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Et quelquefois j'ai comme une grande idée par retardeness

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Et quelquefois j'ai comme une grande idée est un roman fleuve (c'est le cas de le dire), sorte de western ouvrier où les deux adversaires sont des frères, engagés dans un combat pathétique et silencieux, jusqu'à l'explosion finale. Leur rivalité familiale prend des allures quasi bibliques (le mythe d'Abel et Caïn), tant l'un fait pâle figure face à un frère véritable force de la nature. S'ajoute à ce face-à-face un troisième personnage, la nature impétueuse et sauvage qui tient lieu de cadre à l'histoire. De la rivière Wakonda-Auga, qui serpente et menace, crue après crue, la maison des Stamper... aux grumes des arbres abattus qui planent sans cesse au dessus des têtes des bucherons... à l'humidité permanente qui fait se gondoler le bois et donner la goutte... aux escadrilles d'oies du Canada qui survolent le toit et troublent le sommeil... J'ai rarement eu autant de plaisir à lire ce type de descriptions naturalistes.

Ce beau pavé fait 800 pages, et au rythme de 30 pages par heure, j’avoue avoir lutté pour ne pas abandonner parfois. Le rythme est lent, très lent, mais j’y ai trouvé plein de pépites d’écriture qui m’ont fait persévérer dans ma lecture.

La profusion et l'imbrication des points de vue narratifs proposés font aussi le génie de l’oeuvre : une scène aussi banale qu’une conversation qui dégénère dans le bistrot de la ville y est raconté avec une fluidité assez épatante, par quatre protagonistes à la fois. La psychologie des personnages est de même polyphonique et pleine d'une complexité toute humaine. On est loin du combat manichéen, et le héros se fait pathétique à mesure que le vilain devient humain. C'est comme si ce roman palpitait entre les mains du lecteur (si si mon lyrisme est très approprié).
Ken Kesey est plus connu pour ses tribulations psychédéliques que pour ses talents d’écrivain, mais son style est juste époustouflant. Lisez donc les deux premières pages, et si votre coeur frétille d'émotion à leur lecture, dites-vous que vous retrouverez cette sensation de nombreuses fois parmi ces 800 pages.

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