place dans la cour des grands, il était encore moyen mais pouvait accéder aux grands, par des contacts plus sûrs et réguliers. Le destin souffle une nouvelle fois en sa faveur, d'une façon lugubre. Son ami Forestier tombe affreusement malade et s'isole à Cannes, pour apaiser son rhume sévère, il est mourant et sa femme désire que Monsieur Duroy vienne la soutenir pour les derniers jours de son époux, ce qu'il fait. Monsieur Forestier meurt et c'est alors que Monsieur Duroy révèle indirectement à son épouse, veuve, son envie de se marier avec elle... alors bien sûr, il y a un peu de tact dans sa proposition mais le contexte est à ce point glauque que la demande parait surréaliste, l'audace n'ayant pas de limites chez lui. De retour sur Paris, il renouvellera sa position et obtiendra ce qu'il souhaite. A peine 2 mois après la mort de son ami, il parvient à se marier avec Madame Forestier, épouse Duroy désormais. Duroy, Duroy.... Cela manque d'élégance, pourrait-on anoblir un peu ce nom ? Mais certainement ! tient profitons du mariage et appelons-nous Duroy de Cantel ! Chose faite, d'après l'idée brillante de sa nouvelle épouse. Encore des diners, encore des invités de renom grace à son épouse et non des moindres, comme par exemple un député qui envisage un ministère. Et que peut-on faire pour qu'une place au gouvernement s'offre à un député ambitieux proche du directeur du journal quand on est journaliste ? Eh bien commençons par démolir le gouvernement actuel, on le fait tomber, ce qui accroît considérablement l'attention sur notre Georges qui inspire autant la crainte que l'admiration dans tout le haut gratin politique parisien. Georges est au zénith, lui qui était maladroit et niais dans ses débuts gagne une confiance aveugle en tout mêlé à un orgueil sans bornes. Guidé par cet orgueil, il donne rendez-vous à l'épouse Walter, plus confidentiel et lui faits des déclarations foudroyantes d'amour, un amour de pur appétit, des déclarations brusques pour marquer l'esprit, qui ne manquent pas de troubler profondément Madame Walter, de nature prude, un peu religieuse, mais comme beaucoup d'autres, elle à soif d'aventures dans ses relations conjugales mornes. La conquête est difficile mais les attaques audacieuses auront raison de notre Georges qui obtient finalement Madame Walter en nouvelle amante, tout en conservant des relations avec Madame de Marelle, la fille du début, par pure gourmandise. Ledit député devient ministre des affaires étrangères comme souhaité, le plan se déroule à merveille, en contrepartie notre Georges devrait même recevoir la légion d'honneur, une gloire de plus. Ce n'est pas tout, le nouveau ministre le sollicite une nouvelle fois en vue de rédiger des articles indiquant que la France ne devait pas intervenir militairement au Maroc, notre petit soldat s'exécute sans broncher. A la parution de l'article, les actions d'investissement au Maroc chutent et le Ministre et le directeur du journal, entre bons amis, ont acheté pour une poignée de millions des actions au Maroc, au moment où c'était risqué car la France n'était pas censé opérer au Maroc pour défendre les investisseurs français. Le gouvernement fait alors le contraire de ce qu'il était prévu dans les rumeurs journalistiques, intervient au Maroc et rétablit l'ordre public là-bas en peu de temps. Evidemment les actions marocaines montent vigoureusement, l'investissement prend 20-30 fois sa valeur et le ministre et le directeur du journal deviennent multi-millionnaires. Georges saisit alors qu'il n'était qu'un pion dans toutes ses manoeuvres et bien qu'il n'était pas à plaindre financièrement grace à sa nouvelle épouse, il jalousait férocement le ministre et son directeur, qui affichent avec opulence leur nouvelle richesse. il était pourtant déjà très aisé, son épouse avait doublement hérité, de Forestier, en qualité de veuve, et de légataire universel d'un ami politique proche, un bon petit million. Cette disparité de fortunes irritait Georges, d'autant plus que son honneur était en jeu, comment un proche aurait pu désigner sa femme en légataire universel si elle n'avait pas eu de relations intimes avec ce dernier ? Un stratagème très simple lui vient à l'esprit pour éviter toute atteinte à sa réputation, sa femme lui donnerait (sans le dire au public), la moitié de sa fortune par donation, afin de faire croire que les deux époux étaient légataires pour moitié dudit ami proche... Excellente idée et sa femme n'a pas été difficile à convaincre d'ailleurs. Très bien tout cela mais son petit million n'équivaut pas aux dizaines de millions de son directeur et du ministre. Une invitation au nouvel hôtel somptueux de son directeur sera une humiliation supplémentaire à ses yeux, il n'en peut plus, ce luxe lui ronge les yeux, par orgueil encore, par jalousie. Il croise à cette réception-fête ses deux amantes, l'épouse du directeur et Madame de Marelle, il rejette indifféremment l'une et l'autre, il préfère les voir en cachette quand l'envie lui prend dans la semaine. La fille du directeur par contre, Suzanne, un éblouissement ! une petite merveille, une petite poupée à la voix fraiche et drôle. il l'a connaissait déjà un peu en voyant la famille Walter, les deux s'aiment bien, Suzanne est tout de même encore très jeune (à peine la vingtaine), et était surtout promise à un marquis, lui assurant un bon avenir, du moins pour ses parents, car le mariage était arrangé pour leurs filles. C'est alors le dernier coup de poker pour notre Georges qui déclare à Suzanne son envie de se marier. Oh cela tombe bien, il vient tout juste de divorcer, sa femme le trompait également, avec le ministre fraichement nommé. L'autorité parentale pesante et le mariage à un marquis que Suzanne connaissait à peine suffit à ce que la petite Suzanne soit séduite des charmes de notre Georges et de son aventure périlleuse. Suzanne quitta alors précipitamment la demeure familiale après avoir essuyé un refus catégorique et anticipé de ses parents afin de rejoindre Georges qui l'emmena loin pour un court voyage de noces. De ses parents, deux réactions, le directeur du journal, le père, apaisa rapidement sa colère de façon pragmatique, constatant qu'il était sans issues possibles face au caprice de Georges, qui pouvait le faire tomber à tout moment en révélant ses affaires de spéculations ; la mère, n'entendit pas les raisons, sa relation extra-conjugale avec Georges avait fait naître en elle un amour passionnée de telle sorte qu'elle fut autant frustrée que blessée en apprenant cette nouvelle saugrenue, qui lui fit hair profondément Georges tout en développant de la jalousie pour sa propre fille. Les parents durent accepter le mariage, qui se déroula en plein Paris, mariage qui attire toute la foule parisienne. Ce mariage ressemble à un sacrement aux yeux de Georges, son orgueil est plein, il est rassasié. Le regard échangé avec Madame de Marelle en plein mariage lui fit naitre quelques remords, un brin de nostalgie. Ses premières relations avec elle étaient simples, triviales, enfantines, et puis elle n'était pas idiote non plus. Est-ce que cette dernière pensée nostalgique vient nuancer l'égo de Georges, une envie de revenir à des choses simples ? ou est-ce juste de sa part une envie de faire d'elle une nouvelle fois son amante ? On ne saura pas, toujours est-il que même au sommet de la gloire, il cherche toujours de nouveaux plaisirs éphémères, il en veut toujours plus, il n'est jamais satisfait. Ce qui frappe surtout, c'est son ingratitude tout le long du roman, un manque totale de reconnaissance envers son ami Forestier, Madame de Marelle, l'épouse Forestier, Madame Walter... Il n'est jamais reconnaissant, ou alors par courtoisie. Ce qui étonne aussi sont ses prises de risques folles alors qu'il progresse déjà très vite, qu'il a une épouse formidable qui l'épaule dans ses fonctions, non il lui faut davantage, comme une relation avec l'épouse du directeur qui ne lui apportera rien du point de vue matériel, juste un satisfaction supplémentaire, l'envie d'obtenir ce qui parait impossible. Son ingratitude envers son épouse provoqua sans doutes son infidélité, qu'il a mérité, on aime ce juste retour des choses dans le roman d'ailleurs. Quasiment toutes les femmes dans ce roman sont sensibles, ouvertes, fines, gracieuses, ont de l'humour, tolérantes.... Enfin toutes les femmes sont parfaites pour une relation durable. A côté on se demande ce qui plait tant aux femmes chez Georges, hormis le physique, à part de rares pointes d'humour, il est constamment lourd dans ses dialogues, il partage peu son intimité, il analyse tout le temps le coup suivant, il semble ne pas vraiment vivre dans le présent, oui bien sûr son audace plait, mais cela ne peut pas être suffisant. Pourtant il séduit facilement, un peu trop facilement peut-être à mon gout, il manquerait quelques dialogues pour nous persuader de ses nombreuses conquêtes. Toujours est-il que Maupassant mélange un style fin, pétillant, agréable à lire et nous décrit formidablement bien les rapports humains.

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