Départ ivre vers la mer.

Avis sur Belle du Seigneur

Avatar J. Z. D.
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Le livre de la passion m'avait-il dit ; le livre de l'amour m'avait-elle dit ; la plus belle des histoires, magnifique, tendre, grandiose, l'amour c'était ça, et toutes les autres leurs semblaient tellement petites, tellement vides, tellement nulles.

C'est inimaginable ce que ce livre de l'amour a été pour moi le livre de la haine et du dégoût. Dès les premières pages, je me demandais à chaque chapitre, mais Ju, on n'a pas lu le même livre, si ? Ton héroïne grandiose, c'est elle ? Et ton héros magnifié c'est lui ? Et oui, ce sont des héros merveilleux, animés de passion et de sentiments, de magique, de "surfin", refusant les sentiments figés. On y reviendra.

Pourquoi on ne parle jamais du mari, de la société des nations, du contexte fasciste, et tous ces passages sur le judaïsme ? Et ce début, si drôle ? Parce que j'ai ri, avec joie, de tant de douce bêtise, j'ai ri, avec délice, de toute cette méchanceté, de cette haine, de ce cynisme, noir, si noir, si beau, de ce héros, si beau. Solal, j'en ai gardé l'amour du nom, je lui ai donné tant de visages lointains, méprisants, déjà -vu et quand je voyais Ariane, avec ce sourire d'innocence angélique, qui avait ton visage un peu, Ju, même s'il n'y a pas de raison - je ne tiens jamais vraiment compte des descriptions physiques, elles coexistent à peine avec celles que je désire ; c'est pour ça que je n'en écrit jamais mais vous vous en foutez, revenons à nos deux amoureux - s'aimeront, c'est une évidence, et on ne retient que ça, et c'est triste, pauvres merveilleux oncles juifs, héros oubliés d'un chef d'œuvre de drôlerie, de passion, les beaux-parents, Papi, si mignon, et la vilaine Mammie, et ces histoires de cabinets, et tous ses accents, ses tics de langages, obsédants, délicats, détestables. Oubliés, laissés pour compte sur l'autel de la passion, mais quelle passion.

Passion brûlante, infinie, passion sans limite dans le temps ni dans l'espace ; passion qu'on voudrait indestructible et pourtant - et tu le savais, alors qu'espérais-tu ? - passion vide de sens, passion déchiqueté de quotidien, de magie obligatoire, de paraître, passion de théâtre ; passion vide tout court, passion rongé par l'ennui, la banalité, et la contemplation de l'autre, et de soi, et de l'autre, jusqu'à extinction totale de l'envie qu'il faut faire renaître. Qu'il faudrait faire renaître. Mais que peut-il sortir de ce vide sans fin ? De l'ennui qui s'immisce partout, à chaque instant. La passion physique est peut être sans issue, elle ne rassasie pas. Faisons envie, afin que rien ne meure. Mais comment garder l'envie ? Comment avoir, simplement, envie ?

Thèmes magiques à mes yeux que tout ça. Luttes vaines, manque d'espoir, ces parenthèses par milliers qui envahissent les dialogues, ces pensées parasites de chaque désir, de chaque geste usé sur la peau de l'autre, remontée noire, noire, noire de cynisme, de haine trop violente, de désespoir triste. Magique, donc. Passionnante passion. Livre grandiose, tragique, magique - déjà dit, mais on s'en fiche, il faut se répéter - parfois, j'ai l'impression d'aimer de travers, de ne même pas comprendre le monde, de le regarder avec des yeux perdus, et je ne vous en veux pas, si cette est critique ne plait pas. Dix, coeur, malgré tout, malgré quoi ? Des détails. Dix, cœur, donc.

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