Un chef d'oeuvre venu de Catalogne

Avis sur Confiteor

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-Qui peut raconter Auschwitz ?
- Ceux qui l'ont vécu. Ceux qui l'ont créé. Les chercheurs.
- Oui. Tout cela comptera. Et on a fait des musées pour s'en
souvenir. Mais il manque une chose : la vérité de l'expérience
vécue, et cela ne peut pas être transmis par une étude.
Bernat referma la liasse de papiers, regarda son ami et dit alors ?
- Cela ne peut être transmis que par l'art, par l'artifice littéraire,
qui est ce qu'il y a de plus proche de l'expérience vécue.
- Purée.
- Oui. Il faut de la poésie, plus que jamais, après Auschwitz.

Pour faire (très) simple et sans spoiler, Confiteor c'est l'histoire d'un vieil homme qui se confesse et d'un violon d'exception. C'est un roman fleuve, aux nombreux personnages (3 pages complètes en annexe !), qui nous happe littéralement et ne nous ennuie jamais. C'est un voyage à travers les siècles et leurs barbaries, qui nous touche au coeur et à l'âme, ne laisse pas indemne. C'est aussi, et surtout, une réflexion sur le Mal, et l'éternelle et essentielle question du pourquoi, ainsi que de son effet ravageur sur les êtres qui le croisent.

Mais la vraie force de ce roman, c'est sa construction narrative extrêmement originale. Cabré emmêle et entremêle avec virtuosité des récits parallèles, poussant parfois l'audace jusqu'à le faire dans une même phrase. On peut, par exemple, commencer une ligne en pleine seconde guerre mondiale, et la finir dans un monastère au XVe siècle. Selon un même procédé, Cabré recourt très souvent au changement de personne dans la narration, passant allègrement du "je" au "il", toujours dans une même phrase.

L'effet est décoiffant pour le lecteur ; il demande évidemment un temps d'adaptation, certains passages sont très clairement difficiles à comprendre, et requièrent une relecture, voire une re-re-relecture... Mais quel bonheur quand enfin on accepte l'artifice ! Il permet à Cabré de décupler l'effet de son texte (la mise en parallèle du grand Inquisiteur et d'un officier SS est proprement époustouflante, par exemple) ; ou, grâce au jeu des narrations, de passer du récit du souvenir au souvenir lui-même (à moins qu'il s'agisse de son invention...), créant ainsi une sorte d'intimité nouvelle entre le lecteur le personnage. C'est magique, c'est puissant : c'est le style Cabré !

Il me tarde désormais d'aller découvrir les autres romans de Jaume Cabré ; car c'est un Grand, ce Monsieur, c'est incontestable.

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