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Le souffle littéraire de ce roman d'une grande beauté compense mes déceptions. J'attendais une histoire modèle sur l'effondrement et ses conséquences sociales, j'y ai trouvé les portraits croisés de deux jeunes soeurs, attachantes et vibrantes de sensibilité, qui quoi qu'elles ne vivent pas pareillement la perte de leurs (re)pères, la fin d'une vie dépendante de tous les conforts modernes, ne sauraient représenter deux idéaux-types.
Certes l'une s'échine à survivre quand l'autre semble vouloir continuer à vivre et profiter de ce que la chance peut encore lui offrir. On est tenté d'y voir le visage de l'adaptation face à celui de l'intransigeance (« le mode de vie américain n'est pas négociable » comme diraient ceux-ci). Pour autant, cette "société" est trop étroite, trop resserrée, même « visitée » par quelques spécimen mâles : nos deux héroïnes ne font ni ne fondent de communauté.

Jean Hegland, au moins, ne nous abreuve pas de certains clichés que l'on retrouve trop souvent dans les romans sur la fin du monde où, sauvages, nous (re)deviendrions tous des loups les uns pour les autres (ce que le loup n'est ni pour l'homme ni pour lui-même, soit dit en passant). Si le « sauvage » est, étymologiquement, l'habitant de la forêt, pour autant, notre « nature profonde », notre animalité sociale, si elle devait pouvoir à nouveau percer la couche de vernis civilisée qui est la nôtre, serait, d'après nombre de spécialistes de peuples dits premiers, bien plus solidaire que celle des civilisés.

Ce très beau roman, sur la perte plus que sur l'effondrement, eut donc gagné, pour moi, en intérêt et en crédibilité s'il s'était attaché à ne pas faire de ces deux jeunes femmes de simples âmes perdues : certes les bois ne sont pas l'environnement idéal pour faire pousser un potager. Mais, précisément, l'instinct de survie ne saurait se contenter d'attendre l'épuisement des ressources. Et la sociabilité ne saurait se satisfaire d'une cellule familiale aussi restreinte. A cet égard (en m'efforçant tout de même de ne rien divulgacher), j'ai été saisi, interpelé et pour tout dire choqué par ce qui se produit aux pages 207-208… je n'y ai vu aucun intérêt et, pour dire plus encore, la trace d'une erreur : la remise en cause d'un des tabous les plus fondamentaux de toute vie humaine collective est là, au moins, un abus sur les effets de l'effondrement… à moins que l'auteure n'ait autre chose à dire.

Julius-Grakus
7
Écrit par

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