L’histoire de la vie

Avis sur Des fleurs pour Algernon

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Charlie est un simple d’esprit. Devenu adulte, il occupe un petit poste dans une boulangerie, moqué plus ou moins gentiment par ses collègues. Il passe son temps libre à lire et relire la même BD, et tenter d’apprendre à lire lors de cours du soir spécialisés. Jusqu’au jour où on lui propose un traitement expérimental qui pourrait lui permettre d’acquérir des capacités intellectuelles normales, voir supérieures. Sa vie change alors radicalement.

L’histoire de Charlie, c’est en quelque sorte une métaphore de la vie.

Charlie qui s’éveille à la vie, comme un enfant qui découvre le monde. Un jeune homme qui prend conscience de la vaste étendue du monde autour de lui et de tout ce qu’il a à offrir, animé d’une frénésie de connaissance. Et aussi l’envie de vivre sa vie comme il l’entend, et non imposé par une quelconque autorité, même bienveillante, au-dessus de lui. Quitte à se montrer irrespectueux ou ingrat envers ses anciens protecteurs ou responsables.
Tel un enfant qui grandit, il va constater malgré lui que le monde n’est pas forcément gentil. Et tel un adolescent, il va vouloir prendre son indépendance.

Il va s’apercevoir que tout intelligent et cultivé qu’il est devenu, les relations humaines révèlent une toute autre forme de connaissance, plus complexe et imprévisible. Des situations délicates, où mêmes des gens bons peuvent mentir. Des situations où les connaissances sont vaines, où c’est l’expérience de la vie qui prime. Sans même parler des relations amoureuses, compliquées par nature…

Plus ses capacités s’améliorent, plus il se rend compte que ceux qu’il prenait pour de grands hommes ne sont pas si intelligents que ça, tel un adolescent qui prendrait conscience des failles de ses parents. D’abord de la frustration ou de la colère, avant d’être capable de compréhension, parfois bien plus tard.

Avec ces nouvelles capacités, c’est aussi la mémoire qui revient, progressivement. D’abord des bribes, puis des souvenirs de plus en plus nets, jusqu’à reconstituer l’histoire globale. Et de découvrir qu’il a un passif complexe avec sa famille.
Sa mère, qui a toujours nié sa différence, sans arrêt à essayer de le pousser à bout pour qu’il prouve qu’il était comme tous les autres enfants, le frappant ou le criant dessus, jusqu’à le renier quand il n’était plus possible de nier son handicap ; son père, trop soumis pour le protéger ; sa sœur, qui ne comprenait pas à cet âge que son frère ne pouvait pas jouer aux mêmes jeux qu’elle.
Doit-il pardonner à sa mère ses mauvais traitements ? Après tout, il s’agissait juste d’une personne dépassée par les évènements. Et à sa sœur la méchanceté de son jeune âge ? Doit-il essayer de les retrouver après tout ce temps ? Peuvent-ils encore renouer le dialogue, nouer une toute nouvelle relation ?

Charlie évolue si rapidement qu’il finit par dépasser tout le monde, y compris les plus grands scientifiques, jusqu’à être capable d’atteindre une intelligence et une connaissance jamais atteintes, de pouvoir mettre en relation des disciplines très différentes, d’avoir une vision unique du monde qu’aucun spécialiste ne peut atteindre. De quoi se sentir bien seul et incompris… Ce qui est un peu le cas de tout le monde à un moment de sa vie, chacun étant unique en soi, avec son propre parcours.

Sauf que d’après les dernières analyses, il se pourrait bien que l’effet du traitement ne dure pas…
Charlie est donc engagé dans une course contre la montre pour réaliser ses objectifs avant qu’il ne soit trop tard, régler ses affaires de famille faire le point avec chacune des relations qu’il a développé.

On aurait aimé tout connaître, car il y a tant à apprendre. Mais ce n’est pas possible, la vie s’arrête toujours trop tôt, et le temps passe trop vite.
« Vivre, est-ce que ce n’est pas laisser quelque chose d’inachevé ? » (Citation du livre ?)

Les capacités qui s’amenuisent, à la grande frustration de Charlie, comme le vieillissement qui altère notre pensée, réduit nos aptitudes, où des choses que l’on pouvait faire ne sont désormais plus possibles à notre grande frustration. Signes inévitables du temps qui passe.
Le voir perdre ses capacités progressivement, revenir à son état antérieur, après l’avoir vu évoluer et s’ouvrir à la vie, nous fait éprouver une peine sincère.

D’où l’importance de profiter de chaque instant, d’acquérir autant de connaissances que possible, de voyager, de lire des livres ou voir des films, rencontrer des gens et faire un bout de chemin avec eux. Connaître le plaisir, partager des moments avec une personne fantasque comme sa voisine délurée, quitte à ce que lorsque les problèmes surviennent il ne faille pas compter sur sa compréhension ou son aide. Ou l’amour véritable, plus sincère, avec son ancienne professeure.

Le style accroche, et permet avec l’utilisation de la 1er personne, une identification et une empathie immédiates pour le protagoniste. L’histoire est intelligente et très émouvante, et le ton juste.
Si le concept fait intervenir un élément de science-fiction, le développement est purement connecté à la réalité, et c’est au finale une histoire très humaine qui est racontée. Elle a le mérite de plaire à un lectorat réfractaire à la science-fiction, tout autant que les adeptes s’ils n’ont pas un cœur de pierre.

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