Dildo et l'anneau vibrant

Avis sur Bilbo le Hobbit

Avatar Yyrkoon
Critique publiée par le

Bon j'ai pas mal de choses à dire alors on va organiser.
Et puis depuis que j'ai fini le lycée, ça me manque les plans en trois parties, trois sous-parties.
(le taux de spoil de cette critique est faible mais non nul)

Grantun : Épique épique et collegram

Le Hobbit, contrairement au Seigneur des Anneaux, est une sorte de "one-shot" : il peut aisément se lire en une ou deux journées, et ne nous laisse pas de répit : nos personnages n'échappent à un danger que pour en affronter immédiatement un plus grand encore. Parfois le scénario laisse une impression linéaire, on pourrait comparer tous les ennemis affrontés à des niveaux d'un jeu vidéo par exemple ; et pas de retours en arrière ni d'hésitations, l'histoire ne fait aucune pause. Les passages au calme, à Rivendell, chez Béorn et à Esgaroth, s'ils permettent un répit dans le rythme chez le lecteur, sont vite racontés, comme l'auteur nous le dit lui-même. Le tout laisse le souffle coupé, quand enfin, on arrive au bout des trois-cent pages.

Le scénario n'est en lui-même pas extraordinaire, et assez basique, et un mauvais auteur en aurait fait un très mauvais livre. Or c'est tout le contraire : la plume de Tolkien est extrêmement agréable, pas lourde pour deux sous, enfin, pour qui a un minimum de curiosité. Le fait qu'il s'adresse directement au lecteur nous donne véritablement l'impression qu'il est là, dans le fauteuil près de la cheminée, en train de raconter l'histoire en fumant sa pipe. Et en faisant des ronds de fumée (qui ont l'air d'être sa principale obsession après l'islandais ancien). Certaines scènes, notamment celle des devinettes avec Gollum (franchement vous avez déjà lu un livre de devinettes ? C'est chiant... Eh ben là c'est tout le contraire) ou celles où Bilbo est invisible, ou encore la rencontre avec Smaug, sont superbement bien racontées. Du grand art donc, et pour cela Bilbo n'a rien a envier à son grand frère.

Enfin, l'univers bordel !!!!! On pourrait presque voir Bilbo comme n'étant qu'un prétexte pour nous montrer la Terre du Milieu, tellement ce livre nous en met plein la vue. Évidemment, elfes et nains sont des personnages auxquels nous sommes aujourd'hui accoutumés, mais quand je l'ai lu, tout jeune, vers 9 ans, tout cela était nouveau pour moi. Aigles, homme-ours et araignées géantes... Hobbits, magiciens et hideux gobelins... Et le dragon ! Tous ces éléments pourraient sembler disparates, mais le tout est parfaitement cohérent et absolument bien pensé, s'intégrant, on le sait, dans l'œuvre plus vaste de Tolkien. Et il y a ici un gros point positif par rapport au Seigneur des Anneaux : les personnages sont beaucoup moins manichéens, avec notamment les elfes tour à tour arrogants et avenants, la figure sombre et rationnelle de Barde (personnage très intéressant qui aurait gagné à être plus développé), et, surtout, Thorin, tour à tour héros des temps anciens et harpagon égoïste.

Grandeux : Un conte de fée sans intérêt, vous dites ?

On entend souvent à propos du Hobbit (surtout avec le film, qui a élargi l'audience), des commentaires de ce genre : "C'est sympa le Hobbit, mais bon ça va pas chercher loin, c'est un conte de fées" ou encore "De toute façon c'est pour les enfants." Je voudrais dire à tous ceux qui pensent ça, en restant poli, qu'ils se fourrent le cul dans le doigt.

Oui, le Hobbit, de par la façon dont il est raconté et certains éléments typiques (la maison de Béorn par exemple, ou le dragon avec son point faible), tient du registre du conte. C'est même un des derniers avec Alice au Pays des Merveilles. Mais les gens, est-ce que vous avez oublié ce qu'est un conte ? Même si aujourd'hui, certains contes sont simplifiés pour abrutir un peu plus nos enfants, le conte est un des genres les plus intéressants de la littérature. Notamment, les différents niveaux de lecture ou les symboliques font qu'il est étudié non seulement par les linguistes, mais même par les psychanalystes (voir le livre de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fée) !

Alors, que peut on tirer de ce Bilbo ? D'abord, c'est un voyage initiatique, avec quelque part notre petit hobbit casanier qui devient grand. Mais c'est aussi un livre qui porte des valeurs, discrètes mais bien présentes. Ainsi, quand Bilbo se refuse à tuer Gollum, c'est parce qu'il le comprend. À la fin, Thorin nous avoue que le monde serait plus beau si les gens chérissaient moins l'or et plus la bonne chère et leurs amis. Surtout, ce qui ressort de ce livre comme du Seigneur des Anneaux, c'est la conviction intime de Tolkien que chaque être, même le plus infime, peut changer le monde s'il en a la volonté. D'autres lectures sont possibles, et je n'essaye pas d'être exhaustif. Mais retenez bien ceci : un conte de fée n'a jamais été à destination exclusive des enfants, et celui-ci n'échappe pas à la règle.

Grantrois : Putain d'exercice de style !

Il n'y a qu'un seul personnage féminin dans ce livre de 300 pages. C'est Belladone Took, la mère de Bilbo, qui est mentionnée 4 fois (j'ai compté !), et seulement dans les 30 premières pages. Le pronom "elle" est utilisé 2 fois dans tout le livre, et se rapporte systématiquement à elle. Autant dire qu'elle est très peu développée.

Dans le reste du livre, aucune trace du moindre personnage féminin (je rappelle que les animaux sont neutres en anglais). Bon, en vérité, le mot "femme" est utilisé deux fois (au pluriel), à Esgaroth : Il faut d'abord évacuer les femmes et les enfants pendant l'attaque de Smaug, vous comprenez, et ensuite le maître de la ville reste derrière avec les mêmes femmes et enfants pendant que Barde va à la Montagne Solitaire. Rôle ô combien gratifiant !
Il y a également une "elf-maiden" dans un poème chanté par les elfes de Rivendell. Voilà tout, autrement dit rien.

Bon, on pourrait dire que Tolkien était un machiste profond, ou encore qu'il était gay, mais bon ce serait facile, hein. Non, je pense qu'il y a là un exercice de style, encore plus bluffant que celui de Georges Pérèc dans La Disparition, du jamais vu. Tolkien avait dû parier avec un de ses collègues d'Oxford qu'il écrirait tout un bouquin dans un monde ultra-complet et ultra-réaliste, sans une seule femme, et le pire c'est qu'il a réussi, et qu'on ne s'en aperçoit même pas en le lisant ! Je suis le seul à trouver ça énorme ?

Enfin bref, un chef d'œuvre, un conte de fée au sens profond, et surtout un exercice de style énormissime. Bonne introduction au monde de Tolkien, à lire absolument donc !

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