Masques et bergamasques ...

Avis sur De virus illustribus

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Alors qu'un simple virus semble pouvoir occuper l'essentiel du spectacle de notre décadence contemporaine, il n'était sans doute pas inutile de se pencher sur le contexte global où s'est installée pareille situation et, si l'on peut dire, sa part volontairement "masquée". Nos braves dirigeants, de toutes espèces, se retrouvant vaillamment en défonceurs de portes ouvertes de longue date et découvrant subitement quelques-unes des conséquences fâcheuses de la néo-société qu'ils ont largement participé à construire. Le déni de responsabilité leur étant naturellement constitutif, c'est sur le bon peuple (qui ne fait pas ce qu'il faut) qu'il s'impose donc de faire peser la "faute" tout en faisant preuve d'une grande agitation "sécuritaire" dans le simple but de détourner l'attention et de sauver les meubles les plus indispensables à la survie du capitalisme. Les quelques fâcheux pointant du doigt les trop nombreuses incohérences des "autorités" étant rapidement désignés par les médias de service comme n'étant rien d'autre que d'incurables complotistes.
Ce petit ouvrage cherche donc simplement à soulever quelques-uns des obstacles qui nous obstruent la vue, ce en quoi il faut lui reconnaître quelque mérite tout en notant que nous ne sommes certainement pas au bout de nos surprises alors que cette pandémie semble déjà donner à la domination l'occasion d'une vaste opération de domestication des populations.
"Avec la pandémie du Covid-19, un facteur de crise inattendu est apparu - l'essentiel n'est pourtant pas le virus, mais la société qui le reçoit. Que ce soit l'insuffisance des structures de santé frappées par les coupes budgétaires ou le rôle possible de la déforestation et de l'agriculture industrialisée dans la genèse de nouveaux virus d'origine animale, que ce soit le darwinisme social incroyable qui propose (et pas seulement dans les pays anglo-saxons) de sacrifier les "inutiles" à l'économie ou la tentation pour les États de déployer leurs arsenaux de surveillance : le virus jette une lumière crue sur les coins sombres de la société."
"Dans ce contexte, affirmer le caractère "contre-insurrectionnel" des mesures de contrôle de la population ne relève pas nécessairement d'une théorie de la conspiration (...). Si les États n'ont pas pu prévoir la pandémie, il est en revanche sûr qu'ils avaient déjà des stratégies toutes prêtes pour profiter d'une période de troubles."
"Le Covid-19 fournit une réalité identifiable à la menace d'une catastrophe innommable qui couvait déjà de tous les cotés (...). Le virus autorise tout à coup à fermer les frontières pour les meilleures raisons. Il permet aussi de renvoyer les contestataires du monde entier à la maison. Il justifie le renforcement de toutes les mesures d'exception et de la société de surveillance qui font déjà partie du programme de sauvetage du capitalisme (au nom bien sûr du sauvetage de la vie humaine)."
"Avec les développement des technologies d'interaction virtuelle, assorties de dispositifs de "réalité augmentée" - formule cynique pour désigner la plus complète perte de réalité - le scénario dystopique d'une vie sociale entièrement vécue dans la séparation, dans laquelle on ne connaît de vie sociale que par la médiation de l'image, s'approche à grande vitesse.
La pandémie accélère ce processus et met à l'épreuve une telle forme de vie.
"

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