La compagnie éparpillée

Avis sur Elle est les ténèbres : Première Partie - Les...

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Critique des deux volumes

On continue à suivre les opérations de la compagnie noire avec Elle est les ténèbres, roman découpé en deux parties dans son édition française, qui constituent les tomes 8 et 9 de la saga.

Ça fait directement suite aux tomes précédents donc le lecteur se retrouve toujours sur la route de Khatovar avec quelques obstacles qui trainent sur le chemin (et ça va éventuellement spoiler les livres précédents).

Le roman est toujours constitué d’archives compilées par l’annaliste du moment qui, comme dans Saisons funestes, se trouve être Murgen. Le porte-étendard de la compagnie va donc nous décrire les évènements alors que Toubib et Madame préparent leur marche sur Belvédère pour enfin passer la porte d’ombres et atteindre leur but, la cité d’origine de la troupe de mercenaires. Il reste encore quelques gros obstacles, en première position on a Ombrelongue, dernier maitre d’ombres qui squatte toujours la place et prépare un mauvais coup. Il s’est entouré de tout ce que la compagnie compte de traitre et d’ennemis plus ou moins déclarés. Le capitaine prépare sa stratégie dans son coin sans rien dire à personne, et toute la compagnie est éparpillée en plusieurs escouades auxquelles il assigne des missions diverses.

Pour nous raconter tous ces évènements, Murgen peut toujours compter sur Fumée qui fait le légume mais lui permet de projeter son esprit un peu partout pour espionner tout le monde, et même revenir dans le passé. Le narrateur en « God-mode » c’est un peu facile mais on peut ainsi suivre la structure un peu bordélique du roman sans trop se perdre, on se demande bien comment Cook aurait pu raconter ça d’un seul point de vue sans son subterfuge. Sur l’ensemble des deux livres, on va passer beaucoup de temps avec Murgen, Fumée et Qu’un œil qui restent planqués dans le fourgon pour espionner tout le monde. Le narrateur se remet à peine du drame qui l’a touché et se sert des voyages spirituels pour ne plus y penser, ça en devient presque une addiction.

J’ai déjà parlé de la structure des romans de cette saga, c’est à peu près toujours la même chose pour moi : Je galère à rentrer dans le bouquin sur les cent premières pages qui jouent souvent sur de l’exposition lourdingue, et ce n’est qu’après que les choses redémarrent et deviennent souvent épiques. On va au turbin avec les troufions, on en chie avec eux, on fait les corvées et les bastons. Pourtant, ici c’est un peu différent dans le feeling, y’a toujours ce début abrupt mais par la suite j’ai eu du mal à retrouver l’implication que j’ai pu ressentir sur les autres aventures. Le côté omniscient de Murgen nous fait survoler (littéralement) tous les fronts de la bataille en cours mais on est rarement au contact. Murgen observe, décrit, note, mais participe à peine, et le lecteur ne se sent pas forcément impliqué non plus. D’une page à l’autre il passe du coq à l’âne, je passe voir Toubib, je passe voir Madame, je passe à Belvédère, je jette un œil au nord et je retourne faire mon rapport.

On a l’impression d’assister à une partie de RISK en vue aérienne et les personnages qu’on a appris à connaitre, à quelques exceptions près, ne sont plus que des pions sur le grand échiquier du capitaine taciturne. Glen Cook part du principe qu’on les connait, donc il se fatigue plus à nous faire vivre des choses avec eux. Tout ça est bien longuet, on fait des aller-retours sans arrêt pour voir qui fait quoi, qui trahit qui et qui cache des choses. Toubib est un des seuls qu’on voit régulièrement « en vrai », avec qui Murgen dialogue, mais il est devenu froid et secret, il a une évolution très intéressante d’un point de vue scénaristique mais on perd un peu cet attachement qu’on pouvait avoir avant. Il reste que Murgen de vraiment développé, et ça c’est très bien fait, il a une progression sur toute l’histoire et son statut d’espion passif va le mener à fourrer son nez un peu partout en cachette, jusqu’à des embrouilles qui le concernent personnellement.

Par contre, l’évolution de la compagnie et des stratégies mises en place, les allégeances, trahisons, conflits et secrets, tout ça est vraiment très cool. C’est froid, mais c’est super de voir comment la troupe évolue, d’assister à tous ces rapports de forces qui basculent toutes les cent pages, jusqu’à ce final absolument explosif qui promet de belles choses pour la suite ! Et oui, dans le dernier quart Murgen descend de son piédestal, reparle à ses copains, renoue avec la troupe, et remarche sur ses jambes. C’est marrant parce que l’auteur à l’air conscient de ses lacunes, Murgen se prend des réflexions dans la gueule sur son comportement, que ce soit Toubib qui critique ses annales trop égocentriques ou ses camarades qui lui font remarquer qu’il a pris le melon et qu’il vient plus crapahuter avec eux. Cook avait l’air de se noyer dans tous les ingrédients qu’il avait mis dans sa soupe au fur et à mesure, et ce tome ressemble à une tentative de « retombage sur ses pattes » assez bordélique.

Elle est les ténèbres est pour moi le tome le moins satisfaisant de la saga jusqu’à maintenant. Si on découvre le destin de la compagnie dans son ensemble, on perd de vue toutes ses personnalités, ses gueules, la camaraderie et la démerde qui faisaient la force de cette bande de durs-à-cuire. Heureusement, la fin ouvre des perspectives fort réjouissantes pour le prochain épisode.

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