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Bilbo le Hobbit par Gaël Barzin

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Critique publiée par le (modifiée le )

Deuxième livre de l’éternel représentant de l’heroic-fantasy, Bilbo le Hobbit narre les premiers pas de ces petits êtres casaniers et surtout du précieux anneau doré, caractéristique du plus gros de l’œuvre de J.R.R Tolkien. Le philologue (avant d’être écrivain) propose en quelques trois cents pages une histoire beaucoup plus légère, linéaire et centrée exclusivement sur un seul point de vue : celui de Bilbo (à une exception prêt). Paru en 1937, on sent le livre pris en étau entre les deux conflits mondiaux de notre monde à nous. On dira même que ce récit est un parallèle plutôt éloquent avec la Première Guerre mondiale dans ce sens où Bilbo est, comme les pauvres soldats envoyés au front, propulsé dans environnement dangereux à contrecœur. L’auteur prend la décision d’écrire une histoire qui se veut plus accessible aux enfants. Beaucoup moins complexe que la trilogie du Seigneur des anneaux, l’aventure « forcée » de Bilbo Baggins est, dès le début, très symétrique. Le lecteur est ainsi mené dans une vague de séquences de progression entrecoupées par des obstacles ambigus qui donne libre court, jusqu’à la confirmation choisie par Tolkien, de la bienveillance ou non des nombreuses rencontres. Malgré la légèreté et le public cible, Bilbo le Hobbit arrive malgré tout à créer une sorte de tension qui génère un désir de continuer la lecture.

Tolkien est le narrateur du livre. Il utilise alors un ton plutôt direct, parfois un peu maladroit mais entièrement assumé. Il raconte le récit comme s’il racontait des souvenirs. Il ne mentionnera jamais la Terre du Milieu. Il présente une carte assez vague représentant les quelques lieux visités en début d’ouvrage puis la complète avec les Terres Sauvages avec, majoritairement, la dangereuse forêt de Mirkwood. Tolkien parle alors plus d’une zone éloignée dans notre Terre connue.

Le livre assume sa légèreté à travers de nombreux moments chants. Si les nains (qui seront les premiers à chantonner après leur arrivée singulière chez Bilbo) et les elfes chantent à plusieurs moments, les monstres eux-mêmes chantonnent également. Tolkien use d’un animisme voulu chez toutes les espèces (Gobelins, Trolls, Wargs,...) créant une transition importante avec le Seigneur des Anneaux. À cette époque, Tolkien humanise ses monstres, jusqu’à générer, chez le lecteur, une certaine pitié lorsque la moitié de l’armée Gobelins perd rapidement de l’influence pendant le conflit final.

Comme les tribulations de son neveu Frodo, Bilbo va connaître un parcours en circuit fermé, subissant la même narration en aller-retour. Les analogies avec la trilogie principale ne s’arrêtent pas là. Suite à de nombreuses révisions, le passage avec Gollum se rapproche davantage de ce que l’on connait de lui. Il est viscéralement obsédé par l’Anneau (unique). Après coup, on se rend compte de l’importance de cette scène où, suite à une phase d’énigmes – encore une preuve d’un souci de légèreté pour Tolkien -, Bilbo arrive à se sortir des griffes de Sméagol en utilisant l’Anneau trouvé à tâtons dans l’obscurité. Il s’agit là du passage déclencheur de la suite plus connu du grand public. On remarque cependant que l’Anneau n’a qu’une utilisation accessoire. Mais si cet objet caractéristique vient faire son apparition, on retrouve également plusieurs objets que léguera Bilbo à Frodo pour sa quête tels que la côte de maille de mithril et la fameuse épée elfique, Dard.

Le personnage de Bilbo, anti-héros par excellence, avec ses envies propres et son humanité pacifiste est particulièrement attachant. Les ennemis rencontrés sont loin d’être manichéens et plus le récit progresse et plus on voit apparaître des nuances de gris dans le comportement des personnages. Le grand méchant de l’histoire, le dragon Smaug, rate un peu sa chute dans le sens où il donne cette image d’une fin courue d’avance, inéluctable. En fin de compte, son affaire est rapidement réglée et la Bataille des Cinq Armées se révèle être bien plus représentative d’un tout dernier acte majeur que la lutte contre le dragon. Ce conflit apporte au livre un moment épique majestueux – bien qu’en deçà de ce que fera Tolkien par la suite - qui arrive dans l’histoire comme un feu d’artifice.
La moralité du livre est plutôt claire : on parlera d’une quête initiatique plutôt simpliste qui cachera en réalité la Bataille des Cinq Armées qui fera ressortir les nuances humaines. Ses bons et mauvais côtés. On en vient donc à faire l’apologie contre l’égoïsme, la vénalité et le désintéressant du matérialisme au détriment du bien-être sociale.

L’exercice de cette critique, forcément gelée dans le temps (il n’y aura qu’un « avant » sortie des films de Jackson), pousse à la conjecture puisque si le nom « Bilbo le Hobbit » a été particulièrement ardu à saisir une bonne fois pour toute, le nombre de films qui en seraient issus s’est souvent modifié. L’on part d’un film unique suivit d’un choix délibéré de proposer une jonction fluide entre cet opus « originelle » et la trilogie fort réussie et bien connue. Les décisions tournent ensuite sur un désir de relater les histoires de Bilbo sur deux longs-métrages pour enfin annoncer un troisième, prévu pour 2014. À cela, la question du « à quoi pouvons-nous nous attendre avec un roman aussi léger adapté en trilogie ? » est des plus légitime. Les sujets bouillonnants autour de l’adaptation évoquent l’intégration de nombreux éléments conçus ici et là par Tolkien dans son « The History of the Hobbit » ou encore les nombreuses histoires courtes de la terre du Milieu...

Malgré son côté un peu mécanique, c’est un plaisir de découvrir une autre époque de la Terre du Milieu. Un classique de l’heroic-fantasy, qui, malgré son « grand âge » ne perd en rien de son efficacité pour nous faire vivre une aventure magique. La notoriété de Tolkien ne cessant de croître, de nombreuses analyses passionnantes ont parsemés le monde de l’édition. Pas de doute, il aura laissé une trace indélébile et restera un des piliers de la littérature héroïque et surtout fantaisiste.

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