naufrage

Avis sur Chavirer

Avatar GuilhemGarnier_Rouss
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La mécanique par laquelle les prédateurs attirent leur proies, gagnent leur confiance petit à petit avant de profiter de leur faiblesse et de leur sentiment de culpabilité est extrêmement bien décrite. Il est dommage que l’auteur ne se soit pas d’avantage centré sur ce thème principal, finalement trop vite mis de côté. Je me souviens avoir senti mon cœur se serrer à plusieurs reprises à chaque approche de la mystérieuse association, au fur et à mesure que le comportement de ses membres devenait suspect.
Dommage que tout le suspens ait été épuisé dès la première partie, et qu’on n’en entende quasiment plus parler par la suite. D’autant plus que les histoires secondaires, qui abordent la question de la reconstruction pendant plus de 35 ans, souffre d’un manque de linéarité qui rend la narration pénible.
Les personnages secondaires, trop nombreux, passent comme des nuages sans que l’on sache forcément d’où ils viennent ni à quoi ils servent. Ceux qui sont développées n’offrent pas une évolution en continu mais plutôt des séquences, pas toujours dans l’ordre chronologique, qui rend assez peu lisible leur évolution. Ce non-conventionnalisme, probablement assumé, a le défaut, pour moi, de me détacher de personnages sans continuité, que je ne reconnais plus d’un passage à l’autre.
Dans un style plat et sans relief, mais sans le mérite de la concision (le roman s’étale sur 350 pages alors que seules les cent premières m’ont vraiment captivé), l’auteur choisit d’associer la banalité du style à celle des causes qu’elle soutient : on trouve le temps de dénoncer l’antisémitisme, le racisme dans le milieu de la pub, le sexisme, le capitalisme traditionnel puis son rejeton aves ses jeunes patrons en T-shirt et baskets… Ne manquait que l’écologie pour avoir un discours de cérémonie des Césars.
J’ai été particulièrement dérouté par la tentative de lier idéologiquement le gouvernement et l’organisation pédophile mise en cause : « On finit par célébrer les mêmes valeurs que ce gouvernement que l’on conspue : la force, le pouvoir, vaincre, gagner. Le système Galatée ne disait pas autre chose : que la meilleure gagne ! » Un parallèle un peu foireux que Johann Chapoutot lui-même ne se serait pas permis. Je suppose que c’était indispensable pour que les journalistes qui planchent sur la rentrée littéraire lui délivrent le tampon «socialement engagé » « conscient » ou autre « poil à gratter ».
Bref, une belle ballade littéraire qui finit par se casser la figure, faute d’avoir su se contenter de ce qu’elle faisait bien. C’est finalement assez représentatif de notre littérature prévisible qui échoue à force de se prendre pour ce qu’elle n’est pas.

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