Nom d'une madeleine, j'ai manqué mon Proust !

Avis sur Du côté de chez Swann

Avatar LéonardPasty
Critique publiée par le

Lu en Juin 2020. 6,5/10
Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie, N'ai je donc point assez vécu pour cette symphonie ?
C'est bien la première conclusion que je tire au sortir de ma découverte du monument Proust, peut-être suis-je trop jeune pour l'apprécier ?
Le temps nous le dira, toujours est il que c'est une déception à l'heure actuelle.
Il faut bien voir qu'on ne commence pas Proust aujourd'hui sans savoir ce qui se dit de Proust. D'un côté on a tous ceux qui ne l'ont pas lu, qui propagent sur lui des médisances de génération en génération comme quoi c'est illisible, que y a des phrases de 3 pages, que c'est un truc de snob etc... Et de l'autre côté il y a tous les Proustien enhardis de l'inculture de leurs ennemis, ceux qui savent que Proust est un génie, ceux qui ont contribué à sa mythologie ; ça c'est l'équipe des grands littéraires, tout bon prof de lettres (et donc étudiant) doit maîtriser son Proust c'est un peu le Kant des littéraires.
Moi naturellement, futur hypokhagneux, je me range plutôt du côté de mes maîtres à penser. Alors j'entame le premier tome de La Recherche, le sourire au lèvre et avide de partager l'avis de mes pairs.
Et justement, tout va bien pendant 150 pages. Le style de Combray I et II me plaît énormément, les personnages sont justes, nombreux mais caractérisés et surtout le texte est parsemé de réflexions sur l'Art et la Littérature absolument pertinentes. En bref c'est très bon, peut-être pas exceptionnel mais c'est le début après tout.
Dans Un amour de Swann on change de registre. C'est moins contemplatif, on va réellement suivre une histoire. Le début de la relation avec Odette et les premiers repas avec les Verdurin ridiculement Mondains sont très sympas à suivre. Le style est un peu moins léché j'ai l'impression mais ça reste du bon.
Et puis nous voilà vers la moitié d'Un amour de Swann, les 2/3 du roman, et je commence sérieusement à saturer. Jamais je ne réussirai à me laisser de nouveau porter par le style pour les 4 heures de lecture suivantes.
Pourquoi ai-je commencé à sérieusement m'ennuyer ? Peu de réflexions pertinentes, simplement la destruction d'un personnage qui me plaisait bien dans la première partie : M.Swann. Un homme auquel je donne une trentaine d'années (je m'imagine plus ou moins Proust en fait), qui vit une relation amoureuse nocive et qui n'arrive pas à s'en détacher. C'est réaliste mais assez pitoyable. Et surtout je m'en fous dans le fond. Tout comme des autres repas mondains, tout comme les nombreuses répétitions qui ont certainement un sens que je n'ai pas saisi. En fait je me suis cru dans l'idée que je me fais d'un roman de Marc Lévy. Un roman à l'eau de rose, et de gare qui est censé pouvoir être lu en s'arrêtant à tout moment. Sacrilège ?
C'est certes un peu exagéré mais je n'ai pas compris la tournure qu'a pris l’œuvre. Il y a quelques critiques sociales et d'art certes mais ce n'est pas acerbe comme on peut les trouver chez Céline ou même Flaubert, c'est assez mou, à l'image de Swann.
Et je préférais largement m'identifier au petit bonhomme du début qui cherchait à comprendre le monde pas à comprendre une infidèle même pas belle à la base.
Ceci dit le petit bonhomme du début revient pour une heure à la fin du roman et il me fait moins d'effet. Les voix se sont mélangées et je m'imagine un garçon de dix ans amoureux d'une jeune fille (et qui a donc les mêmes problèmes que Charles Swann) mais en même temps ce petit garçon s'exprime comme un monsieur à grosse moustache et à grosse culture artistique... c'est déstabilisant.
Là où je me suis dis pendant 200 pages « C'est quand même fou qu'il ait réussi à construire tout cet univers sans se répéter », mon admiration s'est retrouvée évanouie quelques lignes plus loin.
Alors peut-être n'ai je pas lu Proust d'une bonne façon c'est possible aussi. Le lire en 4-5 Jours 3-4h par jours c'était peut-être une mauvaise idée parce qu'il a quand même le sens du verbe le bougre. Mais si il voulait qu'on le lise plus doucement fallait nous laisser des chapitres ou au moins des sauts de lignes toutes les 5 mins de lectures parce que là il nous invite clairement à l'avaler d'une traite !
Peut-être encore que j'aurais dû encore plus décrocher, tel un exercice de méditation, après tout comme il le dit lui même « L'action s'engagea ; elle me parut d'autant plus obscure que dans ce temps là, quand je lisais, je rêvassais souvent, pendant des pages entières, à autre chose ».
Je suis vraiment frustré de ne pas avoir su apprécier Proust comme il se doit. Je pourrais changer de camp avec mes gros sabots et crier bien haut que Proust c'est du pipeau et que ses adorateurs pratiquent un intense onanisme intellectuel sur son œuvre ce qui fait l'entièreté de sa renommée.
Mais... je vais plutôt attendre qu'on me l'explique. Attendre de l'étudier en profondeur. Prendre le temps d'aiguiser mon palais, ma culture littéraire et de le redécouvrir d'une plus belle manière. Quand on dit que Proust est un monument ça veut certainement dire qu'on peut pas passer à côté sans le regarder. Mais certainement aussi que ce n'est pas le fameux monument de Crecy-sur-Vallée* (*ville inventée, moi aussi j'ai le droit), mais plutôt la place centrale des Champs-Élysées.
On s'retrouvera Marcel, on s'retrouvera...

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure »
« Ce que je reproche aux journaux, c'est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles »
« Nous avons du mal à qualifier un nouvel écrivain de grand talent. Npus disons plutôt originalité, charme, délicatesse, force ; et puis un jour nous nous rendons compte que c'est justement tout cela le talent »
« Si à cette époque il lui arriva souvent de désirer la mort, c'était pour échapper à l'acuité de ses souffrances qu'à la monotonie de son effort »
« Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre »

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