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Du côté de chez Swann par Nicolas_H

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C'est à propos de la confusion née des vagues insurmontables d'émotion pure, celles qui nous écrasent au plus jeune âge. Proust parle de cette confusion qui peut nous faire assimiler à la vue d'une forêt, celle d'une femme, tant leurs différents caractères provoquent en nous la même intensité sentimentale, et qui, par association d'idées propres, préconçues, sensibles ou innées avec la mémoire, nous pousse à envier réellement l'apparition féerique d'une femme dans ce sous-bois devant nous. Proust parle à peu près de ça, en tous cas c'est ce que j'ai compris, des relations entre le sentiment, la raison et les choses environnantes qui les créent, les objets, la lumière, la beauté... Puis il évoque l'artifice. La réalité du sentiment qu'on colle aux choses et la réalité des choses elles mêmes, qui enfin fait douter de la pureté initiale du sentiment. Ainsi, de la même manière, Proust semble dire qu'un désir ou qu'une douleur peut réellement affecter un autre sentiment, et de ce fait le créer puis le maintenir artificiellement pour satisfaire le premier, sans que tout cela ait un véritable effet cohérent, puisque le deuxième sentiment né du premier entraîne systématiquement une nouvelle douleur.

Par exemple, on peut développer un amour dévorant pour une personne par solitude ou anxiété profonde, et cet amour, aussi intense et profond que le manque qu'il doit combler, en fait ainsi apparaître un nouveau : la jalousie, source d'une énième douleur. Finalement, Marcel Proust consent, à travers le flot de son style introspectif, à faire naître un doute terrible pour notre compréhension : l'émotion née du sentiment artificiel n'est-elle pas tout aussi véritable que celle qui vient du sentiment « réel » ? Et qu'est-ce que le sentiment réel, par rapport à l'artificiel ? Si le sentiment réel est celui qui s'attache rigoureusement à la chose, il est question de perception. Et la perception ? Existe-t-il une «  juste » perception ?

Proust, c'est très grossièrement tout ça à la fois, avec tout ce qui peut se faire de références aux Arts, de métaphores sur 3 pages, de psychologie sophistiquée, de descriptions magnifiques, d'envolées lyriques, mais aussi de tendresse, de cruauté, de snobisme et ( j'ose le dire) de contradictions. Finalement, c'est un objet littéraire complètement fou, de prime abord aussi lourd que le fond, mais avec de la concentration et le goût de se laisser submerger, j'y ai perçu des sensations aériennes, une légèreté qui a cassé le mur du «  Grand Classique », me rendant la lecture extrêmement enivrante.

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