De la souffrance de l'intelligence

Avis sur Des fleurs pour Algernon

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Charlie Gordon est un simple d’esprit qui va participer à une expérience visant à accroitre son intelligence de façon extraordinaire, reproduction à l’échelle humaine d’une expérience déjà menée sur une souris, Algernon. Jour après jour, Charlie gagne en capacités, en lucidité, et perd en innocence. Il constate que nombre de ses « amis » de travail se moquent de lui, et que ceux dont il admirait jadis le savoir et le génie ne font en fait que camoufler leur ignorance. Son intelligence ne semble pas connaitre de limite, jusqu’au moment où il constate que les capacités d’Algernon décline, ce qui va le pousser à redéfinir entièrement l’expérience, à en cerner les défauts et le moyen de les contourner, avant que ses facultés déclinent inexorablement. Il y parvient, mais finit dans le dénuement intellectuel le plus complet, idiot mais se souvenant qu’il a contribué à révolutionner la science.

C’est un ouvrage très prenant, dont la singularité repose en partie sur le fait que le livre est une compilation de compte-rendu écrits par Charlie. Les progrès de Charlie nous y sont clairement détaillés puisque l’auteur a volontairement joué sur les registres de l’orthographe, déplorable au début (et à la fin), de la grammaire, du vocabulaire et de la syntaxe. Ceux-ci se complexifient et s’enrichissent au fur et à mesure des progrès de Charlie, et se délitent au fur et à mesure de sa déchéance. Il y a vraiment quelque chose de poignant dans le récit de la découverte du monde par Charlie, un monde dur et cruel pour cet adulte à l’esprit enfantin qui ne conservait pas l’hypocrisie, la méchanceté et la lâcheté. Il sera en outre confronté, lors de son ascension, à ses souvenirs d’enfance, qu’il voit désormais d’un œil neuf, et à l’amour. Tout aussi émouvant, la course contre la déchéance de Charlie nous prend aux tripes, et on le voit avec peine s’enfoncer peu à peu dans les eaux boueuses d’un esprit lent et dénué de sa subtilité passée. Mais, quelque part, c’est dans cette situation que Charlie est le plus heureux, l’intelligence l’ayant rendu arrogant, distant et paranoïaque, la faute à sa maturité psychologique trop longtemps réduite à celle d’un enfant.

On notera qu’avant de devenir un roman, Des fleurs pour Algernon était une nouvelle. Celle-ci fait l’impasse sur certains personnages, diminue le traitement de certains autres et fait l’impasse sur une partie de l’intrigue, particulièrement sur la vision de son enfance. Cependant, le résultat n’en est que plus percutant encore.

Bref, un livre très agréable à lire, qui nous fait passer par nombre de sentiments, pour peu qu’on passe l’écueil du récit (volontairement) poussif et pénible du début.

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