Toujours le même livre...

Avis sur Dernière nuit à Twisted River

Avatar Eric Pokespagne
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On sait bien que John Irving, comme d'ailleurs une bonne partie des "vrais" artistes, qui ne produisent guère que ce que leurs obsessions les laissent produire, écrit toujours le même livre, l'histoire d'une vie d'homme marquée par des femmes (en général massives, puissantes, pas très féminines au sens conventionnel du terme), par l'absence du père (absence réelle ou non, la n'est pas la question - ici, le Cuisinier n'est pas un père au sens propre du terme pour Danny, ce serait plutôt le magnifique et paradoxal personnage de Ketchum qui joue ce rôle), et par une crainte perpétuelle pour la vie de ses enfants. C'est tout? Oui, mais c'est quand même pas mal, car une bonne partie de l'humanité peut se sentir concernée, d'où les bonnes ventes régulières des livres de Irving. Il y a aussi régulièrement des ours ("check") et des interrogations sur la création artistique ("check"), voire de séjours en Europe (... ici, non !)... Malheureusement, Irving a désormais tendance à s'étendre sur des pages et des pages, diluant ses histoires dans une multitude de péripéties pas forcément palpitantes, et abusant également des mêmes ressorts narratifs... même s'ils nous avaient fait beaucoup d'effet les premières fois (ce truc, répété deux fois ici, de faire disparaître un personnage de la narration et de ne nous révéler que plus tard ce qui lui est arrivé). Bon, d'un autre côté, malgré son suspense inutilement étiré (le shérif de Twisted River poursuivra-t-il sa vengeance ? Et accessoirement, Danny retrouvera-t-il Tombe du Ciel ?), "Dernière Nuit à Twisted River" nous parle de la rude vie des bûcherons dans le nord des Etats Unis, et de la cuisine, deux sujets qui permettent à Irving de remplir nombre de pages informatives que, personnellement, j'ai préféré à celles sur l'orgue et le tatouage dans son précédent ouvrage. Au final, sans doute est-il plus sage de laisser un certain intervalle de temps entre deux "Irvings", pour ne pas trop souffrir de cette impression de répétition. Ceci dit, l'écriture de Irving reste excellente, magnifique même souvent, et aide indéniablement à traverser certains tunnels au cœur de "Dernière Nuit à Twisted River", un livre agréable si pas vraiment indispensable.

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