In extremis.

Avis sur Et ils meurent tous les deux à la fin

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« Très vite dans ma vie il a été trop tard ; à dix-huit ans il était déjà trop tard » (M.D.)

Si le propre de la vie est qu’elle peut s’arrêter à tout moment, mieux vaudrait recevoir une alerte qui permettrait de mettre ses affaires en ordre avant de mourir. Pas de panique, il y existe une appli pour ça ! Death-Cast : l’appel de minuit qui annonce l’arrivée de la faucheuse dans les prochaines 24 heures. Les CoundDowners à travers le monde documentent en détails leur Dernier Jour, un Memento mori digital régulièrement consulté par Mateo Torrez, adolescent introverti vivant à travers le web. Ce dernier vient de recevoir l’appel fatal, et se rend compte qu’il n’a pas encore vraiment vécu. Non loin de là, à quelques secondes d’intervalle, Rufus Emeterio vient d’être condamné au même Compte à Rebours. Il n’est pas plus âgé que Mateo, mais il ne lui ressemble en rien. Alors que le premier se donne pour objectif de sortir de chez lui (un but plus compliqué qu’il n’y paraît) pour faire ses adieux à son père et à sa meilleure amie, le second a pour réflexe de fuir tous ses amis.
Ils ne se connaissent pas encore, mais l’application Last Friend va en décider autrement.
Alors que la fatalité fait s’écouler le temps à une vitesse étourdissante, les deux personnages font le pari de vivre toute une vie en quelques heures. Ils savent, tout comme le lecteur, qu’aucun retournement de situation n’est au programme.

Et ils meurent tous les deux à la fin emprunte autant à la tragédie classique qu’au roman d’apprentissage, le tout sur une trame très discrète de science-fiction.
Le chœur énonce sans équivoque le destin des deux héros. Le lecteur est plongé au cœur de l’urgence encore accentuée par cette unité de temps d’un autre genre, et à mesure qu’il tourne les pages, il sent au creux de ses mains le temps manquer à ces personnages fracassés par la vie.

C’est un roman humainement riche, qui condense subtilement un mûrissement accéléré. Lorsque le soleil se couche sur la journée du 5 septembre, ce sont deux adolescents âgés qui acceptent leur sort et accueillent la mort sans révolte.

Après avoir déjà abordé cette thématique dans History is all you left me et More Happy than not, Adam Silvera nous offre dans ce roman une autre approche de la mort, ouverte à plusieurs niveaux de lecture – ce n’est pas qu’une leçon de vie qui est donnée au fil des pages, c’est une réflexion profonde sur l’amour et le deuil, et sur les conditions d’une rédemption. Si les batailles perdues se résument par « trop tard », peut-être reste-t-il néanmoins la possibilité d’une défaite heureuse.

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