Marche, mange ou crève

Avis sur Dans la dèche à Paris et à Londres

Avatar Jieb Ultron
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Récit autobiographique dans lequel Orwell raconte son expérience de la pauvreté d'abord à Paris, puis à Londres.
Le récit en lui-même n'est pas très croustillant, ce n'est pas son but. En revanche, Orwell parvient à reproduire le Paris labyrinthique, poisseux des indigents. Ses descriptions des hôtels où logent les sans-le-sou, aux draps moisis, aux lits infestés de punaises, aux clients étranges, aux cafés néanmoins conviviaux, parviennent à nous plonger au coeur de cette ville, en même temps qu'il nous entraine avec lui à travers les kilomètres parcourus sur le pavé parisien en quête de travail, ou dans le feu du service des hôtels. Bon sang, on aurait presque faim avec lui !

Je trouve ça encore plus intéressant de comparer son Paris à celui, qui lui coexiste mais de manière incommensurable, de Proust.

Si les conditions de vie qui étaient les siennes à Paris étaient assez misérables, mais permettaient un minimum de dignité, c'est à Londres qu'il devient vraiment mendiant.

Invité à rentrer en perfide Albion par la promesse d'un emploi devant lui permettre de vivre correctement, il nous fait vivre les quelques semaines durant lesquelles il fut contraint au vagabondage.

Le récit est moins intéressant, je trouve, car répétitif. Cependant il offre une présentation assez saisissante du "système social" d'aide aux indigents anglais. Il propose en même temps une description sociologique des différents types de mendiants, des différents centre d'accueils des chemineaux, en citant par exemple les lois qui les contraignent à l'errance perpétuelle.

Lisant en même temps Surveiller et Punir de Michel Foucault, je trouve que ce récit apporte un éclairage tout à fait intéressant. En tout cas, j'ai envie de creuser la question des dépôts de mendicité, des lois interdisant aux indigents de rester assis, de dormir deux nuits consécutives dans les loddging houses les obligeant à marcher sans cesse. Une belle illustration du contrôle des corps...

Ce témoignage constitue donc la matière d'une réflexion sur le statut social des mendiants. Il ne développe pas beaucoup, ce n'est pas son propos, mais il réaffirme les grandes interrogations et fort de son vécu, propose quelques solutions. Ok, elles sont peut-être simplistes et déjà vues, mais au moins elles sont pleines d'humanisme. Et quand on connait les autres oeuvres du bonhomme, on sait que ça fait du bien.
Notons également que sa réflexion sur l'évolution de l'argot est fort intéressante pour celles et ceux qui sont intéressés par la création du novlangue.

Bref, même si j'aurais aimé qu'il développe davantage ses réflexions, Orwell est vraiment en passe de devenir l'un de mes auteurs favoris.
Je pense que ma prochaine lecture de son oeuvre sera ses écrits politiques ou le recueil Dans le ventre de la baleine

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