Un classique !

Avis sur Bel-Ami

Avatar Jean Guillaume
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Maupassant brosse dans ce livre le portrait d'un jeune homme ambitieux qui débarque démuni à Paris. De sans-le-sou à marié à l'un des meilleurs partis de la capitale, Georges Duroy connaîtra une ascension sans égale et Maupassant pourra utiliser les péripéties de son personnage pour aborder de nombreux sujets tels que la mort, l'argent et l'arrivisme et aussi bien évidemment les femmes,

Si ce roman est célèbre pour les trois derniers thèmes, il l'est beaucoup moins pour le premier. Et pourtant ! On sent que c'est là une peur qui travaille l'auteur tellement il la décrit avec brio. Que ce soit à travers le monologue de Nobert de Varenne ou la description de la mort de Forestier, cette façon de voir la mort grandissante, omniprésente et irrémédiable m'a saisi. Et bien que le relisant seulement dix ans après une première lecture au collège, la façon dont j'étais passé complètement à côté de ces passages plus jeune est sûrement révélateur d'une prise de conscience, entre temps, d'une finitude terrestre de soi. Parcourez ces pages, cet état de fait, rapporté sans ménagement à votre connaissance, fera naître probablement un frisson le long de votre échine. On a tellement fait disparaître la mort dans notre société que nous ne sommes toujours pas accoutumés à l'idée de la nôtre.

Mais quitte à mourir, autant prendre le maximum d'ici là. Et cela, le héros s'en ait fait un credo qu'il applique sans vergogne. Avec les femmes, l'argent et le prestige, le moral est bien souvent, dans ce Paris de la fin du XIXème, l'ennemi de la quantité. Et la quantité sied au protagoniste de ce roman. Cette absence de moralité, couplée à une audace et une intelligence rares, trouvera son apogée lors de l'enlèvement de l'innocente fille Walter. Après avoir dévoyé la mère, divorcé de son ancienne femme qui n'avait d'autres torts que d'avoir le même comportement que lui-même, il s'empare de l'ingénue fille. À peine est-il marié qu'il ne pense qu'à la prochaine étape. Décidément, rien ne semble pouvoir arrêter la faim de réussite de cette arriviste. Le lecteur pourra être abasourdi devant une absence de scrupule qui n'a égale que son ambition.

Cependant, et c'est là que j'entre en désaccord avec l'image d'Épinal qu'on a de Georges Duroy, ce jeune homme n'était pas dès le début l'être, pour qui la fin justifie n'importe quel moyen, que l'on décrit souvent. Ce n'est que peu à peu que sa nature changea. Au début, il ne songe qu'à réussir, sans raccourci, par son travail et son abnégation. Tout penaud, il découvre les ficelles du métier de journaliste puis celles qui régissent, dans les coulisses, les succès dans la haute société parisienne. Il est frappant de voir à quel point il peut être encore naïf lorsqu'il devine, choqué, l'infidélité de sa femme avec son précédent mari. À quoi bon être droit quand tout ce qui nous entoure ne l'est pas ? Cela laisse songeur quant à l'influence sur notre âme que peuvent avoir des revers, de mauvaises fréquentations, des situations pernicieuses.

En résumé, si vous croisez des admirateurs ou imitateurs de Georges Duroy, méfiez-vous. Ces gens là seront au mieux des collaborateurs, souvent des traîtres, jamais des amis. Et lire ce beau roman de Maupassant vous permettra d'en apprendre beaucoup sur vous, les autres, la société. En un siècle et demi, rien n'a probablement changé.

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