La couverture, c'est des caddies qui s'enfilent

Avis sur Extension du domaine de la lutte

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La couverture, c'est des caddies qui s'enfilent. L'image est claire : on est triste, dans ce monde libéral. C'est dit comme il faut. Un monde libéral, tout ouvert à tous les choix, tout connecté, tout optimisé, tout uniformisé. Pas unifié. C'est l'histoire de la confiture dans la boulangerie : plus il y a le choix du pot, moins on sent pouvoir faire le bon. Plus il y a le choix, mieux c'est présenté, et plus les pots se ressemblent. Pire, plus on a la pression du choix... Tarama saveur centre-ville. Confiture façon rationalisation. Tout pareil, mais faut décider. Faudrait tout tester. Et consommer, avec la boule au ventre, la phobie du pain de mie… Les relations humaines deviennent impossibles : tous pareils à vouloir être différents, dans un même mouvement anesthésiant. À quelques futiles détails près, c'est du flan... Y'a presque plus d'anecdotes à raconter, qu'il dit Houellebecq. La réalité historique, c'est que tout est déjà élagué. Ça sent presque la fin. Les détails, les états d'âme, les sentiments, c'est un truc d'homard obstiné...

Dans une vieille chapelle délabrée entre Brest et Rennes, dans un bled en bord de voie express, je regarde les vitres. Je pense à la solitude que, dans l'Extension du domaine de la lutte, il n'est plus possible de revendiquer sans admettre d'être au moins un peu un raté. Même les curés, ils ressortent les évangiles à l'approche du désir, quand il s'agit d'assumer le célibat. Moi j'ai compris en lisant ce livre, que c'est pas du désir qu'on les protège les curés, c'est du chagrin d'amour. Comment protéger quelqu'un du désir, de l'amour. On le voit pas venir. Comme dit Michel, on en voit toujours que les conséquences... Moi je suis souvent seul, mais je me sens pas tous les jours raté, désolé. Des fois je suis loup des steppes... Enfin bon, je regarde les vitres.

Par endroits, quand même, derrière la crasse de l'air, sous les couches de terre, de poussière, entre les branches du lierre, on distingue des personnages curieux. En esprit, je les ramène à la vie. C'est un divertissement : une confiture maison qu'est pas faite pour durer, tant pis. Le besoin d’histoires répond à la faim d'être unifiés... Là il y a une grande femme en robe jaune, par exemple, le visage à moitié bouffé par la vermine. C'est Mimi Crado, que je l'appelle. Ça fait penser à McDo. L'image est simple : une femme les bras en danseuse, qui prend toute la place. La lumière filtre, jaune, et sur mon pull-over rouge ça fait du orange. Interaction ou hallucination ?... Et là un diablotin cramoisi, plus petit, la queue fourchue, et les bras en avant comme des pinces. C'est Bernard le homard. Il aura droit à son histoire, lui aussi. Allez. Je suis d'humeur... Peu importe que la nature humaine se révèle monstrueuse, c'est pas une fin en soi. Si ? Non. En avant les histoires... Les diablotins s'activent et font remuer toute la perruque végétale. Ils se jettent sur Mimi crado, et lui bouffent sa moitié de visage. Quelle violence ! Interaction... En avant les histoires, qui passent dans ma tête, et disparaissent dans le petit feu que j'ai allumé sur la dalle poisseuse... Il doit bien y avoir, quelque part, d'une certaine manière, un moyen de lutter pour que l'amour soit doux. Quelque part, la bonne histoire... Mais c'est l'heure du goûter.

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