Des trains et un roman de gare

Avis sur Charlotte

Avatar Taka Mari
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Dans Charlotte, Foenkinos nous raconte l'histoire de Charlotte Salomon, artiste allemande d'origines juives qui, après une son exclusion des sphères artistiques allemandes et son exil en France, est morte exécutée à Auschwitz en 43.
Et pour le faire il va écrire une phrase par ligne.
En revenant à la ligne après chaque point.
Et en faisant des phrases les plus courtes (et les plus lourdes) possibles.
Comme ça.
Il finit par justifier ce choix à la fin de la troisième partie du roman :

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j’essayais, puis j’abandonnais.
Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l’arrêt à chaque point.
Impossible d’avancer.
C’était une sensation physique, une oppression.
J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Ce genre d'incise a ce stade-là du roman ne sont pas surprenantes, puisque Foenkinos intervient en permanence et n'importe comment que ce soit pour justifier ses choix d'écriture ou - le plus souvent - tout simplement parler de lui écrivant son livre, et à chaque fois avec une lourdeur comparable à ce que vous avez lu au-dessus. On a d'ailleurs rapidement l'impression de lire un livre sur Foenkinos écrivant Charlotte plutôt que le de lire le récit du destin tragique de Charlotte Salomon.

Il revient aussi régulièrement sur le besoin viscéral qu'il avait d'écrire ce roman, toujours en intervenant aléatoirement dans son récit.

Avant même de connaître Charlotte, j’aimais son quartier.
En 2004, j’ai voulu intituler un roman "Savignyplatz".
Ce nom résonnait en moi d’une manière étrange.
Quelque chose m’attirait, sans que je sache pourquoi.

,
Foenkinos, tout l'obsède, tout l'attire, même s'il n'en a rien a dire. La langue allemande, par exemple. Pas au point de l'apprendre non, son obsession est bien plus profonde que ça. A la place il va visiter la maison d'Aby Warburg, il se balade à Savignyplatz, et il nous raconte tout ça entre deux épisode de la vie d'une artiste extraordinaire dont la vie a été brisée par le IIIeme Reich.

J'ai finit par me demander pourquoi Foenkinos tenait tant à nous parler de Charlotte Salomon. Pourquoi romancer sa vie, pourquoi raconter ce qu'on peut déjà trouver sur la page Wikipedia du même nom si ce n'est pour ne rien en dire de plus, si ce n'est une relation amoureuse complètement fantasmée et sans grand intérêt. On ne sait rien ni de sa peinture qui n'est jamais décrite, ni de son unique oeuvre à peine mentionnée, si ce n'est qu'elle consiste en un "éclat de couleur" et bien évidemment qu'elle obsède Foenkinos "sans qu'il parvienne à expliquer pourquoi". Tout ce qu'il a fait est créer un personnage creux, qui ne sait jamais quoi dire, dont ni les pensées, ni la peinture, ne sont décrites.

Ce roman garde le mérite de sortir de l'oubli dans lequel serai sûrement tombé cette artiste au destin et à l'oeuvre remarquable. Peu du reste est à garder.

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