P = m*g.

Avis sur Elevation

Avatar BenjaminGuyot
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On a ici avec "Elevation" une variante bien agréable du talent de romanciers de King, qui est la novella. On retrouve ce format dans beaucoup de ses recueils de nouvelle (c'est notamment le cas de la nouvelle éponyme "Brume") mais aussi dans certains livres dédiés ("Minuit 2" et "Minuit 4" contenaient chacun 2 novellas... malheureusement mauvaises). Et oui, cela participe pour beaucoup à mon impression positive: il y a, je trouve, beaucoup de charme à l'idée de lire une histoire du début à la fin, en une unique fois.

Si l'on dégage ce format honnêtement très agréable, on peut y rajouter tout le délice qu'est devenue l'écriture de King au fil des ans. Je me répète à chaque fois, mais c'est tellement important pour moi: le King vieillissant est tellement plus attaché aux belles choses, à la nostalgie et aux scènes intemporelles. Et j'adore ça. Les premières oeuvres de King étaient pour beaucoup de très belles créations, mais rien n'y fait: c'est sur sa seconde partie de carrière que je suis tombé amoureux de cet auteur.
"Elevation" ne déroge donc pas à la règle, et selon les habitudes récentes du King, l'imaginaire est ici prétexte pour raconter la vie. Scott perd du poids, chaque jour, sans que son apparence ne change. Un inévitable compte à rebours se met en place, parallèlement à une critique de la société américaine actuelle, nourrie par les discours avariés d'un Trump à la toufette plus fière que jamais.

Le tout pourrait sembler très prometteur, mais qu'en est-il in fine? Eh bien, ne nous mentons pas, cela tombe (en partie) à côté de la plaque. Si effectivement le récit est agréable à suivre, et l'atmosphère distillée extrêmement plaisante, le tout est finalement assez anecdotique.
La critique de "l'Amérique de Trump" est plutôt grossière et un peu branlante. Si le thème de l'homosexualité est assez intéressant et finalement peu exploré dans l'oeuvre de King, c'est ici tourné d'une manière si flagrante, presque brulesque, qu'on a du mal à mordre à l'hameçon (c'est un peu le syndrome "Sleeping Beauties" en mille fois mieux, mais on est sur le même travers...). Je ne me permettrais pas de critiquer le climat actuel des petites bourgades américaines, mais les ressorts narratifs employés ici sont tout de même assez tristes, bourrant les "sous-entendus" dans la tête du lecteur à coup de marteau...

De la même manière, pour ce qui est de cette "douceur" du King de fin de carrière, nous ne sommes pas vraiment sur sa meilleure prestation. Si on veut vraiment lire de jolis récits, simples et beaux, on se tournera bien plus volontiers vers "Joyland", par exemple, ou "Duma Key". Ce n'est pas mauvais, attention, mais encore une fois, cela parait exécuté grossièrement. A prendre comme exemple le personnage de Deirdre, très souvent incohérent, voire agaçant.

Et pour ce qui est de l'imaginaire, on ne fait que l'effleurer ici tant ce n'est pas le cœur du récit. Mais s'il faut critiquer un minimum, je ne relèverai qu'une tentative d'explication au sein du roman, concernant la perte de poids mais pas de masse, et ainsi donc une baisse de la gravité. Nos balances donnant la masse, en s'aidant du poids configuré pour la gravité terrestre, le tout est finalement assez cohérent et amusant dans l'idée. Le pourquoi du comment est ici question de métaphore.

"Elévation" est donc une novella plutôt agréable mais bel et bien plombé par un véritable manque de finesse et de précision. On lit ici quelque chose de finalement très anecdotique mais pas dépourvu de charme, qui vous fera passer un moment agréable mais pas impérissable.

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