Une jolie cerise sur un gros étron

Avis sur Comme des soeurs

Avatar Fhala
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C'est comme ça que je choisis finalement de définir la fin de ce livre, cet "happy ending" forcé pour cacher toute la misère qu'il renferme et finir sur une touche positive. J'ai failli tomber dans le panneau, je suis parfois bon public j'avoue. C'était sans compter les multiples discussions que j'ai eu avec mon mec au sujet de ce livre tout au long de ma lecture, traces indélébiles de mes crises face à certains passages.
J'ai cru d'abord que c'était la traduction qui laissait à désirer mais c'est tout simplement mal écrit. Le style est lourd et je dirais même agressif. On nous balance à la gueule des marques et des marques pour faire rêver, mais ça fait rêver qui ? A la rigueur ça peut servir à rendre jalouses les lectrices sur ces centaines de choses qu'elles ne pourront jamais se payer ? Je me mets à la place d'une ado qui lirait ce livre, et je me sentirais noyée sous cet amas de marques et de recommandations, qui ne sont que la trace d'un manque sincère d'imagination et de qualité d'écriture. On peut décrire un beau vêtement, une belle voiture sans forcément nous cracher à la gueule que c'est une MERCEDES blanche, que son conducteur porte un LEVIS et qu'il a à son bras une ROlEX 12 carats. Cet aspect de ma critique m'a valu une belle parodie du copain sus-cité qui m'a fait rire avec un brin de tristesse. C'est ça écrire pour des ados ? balancer de la conso de la conso encore et encore ? ça rend les phrases lourdes, le style nul voire inexistant, les situations absurdes (comme si lorsque l'on parle de quelqu'un on va passer en revue ses fringues et les marques de ces dernières et pourquoi pas celle de sa caisse si ça claque). Après avoir lu Nous les filles de nulle part, j'ai juste l'impression qu'on prend les adolescentes pour des idiotes sans cervelles et qu'on se bouge pas le cul pour écrire des choses vraisemblables et sympas avec des vraies problématiques adolescentes.
Oui, je critique, je critique mais je n'ai pas parlé de l'histoire. Donc c'est Harper, Sophie, Kate et Becca, 4 best friends que rien ne peut séparer mais si en fait car c'est la rentrée à l'université et elles se retrouvent éparpillées un peu partout. A cause d'un mensonge de Harper, Sophie et Kate abandonnent l'idée de la fac et filent tenter de réaliser leurs rêves (devenir actrice et... chercher son rêve en Europe). Déjà le truc ça tient pas debout 3 min, où est l'argent, où sont les parents démissionnaires ? Mais bref. Elles se cassent donc et Harper veut écrire le nouveau roman américain pendant que Becca veut devenir championne de ski. On va les suivre tout au long de leur année.
Ce qui m'a frappé assez rapidement à la lecture c'est que ces adolescentes se dévalorisent TOUT.LE.TEMPS. Dès qu'il se passe quelque chose qui ne correspond pas à leur plan, ça loupe pas : "quelle idiotie", "si elle n'avait pas fait n'importe quoi", "à quoi elle pensait"; Mais en même temps, elles sont super à l'aise avec les mecs (???) et ça devient n'importe quoi. Il y en a une qui était amoureuse de son prof (6ans de plus qu'elle une info innocente comme ça) et le mec sans pression tente le coup (finalement ça marche pas, et elle le lâche car elle se rend brutalement compte qu'elle n'a besoin de personne pour lui dire si ce qu'elle écrit à de la valeur ou non tant que ça lui fait du bien de le faire, ce qui est vrai > happy ending 1), une autre pas à l'aise avec les mecs (et c'est drôle apparemment hihi) se fait littéralement violer par l'ex d'une de ces amies (il se venge littéralement de cette rupture, c'est écrit) (mais c'est juste une mauvaise expérience, "je ne me sentais pas exister jusqu'à ce qu'il aie finit sa petite affaire et qu'il parte", "qu'est ce qu'il est nul au pieu mdr!" > j'exagère à peine), celle qui va à en Europe rencontre un mec à Paris, couche avec lui, se casse (bon). En Grèce elle manque de se faire violer par un groupe de jeunes (là par contre, oui on parle de viol, car on le sait tous le viol c'est que des étrangers dans une allée obscure dans un autre pays). Elle retrouve plus tard son coup d'amour, son coup de je t'aime et là il lui impose de retourner en voyage pour trouver son rêve ET retourner sur les lieux de son agression (bin ouais c'est sympa la Grèce), mais mec laisse là tranquille putain. Elle est sympa elle se laisse porter, en plus, elle doit profiter d'une situation économique unique car avec 2000$ et un petit travail dans un café à Paris elle fait le tour de l'Europe pendant un an. Celle qui veut devenir actrice craque sur la star en vogue à LA et le mec fait le joli cœur à chaque connerie et ça marche à chaque putain de fois. Finalement, elle se rend compte qu'il se fout d'elle et elle le plaque (c'est pas trop tôt > happy ending 2). À la fin les amies se retrouvent et se jurent une amitié sans faille, se pardonnent de leurs mensonges respectifs (happy ending 3)
oui, "ça finit bien" c'est sûr ! c'est la jolie cerise du titre de cette critique. Mais autour, il y a cette atmosphère nauséabonde, c'est injonctions à être toujours parfaite en toutes circonstances, à bien savoir se sapper, à ne pas ouvrir trop sa gueule si un mec nous force un peu la main (après tout on l'aime depuis la maternelle, c'est notre seule chance d'enfin finir dans ses bras ! (vomi)) etc. On nous parle d'ados qui n'en sont pas du tout. elles sont sensées être autonomes mais elles ne connaissent rien de la vie, sont perdues et ça n'a aucune vraisemblance.
Je ne veux pas que des adolescentes lisent ce livre parce qu'elles vont se retrouver submergées sous les injonctions et les messages faussés d'une réalité idéalisée. Ce livre est vide, on y apprend rien, on ne s'attache pas aux personnages, il donne une image superficielle de la vie adulescente. Bref un bel étron, qu'une cerise ne saurait cacher.

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